Interview de Gabriel Saglio

Propos recueillis par IdolesMag.com le 08/08/2013.
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Gabriel Saglio © Thibault Depuyfontaine

Le quatrième album des Vieilles Pies, « Gabriel Saglio & les Vieilles Pies » est attendu le 26 août prochain. Séduits par ce projet audacieux et fichtrement bien ficelé dans lequel des chœurs maliens côtoient des jig irlandaises, des rappeurs israéliens et même de la musette, nous avons été à la rencontre de Gabriel afin d'en savoir un peu plus sa genèse... Nous en profiterons également pour évoquer son parcours, de la Bretagne à Toulouse en passant par l'Afrique. Gabriel nous expliquera qu'il faut voir dans cet opus un message plus large qui va au-delà des notes et des mots...

IdolesMag : Dans ta bio, on dit que tu viens « d'une famille ou l'art, la culture et le militantisme sont inscrits dans l'ADN ». Peux-tu m'en dire un peu plus?

Gabriel Saglio : En fait, on a parlé de ça dans la bio parce que tout le monde m'en parle... Du coup, on a voulu le mettre en avant. Je viens d'une famille où les cinq frangins sont des artistes. Nous sommes quatre frères et une sœur. Et finalement, il y a quatre artistes professionnels à l'heure actuelle dans la fratrie. Donc, je viens d'une famille où nous nous sommes presque tous lancés dans un projet artistique. Mon frère jumeau fait du cirque et mes deux autres frères sont musiciens. Donc, quand on arrive avec ce nom de famille « Saglio » devant les journalistes... tout le monde nous demande comment ça se fait que nous soyons presque tous dans une branche artistique! On a grandi sans télé et nos parents ont essayé vachement d'occuper notre temps et nous ont encouragés à nous lancer dans des passions fortes. Eux, ils en avaient une très forte, c'était la lutte contre l'exclusion. Du coup, je crois qu'ils nous ont transmis quelque chose de très fort sur le fait de croire en des rêves un peu fous puisque eux-mêmes en avaient.

Gabriel Saglio & Les Vieilles PiesTes parents étaient-ils tout de même un peu artistes dans l'âme?

Pas du tout! C'est toujours ça qui surprend les gens. Ils n'étaient pas du tout dans le milieu artistique, même pas par passe-temps. Je crois qu'ils nous ont juste transmis cette idée qu'il faut aller au bout de ses rêves, quels qu'ils soient.

Tu as commencé la clarinette très jeune, à l'âge de six ans. Qu'est-ce qui t'a donné envie d'apprendre cet instrument?

Je suis le dernier de la famille... Enfin, le dernier ex-aequo va-t-on dire comme j'ai un frère jumeau! (rires) Du coup, j'ai vu mon frère aîné [Matthieu Saglio, NDLR] faire du violoncelle depuis qu'il était très jeune aussi. Il est de sept ans mon aîné, donc, quand j'étais tout gamin, j'ai entendu jouer du violoncelle. Il y avait aussi un piano à la maison et je passais toujours devant... Du coup, mes parents m'ont poussé à me mettre à la musique. J’ai commencé la clarinette puisque j'étais très fan de Michel Portal, un grand clarinettiste français. Donc voilà, j'ai commencé très très tôt. En fait, en clarinette, on est un peu bloqué dans l'âge... parce qu'il faut attendre que les dents repoussent pour commencer l'apprentissage! Donc, on est obligés d'attendre six ans, quelque chose comme ça. J'aurais bien commencé avant, mais je ne pouvais pas...

On va en venir au groupe, Les Vieilles Pies. Dans quelles circonstances a-t-il vu le jour?

Il y a eu pas mal d'étapes... Le groupe s'est créé en 2003 à côté de Rennes, dans la campagne rennaise avec Alban à la batterie, Hubert à l'accordéon et quelques autres musiciens. On a tourné pendant trois ans et demi en Bretagne et puis un jour, grosse coupure… Une grosse coupure qui était sensée d'ailleurs être définitive. Donc, moi, je pars vivre en Afrique et chacun part à droite à gauche. On se dit « Ciao! » en voulant que ça reste une belle aventure. Et puis, finalement, cette aventure renaît de ses cendres dans un autre endroit quelques temps plus tard, à Toulouse. Je remonte donc le groupe là-bas. Alban et Hubert descendent sur Toulouse et d'autres nouveaux musiciens toulousains nous rejoignent. Depuis cette époque, il y a encore eu quelques changements de musiciens. Et là, depuis deux ans, on a une équipe très établie avec notamment d'autres musiciens de Bretagne, parce que finalement, on a toujours gardé beaucoup d'attaches avec la Bretagne. Et donc, depuis deux ans, on a une bonne équipe.

