Interview de Yohann Malory

Propos recueillis par IdolesMag.com le 24/10/2013.
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Yohann Malory - DR

Yohann Malory a publié son nouveau single le 21 octobre dernier, « Love Me », en duo avec Jenifer. Nous avons été à sa rencontre pour parler de ce duo et de la collaboration entre les deux artistes, qui ne date pas d’hier (il a déjà écrit quelques titres sur le précédent album de l’artiste, « L’Amour et moi »). Au cours de notre entretien, nous apprendrons à mieux connaître le jeune artiste en évoquant brièvement son parcours, lui qui a notamment travaillé avec M Pokora, et qui travaille actuellement avec Chimène Badi, Yannick Noah ou encore Margaux Avril. Nous ne manquerons pas non plus de parler de son album qui devait initialement sortir l’année dernière. Il nous expliquera pourquoi sa sortie a été repoussée. Rencontre avec Yohann Malory, un auteur/compositeur/interprète qui a le vent en poupe.

Yohann Malory, Jenifer - Love MeIdolesMag : Dans quelles circonstances as-tu rencontré Jenifer la toute première fois?

Yohann Malory : C’était après un concert qu’elle avait donné à Paris. C’est notre directeur artistique, qu’on a en commun, qui nous a présentés. C’était quelques mois avant de commencer son album « L’amour et moi ».

Avais-tu déjà quelques chansons à lui proposer à ce moment-là ?

À ce moment-là, pas encore. C’est par la suite que j’ai commencé à lui écrire des chansons. Je lui ai présenté mon travail et elle a accroché. Après, ça a été le début de plusieurs rencontres, pas forcément dans le cadre du travail, d’ailleurs. Et puis, après, on a enchaîné avec des sessions en studio et des sessions d’écriture. Ça a été le début de notre collaboration.

Quelle a été la toute première impression que tu as eue d’elle ?

Je l’ai trouvée super accessible et super naturelle. Bizarrement, le truc qui m’a fait accrocher avec elle, c’est qu’on lit plein de choses dans les journaux sur elle, mais en vrai, elle n’est pas du tout comme ça. C’est quelqu’un de très franc. Elle dit toujours ce qu’elle pense. Elle est très naturelle. C’est la première impression que j’ai eue d’elle.

Écrire des chansons pour quelqu’un, c’est une étape. Chanter en duo avec, ç’en est une autre. Quand cette idée de duo a-t-elle commencé à mûrir ?

J’étais en train de composer et d’écrire pour mon album. Et quand j’ai écrit cette chanson, j’ai tout de suite pensé à elle. D’une part pour le côté un peu pop funky, qui est aussi le genre de musique qu’elle aime, vu que c’est ce qu’on a fait sur son album. Et ensuite, il n’y a pas beaucoup de chanteuses en France qui sont capables de chanter sur ce genre de musique. Je me suis tout de suite dit que Jenifer correspondrait parfaitement. Et puis, la démarche me semblait logique par rapport à tout ce qu’on avait vécu auparavant. Quand je lui ai proposé la chanson, elle a accepté immédiatement. Elle a voulu qu’on enregistre tout de suite.

Tu n’as donc même pas envisagé de chanter le titre avec quelqu’un d’autre.

Exactement. En l’écrivant, je l’imaginais déjà la chanter. C’est la première et la seule personne à qui j’ai pensé.

Plus généralement, aimes-tu l’exercice du duo, même s’il devient souvent un ressort aujourd’hui ?

Quand il est justifié par une démarche artistique, oui, j’aime l’idée du duo. Quand le texte s’y prête vraiment et quand il y a une véritable relation humaine et artistique entre deux artistes, oui. Après, faire un duo pour faire un duo, enregistrer dans des studios différents et ce genre de choses… je n’en vois pas trop l’intérêt. La démarche ne me parle pas forcément. Ici, « Love Me », c’est un peu le résultat de tout ce qu’on a pu vivre ensemble, de tout le travail qu’on a pu faire en studio ensemble. C’était justifié.

Yohann Malory - DR

Pourquoi avoir fait le choix de dévoiler dans un premier temps une vidéo lyrics et pas un véritable clip ?

