Interview de Jean-Pierre Morgand, Les Avions

Propos recueillis par IdolesMag.com le 24/09/2013.
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Jean-Pierre Morgand - DR

Jean-Pierre Morgand, le leader des Avions, tient une résidence tous les quinze jours au bar « Prune de Nuit » dans le 10ème à Paris. Il y chante bien entendu « Nuit Sauvage », mais aussi quelques titres issus du répertoire des Avions et de ses autres formations, et de nombreux autres de son album solo « Le Bleu du Ciel ». Nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir un peu plus sur cet opus qui a mis plus de dix ans à voir le jour. Au cours de notre entretien, nous évoquerons également, et sans qu’il n’y ait de lien de cause à effet, les années 80, l’écologie et le téléchargement. Jean-Pierre Morgand se produira notamment aussi le 5 octobre à Montereau.

Jean-Pierre Morgand, Le Bleu du CielIdolesMag : Quand ce projet d’album solo « Le Bleu du Ciel » a-t-il commencé à prendre forme dans ta tête ?

Jean-Pierre Morgand : Ça a été très très long… (rires) Il faut savoir que j’ai toujours fait partie de groupes. Donc les Avions, dès le début… et même avant, le groupe s’appelait autrement. Ça a duré à peu près dix ans et après, j’ai eu un peu de mal. Ensuite, je me suis mis avec un mec qui s’appelle Despert et on a sorti un album chez Warner. Après, j’ai monté un groupe électro, Abandcalledmyself et encore après, un groupe de rock, Morgenbuz. À chaque fois, j’ai monté des groupes. Mais j’écrivais tout de même des chansons solos, vraiment plus personnelles. J’ai commencé à les écrire au milieu des années 90, en fait. Au fur et à mesure, je me suis dit qu’il serait intéressant de signer ces chansons et de les chanter sous mon nom, et pas sous le nom d’un groupe. Ça a commencé à prendre forme au fur et à mesure. Et puis, ça a mis pas mal de temps avant de sortir… c’est marrant parce qu’on me dit que c’est un album intemporel… c’est gentil, je suis fier qu’on me dise ça… mais il a mis dix ans avant de voir le jour ! (sourire)

Est-ce que ça a été un peu le parcours du combattant ?

Je ne dirais pas que c’est un parcours du combattant parce que comme je faisais d’autres trucs à côté, peut-être moins personnels, mais dans lesquels je m’éclatais parce que j’adore évoluer en groupe, finalement ces chansons-là se mettaient dans la case solo… En fait, il y en avait une vingtaine. On n’en a gardé qu’une dizaine et finalement, on en a enregistré quatorze. Il se peut que des bonus voient d’ailleurs le jour sur les plateformes de téléchargement bientôt. Mais non, ça n’a pas été un parcours du combattant, j’ai vécu ça comme un parcours normal. Certaines chansons se sont retrouvées dans d’autres projets, comme « Je perds mon temps ». Elle a été enregistrée sur l’album Despert-Morgand dans un esprit beaucoup plus groupe, comme le groupe l’était. Après, j’ai donc repris ces chansons à mon propre compte.

Tu as repris des chansons que tu avais écrites pour d’autres personnes.

Oui. Par exemple « Nena » et « Sex is a garden » ont été écrites pour des femmes. Certains éditeurs faisaient des appels d’offres… Alors apparemment, « Nena », je l’avais écrite à l’époque pour Patricia Kaas qui entre temps a décidé de changer de style et revenir à un album plus rock. « Sex is a garden », elle, je l’avais écrite pour Ann’so. Il y a une autre fille qui s’appelle comme ça aujourd’hui, mais ce n’est pas elle. Celle pour qui j’avais écrit travaillait avec Fabrice Aboulker à l’époque. Je l’avais rencontrée sur une péniche et elle m’avait dit qu’elle aimerait beaucoup que je lui écrive une chanson qui parle de sexe et du temps médiéval. Très franchement, je n’aurais jamais eu cette idée si elle ne me l’avait pas proposée !! Et après, j’ai repris la chanson pour moi. Quand j’étais dans Despert-Morgand, les gens trouvaient l’écriture fort intéressante. Dick Rivers m’avait contacté pour que je lui écrive des chansons. Après, il y a d’autres gens qui m’avaient contacté, mais le problème c’est qu’à chaque fois, les artistes ont des envies ou des idées et finalement… ils reviennent souvent à leur team habituelle. Si j’ai bien compris le cas de Patricia Kaas, que je n’ai d’ailleurs jamais rencontrée, c’est qu’à un moment, elle voulait continuer à faire des chansons un peu réalistes, un peu sombres, puis après, elle est revenue à un album plutôt rock, elle avait changé d’idée. Par contre, Ann’so, elle, je l’avais vraiment rencontrée et elle m’avait demandé d’écrire cette chanson…

