Interview de Phil Barney

Propos recueillis par IdolesMag.com le 13/06/2013.
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Phil Barney - DR

Phil Barney revient discographiquement d’une part sur la compilation « Pop France », pour laquelle il a réenregistré un de ses succès, « Il est parti », sur des arrangements électro, et d’autre part avec un nouvel album (le huitième) de chansons originales, « Au Fil de l’Eau ». Nous avons donc été à la rencontre de Phil afin d’en savoir un peu plus sur ces deux projets. Ce sera également l’occasion d’évoquer sa récente collaboration avec Colonel Reyel et lui demander son avis sur l’évolution de son métier qui en quelques années a été bouleversé. Rencontre avec un auteur/compositeur/interprète que certains ont voulu trop rapidement résumer à cette chanson qui est encore sur toutes les lèvres,  « Un enfant de toi »…

Pop France, 80’s RemixesIdolesMag : Tu as pas mal d'actu en ce moment... J'aimerais dans un premier temps évoquer ce projet de « Pop France » pour lequel tu as réenregistré « Il est parti ». Connais-tu Johann Perrier de MS Project depuis longtemps?

Phil Barney : Oh, je le connais depuis quelques années, pas super longtemps mais un petit moment tout de même. Trois / quatre ans, quelque chose comme ça. En fait, mon épouse est attachée de presse et elle travaille avec lui depuis très longtemps. Elle m'a toujours dit du bien de lui et donc, nous nous sommes rencontrés. C'est quelqu'un de parole, franc et sincère. Et puis, surtout, c'est un vrai musicien.

Quand il t'a proposé de rejoindre le projet « Pop France », as-tu accepté tout de suite?

Oui, j'ai accepté immédiatement parce que l'idée artistique m'a plu tout de suite. Je suis axé sur la musique et le travail artistique. S'il m'avait proposé de faire un énième remix ou une compilation de mes titres années 80, franchement j'aurais dit non. J'en ai un peu ras-le-bol. Je pense que tout le monde a ça chez soi maintenant. Tout le monde a au moins une compile des années 80 chez lui. Donc, ce qui m'a séduit dans sa proposition, c'est que c'était un vrai travail artistique. On repartait avec un réenregistrement de la voix originale avec les artistes originaux qui venaient rechanter l'une de leurs chansons. Et à partir de la mélodie pure, il reconstruisait un arrangement électro. Ça, c'est une première chose qui me plaisait. La deuxième, c'est qu'il tenait compte de l'avis artistique des chanteurs et/ou des compositeurs d'origine concernés. Il n'a rien sorti sans l'aval des artistes qui sont revenus chanter. C'est, et de une, une marque de conscience, et de deux, une marque de respect pour des titres qui ont déjà touchés un public. Il ne s'agissait pas de trahir le travail qui avait été fait dans les années 80, mais bien d'apporter quelque chose de neuf, un plus. Le pitch de départ était vachement bien, et c'est exactement ce qui s'est produit. Certains artistes sont allés enregistrer chez lui, d'autres sont venus enregistrer chez moi. J'ai vraiment collaboré avec lui sur ce projet. En plus, comme j'étais en tournée avec les années 80 à ce moment-là, ça a été encore plus facile de rentrer en contact avec les autres artistes. J'ai donc réuni des gens avec qui je m'entendais bien et avec qui le courant passait bien. Donc voilà, ça a été très fraternel et on s'est bien amusés!

L'idée de reprendre « Il est parti » et pas le sempiternel « Enfant de toi » vient-elle de toi ? De lui?