Il va y avoir un clip. On va le tourner d’ici quinze jours/trois semaines. En fait, la vidéo lyrics était faite au départ pour dévoiler un peu de contenu. Elle permet aussi aux gens qui aiment la chanson de pouvoir s’approprier les paroles. Je trouvais que c’était cool pour ceux qui aimaient la chanson, avant l’arrivée du véritable clip. En fait, le clip, on n’a pas pu le tourner tout de suite, en raison de l’emploi du temps de tout le monde. Donc, c’était bien de donner un peu d’image en attendant.

Peux-tu m’en dire un peu plus sur ce clip ?

On est encore en train de travailler et réfléchir dessus. Tout n’est pas encore définitif.

Est-ce quelque chose qui t’intéresse tout ce travail d’image autour de la musique ?

Oui, je trouve ça très important. Vraiment très important. Un clip, ça peut sublimer une chanson, comme ça peut la plomber. Donc, c’est quelque chose qui doit se réfléchir. J’aime bien avoir des idées un peu originales comme j’avais pu en avoir une sur mon premier clip, « Entre toi et moi ». On s’était un peu pris la tête pour avoir un clip qui collait bien à la chanson. Et c’est pour ça qu’on réfléchit bien pour le prochain. C’est très important pour moi, la musique et l’image vont ensemble.

Toi qui es musicien, regrettes-tu que l’image prenne parfois un peu le pas sur la musique ? Les jeunes ont parfois tendance à aller regarder de la musique sur youtube plutôt que de l’écouter vraiment…

En fait, ça ne me dérange pas forcément. Il y a des artistes comme Stromae ou M Pokora qui misent beaucoup sur leur image. C’est tellement bien travaillé qu’au final, ça a autant d’importance que la musique qu’il y a derrière. Ça dépend ce que recherchent les gens qui aiment un artiste. Aiment-ils l’image qu’il renvoie ou sa musique ? Moi, je sais que personnellement, je fais plus attention à la musique, mais quand l’image va avec, c’est mieux. Ça va me faire encore plus aimer la chanson. Mais je peux comprendre que quand l’image est bien travaillée, elle puisse plaire aux jeunes autant que la musique. Je peux le comprendre. Mais ce n’est pas ce que je fais personnellement.

Il y a déjà plusieurs singles qui ont été publiés, un album, « Kiss Kiss Bang Bang » avait été annoncé pour le printemps de l’année dernière, puis repoussé. Où en est-il ce projet d’album ?

Entre temps, j’ai changé de label. Mon album devait sortir chez Mercury et je suis passé chez Capitol. Donc, ça a mis un peu de retard. Et puis, il y a certains titres qui devaient figurer sur l’album et qui, je trouve, avaient mal vieilli. Donc, j’ai voulu refaire des chansons et repartir. Au départ, il n’y avait même pas le duo avec Jenifer. Il y a d’autres idées qui sont venues en cours de route et donc, j’ai préféré décaler la sortie du disque. Et puis surtout, j’attends d’avoir une chanson qui soit assez exposée pour sortir l’album. Je n’ai pas envie de sortir un album qui passe inaperçu et qui soit bâclé. J’ai vraiment envie de prendre le temps, même si je sais que certaines personnes me le reprochent. Je préfère prendre le risque et le temps de faire un album réussi.

À l’heure actuelle, le single est devenu un peu le roi. Penses-tu que le format album, dix/douze chansons, est devenu obsolète ?

Pas du tout. L’album, c’est le plus important pour adhérer à, et aimer l’univers d’un artiste. Ce qui est dur en ce moment, c’est que pour avoir la chance de sortir un album et de toucher pas mal de gens, il faut avoir un single qui est bien exposé médiatiquement. C’est-à-dire, passer beaucoup en radio et passer en télé. Et du coup, c’est des fois dommage parce qu’un single ne peut pas refléter toutes les facettes d’un artiste. Et pour sortir un album et montrer plein de facettes différentes, il faut avoir un single bien exposé. Donc, c’est un peu la difficulté qu’on a aujourd’hui.

Sur cet album, il avait été question de collaborations avec Brigitte Fontaine, Frédéric Beigbeder ou The Shoes. Sont-elles encore d’actualité ?

