Interview de Laurent Lamarca

Propos recueillis par IdolesMag.com le 03/01/2013.
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Laurent Lamarca © Julien Bourgeois

Le premier album de Laurent Lamarca, « Nouvelle Fraîche », sera dans les bacs le 23 septembre prochain. Au cours de cet entretien, Laurent nous expliquera dans quelles circonstances ce premier album solo a pu voir le jour, lui qui a joué dans de nombreux groupes, a accompagné Ycare et Camélia Jordana sur scène et a composé des titres pour Ycare et Luce entres autres. Laurent Lamarca présentera cet opus sur scène, notamment le 8 octobre prochain aux Trois Baudets à Paris. Allez découvrir son univers si particulier, vous ne serez pas déçus ! Rencontre avec un « Garçon Sauvage »…

IdolesMag : Ton premier album solo, « Nouvelle Fraîche », sera dans les bacs très prochainement. Dans quel état d’esprit es-tu ?

Laurent Lamarca : C’est une sorte d’élan. C’est beaucoup de labeur aussi et une énorme satisfaction. Je suis tout excité et en même temps j’ai un peu peur. Je suis un peu dans tous mes états en fait ! Mais c’est cool, je suis super content.

Tu as un parcours déjà assez riche, tu as fait partie de nombreux groupes, tu as accompagné Ycare et Camélia Jordana sur scène, mais quand a-t-il été réellement question de sortir un album ?

C’est pas vieux. Comme tu le disais, j’ai toujours fonctionné en groupe avant. On avait sorti des EPs, mais j’ai toujours eu envie de sortir des albums. Donc, j’ai un peu mis la main dans le cambouis depuis pas mal de temps. Et le truc, c’est que ça ne marchait pas. J’ai été dans différents groupes et différents projets et à force, je me suis un peu essoufflé. Au départ, je ne voulais pas faire de projet solo. Même à la base, si je suis honnête, je ne me sentais pas chanteur, je me sentais comme guitariste ou compositeur. Après, je suis venu à Paris, et j’ai tout mis de côté. C’était trop dur, je me suis dit « j’abandonne ». Et voilà, c’est à ce moment-là que j’ai commencé à accompagner Ycare et Camélia. J’ai composé pour Luce, Ycare et quelques autres gens. Et à force de faire écouter les chansons que j’écrivais, et que du coup, je chantais… il faut bien quelqu’un qui les chante au début !... j’ai eu quelques bons retours sur ma façon de chanter. Et ça, ça m’a redonné confiance. Du coup, il y a trois ans, j’ai dit à mon éditeur que j’avais envie de me constituer un répertoire perso. Et lui, il m’a répondu « carrément !! Vas-y, fonce. » Et c’est là que je me suis mis à travailler sur les chansons qui composent cet album.

Laurent Lamarca, Nouvelle FraîcheAs-tu rapidement su dans quelle direction musicale tu allais aller pour ton projet perso ?

Ouais ! J’avais déjà une ligne directrice. Bon, c’est toujours un peu hasardeux parce que même si on a envie d ‘aller quelque part, ça évolue toujours. Mais quand j’ai commencé à écrire pour moi, c’est la première fois de ma vie que je me suis dit que c’était vraiment ça que je voulais faire. Avant, c’était le bordel total. Là, ce que je voulais avant toute chose, c’était que le texte soit mis très en avant. Enfin… J’ai voulu que ce soit le texte qui mène la danse. Le son des mots était le plus important. Je voulais un album un peu chanson, mais un peu pop aussi… Comme je viens du punk, ça changeait la donne !! (rires) Je voulais une grosse ouverture avec une musique qui serve le texte. Donc, oui, je savais où je voulais aller, carrément.

As-tu écris beaucoup de chansons au final ?

En fait, j’écris beaucoup de choses mais tout n’est pas bien ! (rires) J’ai écrit un paquet de chansons… et parfois, en revenant dessus, je me demande comment j’ai pu écrire un truc pareil. Et puis, j’en ai écrites moi et avec d’autres personnes, et notamment avec Hélène Pince, une amie, et une avec Eddy La Gooyatsh, un autre ami.

