Interview de Lynda Lemay

Propos recueillis par IdolesMag.com le 20/09/2013.
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Lynda Lemay © Jean-François Bérubé

Lynda Lemay est de retour avec un troisième album haut en couleurs, « Feutres et Pastels » dans les bacs depuis le 16 septembre dernier. Nous avons profité de son passage à Paris pour aller une nouvelle fois à sa rencontre et évoquer la naissance de ce treizième album et des chansons qui le composent. Lynda nous expliquera notamment qu’elle a eu cette fois-ci envie de revenir à des chansons un peu plus orchestrées. Au cours de cet entretien, nous évoquerons la « famille Lemay », celle de la femme et mère et celle de l’artiste, ses 25 ans de carrière (elle les fêtera l’année prochaine) et ce temps qui passe inlassablement… Lynda Lemay se produira notamment du 9 au 11 juin 2014 sur la scène de l’Olympia (Paris 9ème) et en tournée dans toute la France, la Belgique et la Suisse. Rencontre avec une artiste solaire, pleine de vie, de passion et d’émotions.

Lynda Lemay, Feutres et PastelsIdolesMag : Pour commencer, un petit clin d’œil à l’une de vos nouvelles chansons… « Comment ça va », Lynda ?

Lynda Lemay : (rires) Ça va bien, ça va très bien même ! Je suis heureuse de pouvoir enfin présenter le résultat de plusieurs mois de beau travail. C’est un travail que j’ai fait avec une équipe exceptionnelle composée de mes grands complices de studio et de tournée. Je pense notamment à Yves Savard qui est là depuis mes tout débuts, mon guitariste depuis plusieurs années. Il ne sera pas avec nous sur scène, mais il était là en studio. Il y a mon pianiste aussi, Louis Bernier, qui a participé à ce bel album-là. Il a eu un gros accident de voiture et il n’avait pas pu participer à la fin de la dernière tournée, mais finalement il s’est bien remis de ses blessures et il a été de retour. Il est plus rayonnant et plus talentueux que jamais. Il y a aussi plein de gens qui ont fait du très très beau travail au niveau du son. Et là, c’est un petit nouveau, je ne le connaissais pas, Mathieu Dulong. Il a vraiment pris ce projet-là à cœur et il a donné un son à l’album qui est vraiment très intéressant, très moderne. Ça sonne vraiment bien, j’en suis très contente. Et puis il y a aussi des retrouvailles avec « Mégo », Claude Lemay, avec qui j’avais travaillé sur « Du Coq à l’Âme ». Tout à coup, il revient. Ça fait longtemps qu’on en parlait. Et là, on a fait quelques chansons ensemble. Il a fait de très beaux arrangements de cordes et de cuivres comme dans « Les Petits et les Grands ». On retrouve plein de couleurs différentes sur cet album. Et j’espère que les gens vont l’apprécier.

J’ai l’impression que vous travaillez « en famille », souvent avec les mêmes personnes, la même équipe. Que ce soit les musiciens, mais aussi les photographes, votre label, etc… Est-ce important pour vous d’avoir ce « socle » autour de vous ? Est-ce peut-être rassurant quelque part ?

Oui, vous avez raison et c’est effectivement très rassurant. Et ça me ressemble. Vous savez, je suis une fille de famille. Avec mes parents et mes sœurs, on était tous et toutes très proches. Ma famille actuellement… Avec mes deux filles, on a une très grande complicité. On est bien en famille, on passe beaucoup de temps en famille. Alors quand j’arrive en tournée, ce qui m’impose de quitter mon chez moi et de me séparer de mes filles pendant une petite période, eh bien, j’ai besoin de retrouver ma « famille de tournée ».  Mes musiciens sont mes grands complices, mon sonorisateur, ça fait vingt ans ou plus que je suis avec lui. La personne qui est avec moi présentement, Hélène, eh bien je travaille avec elle chez Warner Music depuis plus de vingt ans. Mes musiciens, mes complices, je travaille avec eux depuis des années aussi. C’est vrai que je m’attache aux gens avec lesquels je me sens bien. Et je m’attache aussi à des endroits dans lesquels je me sens bien… comme l’Olympia. Ça fait cinquante-quatre fois, je pense, que je me retrouve sur les planches de l’Olympia de Paris. Et donc, on donne rendez-vous au public les 9, 10 et 11 juin prochains pour une nouvelle série de concerts là-bas. Je m’y sens chez moi. Ça me sécurise de connaître les endroits, d’avoir des repères et de me sentir bien entourée.

L’Olympia fait partie de la « famille » aussi d’une certaine façon.

