Interview de Alexandre Kinn

Propos recueillis par IdolesMag.com le 13/09/2013.
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Alexandre Kinn © Yann Orhan

Cinq ans après la sortie de son premier album, Alexandre Kinn revient sur le devant de la scène avec un superbe deuxième album, « Si le vent se lève », dans lequel il a mis l’accent sur le texte, pas étonnant pour cet amoureux des mots. Au cours de cet entretien, Alexandre nous expliquera qu’il a eu besoin de remettre en question sa musique, chose qu’il a faite avec l’aide d’Olivier Koundounou, et qu’il voulait publier un album qui colle à son époque, nettement moins léger que le premier. Nous avons donc été à sa rencontre pour évoquer ce nouvel opus, mais également sa vision du métier et de la vie en général. Rencontre avec un artiste qui a décidé de prendre le contrepied de son époque et ainsi prendre le temps de – bien – faire les choses… Avant de partir sur les routes en début d’année prochaine, Alexandre Kinn se produira les 23 septembre et 11 octobre aux Trois Baudets (Paris 18ème), le 18 octobre à Bordeaux (33) et le 5 décembre à Saint-Etienne (42).

Alexandre Kinn, Si le vent se lèveIdolesMag : Tu reviens avec un deuxième album cinq ans après le premier, ce qui à notre époque est devenu une éternité. Avais-tu besoin de ce laps de temps ou bien est-ce que ça s’est fait par la force des choses ?

Alexandre Kinn : J’ai envie de te dire que j’avais besoin de ce laps de temps. Pour moi, c’était très important ce cap du deuxième album, surtout après ce qui s’était passé. On n’était pas dans l’urgence de le faire, ce deuxième album. La tournée a été très longue, on est partis sur la route pendant deux ans et demi. Ça avait tout de même pas trop mal marché. Et j’avais besoin de faire une petite pause après, déjà.  Ensuite, j’avais vraiment envie de prendre mon temps pour faire ce deuxième album, un beau deuxième album si je peux me permettre de dire ça. Je ne sais pas si c’est le cas, mais j’ai voulu prendre le temps de faire le disque que je voulais faire, en tout cas.

Entre temps, tu as quitté Universal. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ? Une envie de plus de liberté ?

Je ne manquais pas spécialement de liberté à Universal, mais quelque part j’avais vraiment envie de prendre mon envol dans l’indé, par rapport à plein de trucs. Musicalement et puis surtout… tout était très long ! Si j’étais resté chez Universal, je pense que le laps de temps entre les deux albums aurait été encore plus long… (sourire) Il y a plein d’artistes qui rêvent d’être signés en major, mais finalement, quand tu y es et que tu vois comment ça se passe de l’intérieur, à moins d’avoir des contacts avec certains DA de l’époque, des années 60 ou 70 avec une vraie démarche artistique, ce n’est plus ce que c’était. Les rapports que des gens comme Cabrel entretenaient avec leur DA étaient différents. C’était une autre génération. Aujourd’hui, c’est beaucoup moins famille…  Et quelque part, avec la major, j’attendais ce genre de chose.

Ça t’a un peu déçu quelque part.

C’est ça. Et en plus de ça, je les comprends… Il y a énormément d’artistes et énormément d’albums qui sortent… C’est un peu comme si tu jetais 20 ballons en l’air. Il n’y en a qu’un qui flotte et tu t’occupes de celui-là. Moi, j’ai quand même eu la chance que ça ait marché un peu… mais bon…

Revenons-en à l’album. Quand as-tu posé les pierres de ce deuxième album ? À la sortie du premier, pendant la tournée qui a suivi sa sortie ou un peu plus tard ?

Un peu pendant la tournée, mais surtout après, quand je suis parti en Afrique. Je suis parti au Sénégal et je suis resté un petit moment là-bas. J’ai vécu dans un village. J’avais mes instruments et j’ai commencé à écrire de nouvelles chansons. Et là, je me suis pris une grosse claque parce que l’Afrique, je ne connaissais pas… J’ai recommencé mon processus d’écriture là-bas.