Je ne voulais surtout pas qu'on refasse un truc en plus, et de surcroît électro, sur « Un enfant de toi ».  Franchement, je n'en voyais pas l'intérêt. Donc, on en a discuté. Et c'est vrai que cette chanson, « Il est parti », avait été arrangée au départ par Thierry Durbet. Il faisait tous les titres de Goldman. On ne peut pas dire qu'il bossait sur de l'électro, mais ça avait un peu déjà ce parfum-là. Je trouvais donc que le tempo de la chanson s'y prêtait plutôt pas mal. Il l’a accéléré un peu et a ajouté différentes choses à lui. Je trouve que c'est pas mal ce qu'il a fait. Et en plus, techniquement, il n'a pas ajouté des effets monstrueux sur la voix pour la tordre dans tous les sens. Il y a des gens à qui ça ne plaisait pas. Donc finalement, on a  gardé l'essence des voix. Par contre, tout ce qui est autour, il a vraiment apporté une belle couleur électro. C'est agréable à l'oreille... en tout cas à la mienne!! (rires)

J'imagine que tu prends toujours beaucoup de plaisir à chanter les « Il est parti » et « Un enfant de toi »... mais à un moment donné, est-ce que ça ne devient pas un peu réducteur? Tu as tout de même sorti sept albums et le huitième arrive très bientôt...

(rires) Je vais même aller plus loin que toi... Ce côté-là, c'est une tête de mort. Je trouve ça assez insupportable. C'est vrai qu'on profite de ça parce qu'on fait plein de spectacles, qu'on se retrouve, qu'on se marre bien tous ensemble... et que c'est rémunérateur, il faut être franc ! Mais en toute honnêteté, je ne regarde pas derrière. Je suis, entre guillemets, « obligé », de chanter mes anciennes chansons parce que je sais que ça fait plaisir aux gens. Mais là, je suis en train d'enregistrer un nouvel album, je suis en concert avec des musiciens qui ont accompagné Véronique Sanson, de vraies pointures. Donc, j'ai déjà des musiciens sur scène, et j'en suis super fier! Après, j'articule mon spectacle autour des anciennes chansons que les gens connaissent, mais plus je rentre de nouvelles chansons ou des chansons qui sont peut-être moins connues et moins dans la couleur de ce que les gens attendent de moi, plus je m'amuse. C'est ce que j'aime faire. Je vais te dire... en tout respect, parce que ce que je vais te dire concerne des gens que je respecte énormément, eh bien, il y en a certains qui sont de supers musiciens, mais qui sont restés sur leur succès. Et c'est vrai qu'ils ont du mal à s'en sortir. Et donc, sur des galas, des gens comme eux, pour meubler font un medley avec des titres d’autres chanteurs ou autres groupes. Et ça, je ne veux pas le faire. Je ne chante que mes chansons. Ce n'est pas pour la Sacem ou ce genre de truc, mais j'ai encore des choses à dire et j'écris des trucs. J'ai plein de chansons... Donc ça me permet d'articuler mon spectacle autour d'anciennes et de nouvelles chansons. C'est le but. Il ne faut pas croire que parce qu'on a fait des tubes dans les années 80, on est restés dans les années 80! On a évolué et dans les instruments, et dans les influences. Aujourd'hui, je serais incapable d'écrire une chanson comme « Un enfant de toi », ou en tout cas, pas de la même façon.

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Et justement, ce huitième album « Au fil de l'eau », quand a-t-il commencé à germer dans ta tête. Je sais que tu écris un peu tout le temps des chansons, mais à un moment, un projet se concrétise ou non.

