Interview de Soan

Propos recueillis par IdolesMag.com le 02/10/2013.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Soan © Vanessa Filho

Après deux albums assez noirs dans leur ensemble (« Tant Pis » en 2009 et « Sous les yeux de Sophie » en 2012), Soan revient avec un troisième album plus lumineux, « Sens Interdits » disponible le 7 octobre. Nous avons été à la rencontre de l’artiste afin d’en savoir un peu plus sur la genèse de cet opus. Ce sera également l’occasion d’évoquer son rapport à l’écriture, à l’image et à la scène. Rencontre avec un artiste qui aime les moments de la vie qui sont sur le fil…

Soan, Sens InterditsIdolesMag : Ton troisième album sort dans quelques jours. Dans quel état d’esprit es-tu aujourd’hui ?

Soan : Ça me fait un peu bizarre parce que c’est le premier album que je fais, qui est terminé bien avant sa sortie. Donc, c’est un peu bizarre parce qu’en tant qu’artiste, je n’ai pas de rôle social, je ne suis pas en concert, je ne suis pas en studio… Je me perds un peu. Mais on tient le bon bout, il sort dans une semaine, c’est cool.

Quand as-tu commencé à bosser dessus ? Parce que le précédent est sorti il y a à peine un peu plus d’un an.

Le précédent album est sorti il y a un an et quatre mois environ. Et j’ai commencé à bosser sur celui-ci juste après la tournée en fait.

Était-ce un souhait de sortir si rapidement un nouvel album ?

Non, pas vraiment, c’était plus… soit je sors un album tout de suite, soit j’arrête. J’avais fait deux albums… un pas super spontané, mais physique quand même, puisqu’il est sorti juste après la Nouvelle Star, et le deuxième était pour le décès de mon âme sœur. Donc, j’avais besoin de faire un disque où je ne n’étais pas prêt. J’avais besoin de me mettre en danger d’une certaine manière pour voir si j’y arrivais encore. Et si j’arrivais encore à avoir quatorze ans dans un studio.

Ce troisième album est plus lumineux que les précédents. Était-ce une envie de départ ?

En tout cas, ce qui était décidé dès le départ, c’était de faire un album d’une manière plus ludique. Après, les titres ont suivi parce qu’en général, en studio ou sur scène, je fais ce que j’aime. Que je sois bien ou pas bien, ça vient assez vite. Le concept de départ, c’était d’alléger le tout, même dans l’interprétation… être moins en train de crever quand je chante. Il y avait déjà ce truc-là. Et puis, d’une manière générale, j’avais envie de faire un disque où on s’amuse. Personne n’a perdu personne. Pour une fois, on était tous bien avec nous-mêmes. Et comme je te le disais, sur le premier après Nouvelle Star, j’avais pas mal de pression. Sur le deuxième, c’était un hommage à la personne la plus importante qu’il y ait eu sur terre à mes yeux. Donc, il fallait en faire un où on était juste en train de rigoler en studio…

Le texte prend beaucoup d’importance dans ton répertoire. Écris-tu depuis longtemps ?

Je ne sais plus vraiment quand j’ai commencé. Enfin, j’écris depuis longtemps, mais pas de cette manière-là.

Dédicace de Soan pour IdolesMag

C’est-à-dire ?

Ça a été un chemin. Au départ, tu écris des trucs un peu… enfin, j’ai commencé par le ragga, donc c’était un style un peu spécial. Après, tu rentres dans un truc où tu essayes de moins te cacher derrière des masques. En avançant, je suis de moins en moins en planque derrière des trucs. C’est le chemin. Le plus dur au monde, c’est d’être complètement soi en s’assumant. Je continue ce chemin pour être complètement moi sans artifice. On verra si ça continue. À chaque album, je me dis que c’est le dernier. Je ne suis pas sûr d’en refaire un, tu vois…

Tu le penses réellement ?

