Interview de Willy Denzey

Propos recueillis par IdolesMag.com le 30/09/2013.
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Willy Denzey © John Riggs

Dix ans après « Le mur du son, Willy Denzey revient avec un single dédié à ses fans, « Reste encore » et un album en préparation. Nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir un peu plus sur ce projet qui en surprendra plus d’un puisque l’artiste travaille actuellement avec le parolier Claude Lemesle. Quand un univers urbain rencontre un univers très « chanson », ça ne peut que faire des étincelles ! Nous profiterons également de cet entretien pour lui demander pourquoi il a voulu à un moment donné respirer et mettre sa carrière entre parenthèses.

Willy Denzey, Reste EncoreIdolesMag : Ça fait un petit moment que tu es moins présent dans le paysage musical français. Que s’est-il passé ?

Willy Denzey : Tout simplement, à un moment donné de ma carrière, en plein succès, j’ai décidé de faire le choix personnel de respirer. Donc voilà, je suis parti de mon plein gré. J’avais besoin de me retrouver et de réapprendre la musique. J’avais l’impression de m’en éloigner. Et donc, j’ai décidé de me retirer pour revenir plus fort plus tard. Je me suis dit que ça mettrait le temps que ça mettrait. Je voulais revenir plus fort. Je suis donc parti notamment aux Etats-Unis. Je voulais m’inspirer de plein de choses, de vibes différentes et d’une autre équipe. J’avais aussi besoin humainement de travailler avec d’autres gens. J’avais en fait besoin d’un autre univers.

Ce besoin de respirer vient-il du fait que tout a peut-être été trop vite à un moment donné ?

Ce n’est pas que tout a été trop vite, mais que tout était trop gros, en fait. La vitesse, on n’en avait pas peur. Mais tout était trop gros. Je suis passé de rien à tout.

Tu es devenu papa pendant ce temps également.

Oui.

Ça t’a forcément changé, mais est-ce que ça a changé l’artiste aussi ? Vois-tu ton métier différemment ?

Bien sûr. Là, je n’ai qu’une envie, c’est de partir en tournée et d’emmener mon fils avec moi pour lui montrer tout ce qui m’a fait rêver pendant des années. J’ai envie de lui faire partager mon univers. Il n’y a rien de plus beau que de partager sa passion avec son enfant. Je pense que c’est aussi important pour moi parce que l’école de la vie m’a appris quelque chose d’assez surprenant. On doit se laisser surprendre par tout. Les choses qu’on aime et qu’on partage avec les autres, ce sont les choses qui restent le plus… Même au niveau de la complicité et de tout…

Ton fils montre-t-il déjà des prédispositions pour le chant et la danse ?

Oui, mais il faut que ça reste un plaisir avant toute chose. Je ne suis pas du genre à vouloir absolument que mon fils devienne une star ou ce genre de choses. Je suis plus dans l’idée de lui faire partager ma passion. C’est important qu’il sache ce que je fais. Ça fait partie d’une certaine façon de son héritage. Donc oui, il faut qu’il sache de quoi il est capable et après, il pourra faire des choix. Il fera de toute façon ce qu’il a envie de faire. Mais c’est vrai qu’il a des prédispositions et des facilités à concevoir et à percevoir des musiques vu qu’il a baigné dedans. Tout ce que je veux c’est qu’il soit tout simplement heureux.

Revenons à la musique. Quand t’es-tu remis dans la dynamique de ressortir quelque chose ?

En fait, on a toujours gardé une certaine dynamique. On a continué à sortir des titres comme par exemple « L’homme qu’il te faut ». C’est pour dire qu’on est toujours et encore là. Il y a souvent le même problème de communication avec les médias… « Willy Denzey revient ! » ou « Le come back de Willy Denzey». En fait, il y a eu un mauvais relais de la part de quelques médias. On parlait de moi, mais bon… Nous, on sortait des singles pour dire qu’on était encore là, avec nos propres moyens, sans promo ni rien. On voulait alimenter aussi les fans et leur donner du son. Donc, la dynamique a toujours été là. Et pour être très franc, on cherchait un bon single pour vraiment démarrer la nouvelle aventure. On voulait trouver la bonne transition pour amener le nouvel univers qu’on va défendre. On voulait partager ça avec les gens.

