Interview de Les Stentors

Propos recueillis par IdolesMag.com le 06/06/2013.
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Les Stentors © Bernard Benant

Après un premier album, « Voyage en France », sorti il y a tout juste un an écoulé à plus de 350 000 exemplaires, Les Stentors reviennent sur le plan discographique avec un nouvel album, « Une histoire de France » dans lequel ils reprennent les grandes chansons qui ont marqué l’histoire de France. Nous avons donc été une nouvelle fois à la rencontre de Sébastien, Mathieu, Mowgli et Vianney afin d’en savoir plus sur ce nouveau projet, ainsi que sur la tournée qui se profile. Les Stentors nous confieront qu’ils se produisent actuellement en acoustique avec un seul piano sur scène. Nous profiterons également de cette entrevue pour leur demander quel bilan ils tirent de cette année qui aura été riche en émotions et en évènements.

Les Stentors, Une histoire de FranceIdolesMag : « Voyage en France », votre premier album, est sorti il y a tout juste un an. Quel bilan tirez-vous de cette année riche en évènements et pendant laquelle vous avez écoulé plus de 350 000 exemplaires de votre album?

Sébastien : Un bilan super positif. On a vécu de très très belles choses. D'abord le succès remporté par notre premier album nous a fait très plaisir parce qu'on s'est rendu compte que l'envie qu'on avait a finalement été partagée par le public et une partie des médias. Donc, ça, c'est super. On a aussi été amenés à faire des rencontres extraordinaires que ce soit sur des plateaux d'émissions télé comme avec Céline Dion, ou sur scène avec I Muvrini, dont on a fait la première partie au Trianon, avec Natasha St-Pier ou encore le summum, avec Michel Sardou quand nous avons chanté à ses côtés à Bercy. Ce sont des choses vraiment formidables. C'est donc un bilan extrêmement positif.

Finalement, vous qui venez tous du monde de l'opéra, qu'est-ce que ce registre de variété et de chanson vous a apporté comme nouvelles émotions?

Mowgli : Ça, on peut le dire, les émotions sont différentes. On est dans un répertoire qu'on a eu très peu l'occasion de chanter auparavant. Là, on fait des concerts d'une heure trente, une heure quarante avec des chansons de variété, l'émotion est différente. Il y a une autre vibration. Déjà, par rapport à l'Opéra, on chante avec micro. L'air de rien, ça change tout. On peut aller dans des nuances qui n'existent pas quand on chante sans micro. On peut jouer différemment avec les instruments. Il y a une autre vibration.

Sébastien : Ce qui est super, c'est que ce sont des chansons qu'on aime tous les quatre. Et au lieu de les chanter entre amis dans un karaoké le soir, on les chante devant mille personnes au Casino de Paris. Et évidemment, ça donne une dimension différente à des chansons qu'on adorait déjà mais qu'on chantait plus confidentiellement. Ce sont des émotions formidables.

Le micro, que vous a-t-il apporté? De l'intimité? De la proximité?

Mowgli : Ah, ça change tout. On peut vraiment chanter d'une façon différente. On peut chuchoter dans le micro. À l'Opéra, si on chuchote, on se fait vite huer! (rires) Donc, ici, il y a vraiment quelque chose de très intime. La palette des émotions est encore plus grande.

Sébastien : Comme le dit Mowgli, ça nous apporte une vraie proximité avec le public. On s'adresse vraiment au public qui est à quelques centimètres de nous...

Les Stentors © Bernard Benant

Notre dernière interview remonte au mois de décembre, peu avant les fêtes de fin d'années. Vous ne saviez pas encore quelle suite vous alliez donner au groupe. Quand cette direction de chansons qui ont marqué l'histoire de France a-t-elle été prise ?

Sébastien : Juste après avoir discuté avec toi!! (éclat de rire général) C'est en tout cas la période où tout s'est un peu décidé petit à petit. On se posait déjà la question de savoir si on voulait donner une suite à cette aventure. On voulait savoir si la volonté de rester nous quatre était présente chez chacun d'entre nous. On a vu que c'était le cas, et on s'est rendu compte que c'était aussi le cas de notre public. Notre maison de disque était elle aussi partante, donc, nous nous sommes mis à travailler sur ce second album.