Quand tu travailles avec un autre auteur, est-ce parce que tu es en panne à un certain moment ou bien est-ce tout simplement une envie de travailler ensemble ?

C’est plutôt ça, travailler ensemble. Ce n’est pas une question de panne. En fait, je trouve ça génial de chanter les mots d’un autre. D’une manière générale, je trouve ça très chouette de collaborer avec d’autres personnes. Le truc, c’est que je viens du groupe, et dans les groupes, il y a une énergie multiple. Tu n’es pas tout seul, il y a plein de gens autour qui bossent avec toi. Et comme je suis un garçon un peu sauvage… je pars souvent un peu dans tous les sens ! (rires) Du coup, travailler tout seul, ça me saoule vite. J’aime bien présenter ce que je fais à quelqu’un d’autre. Il aime ou il aime pas. On en discute. Ça fait avancer le truc. Et là, le fait d’avoir des gens qui écrivent d’autres mots que ceux que j’aurais pu écrire, je trouve ça génial. Ça m’a amené à chanter des choses que je n’aurais jamais eu le recul d’écrire. Pour les textes, j’aime bien avoir des idées extérieures, mais pour les musiques je compose tout. Enfin… je bosse avec un gars pour les arrangements. J’aime bien lui amener des trucs guitare-voix et qu’il en fasse quelque chose !

Ce gars-là, c’est Victor Roux, qui t’accompagnait dans « XX Mariani », ton précédent groupe quand tu étais à Lyon.

Oui !

Continuer à travailler avec lui, était-ce une façon de faire un pont entre le passé et le présent ? De continuer l’aventure groupe ?

Je pense… mais je ne l’ai pas fait exprès ! Le truc avec Victor, c’est qu’on a vraiment eu une rupture. On était hyper proches avant quand on était dans le groupe. On était à fond dedans. Et puis on s’est engueulé… On était un peu deux leaders et chacun tirait le truc à lui. Du coup, on ne s’est pas vu pendant super longtemps. Moi, je suis parti à Paris et lui est resté à Lyon. On était un peu embrouillés en fait… Et puis le batteur de son groupe à l’époque, Olivier (un ami d’enfance) me donnait des nouvelles de Victor régulièrement. Quand il a été question d’arranger les compos que j’avais faites, j’ai repris contact avec lui parce que j’aimais vraiment ce qu’il faisait. Ça a été un vrai plaisir de retravailler avec lui parce qu’on a tout un passé ensemble et ça fonctionne bien entre nous. C’est une collaboration assez riche. Mais j’ai voulu retravailler avec lui parce que j’aimais ce qu’il faisait musicalement, pas parce que c’était mon pote.

C’est Julien Delfaud (Keren Ann, Gaëtan Roussel, Liza Manili…) qui a mixé l’album. Pourquoi as-tu voulu travailler avec lui ? Que t’a-t-il apporté musicalement ?

Je connaissais Julien parce qu’il avait travaillé sur pas mal de projets que j’aimais bien comme Phœnix, Revolver, etc… Et puis surtout, Julien, c’est un mec qui vient de l’électro des débuts et en même temps, il a une énorme culture rock et folk. Ça allait dans le bon sens. On m’avait proposé des gens qui venaient vraiment du rock’n’roll et j’avais peur en fait que leur son ne prenne un peu trop le dessus. En fait, Julien a su mettre un son électro roots que j’aime beaucoup, et puis, c’est un mec super cool. Quand on s’est rencontrés, on a tout de suite rigolé, il était disponible… donc, ça l’a fait ! Je me suis dit allons-y.

Le premier extrait de l’album, c’est « Little Rimbaud ». Rimbaud est-il un auteur que tu as beaucoup lu ? Que représente-t-il pour toi ?