Oui. Ce sont des murs auxquels je me suis attachée. Quand je pense à mon chez moi, maintenant je vis sur la rive sud de Montréal, je suis attachée aussi à mon paysage, je suis attachée à mon pays. Et dans mon cœur, c’est le Québec. Donc, je suis quelqu’un d’assez conservatrice de nature à cet égard. La peinture qui est dans mon salon, ça fait vingt ans qu’elle n’a pas été changée. Je la trouve encore belle, donc, je ne vois pas pourquoi je la changerais. Les gens aujourd’hui ont besoin de changement, moi, je suis quelqu’un d’assez fidèle à mon monde, à mon pays, à ma famille et à mon public, bien évidemment.

Lynda Lemay © Jean-François Bérubé

N’est-ce pas un peu difficile de concilier votre vie d’artiste et votre vie de femme et de mère ? Il faut jongler, je suppose…

(rires) C’est un peu un défi de tous les jours d’arriver à garder l’équilibre dans cette vie-là. Ça demande énormément d’organisation. Il y a plein de moments de stress tout le temps. Et donc, oui, j’ai souvent des moments de fragilité ou de vulnérabilité. Comment font les autres pour concilier travail et famille ? J’en parle parfois lorsqu’on dîne ensemble avec d’autres vedettes ou chanteurs qui ont des enfants et qui ont le temps d’aller s’entraîner. Moi, je n’ai pas le temps. C’est un peu ce qui a fait que j’ai écrit la chanson « Comment ça va ». C’était un moment de vulnérabilité dans la vie d’une femme ou d’un homme d’aujourd’hui. On n’est pas tous compétents pour bien tout faire dans cette vie qui va trop vite. On ne sait pas toujours concilier les choses, en tout cas pas aussi bien qu’on le souhaiterait pour notre bonheur à nous et le bonheur de nos enfants. J’espère que ce qu’ils vont retenir de cette vie-là, de cette enfance-là, de cette adolescence-là, ça va leur valoir des millions comme moi j’ai aimé mon enfance qui était pourtant très différente. Recréer une nouvelle réalité heureuse, parfois, c’est tout un défi. On souhaite que ce soit réussi, mais il y a des moments qui sont plus fragiles que d’autres.

C’est votre treizième album… Le nombre treize vous inspire-t-il quelque chose de particulier ? Êtes-vous superstitieuse ?

Souvent, je vais m’arranger pour ne pas avoir treize chansons sur un album… Je vais essayer d’en mettre une quatorzième. J’essaye de ne pas être superstitieuse, mais je le suis un petit peu quand même. Alors, dans ma tête, ce nouvel album, je me dis qu’avec le best-of, ça fait quatorze !! (rires) Ça me sécurise.

Lynda Lemay © Jean-François Bérubé

Vous m’en avez touché un mot tout à l’heure, certains titres de « Feutres et Pastels » sont nettement plus produits et plus arrangés que ce que vous avez pu faire de par le passé. Était-ce une envie de départ ou bien est-ce que ça s’est dessiné au fil du temps ?

C’était voulu. C’était vraiment un désir. Ça venait de moi. J’avais envie d’un album plus orchestré. J’avais aussi envie de revenir à quelque chose qui s’approchait plus de « Du Coq à l’Âme » ou même de l’album « Y ». Je voulais prendre le temps d’habiller les chansons. Souvent, j’aime la spontanéité, j’aime le dépouillement et on a beaucoup utilisé cette façon de faire-là. Et ça me va très bien, ça convient à mon style vraiment beaucoup. Mais, quand je réécoute des chansons comme « Je suis grande », ça m’emporte et ça me donne des frissons. Et donc, j’avais envie de revenir un peu à ça. Et c’est pour cette raison-là que j’ai fait appel à « Mégo », Claude Lemay. C’est un complice, mais ça faisait tout de même dix ans qu’on n’avait pas travaillé ensemble, même si le désir de travailler ensemble était là. On s’était promis de le refaire. Et c’est ce qu’on a fait sur quelques titres. Il y a par exemple de très beaux arrangements de violon sur « Quand j’étais p’tit gars ». Il n’y en a pas de trop, mais c’est juste aux bons endroits. Et ça donne une super belle couleur et une bonne profondeur à la chanson. « L’Architecte », qui je pense est ma chanson préférée sur cet album, est une valse. Je n’avais jamais, je pense, composé de valse avant cette chanson-là, en tout cas, de mémoire, ça ne me revient pas. Et de l’entendre orchestrée comme ça avec la « touche Mégo », je trouve ça vraiment extraordinaire. Vraiment, personnellement, ça me donne des frissons. Et je suis très fière aussi d’avoir trouvé ces mots-là qui tombent très bien sur cette musique. C’est l’histoire de cet architecte qui n’a jamais vu dans les yeux de son père la fierté qu’il attendait… qu’il avait toujours espérée en vain. C’est un portrait qui ressemble à tellement de gens… J’ai eu tellement de confidences qui ressemblaient à ça dans la vie que je me dis que c’est une chanson qui doit faire du bien. Une chanson c’est toujours rassembleur. Même quand le sujet est dur, on se dit qu’on n’est pas les seuls à avoir vécu ça. Et donc, on s’approprie ces chansons qui nous ressemble, et au lieu de garder la déception ou la frustration à l’intérieur de nous, c’est comme si on la jetait dans la chanson et que ça faisait moins partie de nous après. C’est comme si c’était un peu moins lourd à porter. C’est le bon côté des chansons, tout ce qu’elles peuvent faire de bien.

