Interview de Basia Bulat

Propos recueillis par IdolesMag.com le 19/09/2013.
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Basia Bulat © Caroline Desilets

La songwritrice canadienne Basia Bulat est de retour avec un troisième album de toute beauté, « Tall Tall Shadow ». Nous avons été à sa rencontre alors qu’elle était de passage en Europe, afin d’en savoir plus sur ce nouveau projet. Elle nous expliquera notamment que pour être honnête envers elle-même et le public, elle a voulu repartir de zéro alors qu’elle avait déjà une vingtaine de chansons dans les tiroirs. Nous évoquerons également les musiciens qui la rejoignent sur cet opus, dont Tim Kingsbury d’Arcade Fire, Ken Whiteley et son frère Bobby. Basia se produira le 29 octobre sur la scène de la Flèche d’Or (Paris 20ème) et le 1er novembre sur celle du Botanique à Bruxelles. Rencontre avec une artiste particulièrement touchante.

IdolesMag : Ton précèdent album, « Heart of my Own » est sorti en 2010, il y a trois ans. Quand as-tu posé les pierres de ce troisième opus?

Basia Bulat : Tout de suite après la sortie de « Heart of my Own », j’ai commencé à écrire de nouvelles chansons. J’avais une vingtaine de titres terminés. Mais beaucoup de choses dans ma vie ont changé. Et j’ai décidé de recommencer depuis  le début. Je voulais du neuf. J’ai donc écrit douze/treize autres chansons. Là, on était fin 2011. Et nous avons commencé à enregistrer cet album au mois de mars 2012.

Basia Bulat, Tall Tall ShadowMusicalement, ce troisième opus est assez différent des deux premiers. On a l’impression que tu as voulu aller plus loin dans le son. Était-ce une envie que tu avais au départ ?

Oui. J’avais en tout cas envie de faire quelque chose de différent. Et moi aussi, j’étais différente. Bien entendu, j’ai toujours voulu rester dans le domaine de la musique folk. Je ne voulais pas faire un album de musique instrumentale ou expérimentale. Je voulais tout simplement qu’il me ressemble à moi. Et je crois que je suis restée la même que sur les deux précédents albums, même s’il y a des choses qui ont changé.

Tu utilises des instruments peu communs comme le charango ou l’autoharpe électrique. Qu’est-ce qui t’a intéressée en eux ?

C’est difficile de dire exactement pourquoi je suis si attirée par ces différents instruments. Ce sont des instruments tout simplement qui viennent du monde folk et qui offrent de multiples possibilités de sons. Il y a toujours comme une surprise quand on joue de ces instruments. L’autoharpe électrique, c’est comme un animal… (rires) Ce sont en tout cas des instruments très riches et très intéressants à jouer.

On va un peu parler de l’équipe qui t’entoure sur cet album. Tu as notamment travaillé avec Tim Kingsbury d’Arcade Fire. Il était déjà là sur quelques titres du précédent album. Qu’est-ce qui t’a donné envie de retravailler avec lui ?

Sur le précédent album, Tim avait créé la surprise sur certains titres. Il m’avait montré une autre forme de collaboration. Sur cet album, il y a plus de production et de réalisation, donc, j’ai tout de suite pensé à lui. J’ai pensé à Mark Lawson aussi. Ils ont réussi à apporter de nouvelles tonalités à mes chansons, à créer quelque chose de nouveau, en fait. Tim est quelqu’un qui expérimente beaucoup. Il utilise beaucoup d’instruments. Il a fait trois ou quatre versions de chaque chanson sur l’album, et à chaque fois on a choisi celle qui racontait le mieux une histoire, pas celle qui était la plus propre ou la plus folk, non. On voulait simplement que les arrangements racontent le plus honnêtement quelque chose. On a passé beaucoup de temps en studio sur ces arrangements. Et les chansons mises bout à bout racontent elles aussi une histoire.

Comment Ken Whiteley est-il arrivé sur le projet ?

Oh, c’est tout simple… (rires) Ken Whiteley est le père de Ben. Et Ben est mon ami depuis longtemps. J’avais donc envie qu’il se retrouve sur mon album. Nous allons faire une tournée ensemble. J’ai connu Ben dans quelques festivals de musique folk au Canada et c’est de cette manière que j’ai mieux connu son père. Ken Whiteley est un chanteur très connu au Canada. Un jour, il m’a invitée à chanter dans une de ses sessions de musique gospel qu’il donne un dimanche après-midi chaque année à Toronto. Il y a toujours beaucoup de monde qui vient le voir, c’est comme une résidence. Et donc, j’y suis allée. C’était plutôt cool de sa part de m’inviter. Et donc, je lui ai demandé s’il accepterait de venir jouer de l’orgue gospel sur un titre de mon album. Et il a tout simplement accepté.

Ton frère Bobby Bulat est également présent sur l’album. Les rapports sont-ils les même qu’avec les autres musiciens ?

Non, c’est différent. Parfois, je n’arrive pas toujours très bien à exprimer ce que je voudrais faire ou ce que je voudrais dire. Bobby, lui, sait tout de suite ce que je veux, comme instinctivement. Il me connait par cœur. Nous nous entendons et nous comprenons très bien. Nous jouons ensemble depuis des années et à côté de cela, nous avons un vrai rapport frère-sœur. Donc, tout va très vite avec Bobby !

