Interview de Helmut

Propos recueillis par IdolesMag.com le 04/11/2013.
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Helmut, Décallage Immédiat

Après l’énorme succès de « Ça m’énerve », Helmut revient avec un deuxième album, « Décalage Immédiat », nettement moins superficiel, dans lequel il dépeint avec beaucoup de justesse et d’humour (et de sarcasme parfois aussi), notre société et ses dérives… Nous avons été à la rencontre de l’artiste afin d’en savoir un peu plus sur ce projet ambitieux qui comprend deux volumes. Un premier composé de chansons inédites, et un second composé de reprises de titres des années 80 qu’il chante avec des amis. Au cours de notre entretien, nous évoquerons donc des sujets aussi vastes et variés que l’anorexie, l’industrie du disque, la télé-réalité, les télé-crochets ou les réseaux sociaux. Rencontre avec Helmut, un artiste bien ancré dans son époque, même s’il ne la comprend pas toujours…

IdolesMag : Quand ce nouvel album a-t-il commencé à prendre forme dans ta tête ? Il est très différent de ce que tu avais fait de par le passé…

Helmut : Complètement. J’ai commencé à y penser l’été dernier. On a commencé à en parler à la pré-rentrée avec mon label. J’avais envie de revenir avec des compos plus produites et plus abouties que sur le premier disque. Donc, on est partis là-dessus. Et au fur et à mesure de la conception du disque, j’ai fait des rencontres avec différents artistes de toutes générations. J’ai donc partagé des moments de musique avec eux. Et au final, on se retrouve avec un double album, mais ce n’était pas du tout ce qui avait été prévu au départ.

On parlera des duos tout à l’heure, on va d’abord un peu se pencher sur les compos originales. J’ai l’impression que ces nouvelles chansons sont plus ancrées dans la réalité et moins premier degré que celles que tu as pu produire de par le passé. Est-ce que je me trompe ?

C’est absolument ça. Tu ne te trompes pas du tout. L’écriture va un peu plus loin. C’est-à-dire qu’il y a toujours du sarcasme, mais je suis un peu plus direct. Ce ne sont plus des morceaux où tu éclates de rire en les écoutant. Ce n’était pas du tout le but. Le but, c’était vraiment de lâcher à chaque fois un message. Il y a des titres plus génériques aussi. « Plus là », par exemple, ça parle d’une rupture, donc, ça peut être fait sur tous les styles de musique. Mais « La Maigritude », ça illustre vraiment ce que je pense. Pour moi, c’est insupportable de voir des mannequins de trente-cinq kilos sur des podiums… Donc, oui, il est moins drôle, c’est sûr.

Tu me parles de « La maigritude »… Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire sur ce sujet plus délicat, l’anorexie ?

Quand tu vois que des gamines sont capables de s’affamer parce qu’elles ont pour exemple les mannequins des magazines qui, grâce à photoshop et toutes les autres technologies, ressemblent à des cintres… je trouve ça un peu triste. Je pense que ça ne sert à rien de ressembler à ces « modèles »-là quand tu as quinze ans et que tu es en train de te construire. Psychologiquement, tu as besoin d’être bien dans ta tête et dans ta peau. Tu n’as pas besoin de ce genre d’exemple…

Quand tu écris sur un sujet comme l’anorexie, te mets-tu des barrières ?

Je n’ai pas l’impression… à travers le personnage d’Helmut, il y a toujours ce ton un peu ironique et cette distance par rapport aux choses avec la façon dont je les écris. Donc, non, il n’y a pas vraiment de barrières. Si j’étais chanteur d’un groupe de rock et que je devais aller encore plus loin, le rendu serait peut-être un peu différent. Mais non, je n’ai pas du tout l’impression de me mettre de barrières avec Helmut… dans le sens où même parfois on me reproche d’avoir un langage un peu châtié !!

Comment bosses-tu ? L’écriture des chansons vient-elle après les compos ou l’inverse ?