À ce propos, je discutais l’autre jour avec une personne qui s’occupait d’enfants handicapés dans un centre. Il avait fait écouter « Ceux que l’on met au monde » à une maman un peu déboussolée et cette chanson lui avait fait comme un électrochoc. Pendant la phase de création, pensez-vous à la réaction que pourrait avoir le public ?

Non. Pendant la création, je suis très égoïste, je pense plus à ma réaction à moi (rires). Je choisis les mots par rapport à moi-même et par rapport à ce que ça me fait vivre comme émotions au moment de l’écriture. C’est un moment très personnel, l’écriture. Je m’écoute, moi, en fait. Cependant, aussitôt que j’ai  une demi-chanson ou trois-quarts de chanson, souvent je la montre à ma sœur Diane qui n’est jamais loin. Par exemple, si je dois m’isoler au chalet pour avoir du temps ou de la liberté pour écrire pendant quelques jours, c’est Diane qui va m’accompagner. Donc c’est souvent elle ma première oreille et mon premier public. Et la réaction qu’elle va avoir va guider probablement la fin de la chanson. Si je vois qu’elle est très émue, ça va m’encourager à aller encore plus loin pour trouver le final qui va bien boucler la boucle… Alors, c’est donc elle qui représente le public à ce moment-là de la création.  C’est d’ailleurs un peu la même chose quand ce sont des chansons qui font rire. Moi, je me fais rire au début et si j’ai bien ri, je peux la présenter à Diane ou à ma famille, mes enfants… Ce sont eux mon premier public. Mais au départ, je veux me faire rire moi-même. Je me dis que si ça m’amuse, je peux me laisser aller. Après m’être bien amusée, je regarde si mon premier public s’amuse autant que moi-même. Et quand, ça a passé le cap de ce premier public familial, je me dis que ça vaut le coup d’aller les chanter sur scène !

Lynda Lemay © Jean-François Bérubé

On retrouve dans « Feutres et Pastels » des thèmes qui sont assez récurrents dans votre œuvre, je pense notamment à l’enfance, au couple… Mais on retrouve aussi une chanson dans un tout autre registre, « Attendre son pays ». C’est une chanson, n’ayons pas peur des mots, nettement plus engagée que les autres et clairement plus politique. Vous mettez-vous parfois des barrières ?

En fait, non, je me laisse aller. Et dans cette chanson-là, en particulier, je me suis vraiment laissée aller. Au moment de l’écriture, je laisse sortir tout ce qui veut bien sortir. Après, il est possible que je sois obligée de me censurer au moment de graver la chanson sur un album ou de la chanter en spectacle. Effectivement, cette chanson-là, « Attendre son pays », est un genre de cri du cœur… J’ai souvent parlé de mon pays, qui dans mon cœur est le Québec, dans mes albums. C’est peut-être un répertoire un peu moins connu. Ça fait partie de ce que je suis. Vous savez, je suis très attachée à ma terre, je suis très attachée à mon peuple. Je suis très fière de mon Québec. Et je me suis posé la question « Ouf… est-ce que je m’embarque dans quelque chose de dangereux en faisant ça ? » J’espère que les gens ne vont pas penser que je commence à faire de la politique. Je ne suis pas du genre militante. Je veux que ce soit entendu. Effectivement, je donne une opinion dans cette chanson-là. Et je la termine d’ailleurs en disant « mais qu’est-ce qu’on attend pour devenir un pays ? » Parce que dans mon cœur, il me semble qu’on a tout. On a de belles richesses. On serait prêts à devenir ce pays-là que j’aime profondément. À part ça, je ne suis pas politicienne et je ne voudrais pas l’être non plus. Je ne sais pas ce qui est faisable ou non. Je m’informe autant que je peux. J’ai mes opinions politiques, bien évidemment. Mais je les garde pour moi. Après, cette chanson précisément, je la voulais aussi poétique. Je trouve que la musique est bien réussie. Et c’est tout. Elle dit ce qu’elle a à dire, mais ça ne va pas plus loin. Mais je vous comprends… c’est vrai qu’elle détonne un peu d’avec le reste. Ça sort de mes thèmes fétiches, et je trouvais ça intéressant d’amener de nouvelles couleurs sur cet album. C’est pour cette raison qu’il s’appelle « Feutres et Pastels » aussi. On est dans différentes couleurs de chansons, différentes couleurs de thèmes de chansons. J’aime bien me surprendre moi-même avec des choses auxquelles je suis moins habituée. Au niveau du rythme et du thème, cette chanson-là était très différente des autres. Alors comme je ne veux pas non plus me répéter, j’essaye de me surprendre moi-même, et, je l’espère, surprendre le public. J’aime amener de nouvelles choses dans mes albums.