« Reste Encore » est un titre directement adressé à tes fans.

Tout à fait. Comme je l’ai souvent expliqué, cette chanson, c’est un cadeau que je fais aux fans. Je pense que je n’aurais jamais pu leur rendre hommage d’une autre façon. J’aurais pu faire un discours de deux heures, mais il n’aurait jamais été aussi fort que ce qu’il y a dans cette chanson. Il y a beaucoup de tendresse. J’ai vraiment fait ce titre pour les remercier d’être là.

Est-ce important pour toi de les sentir derrière toi ? Leur demandes-tu parfois leur avis ? Ou même des conseils ?

Bien sûr que c’est important. Tu sais, sans eux, je ferais de la musique pour qui ? Pour moi ? Ce ne serait pas forcément très intéressant. Évidemment qu’on veut garder un contact et qu’on veut alimenter cette relation fan-artiste. Et puis, leur avis et leurs choix sont vachement importants pour moi. Je suis très proche de mes fans. Aujourd’hui, ça fait dix ans qu’ils sont là. On a appris à grandir ensemble. Et limite avec la plupart, on est passé au-delà de la relation fan-artiste, on est devenus vraiment des amis-amis. C’est bizarre, je ne sais pas trop te l’expliquer, mais on s’entend super bien. On discute beaucoup entre nous. Des fois, ils me donnent des idées. On partage beaucoup de choses ensemble. C’est assez cool comme relation.

Willy Denzey © John Riggs

Prends-tu en compte leurs éventuelles critiques ou remarques ?

Oui. J’écoute ce qu’ils disent, tout en gardant à l’esprit ce que je veux faire et où je veux aller. Mais c’est toujours intéressant de savoir ce qu’ils pensent. Les fans te connaissent parfois mieux que toi-même tu ne te connais !! Quand on travaille en promo, les gens à qui on parle ne nous connaissent pas mieux que les fans. Donc, l’avis des fans, c’est une bonne chose.

Dans la chanson, tu dis « Je ne ferai plus les mêmes erreurs ». De quelles erreurs parles-tu ?

Je parle des erreurs de la vie, tout simplement. Aujourd’hui, je ne suis plus le même. Il y a dix ans en arrière, j’étais plus foufou. J’aimais sortir et ce genre de choses. Aujourd’hui, je suis quelqu’un de posé. J’ai toujours autant cette folie, mais je la vis avec modération.

Avant de parler de tout ce qui arrive, j’aimerais revenir un instant sur « Le Mur du Son ». Quels souvenirs gardes-tu de cette époque ?

Magnifique. C’était magnifique. J’ai tout apprécié à sa juste valeur. J’ai vraiment senti que ça fonctionnait. Dans les premiers concerts, il y avait 100 personnes, puis 200, puis 300… Après, on est passé à 3000, 4000… On a même fait des concerts en plein air devant 30 000 personnes. C’est tout ça que je garde en souvenir… Quand je me souviens de ce public à Bandol, et tous ces gens qui reprenaient en chœur le titre… c’est incroyable. Là, je me suis dit qu’il se passait vraiment quelque chose. C’est un magnifique souvenir. « Le mur du son », c’est le titre qui m’a fait connaître du grand public. Magnifique époque.

C’était il y a dix ans. Le métier a beaucoup changé depuis. Qu’est-ce que ça t’inspire ? Est-ce que ça te chagrine ce métier qui s’effrite ou bien es-tu dans l’idée de rebondir ?