L’album est clairement moins léger que le premier. Est-ce toi qui a changé ou le climat actuel qui a fait que ?

C’est moi qui ai changé, et le monde dans lequel je vis qui a changé aussi… J’avais vraiment envie que cet album colle à son époque. C’était un souhait de départ.  Même si j’avais envie de rester dans un esprit de poésie, je voulais qu’il colle à son époque. Et j’espère que c’est le cas parce que c’était un cahier des charges que je m’étais fixé au départ.

En parlant de coller à son époque. Il y a deux chansons très dures et très frontales sur l’album, c’est « J’attends » et « Le jour où j’ai tué un homme ». Elles tranchent vraiment d’avec les autres. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’aller sur ce terrain plus brut, et même carrément plus violent ?

Ça va exactement avec le cahier des charges que je m’étais fixé à l’époque. L’époque dans laquelle on vit est une époque extrêmement dure, assez violente et âpre. Il y a une espèce de cynisme un peu général, et de laxisme aussi. On vit dans un monde assez violent. Et je ne parle pas que de violence physique. On ne vit pas dans l’espoir de pouvoir gagner sa vie. Les jeunes générations savent dès le départ que ça va être compliqué. J’avais envie de parler de cette violence. « J’attends », par exemple, c’est un hommage à un film de Gaspard Noé qui s’appelle « Irréversible ». C’est un film un peu ultra-violent et j’ai trouvé mortelle la façon dont il avait été filmé. C’était un film décalé, mais que j’ai trouvé super. J’avais donc envie de faire une chanson sur ce film… Donc voilà le pourquoi du comment de ces deux chansons. J’avais vraiment envie de me coller à cet exercice, d’écrire une chanson extrêmement frontale, à l’image du film d’ailleurs. Je ne voudrais pas faire tout un album comme ça parce que je ne suis pas dans cette dimension et que j’ai un gros faible pour la poésie et l’écriture en général. Mais le fait d’avoir été frontal sur deux titres, je trouve ça bien.

Alexandre Kinn © Yann Orhan

Tu me parles de poésie… Quand on lit tes textes, on sent un véritable respect des mots. D’où vient-il ?

J’écris depuis que je suis gamin. À cette époque, je faisais des crises d’épilepsie et j’ai donc passé pas mal de temps à l’hôpital. Je devais avoir 12/13 ans. J’ai commencé à lire à ce moment-là. C’était une façon pour moi de passer le temps. J’ai donc commencé à lire très tôt et à écrire très tôt également. D’avoir eu cette chance de lire et écrire très tôt, je ne dis pas que tu gagnes du temps, mais quand même… Quand tu as passé le cap des fondamentaux à lire, les Montaigne, les Voltaire, les Rousseau, les Diderot, les Proust et compagnie, après, tu t’attaques à des œuvres où tu as plus de références. C’est un peu comme la musique dans le fond… Plus tu écoutes de musique, plus tu sais de quoi tu parles et plus ta sensibilité se forme. C’est difficile et souvent un peu compliqué de parler de choses que tu ne connais pas. Pour en revenir à ta question, la poésie est venue après les romans. C’est très compliqué de lire de la poésie dès le départ. C’est assez ardu. La poésie fait appel directement à ton inconscient. On ne comprend pas toujours tout, mais il y a une espèce de parfum… peut-être que la personne qui a écrit n’a pas spécialement voulu dire ça, mais toi tu comprends ça. C’est quelque chose d’ultra personnel la poésie. Et j’aime bien, moi, cette écriture dans laquelle tu ne comprends pas toujours ce que l’auteur a voulu dire… Je pense à des artistes comme Gainsbourg qui faisaient des jeux de mots qui te parlaient, ou non d’ailleurs. Tu y comprends ce que tu veux. C’est ça que je trouve intéressant dans la poésie. Tu y comprends ce que tu veux bien comprendre, ce que tu as envie de comprendre. C’est une parfaite forme de liberté de lire de la poésie. Et dans le monde dans lequel on vit, la liberté de pouvoir penser ce qu’on veut et interpréter les choses comme on veut, elle n’est pas si commune que ça. Quand on regarde les médias et ce genre de choses… on ne nous laisse pas souvent la liberté d’interprétation… on ne te laisse pas toujours le choix, alors que quand tu lis de la poésie, tu l’as, le choix. Et c’est plutôt cool…