Je pense que j'avais réuni la somme de chansons nécessaires en 2008... je vais t'expliquer le cheminement. J'avais écrit pas mal de nouvelles chansons en vue de sortir un nouvel album. En 2008, un producteur est venu me voir et m'a dit qu'il souhaitait mettre sur pied une tournée acoustique. Je lui ai dit que ce serait intéressant de sortir également un album acoustique avec un ré-éclairage des chansons de façon tout à fait acoustique. C'était vraiment minimaliste au niveau instruments. Je voulais remplacer les synthés et ce genre d'instruments. Et donc, je voulais accompagner cette tournée acoustique par un album acoustique. J'ai enregistré tout ça en studio et « Acoustic Sessions » est sorti en 2009. On a fait une mini tournée de quelques dates, mais pas beaucoup plus. Ça aurait pu être un peu plus sérieux ce truc... Mais bref, l'album a eu le mérite d'exister. Et il a été arrangé par un musicien camerounais qui s'appelle Félix Sabal-Lecco, qui est un batteur extraordinaire. Il a vraiment éclairé mes titres de façon un peu afro-groove. Même les ballades. Donc, il y a eu un véritable travail, je ne me suis pas ennuyé une seule seconde. Même sur la chanson « Un enfant de toi », que j'ai dû chanter un milliard de fois... j'ai pris du plaisir parce que j'ai vraiment eu l'impression de la redécouvrir. On a remis quelques inédits et d'autres anciennes chansons sur ce disque. Et donc, cet album a fait une parenthèse dans ce projet de nouvel album... J'ai donc continué à écrire des chansons, et je me suis aperçu qu'il y avait des chansons sur le def de 2008, enfin, le def... c'étaient des maquettes, rien n'avait été enregistré définitivement, disons que j'ai viré quelques chansons et que j'en ai ajouté d'autres ! Et là, je l'ai enregistré. Il s'appellera donc « Au fil de l'eau », et il sera composé de 15 chansons originales. Ce sera un album assez homogène avec des choses que j'ai envie de dire depuis longtemps. Il y a des chansons  nouvelles que j'ai écrites très récemment, que je trouvais impératif de mettre dessus. Je les préférais à d'autres. Autant te dire que j'ai écrit 85 chansons pour ce disque... donc, il a fallu faire un choix!! Ça a demandé beaucoup de travail, et le tri a été difficile à faire.

Tu signes la totalité des musiques et bon nombre de paroles. Pour certaines tu as travaillé avec Thierry Sforza, également.

Oui. C'est quelqu'un que j'aime beaucoup parce qu'il a une sensibilité très proche de la mienne. C'est une espèce de gars complètement fou qui est capable d'écrire une comédie musicale, un texte comique et une chanson d'amour en même temps. Il doit avoir plusieurs cerveaux... je ne sais pas du tout comment il fait. En tout cas, j'admire beaucoup le garçon et je l'aime beaucoup en tant qu'être humain. Donc, il est venu à la maison, je lui ai fait écouter des musiques et il a amené ses idées. Il y a des chansons que je n'ai pas du tout retouchées, parce que je les trouvais parfaites. Et parfois, il m'a amené des thèmes que j'ai retravaillés avec lui. Disons que j'ai adapté à ma culture à moi ce qu'il avait fait. Ça a été vraiment intéressant. J'ai donc écrit 70% des textes et par contre, j'ai fait toutes les musiques tout seul. Ce qui est certain, c'est que je recollaborerai avec Thierry parce que c'est quelqu'un que j'aime vraiment beaucoup. Je saurai dans le futur quand je récrirai un album que quand je serai sec, je pourrai faire appel à lui sans problème. Je sais qu'il ne m'emmènera pas dans un truc que je ne pourrai pas assumer ou qui pourrait me gêner.

Quand tu es sec, comme tu dis, que tu n'as pas d'idée, comment le vis-tu?

J'ai très très peur de ces moments-là, et en même temps, quand j'ai terminé d’écrire une chanson, je me dis toujours que c'est la dernière que je vais écrire. Je me dis vraiment que je ne pourrai plus jamais écrire d'autres chansons. Et je le pense réellement. Dans ces cas-là, je m'inquiète sans m'inquiéter. Ça peut mettre 3 jours ou deux mois. Et quand les mots ne viennent pas, je travaille mes mélodies. Je travaille beaucoup ma guitare, je rejoue des guitares sur des morceaux, je travaille l'instrument puisque j'ai la chance d'avoir chez moi un super studio d'enregistrement. Tout ça me permet de mettre à plat des idées. Et d'ailleurs, ce n'est pas toujours forcément pour moi, j'écris pour plein de gens, qu'ils soient dans des registres électro, funk ou dance. Je fais plein de choses en fait. Et de temps en temps, il me vient des idées et je me dis qu'elles me ressemblent, qu’elles me vont. Une fois que j'ai toutes ces bases, je sais ce qui sera pour moi et ce qui ne le sera pas. Donc tu vois, quand je suis sec, je me plonge dans la musique et je crée des mélodies. Ça vient beaucoup plus aisément et facilement.

