Interview de Shaggy Dogs

Propos recueillis par IdolesMag.com le 12/07/2013.
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Shaggy Dogs © Yann Charles

Les Shaggy Dogs ont publié leur nouvel album, « Renegade Party » en mai dernier. Ne voulant absolument pas mettre une étiquette sur leur musique, les membres de Shaggy Dogs la définisse comme étant de la « Fiesta Blues'n'Roll ». Nous avons été à la rencontre de Toma (Thomas Planque), le bassiste du groupe, qui nous expliquera en quoi cela consiste. Il ne manquera pas de nous parler longuement de ce nouvel opus et de nous raconter comment les chiens hirsutes se sont lancés dans cette aventure musicale à la fin des années 90...

IdolesMag : Dans quelles circonstances vous êtes-vous tous rencontrés?

Toma, bassiste de Shaggy Dogs : à l'origine du groupe, il y a Jacker, le guitariste, et Red, le chanteur. Ils ont fondé le groupe il y a de cela presque 15 ans maintenant. Ils voulaient faire un groupe de pub rock, cette musique de Rythm'n'Blues électrisée qui est apparue en Angleterre au milieu des années 70. Là-dessus, le premier batteur, Papy, est venu se greffer, ainsi qu’Eric, le bassiste qui quittera le groupe quelques temps plus tard, après la sortie d'une première compilation en hommage à Lee Brilleaux. Par la suite, il deviendra l'ingénieur du son attitré du groupe. Ensuite, moi Toma, j'arrive à la basse et il y a eu toute une série de batteurs jusqu'à il y a trois ans où Guillermo a intégré le groupe. Et avec qui ça se passe super bien. Les quatre larrons de la bande sont ainsi réunis!

Avez-vous tous les quatre la même culture musicale?

Jacker, il adore le rockabilly. Red et moi, en tout cas à l'adolescence, on a énormément écouté de hard rock et de musique seventies. Guillermo, lui, vient vraiment du blues. Mais franchement, on a tous tendance à écouter un peu de tout. Ça va du Jazz au Rythm'n'Blues en passant par le Métal extrême. Ça dépend plus des humeurs que d'autre chose... (rires)

Vous, depuis quand jouez-vous de la basse?

J'ai démarré au collège... parce que la musique, c'était bien pour les filles! (rires) Je crois qu'il y a beaucoup de vocations qui naissent comme ça.

Qu'est-ce qui vous a attiré dans cet instrument plutôt qu'un autre?

Je pense qu'au départ, c'était parce qu'il manquait un bassiste dans le groupe que je voulais monter avec mes potes. Et c'est vrai aussi que quand on est ado, il y a beaucoup plus de chanteurs autoproclamés ou de guitaristes potentiels. Les bassistes, on en voit moins et c'est peut-être pour cette raison que je me suis mis à cet instrument.

Quel est, dans les grandes lignes, votre parcours avant d'intégrer Shaggy Dogs?

J'ai fait des groupes de collège et des groupes de lycée, évidemment. Après, pendant très très longtemps je suis resté dans une formation qui faisait du Rythm'n'Blues avec une section cuivres. Ensuite, j'ai joué dans un groupe punk/seventies pendant un certain temps. Et après, j'ai intégré les Shaggy Dogs et ça me va très bien! (rires)

Comment le nom du groupe a-t-il été choisi?

À la base, c'est une expression anglaise, « shaggy dogs story », qu'on utilise pour parler d'« histoires à dormir debout ». Il se trouve que sans le savoir, un groupe avait déjà ce nom. Mais il n'existe plus depuis. Et puis, il y avait Little Bob avec son groupe « Little Bob Story ». Donc, on a raccourci tout ça pour que ce soit un peu plus identifiable et c'est devenu « Shaggy Dogs », les chiens hirsutes.

Quand on vous demande quel est votre style de musique, vous aimez répondre que c'est de la « Fiesta Blues'n'Roll ». Que faut-il comprendre là-dedans?