Ah oui, je le pense sincèrement sinon, je ne te le dirais pas. Je crois que j’ai fait mes preuves au niveau de la sincérité. Donc, oui, je le pense vraiment. De toute façon, c’est le disque qui décidera, c’est pas moi. Si je pense la prochaine fois que je suis en studio, ou que je travaille sur des prémaquettes, que ça n’a aucun intérêt et que ça n’apporte pas un plus à l’œuvre du mec, comme si j’étais extérieur à moi-même… il n’y aura pas de prochain album. Alors peut-être que je monterai un groupe ou que je ferai autre chose. Ce n’est pas un renoncement. Ce n’est pas « j’arrête pour arrêter ». Je ne veux pas faire de coup d’état. C’est juste que j’arrête si je n’apporte plus rien à la matière de Soan. Par contre, je le pense vraiment parce que c’est une question vitale. Il vaut mieux s’arrêter en plein feu que faire l’album de trop. Ce n’est même pas le penser, mais espérer que j’aurai les couilles de faire ce que je viens de te dire.

L’album sort dans quelques jours. As-tu déjà écrit de nouvelles chansons ?

Ouais. Il y en a quatre-cinq.

Tu écris un peu tout le temps ?

Non. J’écris quand l’écriture veut bien venir à moi. J’aimerais bien écrire tout le temps. Avant, je le faisais. Mais quand ça devient sérieux, c’est différent. Tu n’es pas tout seul à écrire. Derrière le stylo, on est plusieurs. Tu penses ce que ça va faire comme effet, à ce que ça va donner sur scène… Il y a plein de petits détails qui viennent au-dessus de l’idée-même d’écrire.

Soan © Vanessa Filho

Aimerais-tu passer à un format plus long ? Une nouvelle, un roman ?

Oui. Et ça, c’est déjà dans le tuyau comme on dit. J’ai écrit trois romans dont un dont je suis presque content. La nouvelle, ce n’est pas trop un format qui me plaît. Sinon, un recueil de poèmes aussi, c’est un truc sur lequel on travaille. Il aurait dû être fini pour l’album, mais comme j’ai coréalisé cet album de manière non calculée, c’est-à-dire que je ne pensais pas le faire, du coup il y a eu vachement de don de soi dans ce truc… et je n’ai pas eu le temps de m’en foutre assez pour être chez moi et travailler sur le recueil de poèmes. Mais il va arriver…

… bientôt.

En tout cas, le plus tôt possible. Je ne vais pas sortir un truc pour le sortir. Je ne suis pas le genre qui écrit ses poèmes et puis qui part à la plage. Ça ne m’intéresse pas. J’écris un truc qui m’aide à être bien dans mes pompes et dans ma vie. Sinon, ça n’a aucun intérêt. Écrire pour écrire, il y a plein de gens qui le font très bien…

Dirais-tu comme certains que l’écriture c’est une forme de thérapie, ou en tout cas une béquille qui aide à avancer ?

Je ne sais pas si c’est une forme de thérapie d’écrire ?... Quand tu dis ça, tu n’es déjà plus dans la sincérité du moment où tu écris. Au moment où tu écris et que tu ne sais pas ce que tu vas en faire, quand c’est gratos, là, à ce moment-là, il y a un truc presque médical, oui. Mais je ne veux pas me poser ces questions, déjà que c’est de plus en plus compliqué d’écrire. Je ne veux pas me dire que je suis en train de me faire une auto-thérapie ou un truc à la Freud. J’essaye de ne pas rentrer là-dedans, je ne veux pas aller jusque-là. Mais sûrement que c’est une forme de thérapie, sinon, on n’écrirait pas. Un mec comme Jean-Jacques Goldman, il arrive à écrire des chansons comme ça. Ça, c’est un autre talent. Ce n’est pas le mien. Quand tu écris vraiment pour toi, forcément, j’imagine qu’il y a un aspect un peu psychanalytique.

Un petit mot sur La Demoiselle Inconnue avec qui tu chantes « Me laisse pas seul ». Pourquoi as-tu eu envie de travailler avec elle ?

En fait, c’est un choix qui était un non-choix le fait de travailler avec La Demoiselle Inconnue. Je la rencontre à un coin de café, on se dit trois conneries et on se marre bien. Et en fait, au départ, on avait essayé avec d’autres gens. Au départ, c’était une chanson qui avait été écrite pour d’autres raisons et d’autres gens. Et ça ne s’est pas fait. Du coup, j’ai retravaillé un peu la chanson avec elle. Elle a réécrit un petit bout du texte, sa partie. En tout cas, c’est une des seules personnes qui avait compris ce que je voulais faire avec cette chanson. Elle avait compris que c’était une blague, cette chanson. Elle avait compris que ce n’était pas qu’une blague, aussi. Donc voilà. Après, on n’a pas du tout la même métrique en chant, donc on a dû bosser pas mal. Mais c’est évident maintenant que c’était cette personne qui devait répondre à Soan dans la chanson. Ça s’est fait d’une manière assez naturelle. Au départ, elle était venue faire des voix témoin. J’avais une petite idée derrière la tête. J’ai provoqué le truc en sachant déjà que ça allait le faire. C’est une personne qui n’est pas dans la noirceur, elle est ouverte à tout ce qui est un peu bizarre.