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Depuis quand écris-tu des chansons? L'enfance? L'adolescence? Jeune adulte?

J'ai dû commencer vers 14/15 ans, quelque chose comme ça. Je parle des textes parce que de la musique, j'en fait depuis que j'ai 8 ans, j'ai fait le Conservatoire. Mais franchement, tout ce que je fais aujourd'hui, je l'ai appris de manière totalement autodidacte. La guitare, les percussions et même l'informatique, j'ai tout appris sur le tas avec des amis. J'ai fait des bals, des cabarets... j'ai fait la route, en fait... Enfin, « la route des vieux »!! (éclats de rires) C'était la vieille école, l'école de la route. Je n'ai pas pris de cours, j'ai une technique vocale qui m'est propre et que je n'ai empruntée à personne. D'ailleurs, ma voix ne ressemble à celle de personne. J'ai cette identité vocale qui m'est précieuse, en tout cas, je le vois comme ça. Je le dis en toute humilité. Disons que j'ai une couleur vocale qu'on reconnaît et c'est important. Sur cette parenthèse... je reviens à ta question! Les chansons que j'ai écrites vers les 14 ans, c'étaient des bluettes... ce sont les chansons qu'on écrit à 14 piges et pour lesquelles tout le monde pleure. Aujourd'hui, ça me paraît un peu désuet, mais ça a commencé comme ça. Après, ça a été des histoires d'adolescent que j'ai eu besoin, à un moment donné, de poser sur papier. Ça a été un exutoire pour moi. J'avais besoin de faire ça, je ne sais pas comment faisaient les autres, mais moi j'avais besoin de coucher sur papier ce que je ressentais. Il me fallait extérioriser toutes ces émotions qui se battaient en moi et que je vivais...

Avec le temps, et après avoir écrit un paquet de chansons, dirais-tu que ce sont les notes ou les mots qui ont le plus de poids?

Je pense que ce sont les mots qui font durer un artiste. En fait, si tu regardes bien, tous les gens qui ont duré, ce qu'on a retenu en premier, ce sont leurs mots. Je pense notamment à des gens comme Brassens, Brel... On se rappellera de leurs textes. Et plus près de nous, des gens comme Cabrel, Goldman, Le Forestier... ce ne sont pas de leurs musiques dont on se souvient en premier. C'est vrai que leurs chansons sont magnifiques, mais il y a une redondance dans la musique qu'on ne retrouve pas dans les textes. Il y a certains textes de Cabrel qui sont purement magnifiques... « Ce soir la femme du torero dormira sur ses deux oreilles », ce sont des mots qui restent en tête. Ce sont des trouvailles énormes. Ou des gens comme Souchon... On ne peut pas dire que c'est un super chanteur ni le roi du groove, mais ses mots... « Passez votre amour à la machine pour voir si les couleurs d’origine peuvent revenir »... C'est terrible! Il y en a mille des chansons comme ça. En tout cas, je fais attention à ce genre de choses.  Et bien entendu, ce qui fait durer, ce sont les textes.

« Au fil de l'eau » parle de ton fils quand il est rentré pour la première fois à l'école... Pourquoi est-ce cette chanson qui a donné son titre à l'album. A-t-elle plus d'importance à tes yeux?

