Interview de Gigliola Cinquetti

Propos recueillis par IdolesMag.com le 07/06/2013.
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Gigliola Cinquetti - DR

Gigliola Cinquetti fait un triomphe deux fois par jour sur la saison 8 de la tournée « Âge Tendre et Têtes de Bois ». Elle a eu la gentillesse de nous recevoir à son hôtel entre les deux spectacles qui ont eu lieu début juin à Lille. Au cours de cet entretien, nous aurons l'occasion d'évoquer son retour en France, son attachement au public français et aux artistes français. Nous ne manquerons pas évidemment de revenir sur sa victoire à l'Eurovision en 1964 avec le célèbre « Non ho l'età ». Rencontre avec une artiste d'une gentillesse et d'une classe incroyables...

IdolesMag : Qu'est-ce qui vous a poussée à participer à cette dernière tournée d'Âge Tendre en France?

Gigliola Cinquetti : C'était sûrement de retrouver la France. J'ai toujours beaucoup aimé ce pays. J'y ai travaillé beaucoup dans ma jeunesse. Après, je me suis mariée et j'ai eu des enfants. Ça a été un changement très important dans ma vie. J'avais envie d'avoir une « vie normale » après avoir voyagé tout le temps dans le monde entier dans ma jeunesse. Parce que, oui, j'ai beaucoup chanté en France, mais pas que. J'ai également chanté beaucoup en Amérique du Sud, au Japon, au Canada, dans toute l'Europe... que ce soit au nord, au sud, à l'ouest ou à l'est! (rires) Donc, j'avais envie d'une vie normale... Et j'ai changé de métier. Je suis devenue journaliste et animatrice de télévision. J'ai animé beaucoup de programmes. Et ça, ça m'a donné quelque chose en plus, même comme chanteuse, je crois. En plus, ça m'a permis de reposer ma voix. Et maintenant que mes enfants sont grands, j'ai de nouveau envie de chanter les chansons que j'aime et de donner des concerts. Mon mari est le metteur en scène de mes spectacles. Il m'en écrit le contenu et mes textes. Il m'aide pour que je puisse proposer au public quelque chose de nouveau, dans une optique complètement différente de celle dans laquelle j'étais quand j'étais une jeune fille de seize ans... parce qu'on change beaucoup! (rires) Dans ce métier, il y a des artistes qui répètent leur image et leur personnage toute leur vie. Moi, je suis d'un autre avis et d'une autre nature. J'aime changer. Je me présente donc différemment sur scène aujourd'hui...

Pendant toutes ces années où vous avez décroché de la chanson, chantiez-vous tout de même pour vos proches, dans l'intimité?

La musique a toujours été très importante dans ma vie. Ça m'a manqué, bien sûr. Mais j'ai une grande envie d'apprendre. Et j'ai beaucoup aimé tout ce que j'ai appris en tant que journaliste. C'est beaucoup plus fatigant que de chanter, c'est plus dur. Ça m'a fait vaincre ma timidité. Je me suis ouverte sur le monde et surtout sur l'information parce que pour faire ce métier, il faut être bien informé et bien en contact avec la réalité. Quand je chantais, j'étais sur mes rêves et quand j'étais journaliste, j'étais sur la réalité. Ça a été une belle thérapie. Mais j'avais bien entendu une réelle nostalgie de la chanson.

Vous étiez très jeune quand vous avez débuté.

Oh oui! J'étais très jeune, j'étais encore une enfant...

Qui vous a mise sur la voie? Venez-vous d'une famille de chanteurs, de musiciens ou tout du moins d'artistes?

Pas exactement. Mais mon père était dessinateur. Ma mère connaissait la musique, elle jouait du piano, mais pour elle-même. Elle chantait très bien. Elle avait une belle voix. Dans la famille, beaucoup de gens jouaient du piano, c'était un peu comme une tradition familiale. Mais personne n'a jamais imaginé de la vivre sur scène ou professionnellement. Jamais.

Écoutait-on de la chanson française dans votre famille?

