Interview de Bams

Propos recueillis par IdolesMag.com le 30/10/2013.
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Bams © Valezy Houcke

Bams nous livre « Dérèglement climatique », un quatrième album particulièrement réussi dans lequel elle dresse un portrait pour le moins réaliste de notre société. Séduits par cet album aux textes écrits au cordeau, au flow inspiré, à l’interprétation juste et aux influences tour à tour hip hop, jazzy, groovy, funky ou même chanson, nous avons été à la rencontre de l’artiste afin d’en savoir plus sur ce nouveau projet, enthousiasmant à plus d’un titre. Bams se produira le 14 novembre prochain à La Java (Paris 10ème).

Bams, Dérèglement climatiqueIdolesMag : Quand ce nouvel album, « Dérèglement climatique », a-t-il commencé à prendre forme dans votre tête ?

Bams : Ouh la la… J’étais enceinte de mon deuxième qui a deux ans et demi. Je me souviens d’avoir fait une première résidence au Wip à Paris à la Villette et j’avais un petit bidon de trois mois. Et là, on a fait le premier dérushage des titres à retenir. Pourquoi tel ou tel titre ? Forcément, on a fait un gros brainstorming sur le projet.

Vous signez tous les textes qui figurent sur l’album, depuis quand écrivez-vous ?

C’est venu vraiment avec mon métier dans la musique, même si par ailleurs j’ai poussé mes études jusqu’à la licence, sur la voie scientifique… mais c’est vrai aussi que je me souviens que sur mes copies au collège, j’avais déjà une très forte sensibilité. Alors, à cette époque, on ne l’analyse pas forcément comme une aptitude à écrire ou à transcrire des émotions avec des mots. Et puis, au fil de la vie, on rencontre des gens et on se lance de manière passionnelle dans la musique. Par ailleurs, je n’ai jamais été très timide, donc, il m’a toujours été assez simple de remettre en cause ce qui sortait de ma bouche et de ma tête, en fait. Du coup, prendre le papier a été assez évident. Et puis surtout, ce premier album, « Vivre ou mourir », c’est un projet qui représente finalement tout le passif de ce qu’on est et de ce qu’on a fait. C’est le propre d’un premier album. C’est en tout cas, le premier album, c’est celui qu’on fait le plus facilement, parce qu’on a tout ce qu’on a pu faire pendant des années. Alors qu’après, le temps s’écoule entre les albums et ça file vite…

Au jour d’aujourd’hui, écrivez-vous beaucoup ?

Ça dépend des périodes. Autant des fois, je vais être ultra inspirée par une expérience que j’ai vécue ou que j’ai vue, et je vais écrire, autant parfois pendant deux mois, ma plume va rester sèche. C’est aussi parce que j’aime bien respecter des temps de vie, en fait. Je ne fais pas partie des auteurs qui s’astreignent à avoir un temps quotidien d’écriture. Même si tous les jours je note des phrases, ce n’est pas tous les jours que je me pose pour développer un texte. Et il n’y a pas de logique non plus, parce que parfois, je vais pouvoir écrire d’un jet quelque chose d’assez développé. Je pense que soit effectivement on est dans la production et alors on produit absolument quelque chose tous les jours, soit on attend que les choses viennent à nous. Je prends la plume quand je sens qu’il y a une urgence à dire et à écrire ce que je ressens. Après, c’est sûr que je pourrais écrire tous les jours sur tous les thèmes possibles et imaginables. Mais l’écriture est plus forte quand elle accompagne un moment de vie.

Il y a un vrai propos dans votre album. Vous dressez au fil des chansons un portrait assez peu flatteur de notre société. Et dans « Dérèglement climatique », vous dites « J’ai des devoirs. Je te respecte. / J’ai des droits. Tu me respectes. / Partager les espaces, laisser place aux différences. » N’est-ce pas un peu ça finalement le gros problème de notre société ? Plus personne ne respecte personne.

Oui. Et surtout, je pense que la première différence qui existe avant qu’il n’y ait des différences de religions, de classes sociales, etc… c’est la différence entre l’homme et la femme. Je continue à croire que tant que l’homme et la femme ne vivront pas en parfaite harmonie, comme je le dis dans ce texte, tout ce qui nous dissocie et qui nous éloigne l’un de l’autre sera le terreau de toutes les injustices. Si on savait respecter notre première différence, ça nous préparerait à vivre dans un monde plus riche. Et pas juste apprécier que ceux qui vont dans notre sens…

Dédicace de Bams pour IdolesMag

Restez-vous optimiste ?