Oui, je pense. C'est une échéance dans la vie d'un être humain, c'est le premier pas dans la vraie vie.  On garde son gosse, on le couve et on fait super attention à lui pendant les deux premières années et quelques et un jour, on le pousse sur un radeau sur la mer et on lui dit « maintenant, il va falloir que tu te débrouilles ». Et dans ses yeux, on voit toute la détresse du monde... « Qu'est-ce que j'ai bien pu faire pour que tu me fasses ça? »... C'est son premier voyage et il va falloir qu'il se débrouille tout seul. Mon fils, comme pour tout le monde je pense, a pris une grande place dans ma vie et ce moment-là est un moment clé que j'ai vécu avec lui. Et en même temps, aujourd'hui, à mon âge, j'ai encore plein d'espoir. J'ai encore 15 ans dans ma tête! J’ai quand même un peu de recul et je sais comment ça se passe dans ce métier, donc, je me dis musicalement « à chaque jour suffit sa peine ». J'ai une mission du réveil jusqu'au moment où je me couche et donc, je vais aussi un peu « Au fil de l'eau ». Je trouvais que ce titre collait bien aussi à mon état d'esprit, à cette image de pousser un être humain sur un radeau... « Maintenant, il va falloir que tu te débrouilles ». On ne peut pas tout le temps tenir la main de nos enfants, ni les défendre ou les protéger, à un moment donné, il faut qu'ils y aillent. Et c'est un peu comme dans la vie...

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Quels thèmes abordes-tu dans les autres chansons?

Il y a pas mal de trucs dans cet album... Il y a notamment une chanson qui s'appelle « Une vie de voyage » où je m'aperçois que tout ce que j'ai fait, toutes les aventures que j'ai vécues, tous les souvenirs se sont mis dans mes crayons et que je les ai mis dans mes chansons. Je me dis que si les gens connaissent au moins un de mes titres, c'est plutôt bien... Plus tard, ils se rappelleront de la chanson. Il y a donc ce thème-là, mais aussi des chansons qui tournent autour des grands sentiments et de l'amitié, des relations entre les gens, les souvenirs... Je crois que ce sont un peu des thèmes universels et c'est juste une façon de les éclairer qui m'est propre. Je n'ai pas la poésie d'un Souchon ou d'un Cabrel, mais je raconte des histoires que les gens peuvent attraper n'importe quand dans la rue du moment où ça les concerne...

C'est peut-être le plus difficile finalement d'être simple dans une chanson.

Tu sais, je dis toujours que je suis un primate moyen, un singe qui descend de l'arbre. J'écris comme je pense. Je ne fais pas de licence poétique. J'ai écouté le dernier album de Maxime Le Forestier, et je me suis dit que c'était un véritable auteur et un poète. Moi, je ne sais pas faire ça. Je fais avec mes moyens, comme un peu tout le monde. Et c'est vrai que ça ressemble à plein de gens et que ça touche des gens comme toi et moi.

Une tournée s'articule-t-elle autour de ce cet album?

Le problème c'est que l'album a pris du retard et que les dates, il faut les réserver un an à l'avance. Là, on va faire un concert au Petit Journal à la sortie de l'album et puis, une tournée en France dans des petites salles. Quand on fait la tournée des années 80, on chante dans des salles de 6/7/8000 personnes, voire plus de temps en temps... Moi, je sais très bien que tout seul je ne pourrai pas remplir des Zénith ou Bercy, mais par contre, je peux remplir des petites salles qui sont plus proches de moi, entre 400 et 800 places. On va donc monter une petite tournée qui va supporter l'album, bien évidemment parce que je ne pense qu'à ça ! Si je pouvais jouer sur scène avec des musiciens tout le temps, je le ferais... Jouer sur bande, ça me saoule.

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Tu me disais tout à l'heure que tu étais très conscient de comment ça se passait dans ton métier... quel regard jettes-tu justement sur son évolution?

