Interview de Pierre-Yves Duchesne

Propos recueillis par IdolesMag.com le 10/06/2013.
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Pierre-Yves Duchesne - DR

Pierre-Yves Duchesne est en ce moment coach vocal dans la nouvelle saison de Popstars actuellement diffusée sur D8 en France (et AB3 en Belgique). Nous avons donc été à sa rencontre afin qu'il nous en dise un peu plus sur cette cinquième saison de Popstars. Nous ne manquerons pas d'évoquer son parcours dans les grandes lignes, ainsi que l'Aicom (l'Académie Internationale de Comédie Musicale) qu'il a créée il y a tout juste dix ans et son travail aux côtés de Lara Fabian.

IdolesMag : Avant de parler de Popstars et de l'Aicom, j'aimerais retracer dans les grandes lignes votre parcours. Venez-vous d'une famille où la musique avait de l'importance?

Pierre-Yves Duchesne : Pas du tout! Je viens d'une famille où on m'a toujours soutenu dans mes envies, mais pas du tout une famille de musiciens. À 7 ans, j'ai voulu faire du piano, comme il n'y avait pas de piano à la maison, mes parents se sont endettés pour m'en acheter un. Ils m'ont toujours soutenu. Je suis d'une famille un peu modeste, mais très aimante. On n'avait pas trop de sous, mais quand on prenait une décision, on la respectait. Là, c'était un peu un hobby de luxe de ma part de faire du piano et de la musique, mais mes parents ont toujours dit qu'il fallait aller au bout de ses envies, alors, ils ont tout fait pour qu'on ait un piano à la maison. Donc, je suis allé jusqu'au bout de ma passion. Quand j'ai eu mon examen de maturité en Belgique, à mes 18 ans, j'ai eu envie d'aller tenter ma chance à Paris. Ils ont été une nouvelle fois heureux de casser leur tirelire pour me permettre de vivre quelques mois à Paris. Après, bien évidemment, je me suis débrouillé puisque je n'étais pas vraiment argenté. Je me suis alors débrouillé par mes propres moyens. J'ai toujours été très aimé et très encouragé, mais pas du tout par une famille de musiciens.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire de la musique?

J'ai toujours été comme aspiré par la musique. En Belgique, on a de la chance, on a des académies. Moi, je suis allé à l'académie dès l'âge de sept ans. C'est une chance qu'on a par rapport à d'autres pays qui n'ont pas vraiment d'écoles de musique. J'ai été à l'académie de Visé. J'y faisais de la déclamation, du solfège, du piano... j'ai toujours fait ça très très sérieusement. Comme je le dis souvent, c'était un peu mon sport du mercredi après-midi et du samedi. Les autres allaient taper dans un ballon, moi, j'allais à l'académie.

Il y a tout de même une marge entre être artiste, chanter bien, avoir une belle voix et enseigner cette technique. Avez-vous toujours eu cette envie de partager votre savoir?

J’ai été artiste, et je le suis toujours. Si on me demande de chanter aujourd'hui, je le fais avec le plus grand plaisir. Ma technique me permet encore d'avoir une voix qui tient la route. C'est une preuve qu’elle n'est pas si mauvaise!! (rires) Je remercie tous mes maîtres car ils m'ont vraiment bien fait progresser au niveau technique. Dès l'âge de 20 ans où je suis rentré au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, sur un coup de pot incroyable que je vous raconterai tout à l'heure, j'ai eu envie de transmettre déjà les petites choses que j'apprenais au Conservatoire. C'est pour ça que j'animais des petits cours dans des associations ou ce genre d’endroits. Je donnais déjà des cours à l'âge de 21 ans. Et ce qui est drôle, c'est que j'en ai 46 maintenant et que j'ai encore des amis, qui étaient mes étudiants quand j'avais 22/23 ans. C'est drôle. Donc, si vous voulez, j'ai toujours été un artiste en activité pédagogique. J'ai toujours considéré que pour bien peaufiner sa technique, il fallait pouvoir l'expliquer. Et quoi de mieux pour expliquer quelque chose que de donner un cours? Tout ça est très lié chez moi, je n'ai jamais dissocié l'artistique du pédagogique.

Pierre-Yves Duchesne, Titanic - DR

Racontez-moi comment vous avez intégré le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris!