Le titre bénéficie d’un clip. J’ai l’impression que tu accordes beaucoup d’importance à l’image qui entoure ta musique. Est-ce que je me trompe ?

Euh… non… J’accorde en fait beaucoup d’importance à la chanson de toutes les manières qui soient, que ce soit en concert, pour les clips etc… Si on a le temps de penser à comment je suis habillé, c’est que j’ai raté mon concert… j’accorde autant d’importance à l’image qu’à chaque mot qui est dans une chanson. C’est un tout. Je n’accorde pas plus d’importance à l’image. Je n’ai pas l’impression de travailler l’image en tant que telle. C’est un tout.

Tout est tout de même toujours très travaillé.

Non. Ce n’est pas travaillé, parce que je travaille peu, moi. C’est réfléchi. Avant de faire un truc, je réfléchis. Ce n’est pas intellectualisé.  Il se trouve que quand je raconte un truc, il faut que ça le raconte de toutes les manières possibles et imaginables.

Tu fais un petit clin d’œil à Joséphine Baker dans l’album.

On vient de m’en parler dans une autre interview. Ce n’est pas très original. (rire) Ce n’est pas un clin d’œil à Joséphine Baker du tout, c’est pour annoncer la chanson qui va venir, « Il ne se passe rien ». C’est la chanson où je dis qu’à part les gens qui sont à la tête des ministères pour réfléchir à l’intégration des gens, dans la vie des petites gens, là où moi j’aime traîner, dans le petit bar du coin, quand tu discutes avec un mec, qu’il soit italien ou kosovar, en fait, on s’en fout. Et « J’ai deux amours », c’était un peu une petite ironie. J’aimerais avoir deux amours… mon pays et Paris. Quand on me parle d’immigration jetable ou de machins comme ça… enfin pas d’immigration choisie… d’immigration jetable, eh bien là, je suis moins en phase avec mon pays. Ça veut dire ça, en fait. Mais Joséphine Baker, je ne connais pas la personne assez pour en parler. Ce n’est pas un truc qui m’a suffisamment touché, sinon je l’aurais chanté moi-même, déjà. C’est plus un lien de sens qu’il faut voir.

De toutes les chansons qui figurent sur l’album, y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu de tendresse qu’une autre ?

Oui, « Regarde-moi ». À part qu’il y a un truc de batterie que j’aurais aimé faire un peu différemment…

Soan © Vanessa Filho

Et pourquoi ce titre ?

Parce que c’est déjà une chanson que j’ai mis du temps à écrire. Ce n’est pas une des chansons les plus intéressantes structurellement, elle n’est pas des plus compliquées non plus. Mais par contre, cette chanson m’a été nécessaire. Sur le premier album, il y avait une chanson, « Putain de Ballerine » qui m’était nécessaire aussi. Ça fait partie de mes chansons nécessaires. Tu te testes face à quelque chose. C’est une chanson à laquelle personne ne croyait quand je la jouais guitare-voix, mais moi j’y croyais. Il a fallu que je me batte un peu sur cette chanson. Et je parle au sein de ma propre équipe, pas au niveau de la maison de disques.  Il a fallu que je démontre que cette chanson pouvait marcher. Et cette chanson aujourd’hui me plaît beaucoup, à part qu’il lui manque un petit truc de batterie. Mais sinon, elle me plaît beaucoup.

Tes trois albums sont sortis chez Sony. C’est assez rare de nos jours pour un jeune artiste de rester dans la même maison de disques le temps de trois albums. Êtes-vous toujours sur la même longueur d’ondes ?

Non, on n’est pas toujours sur la même longueur d’ondes... et c’est ça qui est intéressant. Quand tu es artiste, c’est quand même un peu pour plaire à autrui d’une manière. Parfois on a des points de vue divergents et j’aime bien être celui qui fait autrement mais qui convainc. C’est assez sain finalement. Tant qu’on me permet de faire un beau disque, ça me va…

L’album va sortir en physique et en digital. Accordes-tu encore de l’importance à l’édition physique ou pas du tout ?