Il y a les deux. Mais je t’avouerai que la majeure façon de travailler que j’ai, c’est de recevoir des sons de la part de beatmakers assez différents. En général, c’est une ambiance sonore qui va me faire réfléchir à un thème ou qui va me parler très directement et dès lors déclencher une écriture assez automatique. C’est-à-dire que quand je reçois un son qui me plait beaucoup, je suis capable de trouver une mélodie en yaourt dans la journée et écrire le texte dans la nuit qui suit, parce que l’ambiance sonore me l’a dicté. Alors, quand je te parle d’ambiance sonore, ça peut n’être qu’un détail, comme des violons qui vont me donner le côté drama, ça peut être des trucs qui vont me donner l’envie de faire quelque chose d’un peu plus festif… mais ça va très vite en général. Je sais en tout cas en cinq minutes quand j’ai reçu un son s’il va donner quelque chose ou pas.

Dédicace d'Helmut pour IdolesMag

J’aimerais évoquer un instant « Famous », dans laquelle tu dresses un portrait finalement assez réaliste de la télé-réalité. Es-tu client de ce genre d’émissions ?

Non, je ne suis pas client du tout de ce genre d’émissions parce que déjà, je pense que je n’ai plus l’âge. Tu es client de ce genre d’émissions, enfin… ça dépend desquelles, mais là, je parle des « Anges »… quand tu as onze ou douze ans. Mais même toute la télé-réalité en général, c’est assez bizarre. Je trouve bizarre de vouloir à tout prix tout mettre en spectacle, que ce soit la façon de faire la bouffe ou la façon de faire le ménage… Moi, ça ne m’intéresse pas du tout de voir deux nanas débarquer chez un mec qui a un appartement tout pourri pour venir nettoyer chez lui et lui dire « Tu vois, t’avais oublié qu’on pouvait frotter un lavabo avec un scotch-brite ! » Je trouve ça totalement affligeant ! Et je trouve qu’on devrait profiter de la télé pour diffuser beaucoup plus de programmes comme « Rendez-vous en terre inconnue » ou « La parenthèse inattendue » où il y a un vrai contenu. Là, tu apprends à rentrer dans l’univers des artistes ou découvrir leur vraie personnalité quand ils sont face à des tribus qui n’ont aucun de nos codes occidentaux. En tout cas, quand on évoque la télé-réalité… on est en droit de se demander vers quoi on va !!

Et tu la regardes quand même la télé ?

Je choisis, je suis sélectif… Après, je n’oublie pas la réflexion qu’on me fait souvent : « Bah, t’aimes pas ? Regarde pas ! » Non, je ne regarde pas, mais je n’oublie pas qu’il y a plein de mômes qui regardent et à qui on envoie plein de signaux un peu bizarres. En regardant ce genre d’émissions, les mômes se disent qu’ils peuvent aussi le faire… « Moi aussi, je vais faire de la muscu, quinze tatouages sur les bras et rentrer dans un programme de ce style-là, sauter en l’air et je n’aurai pas besoin de bosser dans ma vie !... »  Donc voilà…

En parlant de télé… chaque chaîne (ou presque) a aujourd’hui son télé-crochet. Quel regard jettes-tu sur eux, en tant qu’artiste ?

Ça… pour le coup j’ai été assez client de certaines saisons de « Nouvelle Star ». Il y a eu de vrais talents. Et tu le vois d’ailleurs dans les carrières que certains font, que ce soit Julien Doré, Christophe Willem ou Amel Bent. J’ai envie de dire qu’heureusement qu’ils ont eu ce genre de support pour pouvoir montrer leur talent, parce qu’ils en ont beaucoup. Après, je n’oublie pas une chose c’est que pour ceux qui produisent ce genre d’émissions, ce ne sont pas du tout des machines à fabriquer des vedettes. Ils font juste du divertissement à un instant T. C’est justement pour ça que 98% des gens qui sont issus de ce style de programmes disparaissent très vite, c’est parce que c’est fait pour divertir à un moment donné. Et ce n’est pas du tout fait pour fabriquer des stars qui vont durer et qui vont vendre beaucoup de disques. Là encore, je pense qu’il faut avoir de la distance par rapport à ça.

