Interview de Tom Frager

Propos recueillis par IdolesMag.com le 21/08/2013.
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Tom Frager © Damien Poullenot

Tom Frager est de retour avec un très beau troisième album, « Carnet de Route », qui signe un véritable retour aux sources. Au-delà de la musique pure et des jolies mélodies, certaines chansons qui composent cet opus portent un réel propos, souvent écologique, parfois même plus politique. Tom nous expliquera que c’est un devoir à ses yeux d’éveiller les consciences. Au cours de notre entretien, nous évoquerons également les invités qui le rejoignent (dont Tiken Jah Fakoly) et le parcours, pas vraiment de tout repos, de cet album dont la sortie a été annoncée et repoussée de nombreuses fois (Tom a notamment quitté sa maison de disques et nous expliquera pourquoi). Enfin, nous reviendrons sur le formidable succès de « Lady Melody » qui a probablement un peu dépassé Tom à un moment donné… Rencontre avec un artiste sincère, touchant et authentique qui aimerait ne pas être résumé à « Lady Melody », aussi belle soit-elle…

IdolesMag : J'ai envie de dire que ça a été un peu le parcours du combattant la sortie de ce troisième album, « Carnet de Route »... Dans quel état d'esprit es-tu quelques jours avant sa véritable sortie?

Tom Frager : (rires) Quand tu parles de parcours du combattant, je suppose que tu fais peut-être allusion à nos galères avec les maisons de disques...

Tom Frager, Carnet de RouteExactement. Il a été souvent annoncé, puis repoussé... Et finalement, tout ça aura duré un peu plus d'un an.

Ouais... C'est vrai que ça a été assez difficile moralement parce que je n'ai pas arrêté de bosser... j'ai terminé ma tournée de 100 concerts en septembre 2010. Et en octobre... et même fin septembre... je suis rentré en studio pour bosser l'album suivant, dans l'optique d'enchaîner vraiment. J'avais des morceaux, j'avais écrit pendant la tournée et tout... je n'ai donc jamais arrêté de travailler. Et j'ai été bloqué par des changements de patron dans mon ancien label AZ. Du coup, j'ai été un peu confronté à toute la galère du business de la musique, alors que tout simplement artistiquement j'avançais et que j'étais prêt à enchaîner. Donc, là, c'est vraiment un soulagement pour moi de pouvoir enfin partager avec le public ces chansons. Il a mis longtemps avant de sortir ce nouvel album, trop longtemps à mon goût.

Avant d'être signé chez AZ, tu avais déjà fait un bout de chemin en indé. Là, tu y reviens, qu'est-ce que ça te fait?

Comme tu le dis, avant de signer chez Universal, j'avais tourné pas mal et j'avais déjà sorti un album. Les gens ne le savent pas forcément, ils pensent que je suis arrivé avec « Lady Melody », mais non, j'avais déjà sorti un album avant. On a tourné pendant huit ans avec mon groupe sur des festivals de reggae et ce genre de choses. J'évoluais donc depuis longtemps en tant qu'indé. J'ai connu le succès commercial avec « Lady Melody », mais je viens d'un milieu plus alternatif, un peu reggae / rock / fusion, dans le milieu de la surf musique. Du coup, là, je reviens à mes premières amours en ce sens où je reviens à la musique que j'aime exclusivement. Attention, je ne dis pas que je me suis perdu en faisant « Lady Melody ». Bien au contraire ! J'assume totalement ce titre et je me suis vraiment éclaté avec. Mais disons que là je reviens avec quelque chose qui, je crois, me correspond encore bien d'avantage. C'est un album un peu plus adulte, un peu moins ado. Ça s'adresse probablement un peu plus aux parents qu'aux ados, avec des textes un peu plus mûrs.

Nous allons revenir longuement sur ce nouvel album, mais comme nous venons de parler de « Lady Melody », j'aimerais savoir si ce titre t'a, à un moment ou un autre, un peu dépassé ou déstabilisé. Peut-être pas toi directement, mais vis-à-vis des attentes de la maison de disques après le succès...