En fait, ce n’est pas une chanson sur Arthur Rimbaud… Mais j’adore le personnage d’Arthur Rimbaud, son côté fougueux, fureur de vivre… son parcours est dingue. J’aime beaucoup ce qu’il représente et ce qu’il représente à l’étranger aussi. Et c’est surtout ça que je voulais exprimer, le côté poète français. Après, je ne suis pas un fin connaisseur de l’œuvre de Rimbaud. La chanson parle plutôt du côté poète français, french lover, etc…

Laurent Lamarca © Julien Bourgeois

Tu me disais tout à l’heure que la musique devait se mettre au service des mots. Quand as-tu écrits tes premiers mots ?

J’étais pas bien vieux ! Il faut savoir qu’à douze ans, j’avais monté un groupe avec mes cousines et ma sœur (« Musicale Partition »). Alors, on écrivait un peu tous ensemble, surtout ma grande cousine qui est cantatrice aujourd’hui. On écrivait beaucoup de choses. C’était des mots de gosses, ce n’était pas terrible terrible, mais c’était un début ! (rires) Et tout gamin, j’avais écrit quelques chansons avec mon père.

On peut se demander ce qu’on écoutait chez toi quand tu étais gamin parce que quand on écoute l’album, on se rend compte que ça tire un peu dans tous les sens…

(rires) C’est une grande question ! En fait, mon père, c’est un musicien amateur presque semi-pro… Enfin, maintenant, il est prof de maths !! (rires) Il est sicilien et quand j’étais gamin, il chantait des chansons traditionnelles siciliennes, après, il a fait du rock’n’roll. À trois/quatre ans, il m’emmenait déjà dans des concerts de rock. Et puis après, il a découvert l’électro acoustique ! Donc, j’ai des souvenirs d’avoir écouté des trucs qui déchiraient. Après, il a monté un groupe country, puis un groupe de chanson. Aujourd’hui, il est dans un groupe de punk avec ses copains. Tu vois… on avait un univers large à la maison, on écoutait un peu de tout. Aussi bien du Chopin que Voulzy ou du rock…

On dit souvent qu’un premier album est très autocentré. Est-ce le cas pour le tien ?

Ah oui, grave ! Carrément. Je chante toujours à la première personne d’ailleurs. Donc, oui, il est très autocentré. Après, sur la moitié des morceaux, même si je chante à la première personne ils ne parlent pas que de moi. Ça parle de certains amis, de certaines connaissances. Il y a plein d’histoires qui ne sont pas les miennes.

As-tu une anecdote à me raconter sur l’une ou l’autre chanson ? As-tu une tendresse particulière pour l’une ou l’autre ?

Il y en a deux en fait pour lesquelles j’ai une tendresse particulière. La première, c’est « J’ai laissé derrière moi ». C’est la toute première chanson que j’ai écrite en vue de ce projet. C’est la première que j’ai posée guitare-voix et que mon éditeur a trouvée super. C’est elle qui a un peu posé les bases de l’édifice. C’est une sorte de bilan, cette chanson. Ça m’a fait beaucoup de bien de l’écrire. Celle-là me touche particulièrement. Chaque fois que je la chante en concert, il y a une petite émotion, peu importe ce que je vis à ce moment-là, elle me colle à la peau. Et la seconde que j’aime tout particulièrement, c’est « Autour de moi ». En fait, c’est une chanson qui parle de mon grand-père qui est aujourd’hui décédé. J’ai écrit la chanson quand il était sur la fin de sa vie. On savait tous qu’il allait mourir. À chaque fois que je le voyais, je ne savais pas si j’allais le revoir. Je le voyais plutôt heureux, mais il attendait la mort, ce qui est plutôt terrible. Et ça, ça m’a vraiment ému. Cette chanson me touche tout particulièrement parce qu’elle est venue vraiment tout naturellement. J’ai écrit le texte d’un coup et j’ai fait la musique dans la foulée. J’ai trouvé les bons mots, je pense. En tout cas, ils retranscrivent exactement ce que j’ai ressenti. Je n’ai quasiment pas retravaillé le texte. J’ai donné la chanson à Victor. Il a fait un arrangement en une journée. Le jour du mix, on n’était pas là. Julien a dû le faire tout seul. Il l’a fait en une journée. Quand je suis passé le soir, j’ai trouvé ça énorme. Et mon grand-père est mort deux jours avant que la chanson ne soit finie. Du coup, il y a tout un truc autour de cette chanson. Contrairement à d’autres qui ont été travaillées et retravaillées, celle-là, elle a coulé.

