Interview de Flavia Coelho

Propos recueillis par IdolesMag.com le 10/07/2013.
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Flavia Coelho © Roch Armando

Flavia Coelho a publié son premier album, « Bossa Muffin », il y a un peu plus d'un an et demi. Nous avions été séduits par son énergie et son métissage musical plutôt très réussi. Alors qu'elle est aujourd'hui en studio et qu'elle travaille sur un deuxième opus, elle publie un EP, « Bossa Muffin - Remixes et Ineditos » dans lequel quelques grands noms de l'électro ont remixé certains titres de « Bossa Muffin » et lui ont également proposé quelques titres inédits. Nous avons donc été à la rencontre de Flavia afin d'en savoir un peu plus sur ce nouveau projet. Flavia Coelho est actuellement en tournée, si elle passe pas loin de chez vous, ne la loupez pas! Rencontre avec une artiste profondément vibrante et positive.

IdolesMag : « Bossa Muffin » est sorti il y a à peu près un an et demi maintenant. Qu'est-ce qui t'a donné envie de prolonger cette aventure aujourd'hui avec cette nouvelle édition comprenant des remixes et des inédits?

Flavia Coelho : En fait, ma vie est faite de rencontres. Et j'ai eu la grande chance de rencontrer des DJs pendant ma tournée l'année dernière. J'avais déjà fait la connaissance de Tom Fire qui m'avait invitée sur son premier album avec le titre « Mina de Niteroi ». C'était vraiment une bonne expérience. Je me suis beaucoup amusée avec lui. On a eu un super contact. Après, j'ai rencontré tous les autres Djs qu'on retrouve sur cet album, DJ Ordœuvre, DJ Kayalik, Torvatz, qui travaille déjà avec moi et qui réalise mes albums, DJ Leodog qui fait la route avec moi et qui s'amuse à faire de la musique électronique, et Elisa do Brasil. Et donc, à tous ces gens que j'ai rencontrés, j'ai fait écouter mon album et ils aimaient beaucoup ce que j'avais fait. Ils ont eu pour la plupart envie de remixer l'un ou l'autre titre. Mais je me suis dit que je ne pouvais pas m'arrêter là et qu'il fallait que je demande autre chose. Ils ne font pas que des remixes, ils produisent aussi des albums et sont donc dans la production. Donc, là, je leur ai demandé également de nouvelles chansons, de nouvelles mélodies et de nouvelles paroles. Tout ça a donné naissance à cet EP assez généreux, de remixes et d'inédits. Dès que je rencontre des gens qui font de la bonne musique et avec qui le courant passe, je me sens obligée de continuer l'aventure... (rires)

Toutes ces sonorités électro, plus orientées dancefloors, qu'ont-elles apporté, selon toi, à tes chansons?

Beaucoup de choses. Une chanson n'appartient pas qu'à une personne. Chacun peut transformer une chanson en ce qu'il veut, il peut l'emmener ailleurs. Chacun peut apporter sa touch' à une chanson. Je pense notamment à « Bossa bika Nova ». DJ Ordœuvre lui a donné une toute nouvelle instrumentation et il a complètement changé la chanson. Tous les autres aussi, d'ailleurs. Donner une nouvelle vie à une chanson qui existe déjà, c'est magnifique. Ça veut dire qu'il y a encore d'autres personnes qui pourront emmener les chansons ailleurs.

Pourquoi avoir fait le choix de mélanger des inédits avec les remixes et ne pas les avoir fait figurer sur un Ep ou sur ce deuxième album sur lequel tu travailles actuellement?

Parce que ce projet, il faut le prendre plus comme un side project. Moi, ce que je fais vraiment à la base, c'est cette histoire de bossa muffin... ce mélange de ma façon de chanter brésilienne avec d'autres sonorités comme le hip hop ou le raggamuffin. Mais avec ce projet-là, je voulais être détendue de tout le stress qu'on a quand on est en train de faire un album où je ne me mélange pas avec d'autres gens. Donc là, c'est un exercice dans lequel je me suis beaucoup amusée. Je n'ai pas dû réfléchir à tout ce qui est important quand on sort un album. Ce sont des projets qu'on n'a plus vraiment le loisir et la chance de pouvoir réaliser aujourd'hui. Je voulais juste m'amuser. En plus tout a été super vite. On n'est pas revenus des dizaines de fois sur chaque morceau. Donc, il fallait que ça sorte aussi comme ça, dans la foulée. Le deuxième album, ce sera vraiment autre chose... évidemment, il y aura des inspirations de cet Ep parce que j'évolue quand même! (rires) Mais ces inédits qui figurent sur cet EP, comme ils ne venaient pas de moi directement, on a préféré ne pas les mettre sur le deuxième album.