Un peu. On écoutait Charles Trenet. C'est pour ça que j'aime cet auteur, parce que je l'ai écouté quand j'étais petite. Je me rappelle…. dans les premières émissions de la télévision italienne que j'ai vues, d'un programme où il y avait Charles Trenet. Je m'en rappelle bien de cette découverte. Il avait une façon de chanter différente, beaucoup plus « comme en parlant », il y avait une communication musicale, mais faite comme un discours, pas avec la prestation vocale comme on l'entend, mais la grâce. Il communiquait différemment. Après, j'ai découvert Jacques Brel. Je l'ai écouté à une soirée à l'Olympia. C'était un Musicorama. J'ai tout de suite été enthousiaste. J'ai aussi écouté à Bobino Georges Brassens... Et puis, plus tard, j'ai eu le plaisir d'évoluer sur scène et sur des plateaux de télévision avec beaucoup d'artistes.

En 1964, vous gagnez le Festival de San Remo et l'Eurovision avec « Non ho l'età ». Quels souvenirs gardez-vous de cette époque?

C'était à Copenhague... J'avais déjà fait mes premiers voyages à l'étranger, et notamment à Paris. Je me souviens d'être arrivée avec mon père à la gare de Lyon, on avait pris les wagons-lits. J'avais participé à « Âge Tendre et Tête de Bois » avec Albert Raisner. Et après, je suis allée pour la première fois dans un autre pays étranger, le Danemark. Il y avait en tout cas la présence de la France. Je me souviens que Lucien Morisse, qui était à Europe 1, était là-bas. Il m'a dit quelque chose à propos de mon succès, je ne me rappelle plus vraiment quoi exactement mais ça m'avait fait plaisir. L'Eurovision, à l'époque, c'était une occasion formidable pour s'ouvrir au monde entier. Il y avait des artistes et des gens qui venaient d'autres pays et donc, je commençais à comprendre la nécessité de chanter dans plusieurs langues. Nous sommes tous égaux et ça rend les choses plus faciles.

En 1974, vous représentez une nouvelle fois l'Italie à l'Eurovision, cette fois-ci à Brighton au Royaume-Uni, avec « Si ». Là, vous terminez en deuxième position...

Oui, juste derrière Abba!! (rires) C'était dix ans après « Non ho l'età ». J'y ai fait la connaissance d'Olivia Newton-John qui représentait son pays. C'était une bonne année quand on y pense parce qu'il y a pas mal d'artistes de cette année qui sont devenus de plus en plus importants. Et puis, j'ai présenté aussi le spectacle en 1991 aux côtés de Toto Cutugno...

Quel regard jetez-vous sur l'Eurovision de ces années-là?

Je trouve que l'Eurovision, l'Euro Festival, est quelque chose qui a beaucoup compté pour l'Europe. L'Europe avait été anticipée et existait déjà, mais l'Eurovision a aidé à sa concrétisation. C'est une petite chose, mais qui a été très important pour l'Europe. En tout cas, je le vois comme ça et je le pense.

Et aujourd'hui? Jetez-vous toujours un œil sur le concours?

En Italie, on ne l'a plus suivi depuis de nombreuses années parce que les Italiens ont le Festival de San Remo dans leur tête et... il n'y a pas la place pour d'autres festivals! Donc, je n'ai plus trop regardé l'Eurovision ces dernières années.

Sur la tournée d'Âge Tendre, vous chantez également « L'Orage », qui reçoit un beau succès. Dans quelles circonstances est-elle née cette chanson?

Ce sont des auteurs qui avaient déjà écrits de nombreux succès pour moi qui ont écrit cette chanson pour le festival de San Remo de 1969. J'ai trouvé la musique très élégante dans sa simplicité et dans sa gaieté. C'est un titre très international.

Vous défendiez le titre avec France Gall au festival de San Remo en 1969. L'avez-vous revue par après? Avez-vous gardé un contact?

Oui, nous l'avons présentée en groupe. Nous n'avons malheureusement pas gardé le contact avec France. Mais je garde un excellent souvenir de cette aventure. Elle était vraiment très gentille et très jolie...

Nous venons d'évoquer « Non ho l'età » et « L'Orage » que vous chantez sur la tournée Âge Tendre. Vous chantez également « Douce France » de Charles Trenet. Vous m'avez dit tout à l'heure que vous l'aviez écouté quand vous étiez enfant, mais l'avez-vous connu?

Oui. Il y a d'ailleurs des images qu'on peut voir sur youtube sur lesquelles je chante « Douce France » avec lui. Il était au piano et il me donnait la tonalité... J'ai chanté un petit bout de « Douce France » avec lui. J'aime beaucoup cette video. Je l'ai encore regardée récemment. C'était vraiment le père noble de la chanson française, Charles Trenet.

L'avez-vous un peu côtoyé?