Ah, c'est sûr qu'il y a un avant et un après... (rires) ça a été un succès tellement incroyable. À la fois, c'est fantastique et à la fois, on le paye un peu cher après, il y a comme un revers de médaille. Parce que, qu'on le veuille ou non, on est complètement assimilé à ce titre-là. Or, une chanson ne peut pas résumer un artiste...  Je parle pour moi, bien évidemment. Je suis un passionné de composition et d'écriture, donc « Lady Melody » a complètement occulté tout ce que j'ai pu faire autour, ce que j'avais fait avant et ce que j'ai pu faire après. Encore aujourd'hui on me parle de « Lady Melody », et je comprends totalement pourquoi. Mais c'est vrai que ça a été un peu difficile parce que du jour au lendemain, j'ai eu un public beaucoup plus jeune, un peu moins indé. Tu sais, j'écoute du Ben Harper, du Police, du Red Hot, du Norah Jones... Donc, je me suis retrouvé dans un truc que je ne connaissais pas qui est le show-biz de la musique et de la variété en France. J'ai essayé de ne pas me perdre et de rester fidèle à mes racines...

Revenons-en à ce qui nous intéresse aujourd'hui : « Carnet de Route ». Tu me disais tout à l'heure que tu avais commencé à bosser dessus en octobre 2010. J’imagine que tu as enregistré dans la foulée. L'album qui sort aujourd'hui est-il resté plus ou moins tel quel ou bien as-tu changé pas mal de choses?

L'album était prêt à sortir il y a deux ans déjà. Comme il ne sortait pas, plutôt que d'attendre sans rien faire, j'ai continué à travailler. Et j'ai donc écrit de nouvelles chansons. Certaines se retrouvent sur l'album, d'autres non. Et j'ai profité aussi de ce temps pour faire évoluer certains titres. Il y a donc un mélange de titres que je n'ai pas touchés depuis deux ans, certains que j'ai réarrangés et d'autres qui sont complètement nouveaux.

L'album s'appelle « Carnet de Route ». Faut-il comprendre que les chansons ont été majoritairement écrites sur la route, pendant des voyages ou la tournée? Ou bien t'es-tu inspiré d'impressions ou de souvenirs de voyages et les as-tu écrites tranquillement chez toi?

Il n'y a pas de recette magique pour écrire les chansons. Certaines chansons, j'ai commencé à les écrire dans le bus de la tournée. J'avais des idées de mélodies, alors je prenais un petit dictaphone, ma guitare et je commençais à fredonner un truc. L'idée première est vraiment souvent la bonne et il ne faut surtout pas la toucher. C'est ça qui a du charme. Par contre, il y a d'autres morceaux que j'ai enregistrés sur mon dictaphone pour lesquels je sentais qu'on pouvait aller plus loin quand je les  réécoutais. Là, je les ai retravaillés tranquillement dans mon studio et je les ai laissés mûrir. Donc, il y a un peu des deux, des chansons écrites vraiment sur la route et d'autres que j'ai écrites chez moi. Mais   « Carnet de Route », c'est un album qui retrace un peu la route que j'ai pu faire. Il y a des morceaux par exemple que j'ai écrits en Guadeloupe quand je retourne voir ma famille l'hiver. Il y a des morceaux que j'ai écrits au Sénégal quand j'y étais parti avec QuickSilver. C'est pour ça que j'ai aimé l'idée du « Carnet de Route », c'est vraiment un voyage. On peut passer d'un reggae vraiment jamaïquain à une ballade folk. Il y a beaucoup de choses différentes...

Tom Frager © Laurent Capmas

Écris-tu des chansons depuis longtemps?