Dans « L’idole du protocole », tu évoques d’ailleurs ce sujet des artistes jetables à qui on ne donne plus le temps de pouvoir s’imposer. Quel regard jettes-tu sur l’industrie du disque actuelle ?

Elle est compliquée cette industrie du disque… Parce que je comprends à la fois les préoccupations industrielles de la major qui a besoin de faire tourner le Grand Stratéguerre et de faire fonctionner ses actionnaires, etc… Bref, sans rentrer dans un truc technique, je pense que les maisons de disques ont encore besoin pour survivre de faire du chiffre. Donc, effectivement, peut-être qu’elles multiplient les projets éphémères pour avoir une rentabilité à court terme. Mais en face, quand tu es artiste, c’est très compliqué. Moi, j’ai une énorme chance, c’est que j’ai une équipe qui me suit. Même étant en major, on remet le couvert quatre ans après. Peut-être est-ce aussi à force de travail, de créativité et de rencontres avec d’autres artistes. Je pense que le contenu est intéressant, mais c’est une réalité, c’est dur aujourd’hui d’être artiste et de continuer à être signé. Pour proposer ton travail, il faut te battre, parce qu’il y a les maisons de disques, leur logique, et la logique des radios aussi qui est en perpétuelle demande de nouveautés. Donc, il faut s’accrocher, croire en ce que tu fais et espérer pouvoir toucher le public.

Dans cette chanson, tu dis « T’es ex numéro 1, voilà ta tombe ». Penses-tu que « Ça  m’énerve » a pu étouffer ce que tu as pu faire par après ?

« Ça m’énerve » a étouffé le premier album, ça c’est sûr. Ça a cannibalisé le succès de « En observation ». On en a tout de même vendu plus de 35 000, ce qui n’est pas ridicule sur ce genre de musique. Mais le titre a été tellement fort que quelque part dans la tête des gens, ça ne pouvait qu’être un truc éphémère, une chanson d’été… En plus, la façon dont ça a été présenté… Moi, j’étais vraiment dans une marionnette totale. Je ne perdais jamais l’accent, j’avais tout le temps mes lunettes, j’avais mes costards à carreaux et mes cravates à pois. Ça a été perçu pour un truc éphémère. Je crois qu’aujourd’hui, si on arrive à déclencher l’intérêt du public pour se concentrer sur ce nouvel album, ça peut le faire. Il suffit de l’écouter une seule fois pour comprendre qu’il y a une légitimité à revenir.

Je suis tout à fait d’accord avec toi, mais après un tube comme « Ça m’énerve »…

… c’est dur de se relever ! (rires)

C’est génial de faire un tube, mais il y a le retour du boomerang à un moment ou un autre…

C’est tout à fait ça. Moi, j’appelle ça un cadeau empoisonné. Mon attachée de presse radio a eu les mots justes. Elle m’a dit « tu n’es pas arrivé avec un tube, mais avec un méga-tube, donc l’exigence est beaucoup plus élevée pour toi que pour un artiste qui serait arrivé de manière plus discrète ou avec un titre moins impactant. » Il faut que je me batte beaucoup plus pour prouver que j’ai encore des choses à dire et qu’en plus, on a grimpé en niveau de production. Et oui, c’est compliqué… absolument…

On parlait tout à l’heure de la logique commerciale des maisons de disques… Le CD de duos de reprises de titres des années 80 qui accompagne l’album, était-ce une réelle envie ou un passage obligé ?