As-tu rapidement mis des musiques sur les textes que tu as écrits pour ce disque ?

Non, ça a été long, ça… Sur ce deuxième album, j’ai fait un très long travail sur les textes, plus que musical d’ailleurs. J’ai commencé par revenir à mes fondamentaux, c’est-à-dire le hip hop, le blues… ce que j’avais fait sur le premier album, d’ailleurs. Mais je n’étais pas content. Je n’arrivais pas à passer à une autre étape dans ma musique. Et j’ai eu la chance de rencontrer Olivier Koundounou qui est le violoncelliste d’Emily Loizeau. On s’est mis au boulot tous les deux. Lui, il a tout ce pan de la musique classique… c’est un gros fan de RadioHead. Et ça a été un réel plaisir de travailler avec lui sur certains trucs. Et puis, j’ai découvert la possibilité de travailler en dehors du trio. Moi, je suis power trio : contrebasse, batterie, guitare. Sur le premier album, on avait fait comme ça 200 dates en trio. J’aime bien ce côté frontal. Et là, on s’est un peu penchés sur des arrangements de cordes et de cuivres. C’était quelque chose de nouveau pour moi. Donc, la musique de ce deuxième album est venue un petit peu avec Olivier qui a mis sa patte là-dedans.

Il t’a montré d’autres possibles, en fait.

Oui. Il a été réalisateur un peu… Et au départ, ça a été un peu frontal. Il m’a dit « toutes tes références blues, ton côté groovy, c’est super, mais essayons d’aller ailleurs. » Moi, j’ai foncé, j’ai trouvé son discours super. Alors, bien sûr l’album est nettement moins groovy que le premier. Clairement, même. Mais j’avais envie d’aller sur ce terrain. C’est un album un peu plus adulte en fait.

La musique se met plus au service du texte que sur « Dans la tête d’un homme ».

Ah, c’est sûr ! ça a été d’ailleurs le postulat de départ. Je suis arrivé avec mes textes près d’Olivier et il m’a dit qu’il ne fallait absolument pas qu’on noie le texte. On voulait que les gens puissent rentrer dans une espèce de flow de mots. On ne voulait pas qu’ils soient gênés par la musique. Il y a d’ailleurs pas mal de parties musicales dans l’album, je pense à la fin de « Marins », l’intro de « Messieurs »… En fait, on a vraiment fait le choix de mettre des plages musicales assez riches pour mieux servir le texte quand il était présent. Quand on écoute bien l’album, il y a tout de même pas mal de musique dedans… de parties musicales, j’entends. Et ça, c’est vrai que ça a été un réel parti-pris dès le départ.

As-tu laissé beaucoup de chansons de côté ?

Oh la la… Tout ce que j’ai laissé de côté, c’est monstrueux ! Il y a au moins de la matière pour trois albums que j’ai laissée de côté… Au moins ! C’est énorme… Tu te doutes bien qu’en cinq ans, j’ai eu le temps d’écrire pas mal de trucs. Après, c’est toujours pareil, il y a des choses qui ressortent. Quand on a écouté les 60 chansons que j’ai écrites, on a choisi les onze qui allaient figurer sur l’album à l’unanimité. C’est quand tous les titres ont été enregistrés qu’on a fait notre choix. Certains titres étaient vraiment une évidence, d’autres pas.