C'est une espèce de mélange sur lequel on a un peu de mal à mettre une étiquette. C'est un mélange de Blues, de Rock, de Rythm'n'Blues, parfois de Garage sixties. Et ça rend la chose plaisante pour nous et pour le public, j'espère… mais pas forcément identifiable. Donc, on a mis notre propre étiquette.

Dès le départ du groupe, avez-vous eu cette idée de ne pas avoir d'étiquette justement? Ou bien est-ce que ça s'est dessiné au fil du temps?

Ça s'est dessiné au fur et à mesure des compositions. Historiquement, sur notre premier album, il n'y a que des reprises, que des standards. On adorait jouer des standards et très franchement, on ne se voyait pas vraiment faire nos propres compos parce que c'est difficile à faire et on n'avait pas forcément cette ambition. Avec le temps, on a commencé à essayer d'écrire des textes et composer des musiques... On a aussi fait participer beaucoup de gens différents pour les textes. Et puis après, au fil des albums, tout ça s'est affiné. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, on bosse nos musiques et on confie la littérature à notre ami Laurent Bourdier, qui est le biographe de Stephen King et qui nous fait des textes depuis deux albums.

Shaggy Dogs © William Alix

Lui soufflez-vous tout de même parfois certaines idées ou bien le laissez-vous dans son coin vous concocter les textes?

En fait, il ne nous casse pas les pieds pour la musique et... on ne l'embête pas pour les paroles! (rires) Après, généralement, c'est un travail commun. Toutes les idées sont bonnes. Et s'il y a quelqu'un qui pense qu'il faut aller dans telle ou telle autre direction, il est écouté, bien sûr...

Toutes ces reprises que vous avez faites au départ vous ont-elles permis finalement de trouver votre propre identité?

À mon sens, dans toutes les disciplines artistiques, c'est un peu la même chose. Si on prend la peinture, par exemple, on commence souvent par faire des copies. C'est la même chose dans tous les domaines. Avant de pouvoir s'exprimer, il faut maîtriser les codes. Et c'est à ce moment-là qu'on peut les adapter, les modifier et éventuellement les casser. Je pense que c'est un peu le chemin obligé. Et en plus, c'est plaisant...

Comment bossez-vous tous ensemble?

On peut aussi bien partir d'un rythme de batterie que d'un riff de guitare ou d'une idée de mélodie. Il n'y a absolument pas de règle. Au départ, c'est vrai que c'était plutôt la guitare qui arrivait en premier et on travaillait à partir de ça. Aujourd'hui, on s'est naturellement affranchis de ça parce que ça permet aussi d'ouvrir les horizons musicaux. Quand on a toujours la même méthode de travail, on finit souvent par faire presque toujours la même chose. Alors qu'en ayant brisé ça volontairement, on est arrivés à faire des morceaux peut-être plus variés.

Vous avez toujours pas mal tourné. Allez-vous rapidement sur scène avec vos nouveaux morceaux?

En général, le morceau tel qu'il est créé au départ n'a vraiment rien à voir avec ce qui va être gravé sur un disque. C'est-à-dire qu'au départ, on fait ce qui nous semble le plus juste au niveau des couplets, des refrains et des ponts. On travaille les intros et la fin du morceau aussi. Et une fois qu'on a mis tout ça en place, on le joue sur scène plusieurs fois. Et on regarde déjà nous comment ça se passe, et la tête des gens. Le morceau reprend une seconde jeunesse après ce premier lifting. Et puis, en général, une fois qu'on a fait tout ça, on l'envoie au producteur qui lui, le réécoute et nous donne d'autres indications. Ce n'est qu'après toutes ces étapes que le morceau peut être enregistré.

C'est vraiment la scène qui donne sa patine au titre.

Oui. Et puis surtout, la scène c'est vraiment un bon moyen pour nettoyer les compositions. Souvent, nous, et on n'est pas les seuls, on a tendance à un peu trop charger la barque quand on compose. Ça va dans tous les sens... C'est un peu comme s'il y avait un peu trop de crème chantilly sur le gâteau. Et la scène permet d'arriver justement à quelque chose de plus efficace, de plus énergique et qui touche directement les gens. Ce n'est pas facile de se débarrasser de quelque chose quand on l'a créé. C'est pour ça qu'il faut faire appel au public et à un producteur.