Laurent Lamarca © Julien Bourgeois 

Est-on d’une certaine manière plus créatif quand on doit travailler sur un thème ou un texte imposé ?

Quand on te dit « C’est bon, mec, t’es libre ! Fais ce que tu veux ! », tu ne sais pas que faire. C’est un peu le problème de notre génération. Maintenant, on nous dit « Vous avez tous votre bac, vous pouvez tous faire ce que vous voulez… » On fait tous des études jusqu’à bac+5 et au finish, on ne sait pas quoi faire…

Il y a pas mal de premières parties qui se profilent (La Grande Sophie, Debout sur le Zinc, Eiffel…) et une date aux Trois Baudets le 8 octobre prochain (paris 18ème). Que représente finalement la scène pour toi ?

C’est l’aboutissement. Tout est là. Tout le travail qu’on fait sur le disque, c’est pour aller sur scène. Je fais un album, c’est super, j’en suis hyper content. Mais si je fais un album, c’est pour qu’il y ait une tournée derrière.

L’album est un peu le prétexte.

On ne peut pas vraiment dire ça… mais j’aime tellement la scène qu’on peut quand même le dire un petit peu. Après, il y a une réelle unité entre l’album et la scène. Si on me proposait de commencer la promo de l’album par une tournée, je serais partant !

Laurent Lamarca © Julien Bourgeois

Toi qui as longtemps joué en groupe et qui a accompagné d’autres artistes, est-ce que ça n’a pas été difficile de te mettre en avant ?

Non, puisque j’étais le chanteur dans mes anciens groupes…

Mais quand on est le leader d’un groupe, c’est tout de même un peu différent. Il y a l’identité du groupe.

Oui, mais j’étais un peu en avant parce que j’étais malin ! (éclats de rires) En fait, aujourd’hui je joue avec le guitariste et le batteur de mon ancien groupe. Donc, si tu veux… on reste dans l’idée. Par contre, ce qui a été un peu compliqué, ça a été de concevoir la scène différemment en mettant les textes en avant. Avant, on mettait la musique et l’énergie en avant, on envoyait, quoi. Il y avait du gros son, mais les paroles, c’était pas trop ça. Là, c’est l’inverse. Il y a eu quelques mois de travail nécessaires pour arriver au résultat qu’on a aujourd’hui. Et c’est passé notamment par le « Chantier des Francos ». J’ai adoré, on a beaucoup travaillé sur le texte. Dans une chanson, tu racontes une histoire. Et il a fallu que je m’habitue à ça.

Ça doit être déboussolant de se retrouver sur un projet complètement à l’opposé de ce que vous faisiez tous les trois avant… J’imagine qu’il a fallu gommer de nombreuses habitudes.

Comme tu dis, il a fallu gommer ! (rires) Mais on a parlé. Quand tu communiques avec les gens, tu te rends compte que les problèmes ne sont pas si énormes que ça. C’est comme dans les films… ils ne se disent jamais rien, tout est dans le non-dit et fatalement, ça part en couille. Sans ça, il n’y aurait pas de film dramatique ! (rires) Il faut savoir communiquer.

Pour terminer cette interview, je vais te poser la question qui brûle les lèvres de tout le monde… Es-tu un « Garçon Sauvage » ? (titre d’une de ses chansons)

(rires) Ma meuf le dit ! Je suis un peu sauvage, je pense bien… Mais j’aime bien les autres quand même !!

Propos recueillis par IdolesMag le 3 janvier 2013.
Photos : Julien Bourgeois









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