Interview de Elephanz

Propos recueillis par IdolesMag.com le 11/10/2013.
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Elephanz © Matthieu Dortomb

Le groupe nantais Elephanz, emmené par les deux frères Verleysen, publie le 28 octobre son premier album, « Time for a change ». Séduits par la pop émoustillante, à la fois ultra dansante et mélancolique de leurs compositions, nous avons été à la rencontre de Jonathan et Maxime afin d’en savoir un peu plus sur ce projet et leur parcours. Ils nous expliqueront notamment qu’au départ, ils n’envisageaient même pas de monter un jour sur scène et qu’aujourd’hui, elle leur est presque devenue vitale. Elephanz se produira d’ailleurs le 14 novembre prochain au nouveau Casino (Paris 11ème). Rencontre avec deux frangins qui jouent parfaitement du clair-obscur.

Elephanz, Time for a changeIdolesMag : Vous êtes tous les deux frères, avez-vous tout de même les mêmes influences musciales et les mêmes goûts musicaux ?

Jonathan : On a plutôt les mêmes influences. Quand on a commencé à composer ensemble, on s’en est bien rendus compte. On a été nourris aux Beatles quand on était petits Maxime et moi. Je pense que c’est plus tard, entre 16 et 18 ans, qu’on s’est mis à avoir chacun son propre chemin musical.

Maxime : Je valide ! On a écouté les mêmes vinyles et puis nos chemins se sont séparés au lycée. On a eu le même cheminement, je devrais dire le même pèlerinage musical, et puis on s’est retrouvés quand on a monté le groupe.

Jonathan : Entre temps, moi, j’ai écouté beaucoup de chanson française et Maxime a écouté vachement de hip hop.

Maxime : Plutôt des choses électro, de la pop de boîte, en fait. Je fréquentais un milieu où il y avait beaucoup de soirées étudiantes et ce genre de choses.

Quand le projet Elephanz a-t-il commencé véritablement à prendre forme ?

Jonathan : On a commencé par écrire des chansons ensemble au début 2008, sans qu’on ait pour ambition de faire un groupe, ni, et surtout pas, de monter sur scène. Finalement, au bout de six mois, on a été assez encouragés par les gens qui avaient entendu notre musique. On a eu de bons retour de la part de professionnels, sur internet, parce qu’on était sur internet uniquement au départ. Et ça nous a donné envie d’aller voir ce que ça donnait du côté de la scène. Et du coup, neuf mois après la création du groupe, on a fait notre première scène, accompagné d’un bassiste et d’un batteur, nos copain Thibaud et Clément qui sont toujours là. Et donc, le projet a peut-être réellement pris forme lors de ce premier concert. On était véritablement devenu un groupe à part entière et pas deux compositeurs planqués (sourire).

Elephanz © Matthieu Dortomb

Evoluiez-vous l’un et l’autre dans des formations différentes auparavant ?

Jonathan : Oui, complètement ! J’ai un parcours de littéraire. J’ai fait beaucoup de théâtre. J’ai fait du dessin… Et j’ai commencé à faire de la musique cinq ans avant Maxime. Lui, était dans des études d’ingénieur. Il est beaucoup plus matheux et scientifique. On s’est retrouvés un peu par hasard. Je pense que le fait que je faisais un peu de musique a donné envie à Maxime de composer un peu dans son coin. Et quand il m’a fait écouter ce qu’il faisait, ça nous a inspirés tous les deux.

La scène est venue dans un deuxième temps. Est-ce quelque chose qui ne vous intéressait pas plus que ça au départ ?

Maxime : Comme Jonathan te l’a expliqué, on était intéressés par le fait d’écrire des chansons. On avait même eu l’idée au départ de ne jamais monter sur scène. On s’était dit qu’on serait un groupe du web, qu’on ferait des petites vidéos, planqués dans notre coin.

Jonathan : On est un peu timides, en fait. La scène, ce n’est pas un domaine qu’on a su dompter tout de suite…

Maxime : D’ailleurs, selon moi, ce n’est pas du tout le même métier. Ça ne met pas en jeu les mêmes facultés et les mêmes compétences. Certains artistes interprètes… on sait pourquoi ils sont sur scène. À côté de ça, sont-ils bons ou pas en studio ?...

Jonathan : En fait, on en avait un petit peu peur au début. Après, on l’a apprivoisée et aujourd’hui, si on ne tourne pas pendant plusieurs semaines, on est très malheureux. Aujourd’hui, on a développé un énorme besoin de scène. Mais c’est venu plus tard…

Maxime : On n’est pas un groupe qui s’est formé dans le garage entre potes où là il faut jouer pour exister.

Elephanz © Matthieu Dortomb

Ça fait aujourd’hui plus ou moins cinq ans que vous faites de la scène, est-ce que finalement, ça a apporté quelque chose au groupe, à son identité ? Est-ce que ça a apporté quelque chose à votre musique ?