Je ne l'ai pas fréquenté dans la vie, mais nous nous sommes rencontrés plusieurs fois sur des plateaux de télévision. C'était un homme délicieux. Très gentil. Très aimable. Absolument à l'aise avec tout le monde. Et d'ailleurs, il mettait à l'aise les gens avec qui il conversait. J'étais très à l'aise avec lui.

Vous chantez également « Yesterday » des Beatles et, plus étonnant, « La Marseillaise »...

En fait, je termine le concert que je donne actuellement en Italie avec cette chanson. C'est un spectacle que je donne dans les théâtres avec un grand orchestre classique. Il y a 45 musiciens sur le plateau. Le directeur de cet orchestre a revu mon répertoire sous cet angle classique. Et dans le tour de chant, il y a des chansons qui sortent un peu du registre dans lequel on m'attend. Ainsi, je chante  « L'Âme des Poètes » de Trenet. En fait, je chante en anglais, en espagnol, en italien et en français. Il y a beaucoup de chansons, le concert dure à peu près deux heures. Et donc, je termine ce spectacle avec « La Marseillaise ». Le public italien aime ça. Il aime beaucoup la chanson française, c'est une chose, mais il aime aussi et surtout la signification de « La Marseillaise ». Ce n'est pas une chanson comme les autres. C'est quelque chose qui est lié à l'idée de la modernité et de la vie démocratique. Et surtout, quand on chante « La Marseillaise », on n'a peur de rien. C'est ça que j'aime. C'est l'esprit de cette chanson. Il y a aussi l'orgueil d'être citoyen qui ressort.

Envisagez-vous de venir jouer ce spectacle en France? Peut-être dans une formule allégée...

Je le voudrais de tout mon cœur. Mais amener ce spectacle en France me paraît vraiment trop difficile. Vous savez, c'est déjà difficile en Italie, donc, imaginez-vous en France !!... (rires) Mais on verra... très honnêtement, on est en train d'étudier une formule un peu plus légère comme vous dites, avec un orchestre plus petit, donc le spectacle serait plus transportable. Mais ce n'est pas la même chose...

Vous qui chantez deux heures d'affilée quand vous donnez un concert, comment vivez-vous le fait de ne chanter qu'une vingtaine de minutes sur la tournée « Âge Tendre »?

Vous savez, avec ce public, ce n'est pas difficile. C'est une fête. Et c'est une fête qu'il faut partager avec les autres artistes et avec le public. Donc, quand on accepte le jeu, tout est possible. C'est en tout cas une belle expérience que j'aime beaucoup. J'aime beaucoup être avec d’autres artistes... surtout les artistes français! Tiens, il faut que je vous raconte une anecdote... Il y a eu à l'époque, quand j'étais en France une grève des artistes français, surtout des acteurs, qui se battaient pour le droit des interprètes. Et moi, j'avais été engagée par la télévision française. L'attaché de presse de ma maison de disques en France était furieux après moi parce que j'avais accepté de faire la grève avec les artistes français. Je suis donc partie sans chanter... Il m'a dit « Mais tu es italienne! Qu'est-ce que ça peut te faire? Tu n'es pas une artiste française... » Et je lui ai répondu « Mais je suis dans leur maison, je chante dans leur pays... Et si quelqu'un venait dans mon pays et chantait alors que nous sommes en grève, ça ne me semblerait pas correct! » Comme vous le voyez, je me sens de la famille des artistes français...

Je ne sais pas si vous avez en Italie comme chez nous en France de nombreux télé-crochets comme « The Voice », « Nouvelle Star », « Star Academy », « Popstars », etc...

Oui, on a aussi des « talent shows ». « The Voice », « X Factor ».

Vous a-t-on demandé d'intégrer l'un ou l'autre jury?

Non. On ne me l'a jamais demandé... mais je ne sais pas si j'accepterais... En y réfléchissant, je pense que je ne le ferais pas parce que je n'aime pas vraiment ça...

Avez-vous en projet d'enregistrer prochainement un nouvel album?

Je voudrais enregistrer un live de ce concert dont je vous ai parlé tout à l'heure avec cet orchestre de 45 musiciens. Mais je pense que ça prendra encore un peu de temps...

Donc, un enregistrement live, pas d'album studio en perspective?

Non, pas pour l'instant. Peut-être plus tard.

Propos recueillis par IdolesMag le 7 juin 2013.
Photos : DR









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