Bien sûr ! Je trouve que ça s’entend dans le disque, d’ailleurs. C’est un parti pris, j’ai des couplets ultra réalistes, très face à face, mais la première chose que je me suis dite c’est que je voulais absolument que l’auditeur, à l’écoute de mon album, ressorte plein d’énergie et plein d’envie. Plein d’élan aussi à porter ce qui germe en lui. Donc, ce n’est pas du tout un propos du genre « ça va mal, ça va mal ! » Non, c’est « Ok, ça c’est dur, ça c’est horrible, ça c’est injuste, mais voilà, dans tous les cas et dans tous les contextes de par le monde, il reste nous. Et c’est avant tout en nous que les choses se jouent. C’est à nous de porter cette histoire de transformer le monde. »

Dans « Hémisphère Nord », vous dites « Y’a plus de culture pour nous secouer ». À qui la faute ?

À la politique, étonnement. Parce que je pense qu’instruire un peuple, le cultiver, le bonifier, le gâter, c’est une volonté politique au départ.  C’est de la responsabilité de nos politiques de prendre soin du peuple et de gérer la cité. Aujourd’hui, on est avec des politiques qui ne pensent plus à l’entertainment et juste de l’entertainment. Ça les arrange. Ça nous empêche de réfléchir, ça maintient tout en état. Alors que si demain, effectivement, politiquement il est décidé qu’on va mettre l’accent sur tel auteur, tel cinéaste, tel romancier, tel sculpteur parce qu’il provoque ci, qu’il fait si, qu’il répare ci ou fait fi de ça… Eh bien le monde change, forcément. Moi je crois aujourd’hui beaucoup plus à une révolution culturelle qu’à une révolution politique.

Quand on écoute votre album, musicalement, on sent de multiples influences, qu’elles soient hip hop, groovy, funky, jazzy et même parfois chanson. C’est assez courageux de sortir un album comme celui-ci quand on voit le formatage de la production musicale actuelle. Quel regard jetez-vous dessus ?

Je me dis que c’est l’air du temps… Dans les années passées, il y avait des guerres, il y avait peut-être une urgence à s’évader. Et en tout cas dans l’art, dans la culture, y trouver une échappatoire spirituelle et éthique. Alors qu’aujourd’hui, on est sortis des guerres, on est en plein dans une société de consommation et de production. Tout est plus accessible. Il y a moins d’urgence. Il y a moins de maux… en apparence ! On est dans une société du « tout, tout de suite »… Un peuple qui a tout le confort n’est pas celui qui est le plus prédisposé, de par son contexte social, à avoir une réflexion sur une autre chose. Ou alors, on est vraiment très humaniste de nature, mais tout le monde ne l’est pas.

Pourquoi avez-vous donné ce nom de « Dérèglement climatique » à l’album ?

Dans tous mes disques, il y a toujours eu une chanson « Homme / Femme ». Mais je n’ai pas envie de dire que je suis féministe. Il y a toujours eu aussi une chanson d’amour et une chanson qui parlait de la mort. Dans cet album, il n’y a pas de chanson qui parle vraiment de la mort, à part un peu peut-être dans « Supa High » où elle flotte comme ça, mais c’est moins précis, moins évident. Et pourquoi « Dérèglement climatique » ? Déjà parce qu’il y a un écho à ce qu’on vit actuellement écologiquement. Le sens premier est évident. Mais moi, c’était plus la deuxième lecture qui m’intéressait. Quand je dis « Dérèglement climatique, écho du siècle / Où l’homme, la femme s’essoufflent dans un relationnel chaotique », je parle de ce dérèglement que j’espère, que j’attends et que je sais que certains s’attachent à mener tous les jours. Et puis, c’est aussi une invitation à dérégler les choses ! (rires)

Bams © Valezy Houcke

Avec le recul, ce quatrième album a-t-il été plus facile ou plus difficile à mettre en œuvre que les précédents ?

Je ne sais pas… C’est un peu comme dire qu’il est plus facile d’élever tel enfant qu’un autre. Non, je pense que créer, produire, aller au bout d’un projet, c’est une épreuve de force dans tous les cas. Ça ne tombe pas du ciel. J’ai fait le choix de l’autoproduction, et c’est d’autant plus compliqué. Ça c’est clair. Il se trouve que ma musique a touché mon premier cercle, mes musiciens, mes arrangeurs… Et eux, malgré ma précarité de moyens croient en mon projet. Ils veulent m’accompagner à le défendre. Ensuite, pour toute la chaîne de production, j’ai la chance d’être entourée de gens talentueux, expérimentés et surtout des gens « 4x4 / tout terrain ». Du coup, on a toujours des solutions, mais pas toujours au moment qu’on voulait, mais des solutions quand même. Après, aujourd’hui, le disque est sorti. C’est sûr qu’un soutien financier permettrait d’avoir une visibilité nationale, une campagne d’affichage, d’avoir des pubs dans des magazines, à la radio, etc… Parce que malheureusement, c’est ça qui amène le public à découvrir un artiste et d’avoir ensuite le libre arbitre d’écouter votre projet ou non, et ensuite si on l’écoute, d’avoir le libre arbitre de l’aimer ou pas et de l’acheter ou non.