C’est un peu des deux. Je fais partie de la vieille école de tout ce qui est R’n’B. Et je vois le chemin que ça a pris. D’un côté, je me dis que c’est bien et d’un autre, bah… c’est dommage. On a perdu certaines valeurs et certains codes dans le R'n'B aujoud'hui. À l’époque, on avait une certaine éthique. On avait plus de classe. Maintenant, on fait un peu tout n’importe comment. C’est au p’tit bonheur la chance… Et puis, le métier en lui-même a changé. C’est devenu rare de nos jours qu’on développe un artiste. Donc voilà… Et ne parlons pas du côté financier ! La donne n’est plus du tout la même. Les ventes de disques ont plus que baissé. La musique n’est plus aujourd’hui ce qu’elle était. Les relations avec les médias, les radios,… ont changé aussi. C’est dommage.

En 2000, tu avais participé à « Graine de Star ». Quel regard jettes-tu sur les talent shows qui sont devenus aujourd’hui légion sur toutes les chaînes ou presque ?

En ce qui concerne la musique, je trouve qu’il n’y en a pas assez. Il y a toutes les télé-réalités comme « The Voice » et ce genre d’émissions. Je trouve que c’est bien. Ça permet de découvrir de nouveaux talents. Après, on aime ou pas, chacun est libre de ses choix. Mais il se passe quelque chose et ça, c’est bien. Mais tu vois, je regrette aussi les émissions un peu plus bon enfant comme le « Hit Machine » et les émissions de l’époque.

Es-tu client de « The Voice », « Nouvelle Star », etc… ?

Oui, oui. Des fois, je croise en plateau des artistes qui sortent de ces émissions, et souvent ils ont de belles voix et beaucoup de talent. Après, ça ne fait peut-être pas l’artiste du siècle, mais voilà…

Tout va peut-être un peu trop vite aussi.

C’est sûr. Comme je te le disais tout à l’heure, on ne cherche plus à développer de vrais artistes. C’est ça qui manque, tout simplement. Si ça ne marche plus depuis quelques années, c’est parce qu’on ne propose plus au public de vrais trucs.

Tu as participé, dans un autre registre, à « L’île des vérités ». As-tu eu une certaine appréhension avant de t’engager dans cette émission ?

Non. Même si je connais les mauvaises langues médiatiques qui disent que ça ne donne pas une bonne image à un artiste de participer à ce genre d’émission. Moi, j’ai trouvé ça super cool, ça a été une super bonne expérience. Comme je le dis toujours, même en dehors de mon métier d’artiste, je suis quelqu’un d’assez curieux dans la vie. Moi, je regarde ce genre d’émission, par curiosité avant tout. Les télé-réalités d’aujourd’hui remplacent les feuilletons d’hier. Donc, oui, je regarde tout ça et je n’ai pas d’a priori. J’ai kiffé et puis voilà.

Tu as fait une reprise de Joe Dassin, « Et si tu n’existais pas », en 2005. Est-ce un artiste que tes parents avaient beaucoup écouté ? Pourquoi avais-tu choisi de faire cette reprise ?

En fait, j’avais des flashbacks  de quand j’étais petit. Je revoyais ma maman faire le ménage et elle écoutait ce genre de chanson… Nous sommes laotiens. Mes parents sont des réfugiés politiques et ils ne parlaient pas très bien français. Mais quand même… elle écoutait Joe Dassin. Donc, c’est comme ça que j’ai appris à aimer la variété française. Et puis, à part ça aussi, ça m’a permis de faire de très belles rencontres. C’est le genre de truc sur lequel on ne m’attendait pas… et même moi, je ne m’y attendais pas. Par exemple, ça m’a permis de rencontrer des gens avec qui je travaille aujourd’hui, comme Claude Lemesle, qui est un très très grand auteur. C’est aussi le Président de la SACEM. C’est lui qui a écrit « Et si tu n’existais pas », justement.

Cette collaboration avec Claude Lemesle, c’est plutôt pas mal.

C’est cool ! C’est vraiment la rencontre de deux cultures différentes. Il est beaucoup plus âgé que moi, il a la soixantaine et moi j’en ai la moitié… Au niveau des textes et des thèmes qu’on choisit d’aborder, c’est vraiment un mariage intéressant. On essaye de développer notre musicalité ensemble. Il se passe vraiment quelque chose d’intéressant.

