Interview de La Maison Quitientchaud

Propos recueillis par IdolesMag.com le 19/06/2013.
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La Maison Quitientchaud, Chaud Dedans

La Maison Quitientchaud a sorti le 24 juin un troisième album, « Chaud Dedans », plutôt très bien ficelé, servi avec sincérité et bien entendu une bonne dose d’humour. Nous avons été à la rencontre d'un de ses membres fondateurs, Hervé Ribeyron, afin de savoir dans quelles circonstances cet album a vu le jour. Il nous expliquera pourquoi ce troisième opus est plus électrique et plus construit que les précédents. Nous ne manquerons pas non plus d'évoquer le parcours déjà riche de « La Maison » et ses projets.

IdolesMag : Avant de parler de ce nouvel album, « Chaud Dedans », qui est dans les bacs le 24 juin, j'aimerais que tu me racontes dans quelles circonstances « La Maison Quitientchaud » a vu le jour...

Hervé Ribeyron de La Maison Quitientchaud : Je suis accordéoniste et on s'est rencontrés avec Stéphane, le chanteur et auteur du groupe, dans des bœufs qui étaient organisés il y a quelques années, en 2005, par des associations qui mettaient ça en place dans notre région. Malheureusement, ça n'existe plus. On avait tous les deux un job, moi j'étais éducateur et lui travaillait aussi de son côté avec des handicapés. Il avait plein de chansons et il avait déjà joué et eu une expérience professionnelle avec un autre groupe. Et il faut savoir que Stéphane est quelqu'un qui écrit régulièrement. Du coup, il y a d'abord eu une histoire d'amitié entre nous et par après, on s'est dit qu'on allait mettre en musique les textes de Stéphane. Moi, à l'époque, j'étais accordéoniste et je bossais aussi le sax. Donc, on s'est mis à bosser à fond tous les deux dans l'idée de faire vivre notre projet de façon professionnelle. On a commencé à monter les chansons et de fil en aiguille, on a commencé à se produire. J'avais l'impression que l'accordéon irait bien avec les textes qu'il écrivait, je lui ai donc soumis l'idée. Là, j'ai récupéré un accordéon et on a monté les morceaux avec une guitare et l'accordéon. On a également fait appel à l'époque à Xavier qui était saxophoniste aussi. Je le connaissais un peu et Steph aussi de son côté. Nous avons eu chacun des expériences avec lui de notre côté. On a monté le trio et on s'est dit « pourquoi pas changer de vie et donner une dimension professionnelle à cette histoire qui était naissante? » Du coup, on s'est jetés dans l'aventure et on a commencé à faire nos premiers concerts tous les trois. De fil en aiguille, chaque année on a relevé un nouveau défi, on a accueilli de nouvelles personnes. Et on est six aujourd'hui.

Toi, avant de fonder La Maison, évoluais-tu dans un autre groupe?

Je jouais dans un groupe de musique orientale qui s'appelait, et s'appelle toujours d'ailleurs, « Iznayen ». C'est un groupe de musique orientale métissée. Là, pour le coup, j'étais vraiment en tant que saxophoniste et pas du tout accordéoniste. J'ai jonglé un peu avec les deux formations au début. C'étaient deux univers radicalement différents. Je jouais sur les deux tableaux en fait à l'époque. C'était vraiment très riche.

Avez-vous les uns les autres la même culture musicale et les mêmes influences musicales ou avez-vous des univers bien distincts?

On a tous des univers distincts, mais on a des points communs. Évidemment, Steph qui est le chanteur et le guitariste écoute énormément de chansons. Il a lu plein de bouquins là-dessus. J'ai envie de dire qu'il a tout l'historique de la chanson française chez lui!! (rires) Quant à Pierre-Jean, le batteur, et moi-même, nous avons des influences communes qui sont des influences un peu adolescentes. On a beaucoup écouté Pink Floyd, Radiohead, etc... Personnellement, j'écoute aussi énormément d'autres choses puisque je suis saxophoniste et accordéoniste. J'écoute tout ce qui se passe sur le plan de l'accordéon et du saxophone à l'époque actuelle et tout ce qui a pu se faire dans le passé aussi. Dans La Maison, chacun a vraiment son identité musicale. Et on met cette personnalité au service du projet et au service de la construction des morceaux que nous propose Stéphane.