Pourquoi vous êtes-vous appelé « Les Vieilles Pies »?

Ah ça, c'est un jeu de mots qu'on avait trouvé à l'époque entre les vieux oiseaux et les VIP... ça correspondait bien au projet musical qu'on avait développé à 18 ans. Le jeu de mot était rigolo et correspondait bien à ce qu'on faisait : de la chanson typique un peu Ska, de la musique de jeunes, va-t-on dire. Ce nom nous a portés pendant longtemps. Et puis, avec les années, une lassitude est venue par rapport à ce nom qui véhiculait quelque chose de rigolo et de très léger. Quand on veut défendre une qualité de texte, on n'est pas trop crédibles avec un nom comme celui-là... Et puis moi aussi, j'avais envie d'avancer mon nom personnellement pour avoir une plus grande liberté artistique. Pour que les gens s'identifient aussi plus facilement. Quand on chante à la première personne, ça touche plus les gens, ça leur permet de s'identifier à quelqu'un. Du coup, on a choisi de mettre mon nom en avant. Mais c'est vraiment une décision sur laquelle tout le monde était à fond parce que ça permettait de tourner un peu la page de ce jeu de mots. Mais on fait ça gentiment. On garde tout de même « Gabriel Saglio & Les Vieilles Pies » parce que des gens connaissent bien le nom du groupe. Et petit à petit, c'est mon nom qui prendra le relais.

Quand as-tu commencé à écrire et composer des chansons?

En fait, j'étais reconnu en tant que clarinettiste. C'était une identité très forte parce que comme j'ai un frère jumeau, j'ai toujours été en quête d'identité et de reconnaissance. Je pense que c'est le cas pour la plupart des jumeaux. Pour beaucoup de gens, les jumeaux ont une identité double, et donc, du coup, on avait chacun une passion très forte. Lui, c'était le cirque et moi c'était la musique. Du coup, j'étais clarinettiste et reconnu comme tel. Et puis, j'avais un frère au-dessus de moi qui écrivait des chansons. Et donc, ça ne m'était pas venu à l'idée d'écrire des chansons. Mon grand frère écrivait des chansons superbes et toutes nos copines étaient amoureuses de lui... (rires) Du coup, ce n'était pas du tout mon rôle de me mettre à écrire des chansons. Et puis, à dix-huit ans, j'ai eu envie vraiment de chanter et d'écrire mes propres textes. Je venais de monter un groupe dans lequel j'allais chanter. Et, pour ça, je devais avoir des chansons. Donc, comme tu vois, c'est venu plutôt sur le tard tout ça... vers 17/18 ans.

C'est donc l'envie de chanter qui t'a fait te mettre à l'écriture...

Oui, mais j'avais aussi envie d'écrire des textes pour extérioriser certaines choses. Un grand ami à moi sortait d'une leucémie, un de mes meilleurs potes. Tu viens de sortir de l'adolescence, tu as 16/17 ans et tu as un copain qui peut-être va y passer. C'est un peu un grand bouleversement tout à coup. Et tout ce bouillonnement te donne envie d'écrire des choses. Tout le monde à cet âge-là est aussi en plein questionnement sur différents trucs... Donc, oui, j'avais envie de chanter mais aussi beaucoup de choses à dire à ce moment-là. C'est donc venu petit à petit et ça a beaucoup évolué depuis quelques années.

Justement, ton rapport à la création a-t-il beaucoup changé avec le temps?

Oui... J'ai commencé à écrire des chansons « sans risque », très générales. Je décrivais des ambiances, de belles soirées... je pense à un morceau comme « Samedi Soir » qui nous a portés pendant pas mal d'années. C'était un truc un peu général. Et puis, petit à petit, je me suis mis à entrer dans la tête de différents personnages pour aborder d'autres questions. Dans un morceau comme « Ton sourire », j'aborde le thème de la dépression. J'ai essayé de me glisser dans la tête d'une personne qui vivait ça pour essayer d'être plus juste. Et sur cet album, bien que ça ait été aussi un peu le cas sur le précédent, j'écris des choses très personnelles à la première personne. J'évoque des questions qui me taraudent. Donc, l'évolution a fait que ces dernières années, il y a plus de générosité et de sincérité dans les textes. C'est une sorte de mise à nu, en fait...