Tu as donc repris des chansons que tu avais chantées avec Despert-Morgand, d’autres que tu avais écrites pour d’autres. Mais en général, fais-tu le distinguo quand tu écris pour un projet collectif, un autre artiste ou ton projet solo ?

Quand j’écrivais pour Morgenbuz, un groupe de rock de jeunes (d’ailleurs deux sont partis avec Mademoiselle K après), j’écrivais franchement pour le groupe. Je me remettais un peu dans l’état d’esprit dans lequel j’étais quand j’écrivais pour les Avions. C’étaient des chansons plus amusantes et plus rock. Je voulais vraiment que ça corresponde à l’esprit du groupe. J’écrivais tout de même des trucs personnels, mais je pensais groupe avant tout. Et franchement, ce qui est bizarre, c’est que les meilleures chansons que j’ai écrites, c’est en pensant à des artistes que j’avais rencontrés. Et je pense que les chansons les plus intéressantes, je les ai écrites pour d’autres. Même « Le Bleu du Ciel », je l’ai écrite en espérant la placer à quelqu’un. Je ne me suis pas dit dès le départ qu’elle était pour moi. C’est bizarre, je te l’accorde, mais après, c’est un mode de fonctionnement comme un autre. Quand j’écris pour moi ou sur des trucs très personnels, j’aime le faire, mais ça ne sort pas de mon inspiration habituelle. De rencontrer des gens et discuter avec eux, ça ouvre des possibilités. Parfois, j’ai même écrit des chansons pour des gens qui ne sont même pas au courant. J’avais écrit des chansons en sortant d’un concert et en pensant les proposer à l’artiste en question… Et puis j’oublie et finalement, je trouve la chanson bien et je la garde pour moi. Quand on rencontre des gens, on s’inspire de ce qu’ils disent… ça me fait rire parce que souvent les gens pensent que ce qu’on écrit est autobiographique. Non. Il y a des choses qui ne sont pas du tout autobiographiques. Simplement, en écoutant des gens, leur expérience, on a envie d’écrire des choses. Souvent, je me dis que nous les auteurs, on est un peu comme les journalistes, on voit une photo et ça nous inspire. On ne pourrait pas vivre tout ce qu’on écrit dans nos chansons… Tu t’imagines ? Ça voudrait dire qu’on a vécu cinquante histoires d’amour, cinquante histoires de ci ou de ça… ce n’est pas possible. (rires)

Dédicace de Jean-Pierre Morgand pour IdolesMag

Depuis quand écris-tu, toi ? Gamin, ado ?