J'ai toujours aimé écrire depuis que je suis tout petit. Ma matière préférée à l'école, c'était l'expression écrite. Ensuite, je me suis mis à écrire plus sérieusement vers 16/17 ans. Je faisais tout ça sans prétention aucune. Je chantais dans ma chambre ou dans des soirées avec des potes. Et c'est en fait mes copains et mon frangin qui m'ont poussé à enregistrer tout ça et à continuer à écrire en me disant que c'était pas mal ce que je faisais, qu'avec un peu de chance ça pourrait plaire à des gens... Je n'y croyais pas plus que ça... je faisais juste ça parce que ça me faisait du bien. Et puis, de fil en aiguille on a commencé à diffuser mes chansons dans des vidéos et des films de surf. Des gens m'ont écrit en me disant que c'était super et en me demandant si j'en avais d'autres. Et oui, j'en  avais... Donc, j'ai été encouragé à continuer et j'ai continué. Après, j'ai fait une école de musique à Bordeaux où là aussi j'ai bossé l'écriture et la compo et où j'ai appris beaucoup de mécanismes de composition, le solfège et ce genre de choses... Et voilou!

Y a-t-il quelqu'un qui t'a montré la voie dans la famille ou pas du tout?

J'avais des tontons musiciens. Mon père, quant à lui, jouait un peu de guitare. Il jouait du blues essentiellement. Donc, oui, il y avait une culture musicale dans la famille assez blues, rock et un peu soul. C'était la musique des années 70. La musique a toujours été très présente à la maison. Je me souviens aussi que ma mère mettait toujours beaucoup de musique dans la voiture. Et de la bonne musique! De la soul, du reggae, du funk... Du coup, assez rapidement, j'y ai pris goût. On  m'a montré les accords à la guitare quand j'avais quelque chose comme douze ans. En fait j'ai commencé à chercher les accords en essayant de reproduire ce que j'écoutais. Et notamment les Beatles et Bob Marley. Ce sont vraiment les deux artistes ou groupes qui m'ont appris la musique indirectement. J'ai l'impression d'avoir tout appris comme ça sur le tas en les écoutant.

Tu es né à Dakar, tu y as grandi ainsi qu'à Bamako et en Guadeloupe avant de venir t'installer dans les Landes. Tu as aussi parcouru le monde de long en large... Quelle culture t'a finalement le plus influencé musicalement parlant?

C'est une bonne question et c'est une question très difficile en même temps. Je crois que ce que j'aime le plus écouter ou faire en musique, c'est un mélange de reggae et de musique caribéenne qui est resté clairement de l'Afrique et de la Guadeloupe, et quelque chose d'assez rock. Le rock des Red Hot Chili Peppers, quelque chose d'un peu californien. Ça, ça me vient de la culture surf. Dans la vidéo de surf, tu as beaucoup de rock californien. Du coup, pour l'instant, j'ai privilégié le côté reggae et ballade dans mon répertoire, mais je pense que je pourrais très bien revenir un jour avec un album, peut-être même le prochain, un peu plus rock'n'roll.

Carrément?

Oui, oui! N'ayons pas peur des mots! (rires) Je joue avec des musiciens qui viennent d'autres horizons, et notamment un guitariste qui vient du métal. C'est pour ça que sur scène, ce qu'on fait est beaucoup plus rock que ce qu'on peut entendre sur l'album. Le tout premier album qu'on avait fait avec mon groupe, qui s'appelle Gwayav', et qui m'accompagne toujours, c'était un truc de fusion reggae / rock. Et encore une fois, comme on m'a identifié à partir de « Lady Melody » qui est une ballade un peu reggae/pop, c'est plutôt le côté doux et mélodieux de mon répertoire qu'on a retenu...

C'est un peu l'inconvénient d'avoir un aussi gros succès... Il prend l'ascendant sur tout le reste.

C'est vrai. C'est ça qui est un peu difficile à gérer. Et aujourd'hui, je donne tout ce que j'ai pour pouvoir montrer quelque chose d'autre aux gens. J'espère qu'ils seront réceptifs... « Ah bon, c'est celui qui chantait « Lady Melody », qu'est-ce qu'il fait maintenant? »... On verra bien.

En tout cas, tu n'as pas essayé de faire une copie de « Lady Melody ». Et ça, en soit, c'est déjà extrêmement intéressant.