Ah la la... C'est très drôle! (rires) Je débarque de Belgique, et je suis un peu prétentieux. Je crois que tout le monde m'attend à Paris! Je viens d'avoir un premier prix au Conservatoire Royal de Mons en Art Dramatique et un autre premier prix au Conservatoire Royal de Liège en déclamation, et je crois évidemment que Paris n'attend que moi! Je monte donc sur Paris et je me fais rétamer comme une grosse crêpe au Conservatoire National d'Art Dramatique de Paris. Inutile de vous dire comment... (rires) Et donc, après ça, par dépit, je prends quelques cours de chant la même semaine chez une professeure magnifique qui s'appelle Nicole Broissin qui me demande pourquoi je ne voulais pas intégrer la classe d'Art lyrique du Conservatoire Nationale Supérieur de Musique de Paris. Même si j'avais chanté un peu dans ma vie, ce n'était rien de bien sérieux. Et figurez-vous que je suis reçu au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris dans la classe d'Art Lyrique de Nicole Broissin. C'est quand même très amusant puisqu'une semaine avant, je me fais rétamer dans le Conservatoire où je vais pour faire une carrière d'acteur et là, je suis reçu la semaine qui suit dans quelque chose qui va devenir mon existence. C'est un peu par dépit et par hasard finalement. Et finalement le chant va prendre près de 90% de mon existence après, mais à ce moment-là, c'étaient le théâtre et le cinéma qui m'intéressaient. C'est très amusant comme une vie peut prendre une toute autre tournure que celle qu'on avait imaginée... ça ne m'a pas empêché de faire du cinéma et du théâtre après, mais c'était vraiment le chant qui a déterminé mes choix.

C'est un coup du destin.

Comme vous le dites, surtout que cette professeure de chant, je l'ai rencontrée un peu par hasard. Et elle s'est avérée être le professeur d'Art Lyrique du Conservatoire. Quelque part, elle m'a peut-être un peu pistonné parce qu'elle trouvait que j'avais une jolie voix, que j'étais un peu mignon et que j'avais un peu le profil du gendre idéal... C'est vraiment un concours de circonstances un peu amusant mais qui a déterminé mon existence. Et depuis, ma vie est dédiée au chant.

Comment vous êtes-vous retrouvé en tant que coach vocal sur Popstars?

Il se trouve que je commence à être un tout petit peu connu sur la place de Paris comme prof de chant puisque j'ai des vedettes, des stars, mais aussi des monsieur et madame toutlemonde qui viennent prendre des cours chez moi. C'est très open mes cours de chant! Je ne sélectionne pas les candidats parce qu'ils vendent des millions d'albums ou qu'ils ont un gros portefeuille. Je sélectionne mes élèves parce qu'ils ont une jolie voix et que je sais que je pourrai leur apporter quelque chose. J'ai cette chance-là. En tout cas, je commence à être un tout petit peu connu. Il y a quelques années, j'ai été à l'origine du coaching de l'émission « La France a un incroyable talent ». Il y a donc 8 ans, j'ai fait partie de l'équipe de coaches de cette émission. Et il se trouve que l'assistant producteur de l'époque qui s'occupait des coaches est le producteur de Popstars actuellement. Il m'a rappelé tout bêtement en me demandant si j'étais dispo et si j'étais sur Paris. Je suis allé le voir sans même savoir de quoi il en retournait... Il faut savoir que ça fait tout de même des années que je refuse ces émissions de télé-réalité qui prétendent faire des chanteurs en trois jours. Et donc, les producteurs de ce genre de programmes savent très bien qu'il ne faut pas venir me voir. Mais lui est venu me voir et il m'a convaincu. Popstars s'est arrêté il y a quelques années, et il a voulu moderniser le programme et sélectionner des candidats avec des origines vocales différentes. Ça m'a excité. Et ça va dans le sens du gros bouleversement de carrière qui est en train de s'opérer pour moi depuis quelques mois.

Pierre-Yves Duchesne, Hello Dolly - DR

Quel regard jetez-vous sur la multiplicité des télé-crochets qui sont programmés actuellement?

Je vais être très honnête. Tant que le niveau monte comme il est en train de monter et que ça oblige les gens à vraiment prendre des cours de chant pour devenir des techniciens, tant qu'on se rend compte que ce n'est pas un hobby mais que c'est un vrai métier de chanter, moi, ça m'arrange. Ça met de l'eau à mon moulin. Depuis 10 ans que j'ai créé mon école, l'Aicom, je préconise cette formation. Je dis que le chant, c'est un métier à part entière. Il faut se former. On peut avoir un joli timbre au départ, mais si on n'est pas un athlète de la voix, on ne tient pas la route sur la longueur. Donc, tant que ces télé-crochets préconisent cette technicité et une montée en qualité, je dis « Bravo! Faites-en autant que vous voulez! Tant que ça reste qualitatif! »

Popstars se différencie-t-il des autres concours de chant? Si oui, comment?

