Interview de Montevideo

Propos recueillis par IdolesMag.com le 05/11/2013.
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Montevideo pochette de l'album Personal Space - DR

Six ans après la sortie de leur premier album, le groupe belge Montevideo revient avec un deuxième opus, « Personal Space » qui s’inscrit clairement dans un sillon plus pop et moins dark. Nous avons été à la rencontre de son leader, Jean Waterlot afin d’en savoir un peu plus sur ce projet, plaisant à plus d’un titre. Il nous expliquera notamment pourquoi ce deuxième opus a mis tant de temps à voir le jour, et quel en a été le déclic.

IdolesMag : ce deuxième opus, « Personal Space », sort six ans après le premier. c’est long tout de même… Que s’est-il passé ? Le projet était-il mis entre parenthèses ou bien était-ce finalement le temps nécessaire pour donner une suite au premier?

Jean Waterlot de Montevideo : Je pense que tu dis quelque chose de juste… Il y a eu d’abord tout un questionnement sur ce qu’on avait envie de faire sur un deuxième album. C’est quand même un passage important dans la vie d’un groupe. C’est un peu la confirmation de quelque chose. Mais surtout, le groupe avait la volonté d’expérimenter d’autres choses. Il y a eu la rencontre avec un DJ belge avec qui on a fait un album, un projet électro qui n’avait rien à voir, la rencontre avec Ghinzu en ce qui me concerne pour une tournée. Tout ça nous ramène en 2008/2009. Du coup, il a passé six ans entre les deux albums. Mais je pense que c’était pour un mieux. Notre bassiste est parti, on a engagé un nouveau super musicien en scène. Il y a avait aussi cette envie de renaître de ses cendres, si je puis dire. Cet album, c’est un peu ça.

Quand les bases de « Personal Space » ont-elles été posées ?

Elles ont été posées à partir de 2009, mais de manière très espacée dans le temps. Dans la mesure du possible, en fonction de mes disponibilités, quand je n’étais pas en tournée avec Ghinzu, on bossait sur l’album. Et ça a mis du temps parce qu’il faut se réhabituer à composer après autant de temps. Et surtout quand on a un membre du groupe qui s’en va, ce qui a été le cas après la tournée du premier, il y a une dynamique qui se brise un peu et il faut retrouver avec un nouveau musicien. Il faut retrouver le truc qu’on avait au départ, c’est-à-dire une cohésion entre quatre mecs, quatre potes, qui décident de faire de la musique ensemble. En tout cas pour réfléchir au format album.

Le premier album était très dark, celui-ci est nettement plus pop, je dirais même plus solaire à certains moments. Était-ce une volonté de départ ou quelque chose qui s’est dessiné avec le temps ?

C’est marrant que tu me dises que l’album est solaire… personne ne me l’avait dit auparavant. Tu sais, je pense que c’est surtout d’avoir expérimenté d’autres choses, d’être sorti des sentiers battus qu’on avait dessinés avec le premier, qui a donné ce résultat. Il y a toujours eu ce côté disco-punk un peu dansant, il y a toujours eu cette envie de faire danser les gens avec Montevideo. Et la rencontre avec Ghinzu, c’était marrant aussi finalement parce que c’est John qui nous avait dirigés artistiquement sur le premier. Donc, l’énergie du premier album était clairement sous l’influence de John. Après, le fait de travailler avec Joakim Bouaziz pour le deuxième n’était pas un choix anodin parce qu’on avait d’abord expérimenté cinq jours de studio avec DFA à New-York. On cherchait le bon mélange entre le live et une touche électro. Les Rapture, c’est quand même un groupe qui nous a beaucoup marqués et avec lequel on a tourné en France à l’époque sur quelques dates. Donc, ce nouvel album est plus lumineux, plus pop, mais surtout, pour moi, c’est un album qui est plus élégant. On a voulu, à l’inverse du premier, qu’il y ait un fil rouge et qu’il raconte une histoire. C’est pour ça que je me suis beaucoup attardé sur les textes aussi. J’avais envie de trouver un thème un peu récurrent, sans tomber dans les clichés des histoires d’amour bateau. C’est plutôt une espèce de tragédie romantique qui a un dénouement tragique et qui commence par une rencontre entre deux êtres.

Montevideo - DR

L’album a donc finalement été enregistré à Paris, et ce, en à peine quinze jours.

