Interview de Germain

Propos recueillis par IdolesMag.com le 16/10/2013.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Germain © Vincent Thomas

Après avoir longtemps évolué au sein du groupe pop/rock Margot, Germain nous livre son premier album solo, « Saison Morte », dans un registre plus chanson et variété. Nous avons été à sa rencontre afin qu’il nous en dise plus sur ce projet. Il nous expliquera notamment qu’il a eu besoin à un moment donné de son parcours de prendre des distances avec le groupe pour créer des chansons plus personnelles. Rencontre avec un artiste amoureux des mots…

Germain, Saison MorteIdolesMag : Avec le groupe Margot, tu évoluais dans un registre nettement différent, plus rock. Quand as-tu pris la décision d’aller vers quelque chose de plus chanson, plus variété ?

Germain : Finalement, pendant ma petite expérience avec Margot, qui était plus rock, j’avais toujours ce désir en moi de composer et d’écrire des choses un peu plus personnelles. Du coup, les choses de la vie ont fait que nous nous sommes séparés avec Magot et j’ai pu vraiment exprimer, que ce soit au niveau de la composition ou de l’écriture, des choses plus personnelles. C’est naturellement que je me suis mis sur MMC, pour que les gens puissent un peu juger mon travail. C’était quelque chose de tout nouveau pour moi puisque j’avais une écriture plus rock à la base. Pour moi, c’était un bon test.

Que retiens-tu de cette aventure en groupe ? Est-ce quelque chose qui est terminé dans ta tête ou bien pourrais-tu peut-être un jour remonter un groupe ?

Je pense que ce n’est pas forcément terminé. J’ai une approche de la musique qui est assez simple, finalement. Je marche par coup de cœur. Demain, je pourrais rencontrer des personnes avec lesquelles j’aurais envie de remonter un groupe, ou tout simplement remonter Margot. Ce sont les étapes de la vie. Je ne suis pas fermé à un style. Je marche vraiment par coup de cœur et par émotion. Si demain je suis dans un état d’esprit qui fait que j’ai envie de travailler avec d’autres personnes et que je ressens des émotions dans ce truc-là, je le ferai bien volontiers. Je ne me mets pas de barrière en tout cas.

Tu as écris la quasi-totalité des titres qui figurent sur « Saison Morte ». Quel genre d’auteur/compositeur es-tu ?

J’écris tout le temps. Vraiment. C’est quelque chose de naturel chez moi. Alors, bien évidemment, tout n’est pas bon. De toute façon, j’ai toujours assez peu de recul sur ce que je peux écrire. Mais j’écris tout le temps, sur des thèmes variés. Je ne me donne pas de fil d’Ariane à suivre. Ça vient vraiment comme ça, tout simplement. Ça part souvent d’une musique que je joue à la guitare ou au piano. Et ensuite, me viennent des images et des idées que je vais développer. Je reviens très rarement sur un titre, parce que je ne trouve tout simplement pas intéressant de le changer par après. Peaufiner, ça ne m’intéresse pas. Je préfère vraiment le côté brut. C’est souvent fait un peu à l’arrache, mais je préfère ce côté brut dans l’écriture.

C’est donc la musique qui te guide.

Oui, à 90% du temps, c’est comme ça.

Pourtant, ton premier single s’intitule « Les mots », et à l’écoute de l’album, on sent un vrai respect des mots.

Je suis amoureux des mots en règle générale. Et pourtant, c’est presque contradictoire, parce que je ne retouche pas beaucoup les textes. J’écris la chanson d’une traite, sans vraiment me poser de questions. Il y a des phrases qui sortent un peu comme ça. Mais j’essaye quand même de rester cohérent. Mais c’est vrai que j’ai un véritable respect des mots et de notre langue. Si ça se ressent, c’est plutôt bien.

As-tu ce respect des mots et du texte depuis longtemps ? Lis-tu depuis longtemps ?

Oui, j’ai toujours eu une attirance pour les beaux mots et les phrases bien tournées. Et les belles images qu’ils peuvent suggérer. J’ai toujours été en admiration devant ça.

Germain © Vincent Thomas

Quand as-tu commencé à écrire des chansons ?