Cette version 2013 va vraiment réserver une surprise à tous les gens qui vont la regarder. Les sélections ont eu lieu. Mais ce sont vraiment les ateliers et le développement qui vont apporter leur lot de surprises. Justement, en étant très différent des anciennes versions de Popstars. On ne va pas constituer un boys band ou un grils band. C'est vraiment autre chose. Les univers vont être respectés, les origines vocales vont être respectées. La modernité va être complètement de mise. Et moi, tout ça, ça m'excite beaucoup. Mais dans ces conditions-là et seulement dans ces conditions-là. Et pour l'instant, elles sont remplies.

Que pensez-vous du casting qui a été fait par les trois membres du jury (Alexia Laroche-Joubert, Philippe Gandilhon et La Fouine)?

Pour l'instant, je ne peux qu'adhérer puisqu'on a des gens extrêmement différents, d'âges différents. On a des origines soul black, des origines R'n'B, des origines pop... Pour l'instant, c'est éclectique et ça nous permet à nous, membres de l'atelier et coaches, de ne pas travailler sur une matière qui va être uniformisée ou en tout cas formatée. On va pouvoir essayer des combinaisons extrêmement différentes pour amener la bonne surprise.

La formation du groupe et la sortie d’un disque, ça prend du temps. Tout ce temps fait que la production doit déjà avoir une idée assez précise du groupe qu'elle veut monter bien en amont. Certains candidats n'ont-ils pas été choisis alors qu'on savait bien qu'ils n'intégreraient de toute façon pas le groupe final?

Je ne suis pas dans le secret de la production. Mais je pense que non. Du moins, je l'espère. Je pense que tous les gens qui ont été castés pouvaient apporter leur pierre à l'édifice. Mais l'édifice ne pouvait pas être connu en amont puisqu'il s'est construit avec toutes les pierres récoltées. On ne pouvait pas imaginer la couleur musicale qu'allait prendre le groupe sans avoir les pierres et le matos qui arrive. Là, on a des pierres de couleurs différentes, de formats différents... Il y a quelques diamants et quelques perles. Je suis très très optimiste.

Pierre-Yves Duchesne - DR

Certains candidats vous ont-ils particulièrement marqué?

Parmi les bonnes surprises vocales, j'ai eu un coup de cœur aux sélections pour un jeune gars qui s'appelle Samir. Idem pour Sindy, Vincent... Ce sont de vrais diamants. Sibylle déchire pas mal de choses… Et elle va continuer à déchirer, même si elle n’est pas retenue pour le groupe…

Bel-Mondo, dont on a beaucoup parlé lors des castings vient de sortir un single. L'avez-vous écouté?

Je vous avoue que je ne l'ai pas entendu. Moi, c'est un gars que j'aime bien. Bel-Mondo, c'est un gars qui a une jolie voix, mais il manque un tout petit peu de technique. Mais comme il écoute et qu'il a envie d'apprendre, je ne suis pas très inquiet pour lui. Il est encore jeune et il faut qu'il apprenne quelques petites règles élémentaires de technicité. Je prêche pour ma paroisse, mais je pense réellement que le chant est un métier, et donc qu'il faut être technicien.

Vous avez été le coach vocal, entre autres, de Lara Fabian. La coachez-vous depuis longtemps?

Lara, on a travaillé ensemble pendant trois ans. Là, on est un petit peu en distance de travail parce qu'elle est partie sur un nouvel album sur lequel elle a travaillé beaucoup avec des Américains. Donc, comme je suis de mon côté sur d'autres choses, on s'est vus très peu ces derniers temps. Mais pendant trois ans, j'ai été scotché à Lara pour l'aider à remettre le pied à l'étrier vocalement. On est parti beaucoup à l'étranger. On a fait des séries de 10/15 concerts dans les pays de l'est, en Angleterre, aux États-Unis... partout partout... pour lui remettre le pied à l'étrier pour son nouvel album « Le Secret », qui fonctionne fort bien d'ailleurs.

Quel genre d'élève est-elle? Appliquée ou un peu dissipée?

C'est une artiste incroyablement disciplinée. Vous n'imaginez même pas... C'est quelqu'un d'extrêmement appliqué, d'extrêmement studieux, d'extrêmement à l'écoute. Non seulement, elle est une artiste merveilleuse, mais à travailler, c'est du petit lait, c'est magnifique...

Pierre-Yves Duchesne etLara Fabian, 1939 - DR

On va terminer cette interview en évoquant l'école de théâtre musical que vous avez créée il y a dix ans maintenant, l'Aicom (l’Académie Internationale de Comédie Musicale). Quelles sont les disciplines que vous enseignez?