J’aime bien les disques. Mais c’est vraiment à titre personnel. Ça va faire un an et demi que je sais  envoyer un mail. Je ne suis pas un féru de la technologie. Avant, on avait des partitions, il y avait des ménestrels qui passaient dans les villages… Après, on  a eu des cassettes et on a dit que c’était la mort de l’art. Tout ça s’équilibre de fait finalement.  Et l’art de la chanson, c’est tout de même le spectacle vivant. C’est fait pour être sur scène. C’est ce qui provoque le renouveau, c’est ce qui fait qu’à un moment donné on va être sur scène.

Soan © Vanessa Filho

En parlant de téléchargement, quand ton disque va être mis à disposition, les gens pourront acheter uniquement tel ou tel morceau, et pas forcément l’intégralité du disque. Est-ce quelque chose qui te dérange ?

Bah… Toi quand tu écoutes un disque, tu fais déjà ça. Tu te fais ta playlist pour la mettre dans ton IPod. Ça m’est déjà arrivé de virer des morceaux d’un disque que j’avais sur mon ordi…

D’accord. Mais avant, tu avais tout de même écouté l’intégralité de l’album pour justement choisir les morceaux qui te plaisaient le plus.

D’accord… Mais si les gens ont un coup de cœur sur une chanson précise, ils pourront l’avoir. La plupart du temps, ce sont des gens qui de toutes manières n’auraient pas acheté ton album. Donc, je ne vois pas où est le souci. Je trouve même ça bien. C’est assez classe. Dans les années 90, on avait des groupes qui avaient trois titres bien par disque. Ce n’est pas pour rien que Nirvana a fait le meilleur album du monde. Ils avaient fait un disque avec que des bonnes chansons. Donc, je préfère plutôt ça. Avant de mettre 15 euros pour acheter un disque, c’est bien de pouvoir écouter quelques chansons. Moi, ça me plait l’idée de pouvoir me documenter avant d’acheter un disque. C’est-à-dire que l’achat d’un disque est encore plus sacré qu’avant. On prend moins les gens pour des cons. Donc, moi, je trouve ça plutôt sain. Et puis, il y a des gens qui vont acheter ton disque et qui ne l’écouteront plus jamais après. Ça sert à quoi ? Mon père a plein de disques chez lui. Il en a acheté parfois un peu par hasard. Il y a peut-être moins de vente de disques par hasard maintenant. En tout cas, quand un mec achète ton disque aujourd’hui, il va certainement venir à ton concert parce qu’il est chaud. Maintenant, si un mec achète un disque, c’est vraiment un investissement personnel.

Tu m’as parlé plusieurs fois au cours de cette interview de la scène. Tu seras le 6 décembre prochain au Trabendo (Paris 19ème) et en tournée dans toute la France à partir du 29 novembre. Représente-t-elle le but ultime pour toi ? L’album est-il un prétexte pour aller sur scène ?

Les deux sont des moyens. L’album est un moyen d’aller sur scène. Et la scène est un moyen de se transcender, d’aller gratter le cul de l’infini ! Il y a un truc comme ça… Encore une fois, je fais avec ce que j’ai. Dix minutes avant de monter sur scène, ça m’arrive de pleurer parce que ça ne va pas. Ça m’arrive même d’être mort de rire quand je vais chanter des choses super tristes. C’est une espèce de truc de druide la scène… tu mélanges tes herbes et tu vois si ça marche avec les gens en question, le mélange entre la maladie des gens qui sont là ce jour-là et puis la mienne…La maladie de bonheur ou de malheur. La scène, c’est ça, c’est un genre de truc où tu es sur un fil. J’aime bien les moments de la vie où tu es sur un fil, et la scène en fait partie. Pour moi, la scène c’est comparable à faire l’amour, à embrasser pour la première fois ou à un premier rencart où tu n’oses pas trop parler. C’est vraiment un truc comme ça, sur le fil. Et c’est pour ça que ça m’intéresse.

Propos recueillis par IdolesMag le 2 octobre 2013.
Photos : Vanessa Filho, DR
Site web : http://www.soan-officiel.fr/









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