Flavia Coelho © Roch Armando

On sait que les Brésiliens écoutent beaucoup de musique en général... était-ce le cas chez toi? Parce que quand on écoute tes chansons, on se dit que tu as des influences musicales vraiment variées!...

(rires) Ah oui... tu as raison, la musique au Brésil, il y en a partout. Si ce n'est pas dans la maison, c'est dehors dans la rue ou chez le voisin! Tout le monde joue de la musique ou presque. Dans ma famille, il n'y a pas vraiment de musiciens. Mais chez les voisins, bien... Donc, comme la musique est partout, depuis que je suis toute petite, il y a plein de musique à la maison. Mes parents ont toujours aimé écouter de la musique, aller assister à des concerts et découvrir de nouveaux artistes. Ça fait partie de nous... et donc de moi aussi.

Il y a un métissage culturel assez impressionnant dans tes chansons. Était-il déjà présent dans la musique que tu écoutais enfant?

Grave! Le brésil est très grand et très différent d'un état à l'autre. On change les mentalités, on change la façon de s'habiller, on change d'accent... et donc, on change la musique que l'on écoute! Je suis déjà née d'un métissage en fait. Ma mère vient de São Luis do Maranhão, un état du nord du Brésil qui est le pays du reggae. Mon père vient du Céara. J'ai pas mal de famille qui vient du Nordeste. Et moi, je suis née et j'ai passé une partie de ma vie à Rio de Janeiro, avec le carnaval, la carioca, un esprit plus rock, du rap... Donc, déjà, ce métissage musical dont tu parles, il vient de là. Je baigne dedans depuis ma naissance. Et là, je ne te parle que de ce que j'ai pu écouter dans mon pays... Après, j'ai beaucoup voyagé dans le monde et notamment en Europe et j'ai encore découvert d'autres musiques...

Flavia Coelho © Roch Armando

As-tu rapidement voulu devenir chanteuse? Le rêve de beaucoup de petites filles ne se réalise pas toujours...

J'ai commencé à chanter à la maison. Du plus loin dont je me souvienne, je chantais déjà. À l'âge de 14 ans, j'ai décidé de répondre à un casting. C'est une décision que j'ai prise un peu comme ça parce que je chantais, oui... mais je n'étais pas une chanteuse. J'avais très envie de faire ça parce que je savais que le métier d'artiste est un métier de voyage. L'artiste peut partir partout. Moi, depuis que je suis toute petite, ma famille a toujours beaucoup voyagé, elle a beaucoup déménagé dans le pays... donc, c'est resté dans mes habitudes. Et donc, le métier d'artiste m'a toujours attirée. J'avais des envies de voyages et de rencontres. C'est parti de là.

Vers quel âge as-tu commencé à écrire tes chansons?

Beaucoup plus tard! Vers 24/25 ans... En fait, avant, j'étais une chanteuse/interprète quand j'étais au Brésil. Je chantais dans des groupes. J'étais déjà dans le mélange des genres... j'ai chanté de la musique brésilienne, des standards de jazz américain... Mais je chantais des titres que je n'écrivais pas. Écrire mes propres chansons, c'est vraiment venu quand j'ai quitté le Brésil. J'avais 25 ans, j'avais quitté le Brésil pour venir en France. Et là, j'ai commencé à écrire.

Pourquoi es-tu venue en France? Est-ce la vie tout simplement qui t'a guidée, ou bien avais-tu déjà un projet musical en tête à mener à bien en France?

On va dire que la vie a bien joué son rôle... Je suis venue une première fois en 2002 pour faire des concerts avec un groupe brésilien. On faisait une petite tournée en Europe. Et j'ai eu la chance de venir jouer en France. On y était resté deux semaines et pendant ces deux semaines, j'ai été étonnée par la diversité d'artistes qui étaient présents à Paris! Dans un coin, il y avait des Sénégalais, dans un autre des Brésiliens, ailleurs des Américains, dans certains bars on chantait de la chanson française... Tout ça me plaisait bien. Et puis, j'ai adoré la ville. Les gens étaient accueillants. Ça me touchait de voir jouer autant de musiques venues d'ailleurs. Et puis, la ville était très très belle. Au fil du temps, je me suis dit que si un jour j'avais la chance de faire un album, je viendrais le faire en France... Donc, je suis retournée au Brésil. Le temps a passé, et je suis revenue ici en 2006 pour faire un album.