Il y avait eu beaucoup de préparation en amont. Quand on est arrivés chez Joakim à Paris, on était très prêts. On n’avait en fait jamais été aussi prêts avant d’entrer en studio depuis qu’on avait créé le groupe. C’est aussi dû à la rencontre de notre nouveau manager qui nous a suivis pendant tout notre développement et qui nous a fait expérimenter des choses à gauche à droite. Il avait travaillé avec Aeroplane, donc, il venait d’une scène beaucoup plus électro. Il a pris le temps de monter un « nouveau Montevideo », entre guillemets, avec nous. On lui doit quand même pas mal là-dessus. Là, ce qui est chouette, c’est qu’on a trouvé notre son à nouveau. C’est pour ça que je te parlais au départ de renaître de nos cendres.

Tu m’as dit que tu t’étais attardé nettement plus sur les textes cette fois-ci. Écris-tu depuis longtemps ou est-ce le temps qui t’a fait prendre conscience de l’importance des textes ?

Je me suis rarement attardé sur le fait d’écrire. J’étais avant tout plutôt pianiste, trompettiste et instrumentiste. C’est venu très tard l’écriture. J’ai étudié l’anglais à San Francisco. J’ai fait une année intensive pour avoir les bases. Mais je ne me suis pas du tout attardé sur les textes sur le premier album. Cette fois-ci, j’ai soigné les thèmes. J’avais envie de parler quelque chose. J’ai un ami qui m’aide aussi beaucoup pour les textes. Ce n’est pas comme Claude François et son auteur (sourire), mais c’est quelqu’un qui donne du corps à ce que j’ai envie de raconter. On part souvent d’un yaourt et en essayant de respecter le rythme et les sonorités de ce yaourt, des thèmes jaillissent. Par exemple, « Fate & Glory », c’est un morceau que j’ai écrit de A à Z. et je n’ai pas réussi à faire mieux que la prise que j’avais initialement enregistrée. Mon pote m’a dit que c’était super et que je ne devais rien changer. Tous les titres sont faits au cas par cas. Donc, je ne peux pas dire que je suis un grand auteur…

Mais tu attaches de plus en plus d’importance à l’écriture avec le temps.

Ah oui ! On a tous la trentaine, on n’a plus 26 ans au Baron à Paris en train de rigoler… On écoute d’autres choses… On découvre finalement ce que c’est que de faire un disque. On se rend compte que ce n’est pas uniquement faire des concerts. Je crois qu’il y a moyen de toucher les gens, en tout cas l’inconscient des gens, avec un texte. Et étonnamment, les morceaux où je me suis moins attardé sur le texte ont eu plus d’impact.

Tu me tends la perche en me parlant de « Fate & Glory ». Lara Chedraoui d’Intergalactic Lovers te rejoint sur ce titre. Comment est-elle arrivée sur le projet ? Il avait été question que ce soit Keren Ann au début, je pense.

Exactement. C’était Keren Ann qui était prévue. Mais elle vivait à New-York et elle est tombée enceinte. Et nos agendas n’ont pas pu coïncider. On était très malheureux de ça. Elle n’a pas pu répondre à notre demande à temps. Lara Chedraoui, c’est quelqu’un que j’ai rencontré par l’intermédiaire de notre label en Belgique. C’est un groupe que j’ai découvert quand on a signé chez EMI. Ils nous ont donné plein de CDs et j’ai complètement flashé sur ce groupe. Quand j’ai imaginé ce morceau, il était clair que les refrains devaient être chantés par une fille. Et Lara a ce côté fragile et tellement authentique qui collait parfaitement au titre. Le truc s’est fait très naturellement en studio à Bruxelles. Elle est venue poser sa voix après l’enregistrement à Paris et ça a tout de suite pris. Quand elle a posé sa voix, le morceau a pris tout son sens. Elle va probablement venir nous rejoindre sur scène fin janvier à l’Ancienne Belgique [à Bruxelles, NDLR]. Ce sera un peu le concert de clôture de l’épisode belge, si on peut dire ça comme ça.

Avez-vous des projets futurs avec Keren Ann ou bien était-ce juste un one-shot sur ce titre-là précisément ?

Elle a écouté trois morceaux dont « Fate & Glory » et « Mr Drake ». En fait, elle a pas mal flashé sur « Mr Drake » qui a un univers un peu plus dark qui lui correspond bien aussi. Elle m’a répondu assez rapidement que le son lui parlait mais qu’elle était malheureusement super occupée en ce moment. Elle est toujours sur des projets de musique de film, des spectacles… C’est difficile de la choper. Mais pourquoi ne pas faire quelque chose dans le futur ? J’ai toujours beaucoup aimé son univers et ce serait classe de faire quelque chose avec elle dans le futur. Ça reste une option.

