Interview de Michel Fugain

Propos recueillis par IdolesMag.com le 27/09/2013.
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Michel Fugain ©

Alors qu’il avait annoncé l’année dernière que « Bon An, Mal An » serait probablement son dernier album, Michel Fugain revient, pour notre plus grand plaisir et en pleine forme, avec un nouveau projet pour le moins ambitieux : le « Projet Pluribus ». Pluribus, ce sont pas moins de douze artistes (musiciens et chanteurs) sur scène, ce qui rappelle à bien des égards le fameux Big Bazar ! À une époque où l’économie est le maître mot, Michel Fugain prouve qu’avec un peu de bonne volonté, des envies et une bonne dose de talent, on peut encore faire de belles et grandes choses. Nous avons été à sa rencontre afin d’en savoir un peu plus sur ce projet généreux plein de bonne humeur. Rencontre avec un artiste passionné et passionnant.

Michel Fugain - Projet PluribusIdolesMag : Vous avez déclaré l’année dernière que « Bon An, Mal An » serait probablement votre dernier album. Vous revenez aujourd’hui avec le « Projet Pluribus ». Il a dû s’en passer des choses entre temps…

Michel Fugain : C’est une révolution, au sens étymologique du terme !  C’est upside down. Ce qui était n’est plus… Un management a été remplacé par un autre. Je tombe sur un mec qui s’appelle Alexandre Lacombe. Il arrive lui d’un univers différent puisque c’est un manager de jazz. C’est un mec complètement impliqué dans le jazz. Je cherchais un manage, il a dit « ça, ça m’intéresse… » Il est donc venu, on s’est parlé. Et lui me dit : « Fugain, c’est un mec de scène, il faut du monde autour de lui ». « Ok, ok… mais comment tu vois ça ? » Et là, il me dit qu’il faudrait passer par un arrangeur. Puis, il me parle de Pierre Bertrand. Avec Pierre, on tombe cul et chemise immédiatement. Et ça roule comme ça…

Il y a eu un spectacle au Québec qui a été un peu au départ du projet aussi...

C’est ça. À un moment, on a mis sur le marché, et c’était un peu le deal de signature chez Sony, l’intégrale du Big Bazar. Le premier disque du Big Bazar était chez Sony, enfin CBS à cette époque… Mais sur le marché, il n’y avait jamais eu les trois autres albums. Pour ceux-là, c’étaient nous qui étions producteurs. Et comme je suis un garçon qui ne sait jamais où il laisse ses affaires, je ne savais même plus où tout ça était. On a cherché un peu partout et finalement, on a retrouvé l’intégrale des quatre albums studios du Big Bazar, c’est-à-dire quarante-six chansons. Je les ai filées à Sony. Il y a eu une sortie simultanée au Québec. Les Québécois nous avaient demandé de venir et de participer à un grand spectacle populaire à l’Aréna de Québec. C’est un immense stade de hockey. Ils me payent le billet d’avion et on a travaillé une première fois sur des chansons du Big Bazar mises bout à bout. De « Attention, mesdames et messieurs » jusqu’à « Chante… ». On n’avait pas fait « Les Acadiens ». C’était un premier truc, mais on s’est tout de suite dit qu’il y avait quelque chose dedans… Et là, Pierre Bertrand se met au travail.

Pierre Bertrand, c’est un peu le chef d’orchestre du « Projet Pluribus ».