Ado, j’ai commencé à faire de la musique. J’ai adoré faire de la musique quand j’étais jeune. Mes parents écoutaient beaucoup de musique. Ma mère écoutait beaucoup de musique classique et de chansons. Mon père, moins… On écoutait tout de même pas mal de musique, mais on n’était pas assez bons musiciens pour les jouer. Quand le mouvement punk et rock primaire est arrivé, ça a libéré beaucoup de gens parce qu’on s’est dit que ce genre de musique, on allait arriver à la jouer. On trouvait ça plus simple. C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à écrire des chansons. Pas avant. Je n’avais pas vraiment envie d’écrire, je n’ai jamais eu le fantasme de l’écrivain. J’ai vraiment commencé à écrire des chansons parce qu’il y avait le groupe et parce qu’on jouait des musiques et qu’on chantait en yaourt. C’était du faux anglais, et on avait envie de le rendre plus personnel. Après, j’ai essayé que ça colle à la musique et c’est comme ça que j’ai commencé à écrire des chansons. C’était dans le but de coller des paroles à nos musiques. J’ai été très tardif pour prendre ça au sérieux. J’étais plus dans la musique… j’adorais les productions, j’étais fasciné par les réalisateurs… D’ailleurs, je ne voulais pas vraiment devenir chanteur. Je voulais faire partie d’un groupe et faire de la musique. Je voulais simplement faire de la musique avec Jean Nakache, mon meilleur ami d’enfance, et qui l’est d’ailleurs toujours aujourd’hui. C’est avec lui qu’on a monté les Avions. Mais je ne voulais pas écrire, ce n’était pas mon truc. Je l’ai fait presque par nécessité. Il fallait qu’on chante des trucs qu’on avait envie de défendre, donc, je me suis mis à écrire…

Les pré-prods de l’album ont été faites par Coutin. Qu’est-ce qui t’a donné envie de travailler avec lui ? Et pourquoi n’avoir pas été au bout ensemble ?

On se connaissait un peu et on s’appréciait. On a fait de très belles maquettes avec Coutin. Après, c’est toujours un peu gênant… parce que Coutin a fait les maquettes et il a été crédité, et c’est normal, mais parfois les équipes et les financements nous amènent à travailler avec d’autres gens. Le travail qu’on a fait avec Patrick a été utile, mais on n’a plus travaillé dessus après. L’autre jour, un pianiste m’a rappelé sur facebook qu’il avait lui aussi vraiment participé au projet, mais pour un tas de raisons, l’album a été fait avec d’autres personnes. C’est vrai que souvent les choses nous amènent à changer d’équipe. Avec Coutin, on ne s’est pas du tout fâchés, c’est juste que lui a commencé à travailler sur d’autres choses, ses propres albums et ceux de Dick Rivers à l’époque. Donc voilà, on n’a pas poursuivi. Mais les maquettes qu’on a faites ensemble étaient très abouties et nous ont permis d’avancer loin. D’ailleurs, il n’est pas impossible qu’un jour je les sorte en bonus parce que certaines sont assez proches de définitives. Ce n’est pas tout à fait pareil, c’est moins live, mais c’est vachement bien aussi… D’ailleurs c’est drôle parce que depuis deux ans et demi que je fais beaucoup de soirées 80, les copains me disaient souvent que je devrais chanter « J’aime regarder les filles ». « Ça t’irait très bien ! Tu as un peu le même genre de voix, et tout… » Alors maintenant, c’est souvent un des spots quand on fait des soirées 80, c’est chanter, bien sûr, « Nuit Sauvage » et puis d’autres chansons. Mais je chante en plus « J’aime regarder les filles ». Souvent, on me demande s’il est au courant ! (rires) Mais oui. Lui ne veut pas faire ce genre de tournées. Il a un travail assez intéressant et il produit depuis quelques temps des albums assez régulièrement. Il tourne en quatuor, donc, il n’a pas vraiment le temps… mais il m’a dit que c’était très bien que je chante sa chanson !…

L’album est sorti il y a maintenant à peu près trois ans… pourquoi relancer la promo ?