C’était une réelle envie.  S’il y avait eu passage obligé, on aurait été vers quelque chose de plus facile. Aujourd’hui, quand on reprend Goldman ou France Gall, on est à peu près sûr de vendre quelques milliers de disques. Moi, je n’ai pas du tout fait ça… J’ai sorti des titres que la plupart des gens avaient complètement oubliés… voire même jamais entendus. « Thai Na Na » ou « La Carioca », tu te dis que c’est juste pas possible de reprendre un titre comme ça. Donc, ce sont les rencontres avec les artistes qui sont présents sur le disque qui ont découlé sur l’envie de faire quelque chose ensemble. Du coup, pour trouver un fil rouge, on s’est dit « pourquoi ne pas reprendre des tubes vraiment bizarroïdes des années 80 ? » Enfin, bizarroïdes, pas tous, mais qui correspondent en tout cas à l’état d’esprit qu’on a ensemble quand  on est derrière un micro. C’est comme ça qu’on a fait « Ça (c’est vraiment toi) » avec Pep’s qui est mon plus vieux pote dans la musique et qui est un grand fan de rock. À chaque fois, il fallait qu’il y ait un truc qui soit moteur pour le duettiste et pour moi. Donc, non, ce n’était pas du tout un passage obligé, c’est juste que ça s’est fait en parallèle de la construction du premier disque. C’étaient deux projets radicalement différents. La logique commerciale aurait été de dire qu’on sortait d’abord le premier album et le deuxième un peu plus tard. Mais moi j’ai dit à mon label que c’était un travail que j’avais fait sur la même année, donc, pour être complètement honnête, qu’il fallait tout livrer en même temps, quitte à ce que ce soit très difficile à vendre ou à comprendre dans un premier temps de la part des médias. Le seul truc qui fait comprendre le tout, c’est le titre de l’album, « Décalage Immédiat ». Parce qu’il y a un vrai décalage entre le disque 1 et le disque 2.

On va évoquer rapidement les titres que tu reprends sur ce deuxième album. Pour chaque titre, tu vas me dire pourquoi tu as choisi de chanter ce titre-là avec cet artiste-là. On va commencer par le premier, « Thaï Na Na » avec Philippe Katerine.

Quand j’ai rencontré pour la première fois Katerine, je lui ai proposé de faire un duo sur un titre original. La chanson que je lui avais proposée ne lui avait pas plus parlé que ça. J’en avais été très frustré et donc, je m’étais dit qu’il fallait absolument que je trouve un titre qui lui ressemble pour qu’il ait envie de venir me rejoindre au micro. Quand j’ai réécouté le titre de Kazero, j’ai trouvé qu’il aurait pu avoir été écrit pour Katerine parce que c’est vraiment la même intonation au début. Quand je lui en ai parlé, il m’a dit oui tout de suite.

Avec Philippe Lavil, vous chantez « Vieille Canaille »…

Ce que je vais te dire n’est pas politiquement correct, mais disons qu’on était bien éméchés tous les deux dans les coulisses d’un concert carritatif et je trouvais qu’il y avait un côté vieux loup dans nos discussions. Je lui ai dit qu’il était une « Vieille Canaille » ! Quand on s’est revu et qu’on a déjeuné à Paris, c’était évident qu’on pouvait chanter ce titre ensemble. Il m’a dit que si on le faisait, il fallait le faire en reggae. Donc, là encore c’est une démarche très sincère.

Tu chantes les « 99 Luftballons » de Nena avec Barbara Schultz.

Alors là, Barbara Schultz… (sourires) Notre première rencontre est assez folle. Ça remonte au mois de juin 2009 quand j’ai sorti « Miss France ». J’étais en scooter Rue François 1er, et elle s’est arrêtée juste à côté de moi dans son Austin Mini. Elle a ouvert la fenêtre et elle m’a dit « J’adore ton titre Miss France ! » Et… elle s’est barrée !! (rires) Je ne l’ai jamais revue… Quand j’étais en studio en train d’enregistrer avec Pep’s, il m’a dit qu’il connaissait bien Barbara et qu’elle avait envie de s’essayer à un truc musical. Je lui ai dit que non seulement, il allait lui proposer de venir chanter un duo avec moi, mais qu’il allait également lui rappeler cette petite histoire ! Quand on s’est parlé ensuite, on s’est dit qu’il fallait un truc complètement fou parce qu’elle a un enthousiasme dingue quand elle est derrière un micro. Je me suis dit qu’on allait aller au bout du truc en prenant un titre punk rock allemand. Ça l’a rendue hystérique et on a choisi la chanson de Nena.