Flavia Coelho © Roch Armando

Pourquoi as-tu ressenti le besoin d'écrire des chansons quand tu es arrivée en France? Tu aurais bien pu continuer à faire des reprises... Quel a été le déclic?

En fait, au départ, ça a été dans le but d'enregistrer un album. Je chantais tout de même depuis un bon bout de temps, depuis l'âge de 14 ans. Et à un moment donné, je me suis dit que certains écrivaient des bouquins et que moi, il fallait que j'écrive mon album... pour le donner à mon père et à la famille. C'était une façon de leur montrer ce que je faisais vraiment. Parce que finalement quand tu fais de la musique ton métier, tout le monde te demande toujours « C'est vraiment bien! Mais qu'est-ce que tu fais à côté? »... (rires) Donc, tant que tu n'as pas un vrai album que tu as écrit toi-même, tu n'as rien à montrer à ceux qui pensent que ce n'est pas un métier sérieux. Au départ, c'était l'idée. Je voulais exprimer tout ce que j'avais appris et tout ce que j'avais écouté, le mettre dans une galette et le montrer à la famille. Je n'avais pas vraiment la prétention de sortir un vrai disque, de partir en tournée derrière et d'avoir un manager et tout ça... ça, pour moi, ça viendrait un peu plus tard, parce qu'on m'avait dit que généralement un premier album ne marchait pas, etc... Donc voilà, quand j'ai été confrontée au fait de devoir écrire, je n'avais aucune expérience là-dedans. Je ne savais pas comment on écrivait une chanson, je ne savais pas me servir d'une guitare. Je me suis mise à jouer de la guitare justement pour pouvoir écrire des chansons. Là, une nouvelle aventure a vraiment commencé. Au lieu d'accoucher d'un album, c'est l'album qui m'a appris à grandir.

Aujourd'hui, écris-tu encore beaucoup?

Ah oui... une fois que la machine a été lancée, impossible de l'arrêter! La maison est remplie de cahiers. Le meilleur exemple, c'est que quand j'ai sorti « Bossa Muffin », on a mis dessus 15 titres. Un Ep est sorti ensuite... Et puis, il y a eu cet EP « Remixes & Ineditos ». Maintenant, l'écriture de paroles, c'est un exercice que je pratique tous les jours. Et j'y prends beaucoup de plaisir.

Flavia Coelho © Roch Armando

Pars-tu plutôt des mots ou d'une mélodie généralement?

Il n'y a pas d'ordre vraiment. J'ai toujours un cahier sur moi et je suis tout le temps en train d'écrire. C'est pareil pour les mélodies. J'écris parfois des choses qui ne vont pas forcément rentrer dans la chanson que je viens de faire. Le mieux, c'est quand les deux viennent ensemble. Ça arrive encore assez souvent, tant mieux! (rires)

Tu as remporté la cinquième édition de la Génération Réservoir en 2011. Quels souvenirs gardes-tu de cette aventure?

La salle de l'Olympia, sans aucun doute! Pour moi, l'objectif principal, c'était de chanter sur la scène de l'Olympia. J'avais déjà tout gagné en me produisant sur cette scène. Il y avait beaucoup de groupes, et je n'avais qu'une obsession : aller en finale. Parce que je voulais mettre mes pieds sur cette scène mythique. Après... j'ai remporté le concours... et c'était encore plus magnifique. Ce jour-là, pour moi, la grande émotion, a été au moment des balances quand j'ai mis pour la première fois de ma vie mon pied sur la scène de l'Olympia...

« Bossa Muffin » est arrivé finalement relativement tard au vu de ton parcours. Le temps t'a-t-il paru long jusqu'à la sortie de ce premier album ou bien est-il arrivé finalement au bon moment? Plus tôt, ça aurait peut-être été trop tôt.

Eh bien, je vais confirmer ce que tu viens de me dire. Parce que ce premier album fait partie de mon évolution en tant que personne et mon évolution musicale aussi. Je venais avec toutes les informations musicales que j'avais pu avoir au Brésil, toutes les expériences de vie, de voyages, de rencontres personnelles... Et après, je suis arrivée en France. Quand on ne parle pas la langue du pays dans lequel on vit, on est comme un enfant dans un pays où on ne comprend pas ce que disent les autres personnes. On ne sait pas vraiment ce qu'ils veulent dire. Donc, on grandit à nouveau. Et cette partie de ma vie m'a aidée aussi à la construction de cet album. Les rencontres avec la musique de l'Afrique, les sonorités de l'Est... tout ça fait que je suis très contente d'avoir attendu pour le sortir.