Ce que je dis, c'est que les maisons de disques ne servent plus à rien du tout. Ce sont des escrocs notoires qui n'ont fait que pourrir le métier. Ce sont ces gens-là qui ont fabriqué le poison qui nous tue aujourd'hui. Toutes les grosses compagnies sont celles qui ont fabriqué les copieurs et ce genre de choses... Ce sont des gens qui ne sont plus du tout starter. Aujourd'hui, on ne laisse plus le temps à un artiste de livrer ce qu'il a au fond de son cœur. Aujourd'hui, on ne peut plus prendre quatre ou cinq ans pour écrire un album. Et il faut, je pense à peu près ce temps-là pour proposer quelque chose de bien, à moins d'être un génie. Et puis, si on n'a pas vendu deux semi-remorques de CD en trois semaines, on considère que ton album est mort. Alors qu'ils ont dû investir au moins trois francs cinquante... puisqu'aujourd'hui tout le monde a à peu près sa structure, on n'est plus obligés de dépenser des milliards pour enregistrer quelque chose. Donc, ça ne permet pas de faire, je dis n'importe quoi, un album avec un quatuor à cordes, avec des musiciens qu'on a ciblés, un voyage aux États-Unis avec un réalisateur américain qui va donner la couleur que tu veux... Ils n'en ont rien à cirer, ils ne veulent rien savoir. En plus ces gens-là, au niveau de la diffusion, ne sont plus les maîtres. Aujourd'hui, si on ne passe pas sur un gros réseau comme NRJ, on est cuit.  Donc, ces gens-là devraient disparaître. Même au niveau de la distrib, ils n'ont pas les bras aussi longs qu'avant. Je vois Christophe Willem, qui est un super chanteur que j'aime beaucoup, il a suffi qu'il fasse un album un tout petit peu moins bien, ou en tout cas un peu différent parce qu'il avait envie de montrer une autre facette, pour qu'on dise que ça ne marchait plus... Je vais encore te citer un exemple que je connais bien, Colonel Reyel. Je lui ai écrit une chanson. Il a fait un buzz pas croyable sur son premier album. Sur le deuxième, un titre n'a pas marché, et hop, on l'a mis au rencard et on lui a rendu son contrat. C'est le non-respect total de la création artistique. En plus, sur un môme de 20 ans, ça a des conséquences terribles. Maintenant, on ne voit plus que par des émissions de télé-réalité, même musicales. Quand on regarde « The Voice » ou « Nouvelle Star », on voit des gens plein de talent qui ne demandent qu'une chose : qu'on s'en occupe. Mais qui se souvient du deuxième ou du troisième? Alors que ces gens-là avaient des choses à dire. Aujourd'hui, on se sert clairement de ces artistes-là pour vendre de la pub. On leur a fait croire qu'ils étaient devenus des stars et du jour au lendemain, on les fout à la rue. C'est le regard que je pose... Aujourd'hui, j'écris mes chansons à la guitare et au piano et j'enregistre dans mon petit studio. Quand j'ai assez de chansons, j'essaye de trouver un peu de sous pour produire le disque. Et je le vends sur mes galas, puisque je fais encore énormément de dates chaque année et que les gens viennent me voir... En fait, le métier est devenu très difficile. Pour les radio, tu es une star le lundi et un ringard le mardi... et le vendredi, tu es devenu tellement ringard, que tu redeviens intéressant!... Je schématise à peine! Je pense à un artiste comme Dave qui est vraiment un super chanteur. Il était ringard de chez ringard, et après, il était devenu tellement ringard qu'il en est devenu kitch. Et il a été tellement kitch qu'il en est devenu branché. Et aujourd'hui, on le remet à toutes les sauces. Je trouve ça triste finalement parce que c'est un artiste super et un mec qui avance. Sa seule démarche, c'est d'aller sur scène, toujours et encore, rencontrer le public. C'est ce que je fais. Et les gens viennent parce que les gens n'ont pas besoin de t'entendre à la radio pour venir te voir en spectacle. Je joue aujourd'hui cette carte-là. Et force est de constater que ça fonctionne... En tout cas, pour le moment.