Le titre, « Feutres et Pastels », induit la notion de couleur et fait également référence au dessin ou à la peinture. Est-ce un art que vous pratiquez ou, en tout cas, auquel vous êtes sensible ?

Oui. J’ai déjà essayé de peindre pendant quelques mois dans ma vie. Et c’était devenu une vraie passion. J’ai vraiment éprouvé beaucoup de plaisir à créer en faisant des toiles. J’étais une débutante, je n’avais aucune notion de dessin ni quoi que ce soit, mais je le faisais avec mon cœur et ça donnait de bons résultats. Et c’est vraiment le manque de temps qui ne m’a pas permis de pousser ça plus loin. Qui sait si dans les années qui viennent je ne m’y remettrai pas ? Je trouve ça extraordinaire, cette façon de s’exprimer par la peinture. D’ailleurs, on peut s’exprimer par la couture aussi. Et ça aussi, c’est une vraie passion. C’est mon côté créatif. J’avais vraiment le goût de créer de nouveaux vêtements et de nouveaux styles. Pendant quelques mois, je me suis mise dans la couture. C’est ma fille qui d’ailleurs m’a appris à coudre. Et j’ai énormément accroché là-dessus aussi. Ce sont des rêves et peut-être qu’un jour je reviendrai à ces passions-là que je n’ai pas pu développer assez.

Lynda Lemay © Jean-François Bérubé

« Je tourne, je tourne » est le premier single de l’album et c’est pourtant une chanson qui est arrivée in extremis à la fin de l’enregistrement. Vous est-il souvent arrivé d’ « heureux accidents » comme celui-ci au cours de votre carrière ?

Finalement, c’est assez rare. Ce qui arrive souvent pendant la création d’un album, c’est que je suis vraiment inspirée. Et donc, j’écris des chansons qui n’étaient pas prévues dans l’album et qui s’ajoutent aux autres. Ça, ça arrive souvent. Cette chanson précisément, je l’avais écrite dans le but de dire bienvenue aux gens lors de mon prochain spectacle. Alors, je ne l’avais pas prévue en chanson d’album jusqu’à ce que, à un moment donné, à force de la chanter et de me la chanter dans ma tête, je me suis dit que si ça représentait bien mon spectacle, ça devait bien représenter mon album aussi. Et donc, j’ai insisté, à la toute fin de la dernière journée d’enregistrement pour l’enregistrer. J’ai demandé à mes musiciens de rester une heure de plus. « On ne sait jamais ! Que va devenir cette chanson ? » Je leur ai un peu tordu le bras pour qu’ils restent et qu’on la fasse rapidement. (rires) « Il y a cinq accords là-dedans, c’est simple à jouer, c’est facile pour vous ! » Et je pense que ce plaisir qu’on a tous eu à l’enregistrer et la spontanéité dans laquelle on l’a fait, eh bien, ça s’entend. Et c’est, je pense, ce qu’a ressenti ma compagnie de disque en l’écoutant également. Ils ont d’ailleurs souhaité que ce soit le premier single. C’est une chanson rythmée et enjouée. Elle annonce aussi bien l’album que le spectacle. Et elle dure seulement un peu plus de deux minutes… Ce qui est rare dans mes chansons, je m’en sors rarement en dessous de quatre minutes !! Tout ça a fait en sorte que la chanson a beaucoup plu à ceux qui ont décidé, avec moi bien entendu, de la sortir en premier extrait. Et aussi au premier public qui l’a entendue… on n’a eu que de bons commentaires.