Je ne vais pas vous demander s’il y a une chanson que vous préférez, parce que j’imagine qu’elles sont toutes vos bébés et que vous les aimez toutes de la même façon.

Ouais ! (rires)

Bams © Valezy Houcke

Par contre, y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre ? Et quand je dis tendresse, je ne pense pas à ce que la chanson raconte, mais plutôt à quelque chose qui s’est passé autour de la chanson, une petite anecdote pendant l’enregistrement, la création, etc…

Il y en a plusieurs qui me viennent en tête, il y a « Radio Bams », il y a « Ici », il y a « Supa High »… On va dire « Supa High » parce que c’est un texte particulier. Je me mets à la place d’une junkie qui regarderait dans les yeux en disant « C’est mon choix. C’est ainsi que je suis heureuse. C’est ainsi que je me sens libre. » Ça m’intéressait de défendre son propos parce que je vis dans le 18ème  et je croise malheureusement souvent des junkies. Particulièrement quand je croise des femmes, je me demande toujours « pourquoi elle et pas moi ? », « Comment en est-elle arrivée là ? »… Je pars du principe qu’on vit tous des choses dures, qu’on a tous nos galères, mais par ailleurs, on ne tombe pas tous dans la drogue. Ça me trottait dans la tête tout ça. Et j’ai donc écrit ce texte. Et au départ, je le chantais comme une chanson, mais ça ne marchait pas. C’était joli avant d’être fort. L’arrangement que j’avais choisi ne fonctionnait pas avec les mots. Enfin, pas pour moi. Mon amoureux est comédien, réalisateur et scénariste. Et un jour, il rentre à la maison et il me voit en train de travailler l’interprétation de cette chanson et il me dit « Ça ne va pas ! Déjà, tu es debout. Tu dépenses beaucoup trop d’énergie… Non. Tu es cette femme, ton choix est fait. Tout le monde la montre du doigt, mais elle l’assume. Elle est lasse cette femme, mais ça la remplit. Nous, ça nous effraye, mais elle ça la remplit. » Je me suis assise et je me suis mise au micro. Il a été chercher une bouteille de vin, me l’a posée à côté et m’a dit qu’il fallait qu’il y ait une vraie nonchalance, qu’il y ait un vrai truc mais qui ne soit pas lourd. J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler l’interprétation de cette chanson-là.

Bams © Valezy Houcke

Votre bio a été écrite par Virginie Despentes. Est-elle une de vos amies ? Qu’aimez-vous chez elle ?

Ce que j’aime chez elle ? Tout ! « King Kong Théorie », je l’ai offert à toutes mes amies. On ne peut pas être femme de ce siècle et ne pas avoir lu « King Kong Théorie ». Il se trouve que oui, je fréquente un peu Virginie. Elle a écouté mes maquettes très tôt. Ça s’est fait hypra simplement. Un jour, elle était dans la cuisine, j’étais là en train de réfléchir à un millier de choses. Et ultra spontanément, elle me dit qu’elle n’avait jamais écrit de bio et que si ça pouvait m’avancer et me faire plaisir, elle le ferait bien volontiers parce qu’elle adorait mon album. Dans des moments comme ça, on ouvre les bras et on dit « Merci ! »

Avant de vous quitter, je ne peux pas ne pas vous demander quelles sont les dernières nouvelles sur « Radio Bams » ?

J’ai une superbe équipe de promo qui ne lâche rien et qui se bat pour ce disque. Les dernières nouvelles, c’est aussi l’amour de mon homme et de mes enfants, ce sont des zicos extra qui croient au projet et qui me suivent, ce sont mes enfants qui grandissent sainement, ce sont mes potes qui ne m’en veulent pas d’avoir disparu ces deux derniers mois et qui m’encouragent…

Propos recueillis par IdolesMag le 30 octobre 2013.
Photos : Valezy Houcke, DR
Site web : http://bams.fm/

 









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