Tu me parles de ventes de disques. Toi, aujourd'hui, comment consommes-tu la musique? Tu vas sur Itunes ou dans les magasins?

Je fais les deux. En général, je télécharge et j'écoute quelques extraits sur iTunes. Et si ça me plaît, je vais acheter le disque. Bon... si c'est un album de Clapton ou des Stones, je n'écoute pas avant, j'achète tout de suite!! Tu sais, j'ai ici 4500 CDs et un peu plus de vinyles puisque j'ai été DJ pendant une dizaine d'années. J'ai tout numérisé et mis sur Mac. J'ai tout à la fois dans mon IPod et en physique à la maison. Il faut vivre avec son temps... et l'IPod est plus facile à transporter que la chaîne Hi-Fi!! Mais avant d'écouter ces titres sur mon IPod, j'ai bien entendu lu les crédits de l'album, vu qui l'avait réalisé, où il avait été enregistré, regardé la pochette...

Le visuel reste important, quoiqu'on en dise. C'est aussi une façon de découvrir un disque.

Ouais! Je suis un consommateur de base au départ. Après, je suis aussi musicien, donc, j'ai tendance à décortiquer un peu tout ce qui se passe, qui a fait quoi, etc...

Sur les plateformes de téléchargement, on peut acheter uniquement l'un ou l'autre titre d'un album. Est-ce que ça te chiffonne qu'on puise piocher des titres sur un disque de cette manière?

Oui et non... En même temps, je me dis qu'il faut fonctionner avec les armes qu'on a. s'il n'y a que quelques chansons qui plaisent, je me dis pourquoi pas ne vendre que celles-là? Et en même temps, je dis qu'un album, c'est un concept, c'est une tranche de vie, c'est un truc dans lequel on a mis plein de choses. Et il y a des chansons dont on sait bien qu'elles ne seront jamais un single, encore que, on ne sait jamais!, mais elles font partie de cette tranche de vie. Donc, si vous voulez savoir ce que j'ai eu envie de dire, si vous m'aimez assez pour écouter mes nouvelles chansons, ça peut être bien de les découvrir toutes... Mais bon, si certains se contentent d'une seule chanson, tant pis, ce n'est pas bien grave... Je suis assez open sur tout ça, j'ai l'esprit assez ouvert. Je ne veux pas avoir des réflexions de vieux « Non, tu touches pas à mon album, tu le prends comme ça ou pas du tout. Et puis après tu lis où je l'ai enregistré et avec qui... » (rires) Ce n'est pas mon genre!! Non! Si les gens m'aiment bien, je pense qu'ils le feront de manière spontanée, sinon tant pis. Je parle souvent avec des mômes de 20 ans qui écoutent beaucoup de musique urbaine, que j'écoute beaucoup aussi et que j'adore, et qui me disent qu'ils ont bien aimé telle ou telle chanson, qui n'est pas celle que tout le monde connaît. Je trouve ça sympa parce que je me dis que quelqu'un avec qui j'ai une génération d'écart a eu l'envie d'écouter ce que je faisais et y a trouvé quelque chose qui lui a plu.

Ce sont tout de même parfois (et même souvent) ces chansons dont tu parles qui ne deviendront jamais des hits qui trouvent toute leur importance quelques années après quand on les réécoute...

Là, je te rejoints totalement. Il y a des choses qu'on réécoute quelques années après. Sur le coup, on n'avait pas fait gaffe, mais qu'est-ce qu'elles sont bien parfois ces chansons au bout du couloir à gauche... Ce sont elles qui nous renversent à un moment donné.

Propos recueillis par IdolesMag le 13 juin 2013.
Photos : DR
Site web : http://www.philbarney.com









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