J’ai été batteur… À neuf ans, j’étais fan de batterie et de percussions. J’avais déjà un petit groupe à l’époque. Je devais avoir 12/13 ans, quelque chose comme ça. C’était un peu l’anarchie, mais bon… On faisait beaucoup de reprises. Et à force de faire des reprises, je me suis dit qu’il fallait que je me mette à écrire et à composer. C’est pour ça que je me suis mis à la guitare, parce que, tu en conviendras, composer à la batterie, c’est un peu compliqué ! (rires) J’ai acheté une guitare toute bizarre et j’ai commencé à apprendre l’instrument avec mon oncle qui était guitariste. C’est lui qui est d’ailleurs devenu mon manageur par la suite. Il m’a appris les deux/trois accords basiques du début. Je n’ai jamais vraiment pris de cours de guitare de ma vie, je n’ai jamais voulu devenir guitariste et en faire un métier. Je me servais de cet instrument pour composer. Et donc, dès l’âge de 13/14 ans, j’ai commencé à écrire mes propres chansons.

À l’époque, voulais-tu déjà faire passer un message dans tes chansons ou bien prenais-tu l’exercice plus comme un jeu ?

À l’époque, très sincèrement, j’avais déjà envie de raconter des choses. Mais tout est relatif, c’était des choses que j’avais envie de raconter en rapport avec mon âge… (sourire) Mais surtout, ça me permettait de parler un peu d’amour devant de futures conquêtes ou des choses comme ça. Et puis par la suite, j’ai affiné mon écriture. Mais c’était une vraie expérience…

Tu me parlais tout à l’heure de ton oncle guitariste qui est devenu ton manageur par la suite, mais tes parents étaient-ils musiciens ?

Mes parents, non. Ils ne sont pas musiciens du tout. Mon cousin était musicien. C’est d’ailleurs avec lui que j’avais fondé Margot. Il faisait partie de la formation, il était le guitariste.

Et on écoutait tout de même la radio à la maison ou un peu de musique ?

Non, on n’écoutait jamais la radio ! D’ailleurs aujourd’hui, j’écoute encore très peu la radio. On écoutait les Beatles et ce genre de choses. Beaucoup de pop anglaise. Et mes amis de l’époque aussi écoutaient ce genre de musique. Du Muse aussi. Toute cette musique-là me parle.

Et pour ce qui est des artistes français ?

Beaucoup de Polnareff, de Berger… Les grands classiques, en fait. Ce sont ces grands artistes qui provoquent de l’émotion. Brel, aussi, Léo Ferré.

Germain © Vincent Thomas

Tu cosignes un titre avec Grégoire, « Ave Maria ». Le connais-tu depuis longtemps ?

Je le connais depuis pas mal de temps en fait. Comme je me suis inscrit sur MMC, je l’ai croisé plusieurs fois. Et puis, j’ai travaillé avec le même réalisateur que lui sur certains de mes titres. du coup, cette coécriture s’est faite vraiment tout naturellement. Il a commencé à écouter mes titres et m’a donné quelques conseils sur mes chansons, ce qu’il aimait et ce qu’il aimait moins. Et puis, cette collaboration est venue tout naturellement. J’avais écrit les trois quart du titre « Ave Maria » et lui est venu avec quelques idées. Très sincèrement, si ses idées ne m’avaient pas plu, je ne les aurais pas gardées. Là, je trouvais que ça apportait vraiment quelque chose. Il a apporté de l’espoir à la chanson. Ce que j’avais écrit était un petit peu triste, ça ne finissait pas forcément bien… et lui a réussi à transformer ça, et notamment dans le dernier couplet. Donc, tout s’est fait tout naturellement. J’étais content de ce qu’il m’avait proposé.

Plus généralement, est-ce un exercice que tu aimes la coécriture ?

Je suis vraiment ouvert à tout comme je te le disais tout à l’heure. Je marche à l’émotion avant toute chose. À 4000%. Si demain, on me ramène une musique et un texte, qu’on me dit qu’on a écrit la chanson en pensant à moi et si je trouve le truc mortel, je ne vais pas hésiter une seconde à la chanter, la mettre sur un album et la défendre sur scène. Il n’y a aucun problème là-dessus. Le fait de partager artistiquement, je trouve ça intéressant. C’est le côté humain qui m’intéresse. Après, j’ai l’habitude d’écrire seul mais je ne suis pas du tout réticent à la coécriture.