C’est lui le vrai patron de Pluribus. On a la chance d’avoir l’arrangeur… Pierre est un arrangeur de génie. Mais il fait partie complètement de Pluribus aussi ! Ce qui veut dire que quand quelque chose ne lui parait pas bien, comme il a toujours son ordi avec lui, il retravaille dessus à la vitesse du son. Il remplace une chose par une autre. C’est extraordinaire. Je n’ai jamais vu ça. En plus, c’est un être humain plus que délicieux. Dès que vous le connaissez, vous avez envie qu’il soit votre ami pour la vie. C’est délicieux humainement et musicalement. Et il a réuni une équipe incroyable. Quand on a commencé sur l’album, l’équipe Pluribus n’était pas encore totalement constituée. Et là, il y a un phénomène incroyable… les musiciens viennent tout naturellement parce que c’est Pierre Bertrand qui est aux manettes. Ils sont venus peut-être aussi un peu parce que c’était moi… d’accord. Parce que je suis un peu la calandre de l’affaire. Il n’y a pas eu l’ombre d’un souci. Les musiciens ont apporté à ce projet plus que leur art, ils ont apporté toute leur humanité. Un type de chez Sony qui a écouté les premières ébauches m’a dit « C’est une affaire de musiciens ». C’est vraiment une expérience à vivre. Déjà humainement, mais professionnellement, c’est très particulier. On a joué hier soir la couturière du spectacle. Il n’y avait donc que des invités dans la salle. Et ce qu’ils nous ont renvoyé, c’est tout bonnement incroyable. On a fait un carton.

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Vous êtes douze sur scène.

Tout à fait. C’est de l’énergie à l’état pur. Il y a dix mecs et deux filles, dont une qui s’appelle Line Kruse, qui est elle-même une virtuose du violon. Elle fait des albums et des spectacles toute seule, mais elle est membre à part entière de Pluribus. Quand je vous dis que c’est une affaire de musiciens, c’est vraiment quelque chose de tout à fait particulier. Ce qui fait que contrairement à toutes les démarches que les musiciens font habituellement, ils préfèrent souvent aller vers des trucs un peu plus compliqués… là, ils prennent le matos musical de base de Fugain, qui est un chanteur populaire… heureusement populaire et pas populacier ! … Je sais qu’ils aiment les chansons et leurs harmonies aussi, ce qui leur donne la possibilité de jouer de belles choses. Et c’est un spectacle populaire dans un écrin incroyablement beau. Je pense que c’est vraiment original. Et d’ailleurs, c’est ce qu’on a entendu hier soir. « C’est neuf, moderne, frais… » Beaucoup nous ont dit que c’était frais ! C’est incroyable. On est en train de réussir notre pari.

Ça a dû être assez compliqué de tout mettre en œuvre. Aujourd’hui, on fait des économies sur tout, un projet avec autant d’artistes sur scène, c’est du domaine de l’inenvisageable.

Oui. Mais ça veut dire aussi que les artistes qui sont impliqués dans ce projet, s’impliquent différemment. Ils savent bien qu’ils ne vont pas gagner des milliards… C’est un investissement d’énergie et une somme de travail colossale. Ce sont des morceaux qu’il faut connaître par cœur, des morceaux avec des partitions difficiles. Là, je vous le dis carrément, il y a encore un peu de tartoche sur scène… En plus, hier soir, tout le monde serrait un peu les fesses ! (rires) Mais c’est terrible, parce que tout le monde s’investit dans le projet. Et cet investissement, il est dû en grande partie à Pierre. Vous savez, il a un tel respect de tous les musiciens. Que ce soient les cordes de l’Opéra ou un guitariste lambda, il a un respect total. Et en retour, les gens ont un respect incroyable envers lui. C’est un mec d’une gentillesse et en même temps d’une folie invraisemblable. Tout le monde s’embarque avec lui. Je pense que j’y suis aussi un peu pour quelque chose dans ce projet. Du moins, je l’espère… En tout cas, je ne suis pas un tyran ! Je suis un mec normal. Avec le kilométrage que j’ai au compteur, j’ai surtout envie de me marrer et de rire. Donc, tout ça s’est fait dans la bonne humeur. Alors, finalement, est-ce que tout ça a été difficile ? Je ne peux pas vraiment dire. La difficulté, surtout, elle a été musicale. Comment des mecs peuvent-ils ingurgiter trente numéros musicaux d’une musique qu’on met un temps fou à connaître par cœur ?…

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Comment s’est opéré le choix des chansons ? Il y a donc six titres inédits, quatre de « Bon An, Mal An » et trois titres emblématiques de votre répertoire. Parlons d’abord des six inédits. Sont-ils nouveaux ou bien avez-vous été les rechercher dans vos tiroirs ?

