Interview de LeSpark

Propos recueillis par IdolesMag.com le 04/06/2013.
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LeSpark - DR

LeSpark, groupe de rock emmené par Thomas Baignères, Victor Le Dauphin, Julia Jerosme et Antoine Chêne, a publié en fin d’année dernière un premier album plutôt pas mal fichu quasi intégralement chanté en anglais. Conscients que le français les aiderait à toucher le plus grand monde, LeSpark travaille actuellement avec Louis Bertignac sur le deuxième album du groupe. Nous avons rencontré Thomas Baignères, le leader, qui nous expliquera dans quelles circonstances leur premier album a pu voir le jour (alors qu’il était question qu’ils l’enregistrent avec Peter Doherty) et pourquoi ils ont voulu travailler avec Louis Bertignac sur le second. Thomas nous confiera également que le groupe bosse sur un projet parallèle avec Jean Fauque. LeSpark sera en concert au Baron le 8 juillet prochain.

LeSpark - DRIdolesMag : Avant de parler de votre premier album qui vient de sortir et de celui sur lequel vous êtes actuellement en train de plancher, j'aurais aimé en savoir un peu plus sur les débuts du groupe. Dans quelles circonstances vous êtes-vous tous rencontrés?

Thomas Baignères : Avec Victor, le guitariste, on s'est rencontrés par l'intermédiaire d'un ami pianiste qu'on avait en commun. Il m'a dit qu'il allait me ramener un super guitariste pour les répètes. J'ai trouvé ça cool. Victor a donc débarqué et on a fait un blues de Jimi Hendrix. J'ai tout de suite vu qu'il jouait super bien. J'avais rarement vu un mec de cet âge-là... enfin de mon âge! (rires)... qui jouait de cette manière. J'avais vraiment envie de jouer avec un mec comme ça. Il a donc fait partie du groupe assez rapidement après. Antoine, le batteur, c'était un ami de l'ancien bassiste. Pareil, il me l'a présenté en me disant qu'il jouait super bien, et effectivement il jouait super bien. Et Julia, la bassiste, qui nous a rejoints il y a six mois, est devenue indispensable au sein du groupe, est une amie de Antoine. Mais la base du groupe, c'est vraiment ma rencontre avec Victor.

Avez-vous tous les quatre la même culture musicale?

Ouais, en gros. Disons qu'on a un socle commun de groupes des années 60/70 qu'on adore tous. Les Stones, Led Zep, etc... Après, chacun a ses spécificités. Moi, j'aime beaucoup certains chanteurs français comme Christophe. Victor, il aime bien aussi des groupes un peu plus récents... Donc, on a un tronc commun de blues et des années 60/70 et après chacun a ses divergences plus personnelles.

Comment avez-vous choisi le nom du groupe? Au départ, vous vous appeliez « The Spark Shyver ».

C'est ça. En fait, au début, on chantait uniquement en anglais. Après, on s'est mis à écrire en français, donc, on a eu la volonté de garder l'esprit anglais parce qu'on chante toujours en anglais sur scène, et amener un esprit français avec le « Le ». On a voulu aussi raccourcir le nom du groupe, pour être plus concis et arriver à quelque chose que les gens retiennent plus facilement. Quand on s'appelait « The Spark Shyver », les gens ne retenaient pas bien le nom du groupe. Le lendemain, ils l'avaient déjà oublié. LeSpark, ça se retient plus facilement et ça a un impact un peu plus direct.

Comment bossez-vous tous ensemble? Qui amène quoi dans le groupe?

En général, j'écris les textes et les musiques. Ou alors, Victor, le guitariste écrit un morceau. Dans ce cas-là, je vais poser un texte dessus et après on va le jouer avec tout le groupe et chacun va apporter sa partie, basse, batterie. Si l'idée, paroles et musique, vient de moi, Victor va plutôt travailler l'arrangement. Il transforme parfois un peu les titres pour qu'ils puissent être joués en groupe. En général, ce sont ces deux cas de figure. Il peut arriver aussi, même si c'est nettement plus rare, qu'on compose ensemble. On est en répètes tous les quatre, on trouve un truc... et après, je pose un texte dessus. C'est plus rare tout de même, souvent ça vient de Victor ou de moi.

LeSpark - DRDepuis quand écris-tu? L'adolescence ou un peu plus tard?