Peux-tu me dire la symbolique que tu as voulu mettre dans le titre « Personal Space » ?

En fait, l’idée à la base, était d’essayer de décrire ce que pourrait être cette espèce de zone de confort qu’il peut y avoir chez un homme, comme on dit « comfort zone » en anglais. Mais je ne crois pas que ma traduction soit correcte. C’est plus une sorte de jardin secret d’un homme. On voulait parler d’un truc un peu plus ouvert qui aurait pu s’adresser un peu plus aux gens. Et je trouve que dans cette espèce de période où plus personne ne sort et où tout le monde passe son temps à créer son espèce de nid sur les réseaux sociaux… et sur finalement plus rien… c’était un peu ça. C’est un espace personnel, une sorte de jardin secret. C’est ça que le titre voulait décrire. Ce pourrait être le mien, mais les rencontres et les femmes dont je parle dans nos textes ne sont pas que des situations vécues. Ça parle aussi des ruptures qu’il y a eu dans notre groupe. C’est une façon de digérer un peu les histoires de chacun et en faire un truc un peu personnel.

Je ne vais pas te demander s’il y a une chanson que tu préfères parmi celles qui figurent sur l’album, tu ne pourrais probablement pas me répondre…

Ben écoute… si ! (rires) Très franchement, ma chanson préférée c’est « Castles » et je ne m’en cache pas. C’est cette chanson qui a été à un moment donné le déclic de notre nouveau son. Quand on écoute l’album, il y a tout de même un patchwork d’influences et de styles et il y a deux écoles. Il y a celle de « Fate & Glory », « Tribal Dance », « Mr Drake » et « Horses ». Et il y a l’école « Madchester » et « Out of pleasure » qui ressemble plus à ce vers quoi on veut aller.

As-tu une anecdote à me raconter autour d’une chanson ?

C’est assez difficile. Comme on le disait au début, le processus a été très long. Donc, je vais essayer de me rappeler d’un souvenir… Quand tu entends « Mr Drake », par exemple, qui est un titre assez phare de la nouvelle tournure de Montevideo avec des violons, il y a un côté très « filmesque ». J’avais pas mal flashé sur un film de Coppola qui s’appelait « Frantic » dans lequel Harrison Ford arrive à Paris et sa femme est plus ou moins enlevée à son hôtel. Ce film est une espèce de quête d’Harirson Ford qui est complétement désemparé. Il croise une jeune junkie. Et ce film a un générique qui m’a complètement scotché. J’ai réalisé avec cette musique qu’il y avait moyen de donner une touche « musique de film » à un titre. Il y a quelque chose qui nous touche et qui nous influence aussi dans les musiques de François de Roubaix. Le fait que Manu le guitariste soit quelqu’un qui a fait le Conservatoire de violon plus jeune, ça nous a donné des idées. On a voulu profiter de ça. Ce déclic-là est intéressant. On a réalisé qu’on pouvait encore aller plus loin dans les arrangements, sans trop tomber dans le kitch de Michel Legrand… C’est une petite anecdote à laquelle je pense comme ça… D’un autre côté, c’est toujours difficile de se rappeler exactement comment on en est arrivés à tel ou tel titre… Il y a plein d’histoires, c’est clair. On pourrait en parler pendant des heures.

Un petit mot sur la pochette… Comment vous est venue l’idée de détourner l’œuvre de Magritte ?

C’est un truc qui est venu de manière complètement inattendue. On était à New-York dans nos sessions d’essai avec DFA et on a rencontré un graphiste qui s’appelle Douglas Lee. Il a fait pas mal de pochettes pour des projets très indés américains. Il a fait pas mal de pub aussi. C’est lui d’ailleurs qui a trouvé notre logo actuel. Après le logo, il nous a trouvé un visuel pour l’affiche, puis un visuel pour la sortie single… C’est une super collaboration. En fait, je lui avais montré des tableaux de Dali, c’est un truc que j’aimais bien par rapport à un boulot qu’il avait fait pour The Magician, le remixeur. Ça n’a pas abouti à grand-chose, mais il m’a dit que c’était marrant que je lui parle de Dali… Et il m’a rappelé en me disant qu’il avait une super idée… « Magritte, c’est surréaliste, c’est votre culture en Belgique ! » Il y a des gens qui n’ont pas aimé du tout. Il y a beaucoup de gens qui n’aiment pas Magritte non plus… Ils n’aiment pas ce genre de dessin hyper réaliste, un peu comme les pochettes de Hipgnosis pour Pink Floyd. On ne sait pas trop si c’est une photo ou une peinture… Alors, bien évidemment, beaucoup de journalistes nous ont dit qu’on prenait un gros risque, que le type de la fondation Magritte avait déjà fait des procès pour des choses comme ça. Mais je trouve que ça ne dessert pas son travail. Nous, on le voit plutôt comme un hommage. Et ça va plutôt bien avec l’identité du groupe et notre volonté d’aller vers l’international. On veut montrer d’où on vient et notre côté un peu surréaliste aussi !