Justement, comment bossez-vous tous ensemble?

C'est souvent Stéphane qui arrive avec un texte et un bout de grille. Et puis, chacun avec sa propre personnalité et sa propre sensibilité apporte sa couleur au morceau qu'il nous présente.

La Maison Quitientchaud © Jean-Pierre Brun

C'est donc Stéphane qui arrive avec quelque chose de plus ou moins construit et puis, le groupe apporte à cette ébauche sa véritable couleur.

Oui. C'est en tout cas comme ça que ça s'est passé jusqu'ici. On envisage de fonctionner un peu différemment dans le futur, mais jusqu'à aujourd'hui, c'est Stéphane qui est arrivé avec ses textes. Et nous, en fonction de ce que ses mots nous évoquaient, on construisait le morceau autour de ce qu'il avait amené.

Je ne peux pas ne pas te demander comment vous avez choisi le nom du groupe, « La Maison Quitientchaud »...

Alors... Lorsqu'on n'était pas du tout encore dans l'idée de professionnaliser notre projet, Steph travaillait avec des handicapés et moi, j'étais encore éducateur. Il venait de faire l'acquisition d'une maison de bois. Il est passé chez lui avec une des personnes dont il avait la charge et cette personne a dit « Waouw, elle tient chaud ta maison! », au sens « elle est chaleureuse »... Du coup, cette idée de Maison qui tient chaud est restée quand on a commencé à travailler sur les morceaux. À cette époque, on n'avait pas encore de nom de groupe, mais il y avait déjà un esprit. On a trouvé que le concept de Maison qui tient chaud collait bien avec ce qu'on était en train de réaliser. On a donc choisi ce nom-là...

Le groupe s'est d'abord fait essentiellement connaître par la scène. Est-ce que ça vous a permis de développer vos chansons? Vous êtes-vous construits par la scène?

Évidemment. Parce que c'est un métier où il faut s'apprivoiser les uns les autres. Même si on se connaissait, on a fait énormément de scène, et notamment les premières années (+/- 80 dates par an) et c'est vraiment ça qui nous a permis de nous construire. La scène nous a permis de faire connaissance musicalement les uns avec les autres. C'est comme ça qu'on a pris nos repères et qu'on a construit ce qui existe aujourd’hui.

Au jour d'aujourd'hui, allez-vous vite sur scène avec vos nouvelles chansons et nouvelles compos?

Quand même... La volonté qu'on a et l'énergie de travail dans laquelle on est, fait qu'on ne veut surtout pas rentrer dans une routine. Steph est très prolifique en tant qu'auteur et du coup, très régulièrement, il apporte de nouveaux textes. Et donc, très souvent, on apporte des modifications dans le set, ce qui fait que les gens qui nous suivent nous disent que c'est vachement intéressant parce qu'il y a toujours du changement, parce que ce n'est jamais pareil d'une date sur l'autre. C'est vraiment l'optique dans laquelle nous sommes tous. On veut toujours progresser, apporter de la nouveauté, toujours être dans une démarche créative... C'est très important pour nous pour ne pas tomber dans une routine. Quand on fait beaucoup de dates, souvent le spectacle est super calé, et ça, on n'en veut pas...

Quand avez-vous posé les premières pierres de ce troisième album « Chaud Dedans »?

L'objectif qu'on a, c'est de sortir un album tous les deux ans à peu près. Ça correspond à plein de choses. Ça correspond déjà à notre évolution à nous, à notre rythme de création. Et ça correspond aussi à ce qu'attendent les programmateurs. C'est-à-dire qu'il faut avoir une régularité dans ce qu'on propose. Nous, on fonctionne comme ça en tout cas, pour d'autres ce n'est peut-être pas pareil. Donc, tous les deux ans, on s'arrange pour avoir la matière pour pouvoir aller dans une démarche d'album. On se retrouve bien dans ce rythme-là.