Oui, oui. Sur l’album, il y a toujours la chanson avec Beigbeder. J’ai fait d’autres collaborations, et notamment avec Margaux Avril. Il y aura aussi Jenifer. Il y a un titre qui a été cocomposé par les Shoes. Il y aura pas mal de collaborations. Il y a donc des nouveaux titres et des titres anciens que j’ai un peu remis au goût du jour.

Yohann Malory - DR

Depuis quand écris-tu et composes-tu, toi, finalement ?

J’ai toujours écrit, depuis très jeune. J’ai commencé par écrire des trucs un peu plus rap. Et au fur et à mesure que j’ai grandi, je me suis mis à la compo. L’écriture a toujours été au centre de tous mes projets. C’est ce que je préfère faire, en fait. Je préfère écrire que de trouver des mélodies. D’ailleurs, quand j’écris une chanson, je pars toujours d’un texte et je pose une mélodie dessus. La mélodie vient toujours après le texte. Écrire sur une mélodie déjà toute faite me plait beaucoup moins.

Ton rapport à l’écriture a-t-il changé avec le temps ?

Bien sûr, ça a vraiment changé. Quand on a quinze ou seize ans, on écrit des choses qui vont avec l’adolescence. Entre temps, on se cultive, on lit des livres, on va voir des expos, on va voir des films… bref, on s’intéresse à plein de choses et du coup, on est beaucoup plus riche de toutes ces choses, et l’écriture évolue. Un autre langage et un autre champ lexical rentrent en jeu. Du coup, en grandissant et en évoluant, j’ai réussi à montrer plusieurs facettes de mon écriture. Je peux écrire des chansons pour des artistes assez jeunes comme Sidoine, Margaux Avril, M Pokora, Jenifer, et puis pour d’autres comme Chimène Badi, Yannick Noah qui ont une cible beaucoup plus adulte… C’est assez large. C’est bien d’avoir plusieurs cordes à son arc pour écrire et pour pouvoir participer à des projets plus jeunes et d’autres plus adultes.

Quand tu écris pour d’autres personnes, écris-tu vraiment pour eux ou bien restes-tu dans ta bulle et après te dis-tu que telle chanson ou telle autre pourrait correspondre à untel ou unetelle ?

Ça dépend. Par exemple, pour Jenifer, je pars un peu du fantasme qu’elle provoque chez les hommes. En gros, ce que j’imaginais d’elle. Quand j’écris pour une fille, je pars souvent de ce qu’elles m’inspirent. Après, pour les garçons, ce sont parfois des chansons que je trouve qui seraient mieux servies par un autre chanteur que par moi-même. Du coup, je les propose. Il n’y a pas vraiment de règle. Je marche aussi aux propositions qu’on peut me faire… Si Margaux vient me trouver en me disant qu’elle voudrait une chanson sur un thème précis, je vais l’écrire en me mettant dans sa peau.

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Quand on voit le nombre de personnes pour lesquelles tu écris… j’imagine que tu es constamment en train de penser à une chanson…

Oui, j’écris un peu tout le temps. Même sans musique. Dès que j’ai une idée, j’essaye d’écrire. J’ai des bouts de textes qui traînent par-ci par-là. C’est vraiment ce que je fais la plupart de mon temps. Des fois, je me réveille en pleine nuit pour écrire, si j’ai une idée qui me vient en tête. Ça peut être n’importe quand. Dès que je vois un film, que je lis un livre, j’ai des idées, et je note des petits bouts de phrases.

Viens-tu d’une famille d’artistes ?

Pas du tout !

Quand as-tu eu le déclic de l’écriture ?

C’était vraiment quand j’étais très jeune. En cours de français, j’ai eu une professeure qui m’a donné la passion d’écrire. Elle m’a vraiment encouragé. C’était la matière où j’étais le meilleur à l’école. Du coup, la philo et le français, c’est vraiment les cours où je prenais mon pied. Et c’est une prof qui m’a encouragé dans cette voie. Après, par la suite, la musique est arrivée. Par contre, dans ma famille, ma mère écoutait beaucoup de chansons. Mon grand frère aussi adorait la musique. Du coup, j’ai baigné là-dedans. Mais l’association entre le texte et l’envie de faire des mélodies et d’écrire des chansons, c’est venu un peu plus tard.