Les premières prises de son ont été faites dans une ancienne salle de danse. Pourquoi ce choix ?

Je voulais faire une partie de l’enregistrement à Toronto parce que j’y vis. Il y a de très bons studios là-bas, mais je voulais trouver un endroit différent…  J’ai donc commencé à chercher des endroits atypiques dans lesquels on aurait pu enregistrer. J’ai pensé à des églises, ou ce genre d’endroits. Puis, j’ai pensé à des salles de danse. Je cherchais une acoustique particulière, en fait. Et puis, très honnêtement, je voulais un endroit qui ne soit pas très loin de ma maison… (rires) Quand j’ai découvert cette ancienne salle de danse, c’était très grand, il y avait beaucoup d’espace et de réverbération. Cet endroit avait un vrai caractère. Quand on entre dans cette salle, on ressent toute une histoire. On imagine tout ce qui a pu se passer là-bas depuis 1950, et notamment de nombreux bals dans les années 50 et 70. La propriétaire de cette salle était également très intéressante. Elle nous a raconté beaucoup de choses… Il y a des personnalités très fortes qui ont dansé là-bas. On a donc regardé si nous pouvions faire quelque chose de différent nous aussi dans cette salle. On ne voulait pas une salle d’enregistrement classique. On a donc posé notre matériel là-bas. Et je pense que tout ce caractère et cette ambiance se ressent dans l’album, je l’espère en tout cas.

Il y a quelque chose de très mélancolique et nostalgique dans les chansons, et en même temps, quelque chose d’assez lumineux. Quels thèmes abordes-tu ?

Ces chansons viennent d’une partie de mon âme. Je n’ai pas vraiment voulu faire quelque chose d’optimiste, mais plutôt quelque chose plein d’espoir. Je voulais aussi être la plus honnête possible avec moi-même et avec ce que je ressentais à ce moment. Il y a des choses tristes dans la vie, mais on a besoin de la lumière pour faire de l’ombre. C’est une métaphore très simple, mais je le ressens comme ça. C’est ce que j’essaye de dire dans « Tall Tall Shadow ». Dans les chansons, j’essaye de parler de la complexité de la vie. J’ai vécu des moments très tristes, très « down », donc les paroles ne sont pas forcément « happy ». Mais en tout cas, ces paroles viennent de moi. J’ai essayé d’écrire des mots qui peuvent amener plus haut. Alors, oui, il y a de la mélancolie, mais aussi de l’espoir. Ce n’est pas forcément la joie… mais ce n’est pas négatif pour autant.

De toutes les chansons qui figurent sur ce nouvel album, y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je dis tendresse, je pense à quelque chose qui s’est passé autour de la chanson, pendant son enregistrement ou sa création, pas forcément la chanson en elle-même.

Oui, c’est sans aucun doute « Never let me go ».J’ai beaucoup de tendresse pour cette chanson parce que nous l’avons enregistrée dans cette salle de danse. La voix aussi. C’est une des premières fois que nous enregistrions là-bas.  L’ingé son voulait quelque chose de spécial. J’ai donc appelé tous mes amis qui habitaient dans cette partie de Toronto pour voir s’ils voulaient venir chanter sur cette chanson. Ce sont donc tous mes amis qui ont fait les chœurs… C’est pour moi un très beau souvenir… J’y repense toujours avec beaucoup de tendresse. (sourire)

Une tournée est annoncée cet automne au Canada et aux États-Unis. Vas-tu également venir en Europe?

Oui ! Il y a une date prévue à Paris, le 29 octobre à la Flèche d’Or dans le 20ème arrondissement. Et le 1er novembre, nous jouerons aussi à Bruxelles en Belgique, au Botanique.

Que représente finalement la scène pour toi ? Est-ce le plus important ?

C’est quelque chose de très important la scène. Mais le studio et la scène sont deux choses trop différentes l’une de l’autre pour faire un choix entre les deux.  La scène n’existerait pas s’il n’y avait pas eu un moment de création et un autre pour l’enregistrement. On ne peut pas dissocier ces choses-là, elles forment un tout.

En trois albums, tu as dévoilé un vrai talent de songwritrice. Depuis quand écris-tu des chansons ?

J’ai dû commencer à écrire des chansons vers 5/6 ans. Mais je ne les ai pas enregistrées, j’écrivais des petites mélodies au piano comme ça. C’est ma mère qui m’a raconté ça. C’est dommage que je n’ai pas gardé toutes ces chansons !! (rires)

Tes parents étaient-ils musiciens ?

Ma mère, oui. Elle était professeure de piano classique et de guitare classique. Ça a été une bonne chose finalement qu’elle n’ait pas été ma professeure de piano ! Elle n’a pas voulu, afin qu’on garde une bonne relation entre nous (rires).  C’était une bonne prémonition !! Mon frère aussi a appris le piano. J’habitais vraiment une maison remplie de musique quand j’étais gamine…

Propos recueillis par IdolesMag le 19 septembre 2013.
Photos : Caroline Desilets
Site web : http://basiabulat.com/









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