Le titre, « Chaud Dedans », à quoi fait-il allusion?

Il faut savoir que ce n'est pas le titre initial de l'album... Cet album était censé sortir plus au moment des élections, et donc, on voulait l'appeler « Votez pour moi ». Pour des questions pratiques, on a évolué un peu, on a signé avec un label et une boîte de distribution, ce qui fait qu'il y a eu un peu de délai. Du coup, le titre « Chaud Dedans » est venu de son contenu, des morceaux. On s'est dit « purée, c'est chaud à l'intérieur... » C'est souvent ce que nous renvoie le public en fait. Donc, on s'est dit que ça correspondait bien à l'album.

L'album est plus électrique et un peu plus musclé que les précédents. Était-ce une volonté de départ ou est-ce que ça s'est dessiné avec le temps?

Il y a un peu des deux. Sur le premier album, « En un seul mot », on était en trio, et la démarche était de se mettre vraiment au service des textes et d'être dans une réalisation acoustique qui ressemblait  à ce que les gens allaient voir sur scène. On a vraiment voulu traduire ce que les gens voyaient sur scène. Sur le deuxième, « Plus t'en as, plus t'en veux », comme il y avait eu l'arrivée du batteur Pierre-Jean, on s'est dit qu'on allait travailler un peu plus sur le fond, qu'on allait faire quelque chose d'un peu différent de ce qui se passait sur scène. Et sur ce troisième, on a vraiment considéré que la démarche de l'album n'était pas du tout la même que la démarche de scène. On a voulu dissocier les deux. Sur le live, il y a la mise en scène et la participation du public. Sur un album, c'est différent. On l'écoute chez soi dans son canapé, on n'entend et on n'attend pas les mêmes choses. Donc, là, pour le coup, on a ajouté beaucoup de choses sur cet album, il y a du clavier, et ce genre de choses... Le fait que l'album soit aussi plus électrique, c'est que le groupe a évolué depuis ses débuts. On est passé par la guitare électrique, il y a une basse et une contrebasse. Et donc, cette évolution du groupe et l'évolution de notre notion de l'album ont fait que cet album est plus électrique. On considère aujourd'hui que l'album doit être différent de ce qui se passe sur scène.

Comment abordez-vous le studio, justement?

Le studio et la scène sont vraiment deux expériences différentes. Et l'expérience du studio, pour nous, est vraiment très forte. Sur le précédent album, on avait travaillé avec une personne très importante qui a produit les albums d'Akosh.S notamment. On était un peu novices là-dedans, et il nous a vraiment orienté sur la notion d'album. « Qu'est-ce qu'un album? », « Il y a une notion d'histoire dedans. Qu'est-ce qu'on peut y mettre? », « Jusqu'où peut-on aller? », etc... Ça a été une expérience particulière qu'on a développée encore plus sur le nouvel album. On a été très très proches pendant quelques mois. On était un peu dans notre bulle, on ne voyait pas trop souvent les familles... On avait vraiment l'idée de la construction de quelque chose, même si on sait bien qu'on ne révolutionne pas la musique. On était en tout cas dans quelque chose de très très intime où on livre de nous-même. C'est un peu un cocon, un univers un peu en vase clos où on est les uns avec les autres. C'est très fort et très intense. Ce n'est pas comme sur scène où on va se lâcher, où il va y avoir de la spontanéité et où on va rigoler avec le public. C'est complètement différent.

La Maison Quitientchaud © Neringa G

De toutes les chansons, y en a-t-il une qui est un peu la clé de voûte de l’opus?