Ah non ! Je me suis mis au travail en janvier. Et hop là, j’ai écrit six nouvelles chansons. C’est du matériel Pluribus pur. Après, je n’avais tout simplement pas le temps d’écrire douze chansons. Et donc, j’ai laissé Pierre choisir les titres qu’il voulait travailler. Dans « bon An, Mal an », il a en pris quatre. Comme c’est lui le directeur musical, c’est lui qui a fait ses choix. Et après, il m’a dit, je veux aussi réenregistrer « La Fête », « Chante… » et « Les Sud-Américaines ». Tout ça, pour avoir le même son. C’est lui qui trouve le son. C’est lui qui détermine tout… Oh la la, il a fait un arrangement de « Je n’aurai pas le temps » qui est absolument ahurissant. Il n’y a que des voix. C’est à tomber par terre ! Comme il l’a dit hier en répétition, c’est du « contrepoint rigoureux ». Alors, on apprend des choses… Pierre, on dirait que c’est un passeur. Il est prof à Paris et à Nice. C’est lui qui dirige le grand orchestre de jazz de Nice. S’il n’y a pas Pierre Bertrand, il n’y a pas Pluribus, c’est clair.

C’est donc Pierre  qui a fait ses choix.

On ne lui fait pas faire n’importe quoi. Il part toujours de ce questionnement : « Est-ce que je vais pouvoir arriver à faire quelque chose de bien avec ? » Il y a des chansons qui le touchent moins, et je le conçois parfaitement. Mais il y a des trucs qu’on va récupérer sur d’autres disques et mettre sur scène.

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Et peut-être sur un prochain album.

Ecoutez… On a dit qu’on allait en faire un par an !

Un peu comme à l’époque du Big Bazar !…

Oui, j’ai l’exemple du Big. J’ai déjà donné dans ce genre de rassemblement humain ! (rires) avec le Big, on a fait un album par an pendant cinq ans. Quatre albums studio plus un album qui s’appelait « Un jour la fête » qui était une espèce de film musical. Donc, on a fait un album par an. On ne s’est jamais emmerdés, d’une part, ça c’était très important. Et d’autre part, on a toujours eu du matériel. Le premier spectacle du Big Bazar, il était très Fugain. Et plus ça allait, plus il y avait des chansons du Big Bazar, ou des chansons de Fugain avec la couleur du Big. Eh bien je pense qu’il faut imaginer la même chose avec Pluribus. C’est beaucoup plus difficile maintenant parce que le marché est différent. On ne peut plus se permettre de sortir un disque par an. On vous dit toujours qu’il faut rester sur la promo du dernier, etc… Comme si les maisons de disques travaillaient les disques à longueur de temps !! Ce n’est pas vrai ! Mais nous, de notre côté, on a plein de matériel. Alors, si on ne sort pas un disque par an, ce sera peut-être un an et demi. Mais j’espère avec cette cadence. Là, dès que je redescends chez moi en Corse, je me remettrai au travail pour commencer à chercher la suite. Pierre voudrait que je lui fasse un 12/8, c’est un rythme très particulier. Et je suis déjà en train de le chercher. J’ai envie de satisfaire Pierre, j’ai envie de partir dans le même sens de création. Pluribus, c’est une formidable aventure. C’est extraordinaire pour un mec qui a cinquante ans de métier, qui a fait énormément de choses. Je ne vais pas me vanter, mais j’en ai tout de même fait des trucs ! Des écoles, des troupes, des chansons… Avec Pluribus, j’ai l’impression que c’est une boucle qui se boucle. Je suis musicien et je me retrouve avec des musiciens dans un monde de musiciens. On se balade avec des musiciens… C’est ça qui est génial. Et quand je dis que c’est une boucle qui se boucle, ça ne veut sûrement pas dire que ça s’arrête ! Pas du tout. Je sais que là, on en a pour quelques années. Si ça fonctionne comme on le pense et l’espère, si les mecs en veulent, ça doit le faire. Il faut qu’on tourne, il faut qu’on travaille. Il faut que cette équipe bosse. Déjà, il faut que tout le monde puisse manger correctement. Et puis, il faut qu’on puisse jouer parce que des musiciens qui n’ont pas de boulot, je sais comment ça va… « J’ai un truc à faire là », « J’ai ma femme qui me tarabuste… » (rires) Pour l’instant, les femmes sont assez d’accord ! Non seulement, elles sont d’accord, mais elles sont même plutôt fiérotes. Je parle des femmes de musiciens, n’est-ce pas ! (rires) Donc, tout va bien. Mais c’est vrai, je leur dis aux mecs… « Des expériences comme celles-ci, vous n’en aurez pas beaucoup. » Mais il faut que ça aille vite. Pluribus, c’est un moyen de résister à la morosité générale.