Alors, bien évidemment, vous venez de Belgique et pas d’Uruguay… Pourquoi avoir choisi ce nom de groupe pour le moins original ?

(rires) ça fait je ne sais combien d’années qu’on donne des interviews, et je rêverais d’avoir une réponse toute faite qui serait pleine de sens et pleine de chouettes définitions… Quand tu cherches un nom de groupe, tu choisis d’abord des mauvais noms de groupe. Et tu en changes tous les six mois ! Ça part toujours dans tous les sens. On ne se rend pas compte de l’importance d’un nom pour un groupe. Et Montevideo est venu un peu comme ça… C’est notre ancien bassiste Julien qui s’est intéressé à cette ville et qui est venu un jour avec ce nom… On ne fait pas de référence vraiment à la ville. Ce qu’on aime, c’est la sonorité du mot qui peut se dire de la même façon dans toutes les langues, et sans accent. C’est tellement facile à prononcer que c’est finalement ce qu’on recherche quand on cherche un nom de groupe. Donc, voilà ma réponse. C’est un truc simple à dire et qui se retient facilement.

Montevideo - DR

L’album est sorti en Belgique il y a un an, il sort aujourd’hui en France. Les deux public sont-ils très différents l’un de l’autre ?

Oui. Le public belge est un public qui reste très attentif et qui t’attend au tournant. C’est un public qui a besoin de recevoir une énergie et qui a besoin de partager quelque chose avec la personne qui est sur scène. Autrement, il se casse ou il te hue… Ce n’est pas pour rien qu’il y a plein de comiques français qui viennent essayer leurs spectacles à Bruxelles avant de les jouer à Paris… C’est parce qu’il y a ce côté authentique du Belge avec lequel tu ne peux pas tricher. Ce n’est pas qu’on veuille tricher sur scène, mais il y a un truc sincère avec le public de chez nous que j’aime bien. Et de l’autre côté, on a un côté plus enthousiaste et plus festif parfois en France. Le public français se pose moins de questions, il saute en l’air et réfléchit moins. C’est peut-être un public un peu moins exigeant quelque part, qui a envie de s’amuser. Et puis… les Français adorent les Belges, en fait ! (rires) Il faudra d’ailleurs qu’on m’explique un jour… Mais c’est clairement un avantage pour nous d’être belges quand on va jouer en France ! J’avais remarqué à l’époque qu’il fallait d’ailleurs avoir un ami belge dans ta bande…. Par contre, le public parisien, lui, est un peu moins chaleureux. Pour résumer, on pourrait dire que les Belges sont plus à l’écoute et plus des puristes, et les français sont beaucoup plus ouverts et se posent moins de questions…

« Personal Space » sort aujourd’hui en France, mais quel est le futur de Montevideo ? Faudra-t-il encore attendre six ans avant la sortie du troisième album ?

(éclats de rires) Ce serait dommage d’attendre encore six ans  et de faire quelque chose de complètement différent dans six ans. Là, on a trouvé notre son et une bonne équipe. Je pense notamment à notre producteur. On a envie de travailler en ping-pong avec Joakim, même s’il a maintenant bougé à New-York et qu’il n’est plus à Paris. Donc, là on planche sur quatre maquettes pour l’instant. On va peut-être faire un one-shot un peu exclusif au printemps dans le cadre de la Red Bull Academy. Mais ce n’est pas encore officiel. C’est une espèce de workshop où on va faire un morceau en live pendant quelques jours. Et surtout, on essaye de monter une tournée. Il y aura une date sur Paris de nouveau en décembre, une date à l’Ancienne Belgique en janvier. Et puis, on espère être au printemps de Bourges l’année prochaine. On a quelque chose à montrer à notre public français, du moins à ceux qui se souviennent de nous puisqu’il y a tout de même eu pas mal de temps entre les deux albums !! (rires)

Propos recueillis par IdolesMag le 5 novembre 2013.
Photos : DR
Site web : http://www.montevideo.be/









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