Après, on retrouve Julie Zenatti sur « Qu’est-ce que t’es belle ».

Avec Julie, on s’est rencontrés pareil au cours d’un déjeuner. Je lui ai avoué qu’il y a dix ans de cela, j’étais dans un hôtel à Lyon quand elle était en pleine comédie musicale. Je l’avais vue avec Patrick Fiori, et je m’étais dit qu’ils avaient réussi, qu’ils avaient de la chance d’être devant, en pleine gloire, en me disant secrètement que moi aussi un jour j’aurais la chance d’être exposé. Quand on s’est vus, je lui ai dit que maintenant ce serait la cerise de faire un truc ensemble… Elle m’a dit « Oui, mais quoi ? » Je lui ai demandé de me laisser réfléchir. C’est en allant fouiller des choses sur soundcloud et sur youtube que je suis retombé sur ce titre de Ringer et Lavoine. Je me suis dit que Julie étant une petite nana super jolie, ce serait drôle qu’elle chante « j’me sens pas belle ». Ça l’a bien emballée, et c’est d’ailleurs le seul titre où j’ai fait un trio parce qu’il y a Julie, Helmut et Eric aussi. Il y a ma vraie voix tout du long. J’ai été obligé d’essayer, même si c’est impossible, de tenir un maximum la distance vocalement avec Julie. J’ai vraiment chanté sur ce titre-là.

Le titre suivant, c’est « Ça (c’est vraiment toi) » avec Pep’s, tu m’en as touché un mot tout à l’heure. Et le dernier, c’est « Djobi Djoba » avec Chico & les gypsies.

Chico, je l’ai rencontré dans mon label. Il m’a dit qu’il s’était bien marré avec mon clip, qu’il était complètement fou. J’étais étonné qu’il le connaisse… Chico et les gypsies sont une telle légende ! Quand mon DA lui a parlé de mon projet, il m’a dit « quand tu veux, on se met derrière un micro et on essaye quelque chose ! » Donc là, je suis rentré chez moi tremblant. J’ai réécouté « Djobi Djoba », et je l’ai imaginée comme finalement une nuit à Malaga où j’arrivais effrontément avec une nana et qu’eux étaient là en résidence sur un podium de fortune. Je me suis dit que quand j’allais lui dire ça, il allait me tuer. Mais ça l’a tellement fait marrer qu’ils sont venus et qu’on l’a fait. On ne peut pas se rendre compte de ce que ça peut faire d’être en studio avec Chico & les gypsies… Quand ils commencent à jouer et à chanter, tu as des frissons partout. Là, tu te dis que tu as vraiment du bol d’être là… Ça transpire d’émotion et c’est assez magique.

Tu m’as touché un mot d’Eric tout à l’heure en évoquant le duo avec Julie Zenatti. Helmut et Eric, c’est quoi ? C’est un peu le Yin et le Yang ?

Je pense que t’as bien défini le truc… C’est marrant que tu dises ça, « Le Yin et le Yang »… parce que c’est assez vrai ! (sourire) L’autre jour, je faisais une interview à la télé et le journaliste avait analysé ma page facebook. Il m’a dit « Elle est assez folle votre page parce qu’elle est complètement schizophrénique ! » Je lui ai dit « Comment ça ? » Il m’a dit qu’il y avait autant de phrases d’Helmut qui fait la promo de son disque que de poèmes que je poste moi à quatre heures du matin… Il me trouvait beaucoup plus romantique qu’Helmut et trouvait également que j’avais une approche du monde très différente. Donc, il m’a dit que finalement c’était un peu une double page Eric/Helmut. Et c’est vrai, je ne peux pas vraiment tricher là-dessus. Sur la page, on retrouve tous mes états d’âme. Ce sont mes moments de désenchantement et mes gros moments d’enthousiasme. Donc, oui, c’est un peu le Yin et le Yang.