Tu as travaillé avec M Pokora, Jenifer, Chimène Badi, Sidoine… Ce sont des gens qui sortent de télé-crochets, Pop Stars ou la StarAc. As-tu été, toi, tenté par ce genre de programme ?

Non. On m’a proposé de faire la Star Academy, mais ça ne m’a pas tenté. On a insisté pour que je le fasse, mais ce n’est pas dans ma vision des choses. Je respecte totalement les gens qui font ce genre d’émissions et qui se servent de ce tremplin pour pouvoir réussir dans ce métier. Généralement, ce sont de très bons interprètes. Et moi, je ne pense pas être un bon interprète. Si je n’écris pas mes propres chansons et si je ne les compose pas, je ne pense pas bien chanter celles des autres. C’est un peu le principe de ce genre d’émissions. Donc, je ne m’imagine pas chanter les chansons des autres aussi bien que d’autres personnes peuvent le faire.

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Ce n’est pas pour toi.

Exactement. Mais je ne me permettrais pas de juger ceux qui le font. Je peux comprendre que certaines personnes aient envie de faire ça, mais ce n’est pas pour moi.

Quand on regarde ta jeune carrière, il y a deux grandes périodes. La période Tyron Carter avec M Pokora et la période actuelle, la période Yohann Malory. Entre les deux, tu as changé de nom d’artiste, il y a un changement de look, de style musical aussi… à quoi cela est-il dû ?

Je le vois comme une évolution naturelle. Quand j’étais plus jeune, vers 17/18 ans, j’évoluais dans un autre milieu. J’écoutais un certain type de musique. J’écrivais un peu ce que je vivais à ce moment-là. En grandissant, j’ai rencontré d’autres personnes, je me suis ouvert à d’autres styles de musique. Je me suis intéressé à d’autres époques. Je suis rentré dans la musique avec un peu plus de profondeur. Du coup, maintenant, Yohann Malory, ça représente ce que je suis maintenant, ce que je vis maintenant, ce que j’écoute maintenant… Et puis, le rap et le funk, c’est un peu lié. C’est un peu la même histoire. Mon personnage joue un peu des influences urbaines, va-t-on dire, dans lesquelles j’ai grandi. Donc, ce changement est dû à une évolution naturelle. À 17 ans, j’écoutais des choses et aujourd’hui, j’en écoute d’autres.

La scène, comment la conçois-tu ? Comme le but ultime ou une étape parmi d’autres ?

La scène, pour moi, je ne sais pas si c’est un but ultime… Ce qui est certain, c’est que c’est un moment assez spécial. Tout le monde ou presque rêve de monter sur scène. Avoir une interaction avec les gens qui ont écouté ta musique, c’est vrai que c’est génial. Sur scène, tu rencontres enfin les gens qui aiment ta musique. Tu peux créer une alchimie. C’est formidable. Aller défendre ses chansons sur scène c’est vraiment une grosse étape. À côté de ça, écrire des chansons, c’est aussi quelque chose de formidable. Ce sont vraiment les deux raisons pour lesquelles je fais ce métier : l’écriture de chansons et aller les défendre sur scène. Mais c’est assez dur d’aller sur scène, il faut se faire connaître, il faut être un peu médiatisé. C’est la règle. Il faut passer à la télé avant de faire des concerts. Et là, c’est un peu l’aboutissement de ton projet.

Penses-tu rapidement comment une chanson va pouvoir être transposée sur scène quand tu l’écris ou que tu l’enregistres ?

Quand j’écris des chansons qui bougent et qui sont assez dansantes, généralement, en studio, on peut se projeter sur scène. On peut s’imaginer que les gens vont plus bouger dessus, donc dans la production du titre et la réalisation de la chanson, on va faire en sorte que ça tape bien pour qu’on s’amuse dessus sur scène. Donc, oui, on y pense en studio, c’est sûr…

Propos recueillis le 24 octobre 2013.
Photos :
Site web : http://www.yohann-malory.com/

 









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