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En tout cas, vous en parlez avec beaucoup d’énergie et de bonne humeur !

Vous savez, là, tout démarre. On a joué hier soir et on est confortés par ça. On sait qu’on ne se plante pas. Hier soir, il y avait des amis, mais aussi beaucoup de gens qui n’étaient pas venus pour me caresser dans le sens du poil. Je sais même que dans la salle il y avait des gens dont je me serais bien passé de la présence… (sourire) Mais tout le monde avait la banane. Dans ce genre de représentation, il y a toujours des espions… Mais non, tout le monde avait la banane et ça s’est traduit par une standing ovation alors que c’était une couturière. Donc, non, je pense qu’on ne se plante pas mais qu’on a maintenant besoin de travailler beaucoup. Là, dans deux heures, on s’y remet, on va rectifier et resserrer certains trucs. Il y a des mises en place qui ne sont pas entre nous tout à fait franches. Mais c’est un spectacle vivant, ça bouge. Je vous donne rendez-vous dans six mois. Et si on a bien bossé pendant ces six mois, ça va être d’une force incroyable. On n’aura plus le cul serré. Les arrangements de Pierre Bertrand, c’est quelque chose… Ils ne s’apprennent pas si facilement. Il y a des mises en place très précises à respecter. Mais c’est un rêve. Là, je vous le dis, je suis en récréation pour le moment.

Vous me disiez tout à l’heure que vous vous étiez remis à l’écriture en janvier. Avez-vous besoin d’avoir un projet précis pour écrire ou bien écrivez-vous un peu tout le temps ?

J’ai besoin d’un projet, j’ai besoin d’un truc… Je ne travaille pas pour moi. Je travaille pour les gens avec qui je bosse. J’écris quand je suis motivé. Écrire pour moi tout seul ? Non. Je peux avoir une envie d’écrire une chanson d’amour à ma douce, à ma blonde, comme ça. Tout simplement parce que j’en ai envie, parce que c’est le fruit de la tendresse que j’éprouve pour elle. Mais la vérité, c’est qu’au bout de cinquante ans… ça fait bien longtemps que je ne m’étonne plus de ce que je peux faire. Je n’en suis pas à me dire « Ah ! C’est génial ce que j’ai fait… » Non. C’est un métier. En revanche, et je mets des guillemets autour de nous ça… je sais des trucs… je sais que si on me demande quelque chose, je peux faire quelque chose qui peut plaire ou satisfaire quelqu’un. J’ai encore envie de plaire aux gens avec lesquels je bosse. J’ai envie de leur faire plaisir.

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Vous m’avez touché un mot tout à l’heure de votre compagne. Vous reprenez d’ailleurs « La sirène » dans le projet Pluribus, une chanson qui lui est dédiée. Elle est pianiste. Écrivez-vous des chansons avec elle ?