Vous tournez beaucoup en ce moment. Est-ce que ça a toujours été le cas?

À la sortie du premier album, en 1999, on a fait pas mal de dates. Après, comme on n'avait plus de batteur, on a joué avec beaucoup de gens différents, mais comme le groupe n'était pas stable, c'est devenu rapidement très difficile de mettre en place un répertoire. On cherchait nettement moins de concerts à cette époque. En 2006, quand El Professor est arrivé à la batterie, on a retrouvé une réelle stabilité et c'est d'ailleurs à cette époque qu'on a enregistré le live. Là, tout de suite, on s'est remis à tourner. On a fait énormément de festivals de blues, on est partis au Japon et on a commencé à pas mal tourner dans le Benelux. Depuis, on enchaîne les concerts tout au long de l'année.

Quel accueil vous ont réservé les japonais?

C'était vraiment sympa. On arrivait tout de même comme un groupe très exotique! Il y a quelques milliers de kilomètres entre eux et nous! Mais c'était super. On a eu un excellent accueil, on y a rencontré des gens formidables, des groupes super dans tous les styles, que ce soit du Jazz, du Rockabilly, de la Funk, du Punk... Et des groupes avec un niveau de jeu exceptionnel et une humilité dont on devrait prendre exemple de temps en temps...  (rires)

En parlant de l'étranger, au mois d'octobre, vous allez aller jouer en Inde.

Non, on ne part plus en Inde malheureusement. C'est vraiment la mauvaise nouvelle du mois. Ce concert en Inde est annulé. On devait partir au festival de Kampur. Mais on a d'autres projets dans la sacoche, et notamment au mois de janvier en Angleterre sur un gros festival. Mais on en parlera dès qu'on aura plus de précisions.

Shaggy Dogs, Renegade PartyVenons-en à ce nouvel album, « Renegade Party ». Quand a-t-il commencé à prendre réellement forme?

La gestation d'un album, c'est 18 mois. Comme il est sorti en mai, il faut revenir en octobre de l'année d'avant, à peu près.

Quelle signification faut-il voir dans son titre, « Renegade Party »?

[Toma réfléchit] Qu'est-ce que je vais bien pouvoir vous raconter? (rires) Si on décompose le titre, il y a la party. La party, c'est la fiesta, c'est le côté positif de la musique. Après, il y a le renégat... C'est un gars qui se renie... Et ça, c'est un petit peu notre histoire puisqu'il y a pas mal de puristes qui nous considèrent comme les renégats du Blues. Il y a certains ayatollahs à qui on fait dresser les cheveux sur la tête parce qu'ils ne comprennent pas pourquoi on revendique le Blues dans nos influences. Ils nous voient plutôt dans le Rock ou je ne sais quel autre mouvement d'ailleurs. Donc, le côté renégat, c'est la personne qui vient d'un endroit et qui finalement ne trouve jamais sa place là où elle est... Et c'est peut-être pour ça qu'on a appelé le disque « Renegade Party », parce que finalement c'est un peu ce qu'on fait, nous, dans la musique...

L'album est plein d'énergie. A-t-il été enregistré dans les conditions du live ou à peu près ou pas du tout?

Oui, il a été enregistré en live. Alors, évidemment, après, il y a des instruments comme le piano ou la guitare slide qui ont été enregistrés après, mais sinon, oui, tout a été enregistré en live.

Était-ce important ?

Ah oui, parce que si on enregistre les instruments les uns après les autres, on n'aura jamais le même impact au niveau du son. C'est impossible. On peut faire des choses beaucoup plus propres, mais beaucoup moins énergiques. C'est très important de jouer ensemble.

N'est-ce pas difficile de vous retrouver en studio après avoir joué les titres sur scène?