Est-ce que cette mise à nu a été difficile?

Ouais... Mais c'est venu assez naturellement. Après, je ne suis pas quelqu'un de secret dans la vie... J'ai toujours constaté que plus on était juste, plus on abordait des choses personnelles, plus les gens nous en parlaient et plus ils étaient touchés. Il y a une vraie sincérité. Tu sais, il faut savoir que j'écris très peu de chansons. Quand j'écris un texte, derrière on le met en musique et on le met sur le CD. Je n'ai pas des tiroirs remplis de feuilles. Quand un sujet me trotte dans la tête, me taraude et me bouffe, j'y réfléchis sans cesse jusqu'au jour où je prends le train et je sors une feuille de papier... et j'écris la chanson le temps du trajet. Je fonctionne plus comme ça. Je me plonge dans un sujet, j'y réfléchis énormément. Il y a d'ailleurs une chanson sur cet album qui s'appelle « De l'enfance et des rires », c'est un titre sur l'alcool et la nostalgie. J'ai beaucoup réfléchi à ce sujet avant de coucher les mots sur papier.

Ce nouvel album est plus ouvert, à mon sens, que les précédents. Était-ce une envie de départ d'aller taquiner plein de registres différents ou bien est-ce que ça s'est dessiné avec le temps?

Je te rejoins tout à fait. C'est un album qui est ouvert sur le monde. On était un groupe très typique de la chanson française avec l'accordéon, le violon et la contrebasse, un truc vraiment classique. Et là, sur cet album, j'avais envie d'ouverture sur le monde. Il y a deux sortes d'albums. Il y a les albums live et les albums studio. L'intérêt d'un album live, c'est toute l'énergie qu'on y retrouve, c'est la captation d'un instant de grâce qui s'est passé. Et si on fait un album studio, c'est pour pouvoir se permettre techniquement de faire des choses qu'on ne pourrait pas faire en live. Du coup, l'intérêt de cet album, c'est que je me suis dit que sur telle musique j'avais envie d'inviter des choristes maliennes puisque je suis un grand fan de Salif Keita. J'ai voulu aussi bosser avec un DJ. J'ai donc pris mon téléphone jusqu'à ce que j'arrive à ce Mickaël Charry du groupe Anakronic Electro Orkestra. Tout est possible sur un album. On a fait un morceau avec un piano et des cordes. Il a donc fallu trouver une salle avec un piano à queue et un quatuor à cordes. Ce sont plein de petits défis les uns derrières les autres. Moi, je n'ai peur de rien. Durant l'année qui vient de s'écouler, je suis allé au bout de chaque envie.

As-tu pensé rapidement à ce que ça allait pouvoir donner sur scène?

Non, pas du tout. Quelque part, je m'en fichais. Je trouve que faire un album studio, c'est la possibilité de profiter de moyens techniques incroyables. On peut réunir dessus des gens venant des quatre coins de la planète. On a des rappeurs qui ont enregistré à Tel-Aviv en hébreux sur un morceau sur lequel avait joué un claviériste à Trévou-Tréguignec sur les Côtes de Bretagne. Nous, pendant ce temps, on était du côté de Toulouse. C'est tout ça qui fait la magie d'un album studio. Il ne faut pas se poser de question, il faut y aller. Après, si les morceaux sont bons et s’ils marchent, de toute façon, on trouvera bien une manière de les mettre sur scène. Donc, une fois l'album terminé, on s'est penchés à faire l'adaptation pour la scène. Et je pense que ça fonctionne bien. C'est très différent, mais ça fonctionne.

Comment est venue l'idée de réunir les chœurs africains et la jig irlandaise sur « Dansons »?

(rires) L'idée est toute simple, j'étais parti sur une rythmique ternaire qui est caractéristique du Maloya. C'est un rythme très entraînant qui est également caractéristique des jigs irlandaises. J'ai une grande facilité avec la musique africaine puisque j'ai vécu là-bas, donc, j'ai tout de suite pensé aux chœurs maliens. Et puis, comme j'ai la chance de travailler avec un violoniste incroyable qui s'appelle Youenn Rouhaut et qui vient initialement de la musique bretonne et celtique, la jig irlandaise est vite arrivée sur le tapis. Travailler avec d'aussi grands musiciens te donne le luxe d'avoir de telles idées. Comme je m'adresse à de super musiciens, tout devient possible. Je lui ai demandé une jig irlandaise en ternaire à caler là-dessus. J'ai eu cette idée super excitante, et derrière, lui l'a réalisée parfaitement. Créer avec des gens comme ça, c'est un vrai bonheur.