En fait, avant de me mettre à jouer de la musique, j'ai toujours écrit. Très jeune, j'ai sorti un recueil d'aphorismes qui sont des phrases relativement courtes.  J'ai aussi écrit beaucoup de poèmes, des pièces de théâtre, etc... Comme tu peux le voir, j'ai toujours eu la passion de l'écriture indépendamment de ma passion pour la musique qui est venue après. Donc, aujourd'hui, j'ai toujours cette passion pour l'écriture et je continue à écrire énormément. L'écriture de textes de chansons est un travail relativement différent parce qu'il y a la notion de musicalité qui rentre en compte. On est donc dans un rapport assez différent. Il n'y a pas que le rapport au texte, il va y avoir aussi le rapport à la musique qui va changer vachement la manière dont on écrit. C'est un tout autre art que de rédiger un texte. Tout ça pour te dire que ma passion pour l'écriture vient même avant celle pour la musique.

Quand tu as commencé à écrire des textes de chansons, es-tu directement passé par l'anglais? Est-ce que ça s'est imposé?

Ouais. J'ai démarré en anglais parce que musicalement, ce que j'aimais à l'époque, c'étaient essentiellement des groupes anglais. Donc, ça n'est pas venu naturellement d'écrire en français, du moins au début. C'est uniquement après avoir commencé à me démarquer de mes influences anglaises que j'ai eu envie d'écrire en français. Et aujourd'hui, d'ailleurs, on est en train de travailler sur un album en français. Je pense que c’était la continuité logique du groupe. On a fait ce premier album en anglais, puis finalement, je me suis dit qu'on avait cette barrière de la langue. J'ai donc eu envie de dire des choses plus spontanées et plus personnelles, du coup, l'envie d'essayer le français est arrivée tout naturellement.

Vous vous êtes essentiellement fait connaître par la scène au début. Comment avez-vous appréhendé le studio et le fait de passer au format album? Ce sont deux mondes totalement différents.

L'album, on l'a fait finalement relativement tard par rapport à la période où on a composé les chansons. Donc, on a eu le temps de se mettre dans une optique plus album. Et c'est vrai que ça a été difficile quand on est entrés studio parce qu'on a compris qu'on ne pourrait pas mettre la même énergie que sur la scène et qu'on allait devoir passer par d'autres moyens pour rendre les chansons agréables à écouter. C'est sûr qu'en studio, le rapport à la musique est complètement différent. Je pense que si on avait enregistré cet album plus tôt, on se serait plantés. En prenant le temps, on a réussi à trouver quelque chose qui sonne en studio. On a découvert, plus on avançait dans le studio, que c'était également un endroit génial. Ce qui est bien sur scène, c'est le côté one shot. Tu peux te planter comme tu peux faire un truc super. En studio, ça n'existe pas, on est plus dans la continuité. On peut se permettre d'expérimenter des idées. Du coup, on peut aussi trouver une belle évolution à une chanson à laquelle on n'aurait jamais pensé auparavant. Ce sont deux endroits différents, mais complémentaires et intéressants pour des raisons différentes. Le studio, c'est la recherche et la possibilité d'expérimenter les sons. Et la scène, c'est brut et direct.

Comme tu viens de me le dire, le temps a été long avant de sortir ce premier album. T'a-t-il, toi, paru trop long à un moment donné?

Oui. Je savais qu'il fallait attendre, mais très franchement, ça m'a paru un peu long. Le temps entre l'écriture d'une chanson et le moment où elle va être couchée sur disque est long. Celui entre l'enregistrement et le jour où il va être écouté l'est encore plus. C'est frustrant parce que tu aurais envie de la faire écouter tout de suite... mais bon, c'est comme ça... (rires) C'est aussi ça qui fait que la chanson évolue, entre le moment où tu en fais l'ébauche et le moment où elle sort sur disque. Mais c'est difficile à gérer ce temps. Et je pense que ce n'est pas que pour moi, ça l'est pour tous les musiciens et les artistes en général. C'est aussi la même chose pour un comédien. Entre les répètes et le moment où la pièce se joue, il se passe du temps. Il y a tout ce moment d'attente qui fait que l'œuvre ne se joue plus dans la temporalité dans laquelle tu l'as écrite. Mais c'est la règle du jeu.

J'ai lu qu'il avait été question d'enregistrer l'album avec Peter Doherty...

C'est vrai! En fait, ça s'est passé très très vite. On avait à peine fait deux concerts avec Peter qu'il nous proposait déjà de faire un album avec lui. On allait répéter les morceaux chez lui. Ça s'est enchaîné très rapidement. Ce qui s'est passé, c'est qu'il est parti à Londres. Et nous, nous étions en studio à ce moment-là. Lui n'est jamais venu en studio pour diverses complications. Et c'est grâce à ce moment qui nous avait été offert qu'on a pu enregistrer notre propre disque. On n'est pas restés les bras croisés en attendant la venue de Peter en studio. On s'est dit autant utiliser ce moment qui nous est offert pour faire quelque chose. C'est donc comme ça qu'on a enregistré la deuxième moitié du disque qui existe, pour occuper ce temps pendant lequel on aurait dû enregistrer avec Doherty.