Elle est pianiste, oui… Elle chante comme une bête aussi ! Mais non, on n’écrit pas ensemble. Chacun travaille de son côté. Mais elle est toujours à mes côtés. Elle bouquine… Elle veille, en fait. En fonction de ses réactions, je me dis que je garde ou que je ne garde pas. Je ne peux de toute façon rien faire si elle n’est pas là. On est un peu fusionnels. On fait tout ensemble. Je vis un bonheur total depuis neuf ans. Rien n’est compliqué. Tout est bien. J’ai l’impression que je suis en train de me faire une bien jolie dernière ligne droite…

Un travail très soigné a été fait sur la pochette, cette photo avec les petits collages. Est-ce quelque chose qui reste important à vos yeux ?

Je suis absolument insensible au travail qui est fait sur une pochette. Tout simplement et très honnêtement parce que ça m’ennuie ! Je ne suis pas un fou de l’image. Je suis trop dans l’éphémère.  Je suis un homme de scène. Tout ce qui se passe sur scène, ça m’intéresse. Dès qu’il y a une image qui s’arrête, ça me tétanise. J’ai toujours envie de rajouter quelque chose, alors qu’une image fige un instant. Ce qui m’intéresse, c’est quand on appuie sur play, pas sur pause. Donc, je ne suis pas concerné par les choses qui tournent autour de l’image. Mais… parce qu’il y a un mais !... (rires) Tout a commencé pour cette pochette avec une séance de photos avec une photographe absolument formidable qui a su me détendre. On a fait de jolies photos. Et dans Pluribus, il y a une petite gonzesse qui s’appelle Dominique Fidanza. Dominique est une petite bonne femme qui a du caractère. Les gens vont l’adorer. Je le lui ai dit. On chante ensemble une chanson qui s’appelle « Dépêche-toi ! » qui vient d’ « Un enfant dans la ville » [Michel commence à chantonner le titre]. D’ailleurs, il y a des gens qui sont tout heureux de retrouver cette chanson. Et en plus d’être jolie comme un cœur et de chanter merveilleusement bien, Dominique dessine. Et quand elle a vu les photos, elle a pris des bouts de carton et commencé à dessiner des instruments. Elle les a collés sur la photo. C’est donc Dominique qui a illustré la pochette. Et le travail est remarquable. Pluribus, c’est un disque, c’est un spectacle, mais c’est aussi plein d’autres choses. On aurait pu l’appeler Pluribus Bordel ! C’est un aggloméra de talents, c’est un aggloméra d’énergie, c’est un aggloméra de gens qui apportent tous leur contribution au projet. Ils sont tous concernés par le projet. C’est ancré dans nos gênes maintenant. Tout le monde donne ce qu’il a à donner à Pluribus, et même plus.

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C’est comme une famille, en somme.

Ça, c’est certain. C’est une famille au sein de laquelle tout le monde participe, sans restriction aucune. Il n’y a aucune mesquinerie. Je n’aime pas trop parler d’argent… mais tous les musiciens ont besoin de bosser et de gagner leur vie. Quand ils jouent sur un spectacle ou une émission, ils ont un cachet, c’est obligatoire et c’est normal. Mais là, tout le monde a dit « il n’en est pas question ». Là, on va bientôt faire le JT d’Elise Lucet sur France 2. Le plateau fait 2 mètres sur 2 mètres. Comment mettre douze mecs sur quatre mètres carrés ? Eh bien, on a tous répété le truc et nous serons douze ! Parce qu’il n’est même pas question qu’un ne soit pas là ! Je n’ai jamais vécu ça. Dans le Big Bazar, on était douze danseurs / chanteurs. Donc, c’était une implication différente. En fait, les musiciens, ils viennent d’une culture différente. Ce sont des cow-boys au départ… Même moi, j’ai eu des difficultés à penser que des mecs comme eux plongeraient à ce point-là dans un projet. Et je vois que tous sont à fond dedans. Ce qui se passe là, ça n’existe pas ! C’est extraordinaire.