Jonathan : La scène, c’est un peu un laboratoire d’expériences. Il est arrivé qu’on teste beaucoup de choses sur scène, pour apprendre différentes choses sur nos compositions et nos chansons. Maintenant, c’est souvent un travail qui vient dans un second temps. C’est assez rarement la scène qui influence la musique de studio. C’est plutôt l’inverse. En revanche, c’est assez fréquent qu’on découvre des choses sur nos chansons sur scène. Par contre, on n’a pas encore une façon de composer et d’écrire nos morceaux qui est influencée par le fait de jouer de la musique live. Notre manière de travailler est plus cérébrale. Comme on travaille beaucoup autour de la mélodie, on a l’impression d’avoir écrit une chanson qui nous plait quand la mélodie nous plait… et pas suivant l’énergie live que la chanson peut dégager.

Justement, comment bossez-vous tous les deux ? Ensemble ? Chacun de votre côté ?

Maxime : Il arrive qu’on cherche un peu des mélodies dans notre coin. Mais il y a toujours une mise en commun et une confrontation à un moment donné. Je dirais que c’est la pierre angulaire de ce groupe. Toutes les chansons de notre répertoire sont purement un travail qui a été fait à deux. c’est vraiment de la co-composition.

Jonathan : En fait, on se fait beaucoup confiance l’un l’autre. Et à l’inverse d’autres familles où les frangins peuvent être dans une certaine forme de rivalité, quand on compose, on se fait confiance et on laisse complètement notre égo et nos rivalités de côté. On est capable de se mettre à nu, de parler à l’autre de choses dont on doute un peu soi-même et pour lesquelles on a besoin de l’avis de l’autre. Aucune composition ne se fait dans la souffrance ou l’affirmation d’une idée qui serait meilleure chez l’un ou chez l’autre. On est tous les deux au service de la chanson qu’on est en train de créer. Et surtout… on est toujours un peu du même avis sur comment l’améliorer.

Elephanz © Matthieu Dortomb

Vous avez sorti quelques EP, vous publiez aujourd’hui votre premier album, « Time for a change ». Aviez-vous depuis longtemps envie de  passer au format album ?

Maxime : On a toujours été sensibles au format 45 tours. Quand on travaille une chanson, on ne se dit pas qu’elle va venir étoffer un album, non, on croit toujours que ça va être la chanson du siècle ! (rires)

Jonathan : Un premier album, c’est souvent une sélection de tout ce qu’on a fait depuis le début. Et on regarde les chansons qui nous touchent le plus et celles qui nous touchent encore parmi toutes celles qu’on a pu écrire au fil des années. On essaye d’assembler ces chansons-là dans une sélection et un ordre qui confère à l’album une espèce de voyage dans un univers… un univers de montagnes russes puisqu’on a des chansons très excitantes, des chansons pour danser, et à côté on a des chansons pour s’émouvoir et se rendre un peu triste aussi. C’est une vraie bipolarité qu’on a et que je n’ai pas envie qu’on perde parce que j’aime tout ce qui est en clair-obscur. J’aime l’idée de créer  des chansons dans une idée d’éclate totale, et d’autres dans une idée plus sombre. Les compositions ne sont pourtant pas franchement différentes. C’est juste la manière de les enregistrer qui va différer, le tempo qu’on va choisir, quelle énergie on va leur insuffler… soit une énergie mélancolique soit une énergie qui va tout casser.

Vous avez réuni autour de vous une équipe pour le moins costaude, je pense à Florent Livet (Cassius, Phœnix…), Aymeric Westrich (Aufgang, Kery James…)… Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec eux. Que vous ont-ils apporté ?

Jonathan : Dans notre équipe, je voudrais d’abord qu’on cite Thibaud et Clément, qui sont notre bassiste et notre batteur. Ils travaillent avec nous tout le temps. Après, on a travaillé avec  différents réalisateurs. Il y a quelques titres qu’on a faits avec Pierre Guimard, comme « Stéréo », d’autres avec Florent Livet, comme « Elizabeth » et « Je n’ai jamais », d’autre avec Aymeric Westrich… En fait, ces gens-là, on les a rencontrés par le biais de notre entourage professionnel, notre éditeur, notre manageur, notre maison de disques… On nous les a présentés, on a discuté ensemble, on a écouté les chansons et on a vu que le courant passait et qu’on allait pouvoir bénéficier du talent énorme qu’ils ont pour faire un beau disque, pour l’améliorer. Aymeric est un batteur de génie, il a travaillé avec des gens comme Phœnix, Charlotte Gainsbourg… Le groove de « Time for a change », c’est lui qui l’a insufflé. Florent Livet est un gars qui a travaillé longtemps avec  Philippe Zdar et qui fait des ravages en studio. Il est capable de donner un son tellement ricain à nos compositions… C’est vrai que c’est assez incroyable d’avoir eu des gens aussi talentueux qui ont accepté de travailler avec nous… C’est génial.

Il y un titre en français, « Je ne sais pas ». Pourquoi un ? Parce qu’il fallait bien mettre un titre en français ou bien était-ce une réelle envie de votre part ?