Non... C'est là que réside tout le travail du producteur. C'est lui qui arrive à faire la transition entre nos idées originales et le rendu final. Lui, il a tout ça dans la tête. Il sait comment ça va sonner, ou en tout cas, il l'imagine, alors que nous, on l'ignore complètement.

Quels thèmes abordez-vous dans ces nouvelles chansons? J'ai l'impression que c'est plus « sociétal » que de par le passé...

Vous avez raison. On va dire que sur cette cuvée, c'est plutôt social. C'est certainement dû à la conjoncture. C'est aussi le message qu'on a voulu faire passer à travers la pochette. Il va y avoir des chansons vraiment Rock'n'Roll où ça va parler de la musique et des filles. Et puis à côté, on évoque des sujets plus sensibles comme les homeless, la difficulté de vivre aujourd'hui ou les questions qu'on peut se poser quant à l'avenir de nos enfants... On ne s'interdit rien au niveau des thèmes. C'est toujours une question d'envie et d'air du temps. On parle des choses dont on a envie de parler, en fonction de notre humeur.

Vous m'avez touché un mot de la pochette tout à l'heure. Un super travail graphique a été réalisé dessus, ainsi que sur le digipack et le livret. Était-ce quelque chose d'essentiel à vos yeux, de proposer un bel objet?

Ah oui! En fait, je crois qu'à chaque sortie de disque, on s'est toujours bien pris la tête sur les aspects graphiques et visuels. La première choses, c'est que quand on achète un objet, que ce soit un disque ou un livre, on a envie d'avoir quelque chose d'agréable entre les mains, quel que soit le contenu. En tout cas, moi, c'est la sensation que j'ai et je pense que c'est la même chose pour le public. Donc, ça, c'est la première dimension importante. Et puis, la deuxième, c'est qu'aujourd'hui, la musique a été dématérialisée et c'est important d'avoir un bel objet qui tranche d'avec une pochette en plastique qui va se rayer tout de suite... ou pas de pochette du tout parfois même! Que c'était beau quand on avait des 33 tours il y a quelques années !!... Et c'est pour cette raison que le vinyle revient en force aujourd'hui, parce que l'aspect objet est aussi important que le contenu musical. Et puis, une pochette, ça donne les clés de l'univers d'un groupe. Si on n'a que la musique, il va manquer une partie de l'univers. Là, c'est le deuxième album qu'on fait avec Oncle Red, notre graphiste. Il nous fait aussi les T-Shirts, les autocollants et tout le merchandising qui nous accompagne. C'est vraiment une super association, je trouve.

Vous, aujourd'hui, personnellement comment consommez-vous la musique? En MP3 ou en CD?

Moi, j'achète les disques uniquement dans les concerts quand je vais voir un groupe. Je ne vais plus dans les centres commerciaux et ce genre d'endroits parce que finalement, c'est très mal achalandé. Par contre, quand je vais voir un concert, si le son me plaît, je vais acheter le disque. C'est de cette manière que j'achète de la musique. Sinon, j'écoute tout de même aussi beaucoup de MP3, c'est pratique. Et puis, bien évidemment, j'ai un stock impressionnant de disques à la maison aussi... (rires)

Il y a plein de concerts qui arrivent à la rentrée, avez-vous tout de même déjà commencé à poser les pierres d'un prochain album ou bien est-ce trop tôt?

On ne l'a pas encore fait. Je pense qu'on va s'atteler à ça à partir du mois de septembre. On réattaque les concerts début septembre et là, il va bien falloir se poser la question des nouveaux projets pour 2014 et 2015 parce qu'on est un groupe qui a besoin de projets. Ce qui nous permet d'avancer, ce sont les voyages, les tournées et les disques. Et tout ça, on le prévoit entre un an et dix-huit mois à l'avance. Donc, on va se fixer tout ça à la rentrée, une fois qu'on aura bien décompressé de l'année!

Propos recueillis par IdolesMag le 12 juillet 2013.
Photos : Yann Charles, William Alix
Site web : http://www.shaggy-dogs.com/

 









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