L’année prochaine vous allez fêter vos 25 ans de carrière. C’est un quart de siècle…

C’est une vie, même… Quand on y pense, c’est fou. Et pourtant, moi, je me sens encore comme à mes tout débuts. C’est ça qui est agréable parce que je sens que ma passion n’a pas vieilli. Elle est toujours aussi vive et aussi jeune. Et c’est ça qui fait que j’ai espoir qu’elle ne va pas mourir demain matin, parce que quand j’arrive sur scène, je suis encore dans ma tête et dans mon âme, la petite fille de 23 ans qui veut partager ce qu’elle vient de créer. J’ai toujours la même spontanéité et c’est toujours le même bonheur.

Lynda Lemay © Jean-François Bérubé

Finalement, ce temps qui passe inlassablement vous fait-il peur ?

Ça m’a toujours préoccupée… Si on y regarde de plus près, des chansons sur le temps qui passe, j’en ai écrites des tonnes. Quand j’avais 23 ans, je venais de gagner un prix au festival de la chanson de Granby, j’étais aux tout débuts de cette belle aventure qui dure depuis bientôt 25 ans, j’avais écrit « La veilleuse » dans laquelle je me projetais dans le futur. Je me voyais à 85 / 90 ans en train de revoir la vie que j’avais eue. Je pensais à mes réussites et mes regrets. Et je me réjouissais du fait que quand je partirais sous la terre, il y aurait toujours cette flamme d’inspiration toujours aussi vive à l’intérieur de moi qui deviendrait ma veilleuse sous terre… C’est l’histoire de la chanson. Je suis très consciente du temps qui passe,. Et c’est ça qu’à l’approche de la quarantaine, j’écrivais une chanson qui s’appelle « J’ai 38 ans ». Je me disais que ça allait me préparer… Si à 38 ans, je pense déjà à mes  40 ans, arrivée à quarante ans, ça ne me fera plus peur. Et effectivement, ça avait marché. Je donnais naissance à ma deuxième fille et je me sentais à l’aube de quelque chose et non pas à la fin. Et là, j’approche la cinquantaine qui me  fait encore un peu plus peur que la quarantaine ! Cinquante ans, c’est… un gros chiffre ! (sourire) Je parlais de ça à un journaliste au Québec. C’est une heureuse rencontre, un très heureux hasard. C’était après le lancement d’un album d’une de mes amies au Québec pour qui j’avais écrit une chanson, Anik Bérubé. Après le lancement de l’album, la fête s’était poursuivie dans un petit bistro en bas. Ce garçon-là vient me voir, en me disant qu’il était journaliste et qu’on était amis sur facebook. Je l’avais reconnu. On se met à discuter… Je lui dis que j’étais obligée de porter des ponchos… que je ne pouvais plus porter de camisoles sans manche maintenant… une camisole, c’est un débardeur ! (rires)… parce que même mes bras sont en train de plisser… On a donc eu cette drôle de conversation sur le temps qui passe et on en a beaucoup ri. Il m’a confié qu’il était en train d’écrire des chansons et je l’ai mis au défi d’écrire sur la cinquantaine. Et quelques jours plus tard, je recevais le texte de « La femme chauve-souris ». J’ai vraiment beaucoup ri parce que ça respectait vraiment bien tout ce qu’on s’était dit ce soir-là. J’ai ajouté quelques-uns de mes mots à moi et quelques-unes de mes images à moi. Ça a été une super collaboration. Et maintenant quand je la chante, on dirait que ça dédramatise l’arrivée de la cinquantaine. Ça fait rire les gens. Et en même temps, ça explique que oui, je vais avoir cinquante ans bientôt, et oui ça me dérange et oui, on sent que le corps se transforme. Ce n’est jamais très agréable. Et en même temps, avancer en âge, ça apporte aussi de belles choses… l’expérience, des souvenirs, tout plein de projets parce qu’on sait de quoi on est capables. En avançant en âge, on peut se construire des projets de plus en plus intéressants, en tout cas beaucoup plus intéressants que quand on était plus jeune... Bref, oui, le temps qui passe me dérange un peu. Mais d’un autre côté, je suis quelqu’un qui mord dans la vie et j’ai envie de vieillir encore longtemps. Je n’ai donc d’autre choix que de m’accommoder de ce temps qui passe. Je vais m’accrocher… (sourire)

Propos recueillis par IdolesMag le 20 septembre 2013.
Photos : Jean-François Bérubé
Site web : http://www.lyndalemay.com/









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