Tu as donc maquetté les 60 chansons.

Ah oui ! J’ai un disque dur entier de maquettes. J’avais vraiment envie de faire un deuxième album au cordeau. Les artistes que j’aime… leur deuxième album est toujours énorme. Je ne sais pas te dire pourquoi, mais j’ai une espèce de fantasme autour du deuxième album… (rires) Quand tu prends le deuxième album de Ben Harper, « Fight for your mind », il est monstrueux. Idem pour celui de Led Zeppelin. Le deuxième album, c’est souvent vraiment du sérieux.

Hugh Coltman te rejoint sur « Take it Easy ».

Tout à fait. Avec Hugh, on s’est croisés sur la tournée. Il défendait son premier album et moi aussi. On s’est bien entendus. J’aime bien son flegme anglais, j’aime bien son humour… j’aime bien le gars. Et donc, je lui ai proposé de venir partager un titre. C’est quelque chose que j’aime bien faire. Mais sur un titre… je ne veux pas rentrer sur le délire du hip hop avec un guest sur chaque titre. Mais sur un album, j’aime bien avoir un titre chanté en duo, comme une espèce de photo. Sur le premier album, c’était Pura Fé, une chanteuse de blues américaine qui joue de la slide comme moi, une weissenborn. Je l’avais invitée sur le premier album et ça avait été une super rencontre. Mais on n’avait pas vraiment écrit ensemble. Elle est venue se greffer à moi. Ce qui était super, mais j’avais envie de faire un vrai travail de co-écriture. C’est ce que j’ai fait avec Hugh. Déjà parce que j’aime bien comme il écrit les chansons et aussi parce que j’en avais vraiment envie. Et là, « Take it Easy », la chanson qu’on chante ensemble, on l’a vraiment écrite ensemble. Il a écrit ses textes, j’ai écrit les miens. On a fait la grille ensemble. On a bossé dessus ensemble. C’était vraiment une expérience super. Et je suis très content du résultat. C’est une chanson dans laquelle il parle de la famille, de son père… de choses un peu intimes tout de même. La chanson en elle-même parle de la génération de nos parents et grands-parents qui se sont tués au travail et qui ne sont pas passé à côté de leur vie... Ils avaient un rapport avec le plaisir de la vie, le côté épicurien, Carpe Diem, profiter de la vie. C’est complètement décalé par rapport au monde actuel. Il y avait une valeur travail qui était très différente. Même si elle était effectivement présente, c’était autre chose…

Alexandre Kinn © Yann Orhan

On a évoqué quelques chansons de l’album. Y en a-t-il une, toi, pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu’une autre ? Et quand je dis tendresse, je pense plutôt à quelque chose qui se serait passé autour de la chanson, pendant sa création, son enregistrement… pas forcément ce qu’elle raconte.

Chaque chanson a vraiment une histoire… mais j’ai une tendresse en particulier pour la toute première chanson, « Marins ». C’est une chanson qui a demandé une remise en question par rapport à ma façon de travailler. C’est un titre qu’on a co-écrit avec Olivier. J’avais vraiment envie d’aller au bout de cette chanson et je suis très content du résultat final. C’est vraiment une des chansons qui m’a demandé le plus de travail, contrairement à ce qu’on pourrait croire. L’écriture du pont final avec tous les cuivres, cette espèce de chanson un peu épique… Elle est faussement simple finalement. Et pour moi, je trouve que c’est une des plus belles chansons de l’album. Enfin, ça… je laisse à chacun le soin de choisir celle qu’il préfère, mais moi, elle en fait partie très clairement avec « Le vent » aussi.