La réunion des deux marche super bien en tout cas.

C'est marrant parce que sur le précédent album, on avait un « tube ». On avait plein de morceaux pas mal, mais tout de suite, tout le monde nous a parlé du même : « Utopie ». On peut vraiment dire qu'il a porté l'album. Et là, sur cet album, les styles sont tellement variés que tous les gens nous parlent de morceaux différents. Des gens ont acheté l'album en souscription et ils l'ont reçu, donc, on commence à avoir des retours. On commence à en avoir des radios aussi. Et tout le monde nous parle d'un titre différent. Certains vont plus vers les titres un peu hip hop, d'autres plus vers le reggae, d'autres plus vers la musique africaine ou le rock... Il y a de tout dans cet album, donc, tout le monde peut l'écouter avec ses propres affinités. Mais le morceau « Dansons » ressort tout de même un petit peu parce que quand on parle de métissage, qui est le mot d'ordre dans cet album, « Dansons » ressort clairement...

Le titre a été clippé. Est-ce quelque chose qui t'intéresse ce travail de la musique à l'image?

Je ne l'avais pas trop fait jusque-là. Très sincèrement, je ne suis pas trop sensible à ça. Et puis... je vais être très honnête : j'ai été un peu poussé par la force des choses! Je voulais qu'on soit dans la mouvance de cette nouvelle façon d'écouter de la musique. Aujourd'hui, quand on demande si on connaît tel ou tel groupe, beaucoup de gens vont taper le nom du groupe sur youtube. C'est tout de même une qualité de son plus que médiocre, quoi!! (rires) Mais bon, c'est comme ça. À l'heure actuelle, les gens ont besoin d'associer la musique à l'image, donc, qu'à cela ne tienne, on s'est dit que plutôt que de laisser des vidéos de concerts captées par des téléphones portables, on allait réaliser une belle vidéo. On a fait appel à un super réalisateur qui s'appelle Nicolas Dupuis. On avait beaucoup aimé son travail avec un autre artiste de Toulouse. On avait flashé sur son boulot et comme on avait des passions communes, on a bossé avec lui sur ce clip et je suis très content du résultat. Je n'avais pas envie de faire un clip avec un mauvais play-back, du coup, on s'est lancé dans l'idée d'un petit court-métrage. Et voilà... Au final, je suis très content du résultat. On l'a tourné dans les rues de Toulouse...

Peut-on dire d'une certaine manière que c'est le voyage qui l'a nourri, cet album?

Oui, je pense qu'on peut le dire. Mais il y a aussi une intelligence de musique que je veux mettre en valeur tout le temps... c'est qu'aujourd'hui on est dans une situation un peu tendue. Le contexte général est un peu tendu, que ce soit en France ou partout dans le monde, d'ailleurs. On a peur des gens qui n'ont pas notre culture, on regarde un peu bizarrement ceux qu'on ne connaît pas. C'est quelque chose qui me travaille énormément. Un vote Front National aussi élevé, je ne trouve pas ça admissible. Donc, j'ai envie de faire quelque chose contre ça avec mes armes d'artistes. Je n'ai pas une tradition de chanteur très engagé directement. L'idée que j'ai envie de véhiculer à fond, c'est qu'on peut prendre toutes les cultures du monde et les mélanger ensemble, il en ressortira toujours de belles choses. En ça, la musique porte un message vraiment magnifique. Et quand sur un même album on peut réunir des rappeurs israéliens, des choristes maliennes, un bassiste réunionais, un percussionniste marocain, des musiciens de partout en France, il en résulte de belles choses, si on fait ça bien. Et je pense que là, il y a un message plus large à extraire de la musique, à comprendre en filigrane.

De toutes les chansons qui figurent sur l'album, y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu'une autre? Quand je dis tendresse, je ne pense pas forcément au propos de la chanson, mais plutôt à une petite anecdote ou quelque chose qui se serait passé autour d'elle, pendant son écriture, son enregistrement, sur scène...