À une époque où l’individualisme est légion, c’est assez génial de penser collectif…

Est-ce que c’est possible dans une société où on cultive l’individualisme de monter un tel projet ? On peut tous se poser la question. Et la réponse est oui. Ce ne sont pas les gens qui cultivent l’individualisme, c’est le marché qui le cultive. Il faut pouvoir vendre le même produit à un maximum de gens. Derrière cet individualisme, est-ce que le rêve de faire un truc à plusieurs existe ? Est-ce que ce rêve existe ? On a vraiment l’impression de faire un acte résistant en montant Pluribus. Depuis des années, je me produis sur scène avec six musiciens… et souvent on m’a dit de n’en prendre que trois… Eh bien, non, j’en prends onze ! (rires) Parce que je veux que le public qui va venir nous voir sur scène assiste à un vrai beau spectacle. Les gens veulent se détendre quand ils vont au spectacle, ils viennent oublier la crise. Donc, avec tous les instruments qu’il y a sur scène, ça les divertit. C’est un vrai merdier, c’est vrai. Ça nécessite une bonne équipe technique et une sacrée organisation.  Chacun a son rôle. Et tout le monde le joue à merveille. C’est d’une force que je n’ai plus vue depuis le Big Bazar.  Ça je peux le dire. À l’époque du Big Bazar, on était tous payés de la même manière. On avait tous le même salaire, qui était ridiculement bas, mais pourtant, c’est comme ça qu’il faut faire. C’est comme ça qu’on fédère. Le rêve entraîne le rêve. L’inertie entraîne l’inertie aussi. On ne peut pas échapper à la dynamique des choses. C’est le phénomène d’entrainement. Avec Pluribus, tout est tendre. On est dans la même galère. Mais une belle galère… une galère dorée. C’est extraordinaire. Je leur dis tous les jours… si ça marche, on va s’éclater ! L’exaltation que j’éprouve actuellement, elle est exactement à la hauteur de ce qui est possible avec Pluribus. Et depuis hier soir, non seulement, je me sens fortifié, mais je suis à peu près sûr. Maintenant, il faut remplir l’agenda. Si on bosse bien, dans six mois, ce sera une bombe atomique.

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Pluribus est en définitive un Big Bazar des années 2000.

Le Big Bazar… S’il n’y avait pas eu le danseur Pierre Fuger qui a fait travailler tout le monde, il n’aurait pas existé. Il nous a fait travailler tous les jours. On avait barre tous les jours. Sans Pierre Fuger, il n’y aurait pas eu de Big Bazar. Aujourd’hui, c’est la même chose, sans Pierre Bertrand, il n’y a pas Pluribus. Et je sais que malgré son activité débordante, Pierre trouvera toujours le temps pour Pluribus.

C’est en tout cas un projet ambitieux et généreux.

J’espère que les gens vont prendre le contrepied et vont avoir envie de résister à cette espèce de noirceur et de sinistrose qui nous entoure. Ce n’est jamais constructif. Ça ne parle pas d’avenir. On ne va pas construire un avenir en se faisant la gueule. Souvent, je dis que quand les résistants gagnent, c’est toujours une sorte de révolution. La révolution, c’est gai, c’est joyeux. Les actes de résistance sont toujours joyeux. Pluribus est, dans son style, un projet résistant. On ne gagne jamais rien à rester dans le moule et à reproduire ce qui existe déjà. J’aimerais le crier à tous les jeunes qui veulent faire ce métier, qui veulent être des créateurs… Ne faites pas ce qu’on vous demande de faire, Faites ce que vous avez envie de faire, faites ce que vous êtes au fond de vous-même !

En parlant des jeunes, qui vous a impressionné ces derniers temps ?

Stromae. Voilà un mec qui a une démarche honnête. Quand on l’écoute, on se dit qu’il y a enfin quelque chose qui se passe. C’est-à-dire que c’est à la fois musical, recherché, bien chanté… C’est intelligent, c’est sensible. C’est quoi notre métier ? Ce n’est pas autre chose…

Propos recueillis par IdolesMag le 27 septembre 2013.
Photos : DR
Site web : http://www.michelfugain.com/









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