Maxime : En fait, cette chanson, on ne s’est posé aucune question dessus. Un jour, on venait de créer une mélodie et Jonathan avait un vieux texte qui traînait. Il a jugé en écoutant la mélodie chantée en yaourt qu’elle serait plus intéressante si elle était chantée en français. On a fait l’expérience et c’est vrai que ça sonnait bien. Après, on ne s’est ni dit qu’elle ne rentrerait jamais sur l’album d’Elephanz, ni qu’elle figurerait dessus obligatoirement. Plus on l’écoutait, plus on l’appréciait, donc, on a jugé bien de la mettre sur l’album. On ne s’est pas posé la question de savoir si c’était bien de mettre un titre un français ou pas. C’était évident comme choix.

Jonathan : C’est une ritournelle qui tourne en boucle. Et le texte aurait été chanté en anglais, ça aurait peut-être un peu manqué d’intérêt. J’ai l’impression que de lui donner des paroles en français, et donc accessibles aux sentiments de gens, ça lui conférait un intérêt tout particulier. Après, on l’a mise sur l’album parce qu’à la différence de plein de chansons en français qu’on a pu faire avant, puisqu’on compose un peu dans toutes les langues même si pour Elephanz on préfère de loin l’anglais, on s’est dit que celle-là avait un truc par rapport aux autres. Elle avait un truc mélancolique qui a fait qu’on a eu envie de la sortir avec ses copines en anglais… La vérité c’est que les gens qui l’écoutent nous disent qu’il leur faut bien 40 secondes ou une minute avant de se rendre compte que c’est du français. Je pense qu’on l’aime cette chanson parce qu’on a réussi le pari de lui donner une prod qui est tellement nous, qui fait qu’elle ne sonne pas bizarre au milieu des autres. Il ne faut pas y voir les prémices d’un futur album en français ou quoi que ce soit. C’est quelque chose qui finalement nous intéresse assez peu. Mais on voulait juste mettre cette chanson-là. Et puis, je pense qu’il va te le confirmer, mais cette chanson, c’est la chanson préférée de Maxime…

Maxime : Je confirme !

Elephanz © Matthieu Dortomb

Justement, avez-vous l’un et l’autre un peu plus de tendresse pour un titre que pour un autre ?

Maxime : J’ai bien aimé la création de « Je n’ai jamais », parce que c’était le dernier titre. Et que le hasard a fait que les choses se sont bien terminées. À quelques semaines près, je pense qu’elle n’aurait pas été sur l’album. Et puis, je ne sais pas pourquoi, mais j’étais assez heureux au moment de la création de ce titre-là. C’est un peu le cas aussi pour « Elizabeth ». C’est une chanson qu’on n’arrivait pas trop à terminer. C’était une ancienne mélodie dont on ne savait pas trop quoi faire. Et puis, on s’est réuni comme d’habitude pour une session de travail et je l’ai ressortie…

Jonathan : Très franchement, la chanson pour laquelle j’ai le plus de tendresse, c’est « Elizabeth ». Pas du tout parce que c’est la chanson que je trouve la plus réussie de l’album. Mais c’est celle que j’ai le plus de plaisir à chanter parce qu’elle a une diction très particulière par rapport aux autres chansons. Elle a des accents un peu R’n’B qui sont très rigolos dans un album de pop et dont je n’ai pas l’habitude. Et puis, j’ai adoré qu’on essaye à ce point-là de faire grossir le son des tambours, des pianos… Je trouve qu’elle est un peu feu d’artifice cette chanson, et je l’aime beaucoup.

Elephanz © Matthieu Dortomb

Que faut-il voir comme message dans le titre de l’album « Time for a change » (le temps est au changement) ? Est-ce vous qui êtes en train de changer ou bien est-il temps de changer un peu ce qui se passe actuellement dans l’industrie musicale ?

Jonathan : On n’a surtout pas la prétention de vouloir changer quoi que ce soit dans l’industrie musicale. D’ailleurs, on n’est pas un groupe particulièrement engagé pour autre chose que la musique. Non, ce qu’on a voulu dire, c’est que c’était le temps de changer pour nous. Il était temps de sortir de notre caverne de home-studio et de ce qu’on est capables de faire tous les deux pour se révéler un peu plus aux gens. Et pour nous-mêmes aussi, pour combattre plein de vieux démons de l’adolescence, et devenir des adultes… « Time for a change » c’est vraiment une envie de nous dépasser nous-même, de voyager un peu, de sortir d’un certain cycle pour rentrer dans un autre. On marche beaucoup par cycle avec Maxime. Tu vois, ça fait aujourd’hui cinq / six ans qu’on a écrit notre première chanson, et je trouve que c’est une bonne durée pour un cycle. Il est temps d’en commencer un autre.

Vous êtes donc déjà repartis sur de nouvelles chansons, un nouveau cycle commence…

Jonathan : Bien sûr, oui… (sourire)

Propos recueillis par IdolesMag le 11 octobre 2013.
Photos : Matthieu Dortomb
Site web : http://www.elephanz.com/









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