J’aime bien aussi ce genre d'anecdotes... Il s'est passé quelque chose de vraiment particulier sur l'enregistrement d'un morceau qui s'appelle « La puissance de l'espoir ». C'est un poème de Paul Éluard. On avait écrit la musique de ce morceau, j'avais écrit les arrangements avec Madeleine Cazenave, une super pianiste. Elle avait travaillé sur la partie piano et moi sur la partie quatuor à cordes. On avait enregistré ça dans une salle de concert et il ne restait plus que la voix à poser dessus, sachant que c'est un texte un peu dur avec une très très grande mélancolie écrit par Paul Éluard à un moment un peu triste de sa vie. Il avait besoin de se dire qu'il y avait peut-être encore un espoir quelque part. Du coup, j'allais faire la prise de voix. Il faut savoir qu'on a enregistré l'album à deux, avec le batteur du groupe. Et donc, nous nous étions donné rendez-vous un matin pour faire cette prise de voix. La veille, j'avais prévu un programme plutôt sympathique et puis on m'annonce une mauvaise nouvelle. Et donc, mon collègue arrive le lendemain matin, et moi, j'avais plutôt mal dormi, j'avais trop de choses en tête... J'avais peut-être un peu trop de responsabilités. Ça a été une année vraiment intense niveau boulot. Du coup, je lui dis « branche le micro, on va enregistrer cette chanson ». C'était vraiment un moment incroyable parce que finalement, la version qu'on retrouve sur le disque est la première prise et elle a été captée d'une traite. On a essayé de refaire des prises l'après-midi, quand le moral était revenu parce que je ne suis pas un grand triste de nature... Mais quand on a réécouté la première version, on s'est dit qu'elle était juste, que ça sonnait vraiment bien. L'interprétation était là. On a voulu garder cette voix qui déconne à un moment donné. On s'est dit qu'on allait la laisser comme ça parce que c'était généreux et sincère. Donc voilà, une petite anecdote sur l'enregistrement de ce morceau. Je me souviens d'un moment un peu sombre qui a, du coup, porté ce texte un peu dur...

Comment as-tu choisi ce texte de Paul Éluard en particulier?

J'ai un recueil de Paul Éluard chez moi qui s'appelle « Poèmes d'amour » et j'adore ce recueil. Habituellement, je n'aime pas trop lire la poésie, je préfère la chantonner quand je suis au piano parce qu'on entend mieux la rythmique des mots. Du coup, j'avais flashé sur ce morceau depuis un bon moment déjà et j'avais composé une musique au piano, mais je n'avais pas trop d'idée pour les collègues. Et puis, il se trouve que j'ai fait écouter ça à Madeleine Cazenave, qui est ma belle-sœur, la femme de mon frère jumeau. Et elle a tout de suite imaginé des cordes qui apportent une très belle mélancolie.

Les autres chansons ont-elles été enregistrées en une prise elles-aussi?

Non, pas toutes, mais beaucoup ont été enregistrées à l'allumage des micros. En fait, on a enregistré dans une maison qu'on a transformée en studio pendant deux semaines. On nous avait prêté une grande baraque dans les Landes. On a mis partout des matelas dans les pièces pour faire comme des cabines d'enregistrement. On a vécu pendant deux semaines les uns sur les autres. C'était un peu en vase clos. On a vécu plein de moments marrants et du coup, les prises de voix ont été faites à peu près à chaque fois quand je le sentais le mieux. Comme on avait deux semaines devant nous, j'ai pris le luxe d'enregistrer soit le midi, soit le soir, juste au sortir du repas après avoir bien mangé, un petit verre de rouge et un grand café. La voix était bien chaude à ce moment-là. On allumait le micro et c'était parti. Je pense que ça a bien fonctionné sur la chaleur de la voix.

Tu m'as expliqué tout à l'heure pourquoi ton nom avait été mis en avant sur ce disque. Mais pourquoi n'a-t-il pas de titre en particulier?

C'est une réflexion qu'on a eue... Je n'ai pas du tout envie qu'on parle de cet album comme le premier album solo du chanteur des Vieilles Pies. Parce que sur cet album, on retrouve  pratiquement la même équipe que sur le précédent. Ce sont dix ans de collaboration avec certains, donc, c'est un travail d'équipe. Je me disais que si on donnait un nom à cet album, on allait dire que c'était l'album du chanteur des Vieilles Pies. Là, quand j'en parle, je dis que c'est le quatrième album des Vieilles Pies et qu'il s'appelle « Gabriel Saglio & Les Vieilles Pies ». On a voulu se concentrer là-dessus.

Propos recueillis par IdolesMag le 8 août 2013.
Photos : Thibault DEPUYFONTAINE
Site web : http://www.gabrielsaglio.fr

 









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