Tu as fait appel à trois réalisateurs différents… Franck Authié, William Rousseau et Laurent Guéneau. Pourquoi avoir fait ce choix ? Un peu par la force des choses, ou bien par réelle envie artistique.

En écoutant les titres, une fois la sélection faite par le directeur artistique de MyMajor, il y a des titres comme « Les Mots » ou « Allons Enfants » qui sont un peu plus rentre dedans, un peu moins variété. J’ai trouvé séduisante l’idée de travailler avec William Rousseau parce qu’il a une patte un peu électro et que je me suis dit que ce serait intéressant de faire ça avec lui. Il a écouté le projet et il l’a aimé, donc, il a accepté. Il m’a proposé des choses et finalement on est tombés d’accord assez rapidement et on a enregistré ça très vite. Ça matchait bien. Et à côté de ces titres, j’avais des titres un peu plus personnels comme « Saison Morte » ou « Tombe l’amour ». Et là, Franck qui est plus acoustique avec de vraies batteries et de vrais musiciens derrière, était l’homme de la situation. Je me suis dit que ce serait un peu plus intimiste et que ça ressortirait mieux avec Franck. Donc, c’est un choix artistique avant tout. Et je suis assez content du résultat.

Entre nous, n’as-tu pas flippé un peu à un moment donné ? Parce que choisir trois réalisateurs pour un même projet, ça peut devenir très vite casse-gueule…

C’est vrai… J’ai quand même eu peur… Et pour être honnête, j’ai même eu très peur !! (rires) Souvent, je me demandais si je n’étais pas en train de faire une énorme connerie. J’avais peur que ça ne perturbe les gens… d’entendre un coup de l’électro, un coup de l’acoustique… Et finalement, quand j’ai entendu le tout mixé, j’ai trouvé ça cohérent. Et j’ai été rassuré !

Pourquoi est-ce le titre « Saison Morte » qui ouvre l’album et qui lui donne son nom ?

J’affectionne vraiment cette chanson. Je ne saurais même pas vraiment te dire pourquoi. C’est très étrange. Je n’ai pas vraiment de recul sur les titres que je peux faire. Mais celui-là, je l’ai toujours aimé. Je ne veux pas m’autodétruire, mais je n’ai pas une admiration sans borne pour mes chansons non plus. Je ne suis pas là à me dire « Waow ! T’as écrit la chanson du siècle… ». Il n’y en a finalement qu’une dont je suis assez content, c’est celle-ci. C’est un titre qui me plait vraiment.  Et puis, je trouvais que « Saison Morte », c’était pas mal pour un nom d’album. Ça représentait bien mon univers. Du coup, j’ai voulu mettre le titre en première position, et appeler l’album comme ça.

Pourquoi « Les Mots » ont-ils été choisis pour être mis en avant ? J’imagine que le titre avait un gros potentiel radiophonique…

Voilà, tu as mis le doigt dessus. C’est tout à fait pour cette raison. Mon directeur artistique m’a demandé le titre que je pensais qu’il fallait envoyer en radio et mettre en avant. Très franchement, moi, je suis totalement incapable de répondre à ce genre de questions. Pour le coup, j’ai vraiment laissé les équipes du label faire leur travail. Ils ont jugé que « Les Mots » était un premier titre sympa notamment pour les radios. Donc, je les ai laissé faire.

Comment s’est passé le tournage du clip ?

Ça s’est très bien passé ! C’était sympa. On a réfléchi à plusieurs synopsis au début. Et puis ce côté un peu nature me plaisait bien. Comme j’habite à la campagne, j’ai trouvé ça cool. On a donc développé l’idée. Au début, on avait pensé à une grosse post-prod avec des mots qui apparaissaient pour que ce soit un peu plus raccord avec la chanson… Mais j’ai trouvé ça un peu trop surfait et j’ai voulu garder ce côté naturel. On a tourné sur deux jours, avec un tournage de nuit, donc presque non-stop. Mais j’en garde un très bon souvenir. Et puis, toute la déco de la caravane a été super bien faite… Tout était très chouette.

Quand tu écris une chanson, penses-tu rapidement à ce que tu vas pouvoir en faire sur scène ?