C'est le plus beau compliment que tu puisses me faire parce que j'ai tellement galéré avec Universal !... En fait, on avait lancé un titre qui s'appelait « Nouvelle Vie ». Ensuite, « Darling ». Pour moi, ces morceaux-là, même s'ils n'étaient pas du tout mauvais, restaient entre guillemets de « pâles copies ». C'était un peu trop édulcoré à mon goût. Et là, dans cet album, j'ai vraiment voulu balayer tout ça. Chaque titre qui est dans l'album, je peux l'assumer à 100%. Par exemple, un morceau comme « No Guns » qui reste assez mélodieux et assez cool, ça me tenait à cœur qu'il porte un vrai message. Ça me tenait à cœur qu'il ne soit pas aussi léger que ce que j'ai pu proposer auparavant. Par exemple, des morceaux anglophones comme « On your shoulder », « By your side » sont clairement inspiré du reggae jamaïquain. Et ce qui est drôle, c'est que quand je chante en anglais, beaucoup me disent que j'ai un accent créole. Je pense que ça vient du fait que d'une part, je parle créole couramment, mais aussi que quand j'écoute du reggae, c'est du reggae jamaïquain, avec l'accent de là-bas. Et c'est vrai que je m'éclate bien dans ce registre-là. Mais je sais que ce ne sont pas pas des singles potentiels...

On retrouve deux featurings sur l'album, le premier avec Tiken Jah Fakoly (« Je tourne en rond ») et le second avec Amen Viana (« Telle me why »). Comment sont-ils arrivés sur le projet tous les deux?

Ce sont à chaque fois des rencontres humaines. C'est amusant parce que ce sont deux africains, et j'ai grandi en Afrique... C'est un peu un heureux hasard... Il n'y a aucun arrangement entre qui que ce soit. Amen, c'est un super copain de très longue date. C'est sans aucun doute l'un des meilleurs musiciens que j'ai rencontrés dans ma vie. C'est un mec qui sait reproduire Jimi Hendrix... C'est vraiment un mec phénoménal. Il a accompagné entre autres Keziah Jones sur scène, c'est te dire... Ce mec-là, je l'ai rencontré lorsque je faisais une petite tournée dans le Sud-Ouest. Par hasard, j’ai joué avec lui un soir. On est restés super copains, et donc, j'avais vraiment envie de faire ce duo avec lui. Et Tiken Jah, c'est une autre histoire, vraiment fabuleuse! J'étais parti faire un concert en Côte d'Ivoire sur la plage. Je m'attendais quand même à ce que le public soit essentiellement composé de petits surfeurs blancs du coin vers Abidjan. Mais en fait, on s'est retrouvés à jouer devant deux mille personnes sur une plage et il y avait aussi bien des blacks que des blancs. C'était très mélangé et j'ai adoré. Tiken Jah, qui était dans le coin à ce moment-là, est venu nous écouter. Il a assisté au concert et à la fin, il est venu me trouver en me disant qu'il avait vraiment bien accroché. Je l'ai évidemment beaucoup remercié pour son compliment... (rires) Et à ce moment-là, je me suis super bien gardé de lui dire que j'étais un grand fan de sa musique depuis très longtemps... Tout le monde doit le lui dire tout le temps! Et lui, gentiment m'a dit qu'il allait passer en France et qu'il allait venir jouer pas loin de chez moi à Bordeaux. Il m'a dit que ça lui ferait plaisir de me revoir... Je lui ai donc dit que je viendrai et trois/quatre mois plus tard, je suis allé le revoir à Bordeaux. J'ai été étonné parce qu'il m'a reconnu quand il m'a vu. Il se souvenait même de mon prénom!! Je suis allé vers lui, et après avoir discuté un moment, je lui ai donné sur un CD le morceau « Je tourne en rond » que j'avais composé de mon côté en écrivant des paroles en pensant à lui. Je m'étais dit que j'allais faire un bon gros reggae à la Tiken Jah et que je le lui proposerais... Sait-on jamais?!... S'il refusait, ce ne serait pas bien grave et s'il acceptait, ce serait magique... Et il m'a rappelé deux jours après en me disant qu'il avait écouté le morceau, qu'il le trouvait super, que le texte était engagé comme il aimait et qu'il fallait qu'on l'enregistre ensemble! Quelques jours plus tard, je l'ai rejoint en studio à Paris et on a enregistré le titre. C'était un moment incroyable... Inespéré! Je ne pensais déjà pas pouvoir un jour le rencontrer et encore moins lui proposer un morceau qui lui plaise à ce point-là. Comme quoi, tout est faisable dans la musique. Il faut oser et s'amuser. Tiken Jah, c'est un peu une légende, et pourtant, le mec est super sympa, super cool. Tout est possible, il suffit d'y croire.