LeSpark - DRL'album est scindé en deux parties. Deux réalisateurs différents. Et donc, deux époques différentes, je suppose.

C'est ça. La première partie, les chansons 1 à 7, ce sont les chansons qui ont été enregistrées le plus récemment. Et la deuxième partie a été enregistrée en premier temporellement parlant. Ça correspond vraiment à deux époques différentes pour le groupe.

Ce sont un peu deux longs EP que vous avez mis ensemble.

Enfin EP... on est tout de même à 7 ou 8 titres pour chaque période!! (rires) En fait, quand on a eu fini d'enregistrer la première partie du disque, entre temps, on avait déjà créé beaucoup d'autres chansons, et notamment en studio. Et donc, quand il a été question de sortir cet album, on trouvait que c'était trop bête de ne pas inclure ces nouvelles chansons. On a vraiment voulu les enregistrer. On a donc fait une seconde session, dans un autre studio, avec d'autres personnes. Après, on a réunifié les deux enregistrements. On a fait un mastering costaud pour que ça ait une apparence cohérente. Mais fondamentalement parlant, bien que les studios et les personnes aient été différents, les chansons, artistiquement étaient les nôtres.

Il n'y pas de rupture entre les deux.

Non, d'ailleurs, souvent dans des albums, les chansons appartiennent à des temporalités différentes.

Quels thèmes abordez-vous dans les titres de cet album en anglais?

En anglais, il y a un petit côté concret où on raconte des choses simples sur les rapports humains, et à côté de ça, il y a un petit côté mystique, un rapport un peu plus abstrait à certaines choses. Je dirais qu'en anglais, contrairement au français, ce sont les sonorités qui dictent un peu les thèmes. Sur cet album en anglais, on a d'abord travaillé vachement la musique et ensuite, on couchait un texte qui nous avait été finalement suggéré par la musique. Alors qu'en français, on part d'abord plus sur une idée. Le texte prend plus d'importance. Pour les textes en anglais, je me suis inspiré de plein de groupes que j'aimais. Je ne sais pas très bien comment le dire, mais c'est beaucoup moins thématique que des textes en français.

Il y a tout de même un titre en français, « Flütes 67 », dont le style est très gainsbourien. Est-ce un artiste que tu as beaucoup écouté?

Pas tant que ça en fait si je suis honnête. J'aime bien Gainsbourg, mais en inspiration française, je citerais plus Christophe ou Polnareff. Gainsbourg, je l'aime beaucoup, mais ce n'est pas une de mes influences majeures. Je ne sais pas trop pourquoi on est partis sur un truc très gainsbourien. En fait, au fil du temps, la chanson a beaucoup évolué. Au début, c'était un truc très rythmé à la Dutronc et en studio, on a commencé à utiliser un orgue et on a pas mal transformé la chanson. Le texte, lui, a toujours été assez référencé sur Gainsbourg. C'est pour ça qu'on dit souvent que c'est un hommage qu'on lui a rendu, à notre manière.

LeSpark - DROn a pas mal parlé de ce premier album en anglais qui est sorti en fin d'année. On va s'intéresser au présent maintenant. En ce moment, vous travaillez donc sur un deuxième album, en français cette fois-ci, avec Louis Bertignac à vos côtés...

Oui! On a donc signé avec un producteur qui nous a demandé si on avait une idée de réalisateur. On a pensé à Louis très rapidement parce qu'on s'est demandé qui en France représentait le rock. Il n'y a tout de même pas 10 000 groupes ni 10 000 mecs... Parmi les quelques noms auxquels on a pensé, seul Bertignac était à la fois artiste et réalisateur. On est donc allés chez lui, à la campagne. On lui a amené nos chansons en anglais et nos maquettes en français. Il les a écoutées et il a, apparemment directement apprécié. On a fait ensuite une partie de ping-pong et un boeuf qui a duré trois heures. On a beaucoup de chansons en commun! Ça a donc été dès le début une rencontre géniale. Il a accepté directement. Ce que je te raconte, c'était il y a quelques mois. Là, nous sommes en train d'enregistrer. Et ça se passe super bien... Je ne pense pas qu'on aurait pu avoir meilleur interlocuteur parce qu'il devine ce qu'on veut. Jamais il n'a dénaturé le son du groupe. En fait, on a les mêmes influences, donc, on pourrait presque parler d'enrichissement mutuel.

Ce deuxième album va-t-il être le petit frère du premier ou va-t-il explorer d'autres terrains?