Le chant, la danse et le théâtre sont les trois disciplines de base. Mais avec toutes les disciplines connexes, c'est-à-dire le solfège, l'histoire de la comédie musicale, la danse de salon, la danse orientale, les claquettes, etc... Tous les cours sont dispensés sous forme d'ateliers. Mais les trois gros piliers qui sont à la base de la formation à l'Aicom sont le chant, la danse et le théâtre. Le tout est spécialement adapté à la comédie musicale, mais la comédie musicale, c'est très large. Quand on prend « Le Fantôme de l'Opéra » et « We will rock you » et qu'on met « Mamma Mia » au milieu... ce sont vraiment trois types de shows totalement différents. On ne peut pas dire que la comédie musicale soit un style. La comédie musicale, c'est un art qui regroupe trois disciplines, la danse, le chant et le théâtre. Et là-dedans, vous avez du rock, de la pop, du classique... et c'est pour cette raison que les acteurs de comédies musicales doivent être encore plus complets et techniciens que les autres parce qu'ils doivent avoir une idée du style de chaque ouvrage pour lequel ils chantent ou ils auditionnent.

La formation est vraiment complète.

Vraiment, oui. Quand j'ai ouvert cette formation il y a dix ans, ça n'existait pas. On était un peu les précurseurs. Maintenant, il y a en a beaucoup, et tant mieux! C'est formidable. J'ai donc ouvert cette école alors que ça n'existait pas. Pour vous dire la vérité... je me trouvais à Hambourg avec une troupe de comédie musicale pour un spectacle qui s'appelle « Le Fantôme de l'Opéra » où j'avais l'énorme chance de chanter le rôle-titre, celui du fantôme. Ce rôle a d'ailleurs été tenu une seule fois par un francophone et ce fut moi, donc, j'en suis très fier. Et quand je suis rentré, je me suis dit « mais comment se fait-il qu'ils soient tous aussi bon dans cette troupe-là? » Et la réponse était très claire : c'est parce qu'ils ont été tous polyformés et pluriformés dès leurs 18 ans, dès qu'ils sont sortis de l'école. Je me suis dit qu'il fallait que je fasse pareil. J'ai donc appelé mon agent, j'étais en plein pic de carrière à l'époque, et je lui ai dit « tu annules tout pendant 5/6 ans! » J'ai donc tout arrêté, j'ai mis entre parenthèses ma carrière de chanteur pour créer cette école. Et depuis deux ans, je recommence à chanter parce que je pense qu'un bon pédagogue doit avant tout se ressourcer dans la réalité effective de son métier.

Qui peut intégrer votre école? L'admission est-elle sur audition?

C'est un concours d'entrée. Ils préparent une fable de La Fontaine, un air au choix et une petite chorégraphie qui leur est montrée le jour du concours. Ils arrivent et on les tient une demi-journée par groupe de 15/20. On voit comment ils s'adaptent les uns par rapport aux autres. Encore une fois, la notion de groupe et de capacité d'adaptation est capitale. Et donc, voilà, à l'issue du concours, ils savent s'ils peuvent ou non intégrer la formation.

Pierre-Yves Duchesne, Titanic - DR

En tant que directeur de cette école, encouragez-vous vos élèves à écrire et composer des chansons originales? Parce que quand on regarde le paysage musical français, il y a tout de même beaucoup de reprises à l'heure actuelle...

Ah oui... Vous mettez le doigt sur une problématique que je trouve détestable! Et c'est pour cette raison qu'on a créé des ateliers d'écriture à l'Aicom. Tous les mardis, mercredis et jeudis après-midi, ils sont en atelier d'écriture, aussi bien musicale que textes. Vous savez, j'adore ça la création. Maintenant, il faut se rendre à l'évidence, tout le monde n'est pas doué pour écrire ou composer. Il faut repérer les perles, leur permettre de se développer et les mettre en valeur. On développe les ateliers d'écriture depuis toujours et on sort des petites bombes atomiques qui écrivent de jolies choses. Mais il faut reconnaître que c'est plus facile de faire une reprise...

Mis à part Popstars, quels sont vos autre projets à plus ou moins moyen-terme?

À très très moyen terme, j'ai la mise en scène dans un théâtre parisien d'une reprise un peu déjantée et trash de « La Belle Hélène » d'Offenbach en comédie musicale. Ce sera à partir d'octobre. Je suis également sur la mise en scène d'un two-men-show, deux humoristes qui commencent à être un peu connus sur la place de Paris. C'est pour octobre également. Et puis, je serai bientôt sur scène en tant que chanteur/interprète/comédien, dans un spectacle autour de la vie de Bertolt Brecht.

Propos recueillis par IdolesMag le 10 juin 2013.
Photos : DR









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