À l'écoute de l'album, on se rend compte qu'au-delà des jolies mélodies et des titres super efficaces, il y a un réel propos, souvent écologique, mais j'ai envie de dire aussi politique par moments. Est-ce important à tes yeux qu'un artiste s'engage, qu'il éveille les consciences?

Il y a une partie de moi qui considère que c'est un devoir de le faire. Je trouve qu'il y a des artistes qui sont faits pour parler de politique et essayer de changer le monde. Bob Marley est le meilleur exemple qu'on puisse prendre. C'est un mec que j'admire autant pour sa musique que pour sa démarche de vouloir que les choses changent et s'améliorent. Moi, je n'ai pas la prétention d'être un mec comme lui, je n'ai pas son histoire et je n'ai pas grandi dans un ghetto. Mais vu que je suis d'une part derrière un micro avec des gens qui viennent m'écouter et d'autre part un surfeur depuis tout bébé, je suis super sensible à l'écologie. C'est pour ça que j'en parle. Et je ne pense pas que ce soit usurpé. Je n'irais pas me frotter à des sujets dans lesquels je ne serais pas à l'aise... « No Guns », c'est une chanson contre les armes. Tout le monde peut dire qu'il faut poser les armes. C'est un sujet qui, personnellement, me terrifie. Si on enlevait le droit de porter une arme, on enlèverait beaucoup de faits divers. Les marées noires, le Prestige, l'Erika, etc... j'étais aux premières loges ici dans le Sud-Ouest. Je voyais le mazout arriver sur les plages et je me disais que ce n'était pas possible. Donc, j'ai écrit des chansons qui parlent de ça... Par ailleurs, je trouve aussi important de faire des chansons plus légères. Si je ne chantais que des chansons à message écologique ou politique, je pense que ça gonflerait vite les gens. Ils se diraient que j'ai tout de même eu une belle vie, que j'ai grandi sur la plage... et que j'en fais des tonnes. C'est important de donner du soleil aux gens dans la musique. Donc, j'essaye de trouver la bonne proportion dans l'album pour avoir des chansons qui s'engagent et d'autres qui sont juste là pour donner de bonnes vibrations et de bons moments. Comme l'a fait « Lady Melody » en son temps...

Tom Frager © Yvan Schreck

Le message passe aussi certainement mieux quand on ne hurle pas sur les gens... Le public est plus réceptif.

C'est toute la force d'un gars comme Bob. C'est un gars qui faisait des chansons super cool et super mélodieuses, pas agressives du tout. Et à travers sa musique, il a réussi à faire évoluer les consciences et à bouleverser plein de choses. Quand j'écoute certains groupes de rap, je me dis qu'ils sont les mieux placés pour parler des problèmes de banlieue, puisque c'est leur quotidien, et que souvent, ils le font bien. Mais parfois, j'ai l'impression de me faire engueuler et ça me pèse un peu. Il y a donc certains groupes que je n'écoute pas, non pas parce que je ne suis pas sensible à ce qu'ils disent, mais parce que leur message est livré de façon trop agressive. Et l'agressivité ne fait pas évoluer les choses...