On n'a pas tous le même morceau qui a cette signification-là... Mais je dirais qu'il y a deux chansons très fortes pour nous, « 21x29,7 » et « La routine ». « La routine » est notamment un morceau qui a généré énormément d'émotion en studio. On l'a mis en dernier sur l'album d'ailleurs. Ce sont deux morceaux vraiment intenses. Après, il y a des morceaux qui sont plus « grand public », comme « Chacun son style » qui en général, sur les concerts, est le morceau que le public capte le plus vite. Tout le monde chante rapidement le refrain avec nous. Mais en terme de profondeur, ce qui est important pour nous, il y a les deux titres que je viens de te citer. « 21x29,7 » paraît léger de prime abord, mais il l'est beaucoup moins qu'on ne pourrait le penser.

Comme tu me l’as dit tout à l'heure, vous incorporez régulièrement de nouveaux titres dans votre set. Là, votre troisième album vient à peine de sortir, êtes-vous déjà reparti sur le suivant?

Comme on répète régulièrement, il y a plusieurs types de répètes. Le premier, ce sont des répètes qui nous permettent de roder le spectacle, de le faire tourner. C'est là qu'on regarde ce qu'on va pouvoir faire pour que le prochain spectacle soit encore meilleur. Et puis, il y a le deuxième type de répète. Là, elle est dédiée à la compo de nouveaux morceaux. Donc, on les amène régulièrement sur scène. C'est comme si on avait toujours un temps d'avance. À un moment donné, on sort un album, mais nous, on est déjà dans l'après. Surtout que l'album est terminé depuis quelques mois et qu'avec le calendrier de sortie qui a été modifié, on est déjà dans une démarche de  création de nouveaux morceaux. On est toujours dans cet élan-là qui est super important pour nous. On a peur de tomber dans la routine. C'est d'ailleurs ce qui nous plaît dans ce métier, c'est toujours être dans la création, dans quelque chose de nouveau, on essaye d'apporter de nouvelles choses et de modifier le spectacle quand on le peut. Il ne faut surtout pas que ça devienne routinier...

Il y a parfois des tensions au sein d'un groupe, ce qui est normal. Comment les gérez-vous? Et vous projetez-vous dans un futur plus ou moins lointain, à 5 ou 10 ans?

On ne réfléchit pas comme ça... On parle beaucoup entre nous. Nous nous sommes choisis les uns les autres, et c'est vraiment un luxe de choisir les gens avec lesquels on va travailler, et notamment dans ce métier-là. Ce qu'on fait assez souvent, mais jamais forcément de manière très formelle, c'est qu'on se pose les bonnes questions. Est-ce qu'on est toujours bien dans ce projet? Est-on toujours bien ensemble? C'est ce qui fait aussi notre force, c'est qu'on échange là-dessus. Et comme on est toujours très bien ensemble, on continue. Après, on ne trace pas des plans sur la comète non plus. On ne se dit pas « dans 10 ans, on sera là »... On verra bien! En tout cas, très régulièrement, on fait le point sur ce qu'on vit, comment on le vit et ce qu'on a envie de faire. On se demande aussi si on a envie de continuer la route ensemble. Et c'est le cas. Pour tout te dire, on a eu cette discussion très récemment et on continue. On verra bien où ça nous mènera. Mais en tout cas, on ne fait pas de plan de carrière. Ce qu'on veut avant tout, c'est bien vivre tout ce qui nous arrive et ne pas se faire mal. Parce que c'est un métier dans lequel il y a beaucoup d'intime et d'affect, donc on échange beaucoup à ce sujet-là. On est vraiment une belle équipe, et on est tous contents de s'être choisis mutuellement. On se le dit régulièrement. Du coup, on verra jusqu'où ça ira. Si ça se trouve, à un moment donné, il y en a un qui aura envie de changer de vie, mais ce n'est absolument pas le cas aujourd’hui, on est vraiment bien ensemble et on a envie que ça continue. On verra où ça nous mènera.

Vous avez une relation très saine, en fait.

Oui. Très saine et très riche. On échange beaucoup, on se connaît très bien les uns les autres. Et c'est hyper important...

Propos recueillis par IdolesMag le 19 juin 2013.
Photos : Neringa G, Jean-Pierre Brun
Site web : http://www.lamaisonquitientchaud.com/

 









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