Rien que le fait d'être chanté en français, ça change déjà beaucoup. Même si la musique reste issue de la même essence, ça change tout de même. Donc, il va y avoir des trucs très rock et en même temps, des chansons très travaillées, un peu plus fines. Pas forcément des ballades, mais des titres un peu plus léchés parce que le français permet aussi cette ouverture. En anglais, on est plus dans l'énergie. Il y en aura bien entendu ici aussi, mais ce sera plus nuancé. J'adore les titres rock, mais j'aime beaucoup aussi ces titres un peu plus fins, plus touchants, un peu moins dans la brutalité, dans quelque chose d'un peu plus recherché... J'aime le mélange des deux.

Et donc ici en français, quels thèmes allez-vous aborder?

En français, on peut se permettre plus de raconter des histoires. C'est ça qui est bien. On peut se permettre de raconter l'histoire d'une pute, celle d'un clochard, celle d'un meurtre... Et puis, à côté, il y a des chansons qui sont plus du domaine des sentiments. En français, tu as les deux possibilités, soit tu parles d'une histoire, soit tu parles d'un sentiment que tu vas creuser pour exprimer quelque chose. Finalement, en français, on est plus proche de nous, les sentiments émanent plus de nous. Chacun ressentira les chansons d'une manière différente, bien évidemment, mais on y a mis plus de nous, sans aucun doute.

J'ai vu une photo sur ton Facebook avec Jean Fauque. Va-t-il signer quelques textes?

En fait, c'est un autre projet. Jean a bien entendu écrit pour Bashung, mais il écrit tout le temps... Il a un projet en ce moment qui est destiné à d'autres artistes, puisqu'Alain nous a quittés. Ce sont des textes de Jean qui vont être chantés par d'autres artistes ou groupe. Nous, on fait partie de ce projet et nous aurons donc un titre sur cet album. On a pris énormément de plaisir à travailler avec lui. Déjà, humainement, il est incroyable. Et la chanson qu'il a écrite nous a vraiment inspirés. On a composé la musique à partir du texte qu'il nous avait écrit. C'était une très belle rencontre. On est vraiment heureux de cette collaboration. Et apparemment, lui de son côté est assez content de ce qu'on a fait.

C'est donc un autre projet.

C'est un autre projet mais ça ne veut pas dire qu'on ne va pas collaborer sur d'autres choses dans le futur. On n'est pas à l'abri qu'il nous écrive un texte, peut-être pas pour le premier album en français, mais pour l'avenir...

LeSpark - DR

Bashung, tu ne me l'as pas cité tout à l'heure dans tes influences. L'as-tu beaucoup écouté?

Oui, quand même. Je pense que tous les quatre, on admire énormément Bashung. On admire le personnage et ses qualités d'interprète. On aime beaucoup son originalité dans l'univers musical français, son intégrité. Comme un mec comme Christophe. Attention, je ne fais pas de comparaisons, ils n'ont rien à voir l'un avec l'autre, mais je pense que ce sont des mecs qui sont des spécimens rares dans notre paysage musical français. On retiendra leur œuvre longtemps. Il y a quelque chose d'intemporel dans leur œuvre. Ce qui a touché à une époque touche encore aujourd'hui et touchera encore demain.

Cet album en français, il est déjà bien avancé d'après ce que tu me racontes. Où en êtes-vous concrètement?

Concrètement, on en est à six titres enregistrés. Les musiques sont enregistrées et les voix sont posées. Louis est en train de mixer et de faire les arrangements. Et je pense que bientôt, on va repasser faire d'autres titres. Je pense qu'ils seront enregistrés au cours de l'été. Donc voilà, là, on a des maquettes qui prennent peu à peu forme, qui sont écoutables. C'est bien parce que ça avance. À petits pas, mais en même temps on a déjà quelque chose de concret. J'espère que ça va encore s'améliorer. Et pour ça, on fait entière confiance à Louis. Maintenant, les bases des chansons sont là, et lui ne peut que les améliorer par le biais des arrangements et du travail de mix.

Avez-vous un calendrier de sortie?

Non, pas encore. Il va probablement y avoir un single avant l'album, peut-être un EP? On en discute actuellement. Là, le but est de clairement foncer dans les enregistrements, après, stratégiquement, on verra comment on amène les choses dans le temps. Ce qui est sûr, c'est que l'album ne sera pas là tout de suite. Il y aura peut-être au mieux un titre avant la rentrée, mais ce n'est pas certain. Je pense qu'on peut attendre encore un petit moment...

Propos recueillis par IdolesMag le 4 juin 2013, revus et corrigés le 28 juin 2013.
Photos: Ricardo Gomes et Mia Dabrowski
Facebook : https://www.facebook.com/lesparkmusic









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