Nous venons d'évoquer quelques chansons au cours de cette interview, mais de toutes celles qui composent l'album, y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu'une autre? Et quand je dis tendresse, je ne pense pas forcément au propos de la chanson, mais plutôt à une anecdote qui se serait passée autour d'elle, lors de sa création, de l'enregistrement...?

[Tom réfléchit] J'essaye de me faire le film de l'album dans ma tête... Ah si... il y a une chanson qui s'appelle « On your shoulder ». J'ai commencé à fredonner cette chanson alors que j'étais sur un voilier en Indonésie avec mon frère et mes potes. J'avais ma guitare avec moi et j'ai commencé à chantonner un truc un peu reggae en anglais. [Tom commence à chanter.] Et cette mélodie m'a trotté dans la tête pendant un bon moment. Et une fois rentré en France, je me suis dit qu'il fallait absolument que je mette cette chanson sur l'album. Elle me rappelle ce moment fantastique sur ce bateau en Indonésie avec mes potes et mon frangin à surfer sur des vagues juste hallucinantes.

Une tournée se profile-t-elle?

Je l'espère de tout mon cœur. On a changé de tourneur également. C'est tout récent. Donc, on va travailler avec un tourneur qui est un peu plus dans le registre de ce que je fais. C'est le mec qui organise le « Reggae Sun Ska » à Bordeaux et des festivals de musiques actuelles. C'est quelqu'un qui a la démarche de vouloir me développer par la scène. Ça, c'est pas mal puisque je veux me repositionner en terme d'image, j'ai envie de montrer aux gens que je ne suis pas juste un mec qu'on a marketté à l'été 2009 pour chanter « Lady Melody ». Ça fait treize ans maintenant que j'écris des chansons et que je sors des disques, et les gens ne le savent pas forcément. Et du coup, ce mec-là, il veut vraiment aller dans ce sens-là en me faisant jouer sur les plateaux à côté de Jack Johnson et d'artistes internationaux de reggae. Et ça me va vraiment bien. On va essayer de monter une tournée ensemble. Je pense que je vais avoir quelques dates un peu isolées à l'automne. On va essayer de monter une date à Paris et une à Bordeaux. Je vais probablement faire aussi une tournée show-case dans les Fnac et les magasins QuickSilver puisque je suis en partenariat avec eux. Mais je pense que la vraie tournée va se mettre en place cet hiver. Et puis, j'ai envie de voir aussi comment les gens vont recevoir l'album, etc...

Toi qui a été surfeur pro pendant des années, qui maintenant est chanteur. Qu’est-ce qui finalement est le plus grisant? La vague ou la scène?

Elle est vache ta question, parce que je ne peux pas choisir entre les deux. C'est un peu comme si tu me demandais de choisir entre mon père et ma mère ou mon frère et ma sœur. Je ne peux pas vraiment te répondre. Je peux juste te dire que j'ai besoin des deux à des moments différents. C'est comme si j'avais eu deux vies. Une première où le surf était ma priorité et la musique venait me permettre de décompresser. Je prenais ma guitare après avoir fait des compétitions, m'être entraîné à bloc ou dans l'attente de résultats quand j'étais en équipe de France. Et ensuite, j'ai basculé. La compétition, c'est bien, mais je ne me voyais pas faire ça toute ma vie. En surf, il faut être le meilleur pour pouvoir y arriver. En musique, il faut juste être soi-même. Il faut bien faire son travail tout simplement... Donc, j'ai basculé et la musique est devenue mon quotidien professionnel et j'ai aujourd'hui besoin du surf pour décompresser... Les choses se sont inversées. Mais je ne peux pas dire que je préfère l'un ou l'autre. Je m'éclate quand je suis sur scène et je m'éclate quand je suis dans de super vagues avec mes potes. Je trouve mon équilibre entre les deux.

Propos recueillis par IdolesMag le 21 août 2013,
Photos : Damien Poullenot, Laurent Capmas, Yvan Schreck
Site web : http://www.tomfrager.com









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