On ne la relance pas vraiment… Il y a des gens qui veulent le relancer, mais bon… Au début, on avait une petite distribution et un petit label, donc, à part quelques télé, on n’a pas eu grand-chose. J’ai tout de même fait une télé avec Drucker un jour et il avait montré le disque. C’était vraiment super sympa de sa part. Mais il n’y a pas vraiment eu de promo et le label n’avait aucun moyen. Donc, ce qui s’est passé, c’est qu’il y a eu quelques ventes Fnac et quelques ventes par correspondance, mais ça s’est arrêté là. Aujourd’hui, avec le digital, ce qui est génial, c’est que la vie d’un album devient permanente. À travers facebook ou ce genre de choses, les gens peuvent découvrir l’album et se le procurer. L’album vit donc toujours. L’exploitation d’un album, aujourd’hui, peut être très lente, paradoxalement. Donc, aujourd’hui, on ne peut pas dire qu’on relance l’album, disons qu’il y a des gens qui le découvrent et qui peuvent l’acheter sur les plateformes de téléchargement. Certains l’ont acheté, en ont parlé autour d’eux, des gens m’ont contacté… Je ne sais pas comment dire, mais disons qu’il revient un peu sur le devant. Aujourd’hui, la façon de consommer de la musique est très différente. « Le Bleu du Ciel » est déjà une chanson un peu ancienne. On avait gagné un prix avec. On représentait la France à Athènes dans un concours international de chansons inédites. C’est une chanson qui a été repérée et que les gens relancent de temps en temps. Les radios par contre… pas trop ! Elles préfèrent souvent « Play Pause Rewind ». Mais « Le Bleu du Ciel » est toujours le morceau qui a eu le plus de succès auprès du public, des internautes, etc… D’ailleurs j’aimerais bien un jour que quelqu’un la reprenne ! (rires)

Jean-Pierre Morgand © Pierre Leseney

En parlant de digital. Que penses-tu du fait qu’on puisse n’acheter qu’un titre sur un album complet aujourd’hui ?

Ça ne me dérange pas du tout ! C’est bizarre parce que je n’aime pas franchement le monde moderne, mais je ne suis pas forcément nostalgique non plus. Mais bon. Souvent, des gens de mon âge disent « Avant, c’était mieux ! » Moi, je ne le dis pas, même si je n’apprécie pas tout dans ce monde moderne. Et loin de là… Ce que je me dis c’est qu’après avoir renégocié pendant deux ans avec Sony et Warner, j’avais un but. D’ailleurs les gens qui me faisaient tourner trouvaient que je manquais un peu de visibilité et tout ça. Et la solution, elle est là. Moi, je suis très content de sortir mes chansons en digital aujourd’hui. Il y a neuf albums qui sont sortis en digital. Il y a ceux qui ont eu beaucoup de succès, comme ceux des Avions, et ceux qui ont été autoproduits comme celui de Morgenbuz. Celui-là est vraiment l’album le plus indé de ma carrière. Et ils sont disponibles. Et donc, je trouve ça personnellement très bien par rapport au public qu’ils soient disponibles. Le public a le choix d’acheter un album en entier, d’acheter un titre ou l’autre ou même d’écouter quelques titres sur Deezer ou Spotify. C’est pas mal quand même !… Et en plus, il y a un truc génial là-dedans quand-même, c’est que quand on démarche des gens pour un concert et qu’ils ne savent pas trop ce qu’on fait, il suffit d’envoyer quelques liens et les gens peuvent écouter ce que tu fais extrêmement rapidement. On peut faire écouter aussi des interviews ou lire des papiers en quelques secondes alors qu’avant ça prenait quelques jours pour tout envoyer par la poste… Pour moi, aujourd’hui, c’est quand même le principal de faire des concerts. Et il n’y pas si longtemps que ça un gars m’a demandé d’écouter ce que je faisais et un concert s’est décidé comme ça rapidement, grâce à ça. Je vais te raconter une anecdote amusante… Quand on est artiste, on appartient toujours au public, il ne faut pas l’oublier. Et il y en a certains qui sont excessivement possessifs !… (rires) Et je me suis fait engueuler un jour parce que je n’avais pas fait de réédition CD, que c’était une honte qu’il n’y ait pas de support physique… Comme je le lui ai dit, le marché du disque est devenu extrêmement difficile.  On ne peut plus vraiment investir dans l’édition d’un CD de qualité avec une belle pochette, etc… Donc, je trouve que c’est beaucoup mieux comme ça, que les chansons soient disponibles en téléchargement.

Le premier album des Avions a été remis sur les plateformes de téléchargement.