Helmut - DR

Que penses-tu des réseaux sociaux justement ? C’est tout simplement génial ou…

… C’est surtout pas quelque chose de génial ! Je pense qu’au contraire, c’est ultra maléfique, les réseaux sociaux. Ça nous a coupés de beaucoup de choses. Et moi le premier !  Quand je suis sur mon scooter au feu, souvent, je vois un mec à côté de moi qui enlève vite fait son gant pour regarder son portable, il veut vite actualiser sa page facebook ou envoyer un texto… On est tous devenus complétement tarés avec ça ! Et je crois que le premier réflexe qu’on a tous le matin, avant quoique ce soit, c’est d’aller voir qui a commenté quoi sur sa page facebook… Je trouve qu’on est devenus fous avec les réseaux sociaux et qu’on n’est vraiment pas prêts de s’en sortir. Mais, encore une fois, c’est la seule façon que tu as aujourd’hui pour communiquer avec ton public. Donc moi, ma fan page je la bichonne et elle me permet d’aller parfois sur des axes plus Eric et parfois plus Helmut. Mais dans l’absolu, c’est le diable les réseaux sociaux. Quand tu observes bien les gens, c’est hallucinant. L’autre jour, j’achetais un sandwich et je regardais les gens dans la queue. Personne ne se parle, tout le monde a sa gueule dans son téléphone. C’est terrible ! Tout le monde veut voir avant les autres ce qu’untel a posté… Je m’étends un petit peu sur le sujet, mais c’est une question très importante pour moi. Les réseaux sociaux donnent aussi peut-être le sentiment à tout le monde d’exister plus que de raison. C’est un peu « Je mets ma vie en scène ». J’ai des gens dans mon entourage qui, quand ils partent en vacances, ne me donnent pas du tout l’impression de partir en vacances se reposer quelques jours ! J’ai un pote qui est parti à New-York. En deux jours, il a posté plus de 150 photos sur son compte facebook depuis New-York. Je lui ai envoyé un message en lui demandant s’il profitait vraiment de son séjour ou s’il avait juste envie de faire une vitrine pour ses potes. Je lui ai demandé s’il se demandait si ça ne générait pas de la convoitise ou de la jalousie… Je comprends bien qu’il soit très très très content de dire au monde entier qu’il est à New-York, mais en profite-t-il vraiment ? Pas sûr… C’est de la gangrène…

On va terminer cette interview sur cette note-là. À l’écoute des titres, tu dresses un portrait pas forcément positif, mais en tout cas réaliste de notre société, que ce soit dans « Métro Boulot Disco » ou les autres chansons. Quel regard jettes-tu sur notre société ?

Je ne sais pas… Vaste question ! C’est une société qui est en pleine mutation. On pourrait dire que les enfants qui sont là maintenant sont issus de la prophétie du cinquième règne et qu’ils vont sauver l’humanité en revenant à des choses plus bios et moins pleines d’ondes… Mais je ne sais pas… On n’a jamais eu aussi vite accès à l’information et on n’en a jamais autant fait n’importe quoi. Malheureusement, on est beaucoup plus dans le sensationnel que dans la vraie analyse des choses. Ne serait-ce qu’en ne parlant que du disque… Comme je le dis, aujourd’hui, on émet beaucoup de critiques sur les disques qui sortent, je ne parle pas du mien, je parle en général. On est beaucoup plus attachés à dire qu’aujourd’hui Miley Cyrus a fait un clip à poil sur une boule de chantier, plutôt que de parler vraiment du contenu de son disque et de se demander si c’est musicalement intéressant, si ça nous procure de l’émotion, si ça nous donne envie de danser… Je pense qu’on fait du Voici à toutes les sauces et c’est un peu dommage. C’est mon regard sur notre société. Il n’est pas très optimiste, mais en tout cas, il est lucide…

Propos recueillis par IdolesMag le 4 novembre 2013.
Photos : DR
Facebook : https://www.facebook.com/Helmutfritzofficiel









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