Souvent les journalistes évoquent Dylan quand ils parlent de ton album…

En fait, je me suis pris la claque Dylan tard, très tard… J’ai commencé à vraiment découvrir ses textes, à les traduire. C’est d’une modernité incroyable. Ce sont des titres guitare-voix, des accords assez simples et ce flow de dingue, déjà moderne avant le hip hop et tout ça… Dylan m’a mis une grosse claque et c’est vrai qu’il a influencé ce disque, même si je trouve que ça ne se sent pas spécialement.

Donc, tu l’as découvert super tard.

Oh oui, ce devait être en 2008/2009 pendant la tournée. Et je m’en veux parce que c’est vraiment un fondamental grave… et j’étais passé complètement à côté. Sa voix me gênait. Je la trouvais ch***. Et quand j’ai dépassé cette voix un peu nasillarde, j’ai découvert tout un univers. C’est fou comme on peut être un peu bloqué par la voix des gens… On passe parfois à côté de grands trucs.

On ne peut pas tout découvrir et tout connaître d’un coup. En fonction de nos parcours respectifs, on découvre certaines choses plus tard… et c’est peut-être un bien.

Brassens, je l’ai découvert aussi sur le tard. Je connaissais bien évidemment les fondamentaux comme « Les bancs publics » et ce genre de choses. Mais pas plus que ça. Et puis finalement un pote m’a dit d’écouter plus en détail, de regarder comment les chansons étaient construites, les jeux de mots et les références… Je suis rentré dedans et j’ai trouvé son œuvre fantastique. C’est marrant de découvrir les choses sur le tard. Moi, j’écoutais du blues américain bien crasseux, du rock… je suis un ancien gros gros fan de Led Zeppelin, des Doors… tous ces gros groupes de rock des années 70. J’ai baigné là-dedans pendant des années.

Il te fallait peut-être avoir vécu d’autres choses pour vraiment comprendre l’œuvre de Brassens.

Oui, ce doit être ça. Très sincèrement, avant, je trouvais ça un peu ringard. J’ai passé hier soir la soirée avec Gaëtan Roussel et on a discuté de pleins de trucs. Et c’est marrant parce que nous avions un peu la même conversation que celle que nous venons d’avoir. Lui aussi me disait qu’il découvrait encore plein de choses aujourd’hui. Alors que ce gars-là, avec l’expérience qu’il a, tu penses qu’il connait tout tout tout… Eh bien non, il m’a dit qu’il était complètement passé à côté de Radiohead. C’est assez fou parce que c’est notre métier, la musique, et on devrait avoir un panel de gros groupes fondamentaux qu’on connait sur le bout des doigts… C’est drôle quand même.

Finalement, ce deuxième album a-t-il été plus facile ou plus difficile à mettre en œuvre que le premier ?

Je dirais que c’est un peu des deux. Artistiquement, j’avais plus de choses dans les mains et ça a été plus simple d’écrire parce que j’ai pris un peu de bouteille. J’avais une grosse équipe de musiciens avec moi, ça aide beaucoup… On a eu aussi l’accord de Miriam Cendrars, la fille de Blaise Cendrars, pour utiliser un des poèmes de son père pour clore l’album. On a eu l’autorisation de Gallimard aussi. Donc, au niveau artistique, tout a été assez simple. Enfin… « assez simple »… disons que ça s’est fait simplement ! (rires) Après, au niveau de tout ce qui est partenaires, maisons de disques, radios, etc… ça a été autre chose. Mais en même temps, je ne suis pas le seul à être dans ce cas, j’ai l’impression… (sourire)

Alexandre Kinn © Yann Orhan

On va dire que la conjoncture est un peu compliquée…

On va dire ça comme ça ! Autant en 2008, c’était la fête au village avec le premier album, autant là, ça a été vraiment autre chose. C’est une autre démarche. La beauté des chansons et la beauté du projet artistique dans son ensemble ne suffisent plus, en fait. Ce n’est pas parce que tu vas faire un bel album qu’obligatoirement il va marcher. Il y a un parcours à suivre…