Là, je suis content, justement. Ce premier album des Avions, avant le succès de « Nuit Sauvage », qui est sorti chez Underdog, n’était jamais sorti en CD. Ça n’existait pas à l’époque. J’ai réussi à retrouver un vinyle neuf, parce qu’il vaut mieux repartir d’un vinyle neuf que d’une mauvaise bande. Et ce disque va pouvoir être disponible pour le public. Alors, on est bien d’accord, il y a peut-être peu de gens que ça intéressent, mais il y en a quand même. C’est un album de 82/83 disponible aujourd’hui à l’écoute ou en achat. C’est le premier album des Avions, un album un peu plus rock, un peu plus pop. Je trouve bien que les gens qui aiment écouter « Nuit Sauvage » aujourd’hui puissent écouter ce qui avait été fait avant. Même si ça n’a aucune commune mesure avec le succès de « Nuit Sauvage ». Mais il a existé, et c’est bien que les gens le sachent.

Puisqu’on en parle, évoquons un instant « Nuit Sauvage ». A-t-elle été écrasante à un moment donné ?

Oui ! (rires) Mais plus aujourd’hui…  C’est marrant, parce que, que ce soit dans les instructions politiques ou de société, on se persuade de choses, et puis ça change… Ce que je veux dire, c’est qu’à l’époque quand « Nuit Sauvage » est arrivée, ça a été un énorme succès. Ça a propulsé le groupe, ça nous a permis d’avoir les moyens de faire un super album. Ça nous a permis de faire des tournées avec de super musiciens… Mais après, c’est devenu très vite écrasant parce qu’on nous reprochait toujours de ne pas arriver à retrouver un même succès. Même si on avait des singles qui marchaient plutôt pas mal, ils ne marchaient jamais aussi fort que « Nuit Sauvage », comme beaucoup de groupes d’ailleurs. Donc, cette chanson est vite devenue écrasante. Très sincèrement, on n’en pouvait plus ! Et puis le temps passe… Elle s’est fait oublier et on la jouait de temps en temps pour nous amuser. Et vingt ans après… elle redevient à la mode. Aujourd’hui, que je la joue acoustique, funk ou dans une version plus proche de l’originale, c’est une énorme carte de visite. À l’époque, ça écrasait nos albums. Grosso modo, on a vendu des centaines de milliers de singles, mais on vendait dix fois mois d’albums. Aujourd’hui, ça s’est inversé. « Nuit Sauvage » me permet, et aussi grâce à internet, de pouvoir parler de mes autres projets. C’est grâce à « Nuit Sauvage » si aujourd’hui je peux te parler du « Bleu du Ciel ». Alors, bien entendu, on n’en vend pas autant. Je serais un menteur de dire ça… Mais ça me sert vachement. Vu la crise, vu l’époque, avoir une carte de visite comme « Nuit Sauvage », c’est énormissime ! Aujourd’hui, il y a des gens qui écoutent Morgenbuz alors qu’ils ne savaient même pas que ça avait existé. Tout ça grâce à « Nuit Sauvage ». C’est aussi grâce à internet… Il faudrait vraiment être con pour renier « Nuit Sauvage » aujourd’hui, excuse-moi du terme.

Jean-Pierre Morgand - DR

Et en concert, ça se passe comment ?

Eh bien, je fais le plus souvent des concerts acoustiques. Je joue les chansons du « Bleu du ciel » et quelques autres titres de mes autres projets. Mais je sais que ceux qui sont venus ne repartiront pas si je ne chante pas « Nuit Sauvage ». Et c’est normal ! Je les comprends. C’est tout à fait logique. Alors qu’elle a été un handicap après sa sortie, aujourd’hui, grâce à elle, je tourne encore !... Quand on en parle avec les potes des années 80, on se rend bien compte que jamais on n’aurait fait des tournées comme on en fait si on n’avait pas eu un énorme succès. C’est assez hallucinant quand même quand tu y penses… Il y a une moyenne de 7000 personnes qui viennent chaque soir écouter une quinzaine de titres des années 80. Personne n’aurait pensé que ça aurait pu être possible. Personne.

Que sont devenus les autres Avions ?