Travailles-tu avec d’autres auteurs ?

Sincèrement, on a fait beaucoup de titres avec Claude. Mais sur les autres tracks, on est en train de voir vraiment quelles maquettes on va choisir. On en est vraiment au stade des maquettes. On en a beaucoup. On sait qu’on a un univers, on sait que l’album, il est là. On a tout ce qu’il faut, on a toutes les infos. Mais on est en train de se tâter et de peaufiner. Pour le côté musical, on est passé par plusieurs étapes. Là, on essaye de faire en sorte que tout coïncide. Je ne veux pas sortir un album juste pour sortir un album. J’ai vraiment envie qu’il se passe quelque chose avec cet album-là. Je me casse vraiment la tête dessus. Même s’il faut mettre un an de plus, ça ne me dérangera pas. J’ai tout le temps. Je veux vraiment sortir un truc de qualité. Ça va avec le concept et avec mon état d’esprit. Mon pari, c’est la qualité, pas la quantité.

Co-écris-tu avec Claude Lemesle ?

Oui, un peu.

Willy Denzey © John Riggs

Ça se passe comment ? Bossez-vous ensemble ou à distance ?

Ça dépend. Ça dépend des thèmes abordés et du temps qu’on a l’un et l’autre, en fait. Quand on se retrouve, il y a toujours une alchimie. On discute beaucoup, on se connaît bien maintenant. Et limite, quand je lui parle d’un thème que j’aimerais aborder, il sait déjà comment il va le sortir. Et moi, ce que j’aime chez lui, c’est cette magnifique écriture. Il fait de belles métaphores, il utilise de beaux mots. Certains vont peut-être dire que son écriture ne va pas avec mon style de musique parce qu’il a une écriture très très française. Certains vont peut-être dire que c’est…

… trop bien écrit ?

(rires) On va dire un peu trop bien soigné ! Mais moi, c’est ce que j’aime et j’ai envie d’aller vers cet univers-là. J’aime tout ce qui est un peu spécial.

Le mélange des genres est toujours intéressant. Toi, tu es plus dans un style urbain, lui dans la chanson française traditionnelle.

Tout à fait.

Peux-tu me toucher un mot des thèmes que vous abordez dans les chansons qui sont déjà écrites ?

Les thèmes vont dans une même direction : la sincérité. On s’est dit que quitte à prendre des risques, il fallait rester sincère. Donc, on a développé des textes sur la vie de tous les jours, le quotidien des gens… on veut être à mi-chemin entre le fait de faire rêver les gens et en même temps les mettre en face de certaines réalités. Je pense que c’est bien amené, assez subtilement. En tout cas, c’est extrêmement bien écrit. On veut rester sincères et subtils. Je pense qu’on a atteint un truc où on sent que c’est classe.

Des scènes sont-elles prévues dans les prochaines semaines ?

Il va y avoir une scène le 12 octobre à La Louvière en Belgique, au Barzanova. Il va y avoir pas mal de promo, des dédicaces, etc…

Pour résumer cette interview, dans quel état d’esprit es-tu avec ce « nouveau départ » ?

Je suis très serein, en fait. Et excité aussi, excité dans le sens que c’est un gros challenge. On ne se fait pas d’illusions. On sait tous que c’est très difficile de revenir après autant d’années. En fait, je suis très excité de faire découvrir mon album, pour la bonne et simple raison qu’il est différent et que ça va être marrant de le défendre. Ça va être une belle histoire, je pense. On va bien se marrer sur la route… Nous, on aime voyager un peu partout et vivre des moments simples, et les kiffer. On en parle entre nous, on sait qu’on a fait un bel album et on n’a qu’une envie, c’est le défendre. C’est une histoire de potes, quelque part…

Propos recueillis par IdolesMag le 30 septembre 2013.
Photos : John Riggs
Facebook : https://www.facebook.com/WDenzey









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