Oui. Quand j’ai terminé une chanson, je pense tout de suite comment elle va pouvoir rendre sur scène. Je pense tout de suite à l’échange que je vais pouvoir avoir avec le public. Je réécoute très rarement mes chansons, mais une fois que tout est terminé, je me laisse quatre cinq jours où je l’écoute plusieurs fois pour réfléchir à ce qui va pouvoir se passer sur scène, si l’échange que je vais avoir avec le public va être intéressant, si les mots vont être percutants.

Germain © Vincent Thomas

Abordes-tu la scène différemment maintenant que tu es seul ?

Pas tant que ça. La scène, pour moi, c’est vraiment un autre monde. On est à la fois seul et entouré. J’ai l’impression que c’est une unité, une espèce de partage. Donc, qu’on soit en groupe ou tout seul, on est dans le même monde. C’est vraiment un échange avec le public. Et quand il y a une vraie réaction, c’est quelque chose de magique. Donc, je mets un vrai point d’honneur à aller défendre cet album sur scène, même si c’est de la variété et que c’est plus facile aujourd’hui d’être programmé avec un groupe de rock, ou même d’avoir un tourneur. Mais même en variété, ce côté un peu intimiste me plait beaucoup.

Justement, y a-t-il des dates qui se profilent ?

Il y en a une ou deux, et notamment une grosse date le 21 décembre où nous serons en formation complète avec le batteur, le bassiste, enfin tout le monde.

Si tu devais me définir ton album en quelques mots, que me dirais-tu ?

Déjà qu’il est personnel. Peu importe le contenu. C’est vraiment quelque chose de personnel. Je dirais que les thèmes sont variés. Je pense que chacun peut presque construire son histoire autour des chansons. Je voulais laisser cette porte ouverte dans l’écriture, que les chansons puissent rejoindre les émotions du moment de la personne qui l’écoute. Quelqu’un peut comprendre quelque chose, et une autre personne peut comprendre presque l’inverse. Il y a des chansons un peu tristes pour les personnes qui ont un petit coup de blues, il y a des chansons un peu plus pêchues.

As-tu une anecdote à me raconter autour d’un titre, pendant sa création ou son enregistrement ?

Je vais te parler de « Je ne veux pas mourir seul ». Ce n’est pas vraiment une anecdote, mais c’est une chanson qui parle des personnes disparues autour de moi. Ça n’a pas été forcément facile ni à écrire, ni à chanter, ni à jouer sur scène. C’est une chanson qui parle d’une histoire vécue. La démarche est toujours un peu compliquée quand c’est aussi personnel. Alors, les autres chansons sont personnelles également, mais elles sont moins blessantes quelque part…

Germain © Vincent Thomas

Te mets-tu parfois des barrières quand tu écris ?

Non, pas du tout. Parfois, par contre le label me dit que là, ça ne va pas le faire, qu’il vaut mieux ne pas partir sur tel ou tel terrain. Il y a des mots qui sont durs parfois. Je peux être cru certains fois, mais c’est dû à mon état d’esprit au moment où je les écris. Donc, moi, je ne me mets pas de barrière, mais on m’en met quelque part un petit peu. Mais je garde ma liberté tout de même ! C’est aussi une des raisons pour lesquelles j’ai voulu prendre mon envol avec Margot. C’est pour garder ma liberté. Il n’y avait aucun problème relationnel, mais j’avais besoin de pouvoir m’exprimer. Je voulais voir ce que ça pouvait donner de me livrer plus, je voulais livrer des choses sans arrière-pensée.

La promo de ton premier album solo commence, il sera dans les bacs le 28 octobre, dans quel état d’esprit es-tu aujourd’hui ?

Je suis serein. Finalement, en terme marketing, que ça se vende ou pas, je suis assez content de cet album. Enfin… il vaut mieux que ça se vende !! (rires) Pour moi, tout comme Margot à l’époque, c’est un album que je garderai, même si je ne l’écoute pas forcément tout le temps. Je suis content d’avoir réussi à le créer. C’est une nouvelle aventure qui commence, et j’en suis ravi. C’est ça qui est intéressant.

Propos recueillis par IdolesMag le 16 octobre 2013.
Photos : Vincent Thomas, DR
Facebook : https://www.facebook.com/germain.chicot

 









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