Jean Nakache, mon meilleur ami que j’ai rencontré au tout début du lycée, lui, travaille pour l’énergie. Il travaille pour Alstom. Son vrai métier, c’est ingénieur. Donc, il a débuté ingénieur et après un break de dix ans de musique, il est retourné là-dedans. Ce qui est génial, c’est que quand il est revenu à son métier originel, il a été super bien accueilli. Ils ont certainement trouvé que c’était un peu comme une expérience américaine. En fait, malgré ce qu’on peut en penser, les grandes entreprises sont assez sensibles au fait qu’on puisse s’intéresser à autre chose ! Jérôme Lambert, lui, il avait dans l’idée de faire des films documentaires. Et c’est finalement ce qu’il a fait. Avec un mec qui s’appelle Philippe Picard, ils ont monté une boîte. Ils ont fait des documentaires sur Astérix, sur un journal au Brésil… Sur plein de trucs en fait. Donc, ils sont bien occupés chacun de leur côté et c’est une des raisons pour lesquelles ils ne peuvent pas être sur la tournée des années 80. Jean, c’est parce qu’il a un poste assez important et qu’il voyage encore beaucoup pour Alstom. Et Jérôme, c’est un peu pareil, il voyage beaucoup. Et quand il part pour tourner un film, il y a toute une préparation en amont. Donc, pour les deux, c’est un peu mission impossible de partir en tournée…

Ont-ils gardé tout de même des attaches avec la musique ?

Ah oui ! Jean, il joue toujours de la musique. Et Jérôme aussi. D’ailleurs, l’année dernière, on a fait un concert avec la formation originale, et avec Pierre-André d’Ornano qui avait quitté le groupe au moment du succès… On ne peut pas dire qu’il soit arriviste celui-là !! (éclats de rires) On a donc fait ce concert avec la formation de base. Et ce qui m’a vraiment étonné, c’est qu’il y avait une majorité de gens qui étaient venus écouter notre premier album. Bon… ils étaient venus pour « Nuit Sauvage » aussi, évidemment, mais ils voulaient entendre d’autres titres. C’était complétement fou. Il y a un de nos tout premiers titres, « La Planète des Singes » qui a eu presque autant de succès que « Nuit Sauvage » ! C’est fou !! Le public était venu écouter des chansons plus rares, et ça, ça m’a surpris.

Jean-Pierre Morgand - DR

Comment expliques-tu cette avalanche de tubes dans les années 80 ?

On en parlait l’autre jour avec Claudie… Desireless… Dans les années 80, il y a eu un retour des chansons génériques : la nuit, le voyage… Il y a des chansons perso, mais quand on y regarde de plus près, ce sont souvent des choses assez intemporelles. Prends « Il est libre Max », ça peut parler à tout le monde. « La nuit est chaude… » Eh ben, c’est sûr, c’est quelque chose qui motive !! (rires)

C’étaient aussi des chansons populaires qui n’avaient pas peur de l’être.

Aujourd’hui, j’ai des élèves qui ont 22 ans… et quand ils veulent s’amuser, ils vont danser sur de la musique électro qui bien souvent n’a pas de parole. Dans les années 80, on avait un mix entre la chanson ancienne, la chanson pop, des rythmes et des séquences. Ça avait un côté fun. Si on écoute par exemple du Justice, eh bien on se rend compte que dans l’idée, on n’est pas loin des années 80. Ce sont des choses qu’on retrouve chez des Depeche Mode ou ce genre de groupes… On a été très inspirés, nous, par ces groupes.

Après cette parenthèse sur les années 80, revenons-en au « Bleu du Ciel », si tu veux bien. Quand on écoute bien les paroles, en filigrane, on retrouve tous les éléments, ou presque. L’air, l’eau, le ciel, la pluie, l’océan, le jardin…

J’ai été un membre actif du parti Verts français. J’ai arrêté parce que j’en ai eu marre pour certaines raisons, mais je ne regrette rien. Je suis venu un peu à l’écologie parce que j’étais souvent au bord de la mer, je faisais du surf, etc… Mon grand-père était un jardinier amateur aussi… À un moment donné, quand je ne travaillais pas assez dans la musique, j’ai travaillé pour un paysagiste. C’est vrai que ce n’est pas un hasard si on retrouve cette idée en filigrane dans l’album. Je m’en rends compte aujourd’hui, j’ai été vachement là-dedans.