Tout est balisé. Dans la musique, mais partout ailleurs aussi…

Oui… Il y a ça et il y a aussi quelque chose qui existait en 2008, mais un peu différemment, c’est cette obligation du buzz. Si tu fais un truc vraiment pas cool, que tu le filmes et que ça fait le buzz sur youtube, c’est cool pour toi… Il n’y a plus cette espèce d’éthique qu’il y avait avant. Il y a, heureusement, des artistes qui continuent à avoir cette éthique irréprochable. Mais on est dans une espèce de course au buzz coûte que coûte… un buzz sur n’importe quoi, avec n’importe quoi, et qui n’a généralement rien à voir avec la musique. C’est ça qui est un peu dommage. Si à la limite, ça avait un lien avec ta musique et l’univers que tu défends, je pourrais le comprendre, mais ce n’est pas toujours le cas. Et c’est dommage.

On en revient à ce que je te disais en début d’interview. Il n’y a pas que la course au buzz, aujourd’hui, tout le monde court. Après quoi ? Finalement, on ne le sait pas vraiment…

Effectivement. C’est pour ça que le fait de vouloir instaurer une carrière avec un album, puis un deuxième, puis un troisième, je pense que c’est la voie qu’il faut suivre. Je pense que c’est ce qu’il faut faire, malgré les tendances, les époques et les machins… il faut faire ses albums, continuer à travailler et faire ses disques. C’est ce que je compte faire de toute façon. C’est drôle parce que quand je parlais avec Gaëtan hier, lui qui est parti dans l’electro me disait que c’était courageux de continuer à faire des disques avec des guitares, des violoncelles, des banjos, etc… (rires) Mais je pense que des instruments comme ceux-là ne peuvent pas vieillir. Quand tu écoutes des albums des années 80 bourrés de machines… il y a des trucs qui ont pris un sacré coup de vieux !! Alors que des chansons guitare-voix ou piano-voix, elles ne se démodent pas. C’est pour cette raison que j’ai voulu faire un disque acoustique. La tendance, les vocoders, etc… c’est super, mais ce n’est pas mon truc. J’en écoute, mais ce n’est pas mon truc. Je suis vraiment un amoureux des cordes. Là, d’ailleurs, on part en tournée avec deux violoncelles et une guitare. Ils jouent aussi d’autres instruments puisqu’ils sont multi-instrumentistes les deux, comme du banjo, etc… Mais un morceau avec deux violoncelles et une guitare, c’est mortel. Il y a une chaleur de bois, j’adore ça…

Il y a donc une tournée qui se met en place.

Oui, à partir de janvier 2014. Je ne sais pas encore vraiment comment ça va se passer au niveau des musiciens. Va-t-on tourner à trois ou plus ? Je n’en sais encore rien. On va voir. Personnellement, j’aimerais bien qu’on soit un peu nombreux sur cette tournée parce que pour coller à l’album, ce serait bien. On verra… Pour tout te dire, on est en train d’en discuter en ce moment. Il va y avoir déjà quelques dates, dont les Trois Baudets à deux reprises. J’espère qu’on pourra faire un petit Café de la Danse au mois de janvier. Et après, on verra l’accueil que l’album va recevoir parce qu’il est tout de même très différent du premier.

Va-t-il se passer d’autres choses dans les prochaines semaines ?

On va sortir un single après l’album. On a fait un EP parallèlement, et on le défend sur scène. On aurait pu le mettre sur l’album, mais finalement, je l’ai écrit juste après les sessions d’enregistrement et on s’est tâté pour voir s’il fallait l’intégrer à l’album. Mais aujourd’hui, on peut se permettre de faire ça, donner un titre bonus avec l’album. Il y a toujours moyen de se débrouiller.

Propos recueillis par IdolesMag le 13 septembre 2013.
Photos : Yann Orhan
Site web : http://www.alexandrekinn.com/









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