Flavia Coelho © Roch Armando

De toutes les chansons qui figurent sur « Bossa Muffin », y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu'une autre?

Je suis très attachée à la chanson « Agnes » parce que c'est la première chanson que j'ai écrite. Elle parle d'une tranche de vie de quelqu'un dont je suis très proche. C'est un musicien. Il me racontait justement qu'il avait des problèmes avec sa femme parce qu'il avait dû venir à Paris pour exercer son métier dans la musique. Sa femme est restée au pays, et elle lui demandait constamment de revenir. Il avait beau lui expliquer qu'il était là juste pour faire de la musique, qu'il n'allait pas voir ailleurs, elle ne le comprenait pas trop. Et c'est vrai que c'est quelque chose d'assez difficile parce que tout le monde parle beaucoup de la vie magnifique des artistes, des voyages et tout ça... mais c'est très difficile à vivre pour la famille et les gens qui restent à la maison. Quand il m'a raconté son histoire, le sujet m'a parlé tout de suite. Je vivais ça aussi... la nostalgie, les souvenirs de la vie de famille... On doit parfois quitter les siens pour vivre ses rêves. Et j'ai donc écrit cette première chanson, et j'y suis très attachée.

J'aimerais qu'on évoque un peu ce deuxième album sur lequel tu travailles actuellement. Va-t-il rester dans la veine du premier, ou vas-tu aller taquiner d'autres sonorités et d'autres rythmes?

J'ai toujours été un peu urbaine. Sur le premier album, j'ai plutôt montré un côté un peu plus doux, un peu plus cool, même s'il y a des mots qui sont très forts. Mais sur scène, c'est là qu'explose mon énergie. J'ai eu la chance de beaucoup tourner. De l'année dernière jusqu'au jour d'aujourd'hui, j'ai fait plus de 150 dates. Donc, il y a eu beaucoup d'énergie, et je n'en suis pas encore sortie puisque la tournée continue encore cet été. Donc, ce deuxième album, je pense qu'il va aller un peu dans ce sens-là. Il va être un peu plus urbain, je pense... Mais on verra! Moi, de toute façon, mon objectif principal, c'est comme sur le premier album : m'amuser et faire de la musique que je peux danser. Tout part de moi. Je ne suis pas dans la vibe des gens qui disent que comme je suis brésilienne, je dois faire de la musique qui vient du Brésil. Je ne pourrais pas faire que de la bossa ou que de la samba. Idem pour la musique électronique. Même si j'aime bien, je ne pourrais pas faire que ça. J'aime faire de la musique en fonction des influences qui viennent, de ce que j'écoute... Et je pense que finalement, c'est ce qui plaît aux gens parce que je m'amuse tellement que ça s'entend dans mes chansons et dans mes lives. J'aime quand les gens viennent me voir après un spectacle pour me dire qu'ils ont passé un bon moment.

Flavia Coelho © Roch Armando

La scène, c'est un peu l'endroit où tu te sens le mieux...

Oh! Tu sais... je me sens très bien quand je fais de la musique, ici aussi [Flavia était en studio]. Ce sont deux approches de la musique très différentes l'une de l'autre. J'ai fait beaucoup de studio au Brésil aussi et ça m'amuse beaucoup. J'adore la création. Je crois que je fais ce métier pour être en studio et chercher et explorer des sons. J'aime travailler avec d'autres artistes aussi et d'autres chanteurs. Après, la scène, c'est l'endroit où je donne beaucoup de choses et où j'en reçois énormément aussi.

La musique brésilienne est une musique très festive et très joyeuse. Quel regard jettes-tu sur la chanson française qui met plus l'accent sur le texte que sur le rythme et les mélodies finalement?

Les gens sont différents les uns des autres. Les anglais, ils font des musiques très rock et très contestataires. En France, c'est un pays qui aime parler d'amour. Et puis, il y a des groupes comme La Femme que j'aime beaucoup. J'aime quand ça part du cœur. J'aime quand la musique est sincère. J'accepte toutes les façons dont les artistes peuvent s'exprimer. Dès que ça part du cœur... Et puis, tu ne vas pas me contredire... toutes les plus belles chansons d'amour, elles sont françaises, non? (rires)

On est d'accord.

Quand on écoute une chanson d'amour en français, on comprend tout de suite ce qu'elle veut dire même si on ne parle pas le français...

Propos recueillis par IdolesMag le 10 juillet 2013.
Photos : Roch Armando
Facebook : https://www.facebook.com/flaviacoelho.officiel









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