Jean-Pierre Morgand - DR

De toutes les chansons qui composent ce nouvel album, y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je dis tendresse, je pense à quelque chose qui s’est passé autour de la chanson, pas forcément la chanson en elle-même.

Il y en a une qui m’a été inspirée par à la fois « Des Souris et des Hommes » de Steinbeck et à la fois le groupe qu’on formait avec Jean Marc, Despert-Morgand. On était en 1995, on s’est retrouvés tous les deux dans la merde. Il n’y a pas d’autre mot. Lui vivait dans le studio dans lequel il travaillait. Et moi, je me suis tout pris d’un coup sur la figure, je me suis retrouvé tout d’un coup avec plein de problèmes financiers… Après dix ans de vie facile, tout me revenait en pleine face. C’est un peu l’idée de « Cow-Boys électriques » qui est inspirée par notre duo. Lui trouvait que c’était une chanson un petit peu trop cool pour notre duo rock, mais c’est un titre qui a vraiment été inspiré par nous deux. On partait avec nos amplis dans une bagnole et on allait jouer vraiment à l’arrache, il n’y a pas d’autre mot. On avait trouvé une façon de s’en sortir par rapport à différents problèmes personnels. Et c’est vrai qu’il y avait une espèce de côté un peu sauvage… Et il se trouve que cette idée n’était pas si bête puisque contre toute attente, on s’est retrouvés signés chez Warner. Avec un duo  de deux mecs, deux guitares électriques et trois textes… C’était assez inouï. Et puis aussi, il y a « Le Bleu du Ciel ». En fait, je n’ai jamais vraiment su comment j’avais écrit cette chanson. J’ai senti qu’elle avait un retentissement immédiat. D’ailleurs, je l’avais faite écouter à Coutin puisqu’à l’époque on travaillait pour Dick Rivers et quelques autres. J’étais dans l’idée d’écrire plus pour les autres et Coutin m’avait dit « chante-là celle-là !... » Mais bizarrement, à l’époque, les maisons de disques trouvaient ça trop littéraire. Et surtout, il y avait deux énormes chanteurs qui étaient dans ce côté rock et folk, Bashung et Cabrel, et on m’a fait comprendre qu’il n’y avait pas vraiment de place pour moi dans ce style. Il y avait deux monstres, il ne pouvait pas y en avoir un troisième. Quand je dis littéraire, je ne veux pas qu’on comprenne que c’est dans le sens que c’est bien écrit, mais dans le sens trop écrit. Ce n’était pas assez simple.

Des scènes se profilent-elles ?

Je joue tous les quinze jours dans un petit endroit à Paris qui s’appelle « Prune de Nuit ». On joue en trio avec Brad Scott qui est un ancien membre du groupe d’Arthur H, c’est un très très bon bassiste très drôle et très sympa, et Fabrice Drigues qui est percussionniste. C’est donc un trio, on fait une toute petite résidence, mais on s’y plait bien et ça débouche parfois sur d’autres concerts. Là, on va faire un concert à Montereau aussi, le 5 octobre, en trio aussi. Mais Fabrice ne peut pas venir et donc c’est un très bon batteur français que je connais, Benjamin Henocq, qui va le remplacer. Il a un sacré CV !... Quand je lui ai dit que j’avais une opportunité de concert mais que Fabrice ne pouvait pas être là… il m’a dit qu’il viendrait ! Comme quoi, quand on s’adresse à des grands, on a souvent une réponse plus franche !... C’est quelque chose que j’ai remarqué dans ce métier… (sourire)

Propos recueillis par IdolesMag le 24 septembre 2013.
Photos : Pierre Leseney, DR
Facebook : https://www.facebook.com/jeanpierre.morgand









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