Comment avez-vous choisi ces chansons?

Sébastien : Sur le premier album, on s'était privé de 90% du répertoire de la chanson française puisqu'on avait pris un thème précis, celui d'explorer les régions de France à travers les chansons. Là évidemment, on a lâché les vannes puisqu'il y avait tout un tas de chansons qu'on adorait et qu'on n'avait pas pu inclure dans le premier album. Tous les quatre, on avait un socle de chansons qu'on aimait passionnément. On est donc partis de ces chansons, et autour d'elles, on a bâti une idée. Nous nous sommes rendus compte que ces chansons avaient marqués l'histoire de France, le thème est venu assez naturellement.

Pour le premier album, vous aviez enregistré quelques titres qui ne figuraient pas sur la version originale de l'album, mais qui se sont retrouvés sur des versions augmentées de bonus. Est-ce le cas cette fois-ci également ? En avez-vous gardé pour une édition collector quelconque?

Mowgli : Peut-être, oui...

Sébastien : Surprise!! On verra, on verra... Dans la réalité, dans la sélection, on est obligés d'en enregistrer plus que le nombre requis sur le disque. On est partis d'une liste de 50 chansons, certaines ont été éliminées dès la première réunion autour d'une table. On était d'accord pour ne pas les faire. Après, on en a éliminé quelques-unes au fil du temps. Pour certaines, on a même été très loin puisqu'on les a enregistrées et qu'on a décidé de ne pas les garder sur le disque. Il y a donc des chansons qui sont encore dans les cartons...

Les Stentors © Bernard Benant

De toutes les chansons qui figurent sur cet album, y en a-t-il une pour laquelle chacun d'entre vous a un peu plus de tendresse ou un souvenir personnel? Parce que comme vous le dites, ce sont des chansons que nos parents, nos grands-parents et même nos arrière-grands-parents chantaient...

Vianney : Si vous permettez, je vais prendre la parole... je n'ai encore rien dit!! (rires) J'ai une tendresse toute particulière pour « Le Temps des Cerises ». C'est une chanson que j'ai découverte quand je faisais partie des « Petits Chanteurs à la Croix de Bois » il y a plus de 20 ans. Je chantais avec ce chœur un peu partout en France. C'est une chanson que j'avais proposée sur cet album. J'ai été ravi qu'elle soit gardée et qu'on la reprenne tous les quatre. D'ailleurs, on s'est un petit peu inspirés de la manière dont on la faisait à l'époque, très très en chœur. Le début de la chanson est assez dépouillé et je trouve que le résultat qu'on a obtenu est assez réussi.

Mowgli : Moi, j'ai un petit coup de cœur, comme beaucoup de gens d'ailleurs, pour « L'Hymne à l'Amour ». Ça me fait beaucoup penser à une grande tante que j'allais voir en métropole à Bordeaux. On l'appelait Mimi et elle ressemblait beaucoup à Edith Piaf. Quand j'avais vu le film « La Môme », j'avais beaucoup pensé à elle...

Sébastien : Moi, c'est sans aucun doute « Les Roses Blanches ». C'est une chanson que j'ai découverte il y a une dizaine d'années quand j'ai décidé de rendre un hommage à ma grand-mère dans une petite ville de Normandie où j'avais fait un concert qui lui était dédié pour son centenaire. Elle n'était plus là, mais c'était un concert pour lui rendre hommage. On m'a dit que c'était sa chanson préférée. Donc, j'ai découvert cette chanson à cette époque-là et j'ai eu beaucoup de mal à la terminer lors de ce concert parce que c'est une très très belle chanson, chargée en émotions. C'est vraiment ma chanson coup de cœur. Et maintenant, Mathieu... qui n'arrête pas de parler depuis le début de l'interview! (rires)

Mathieu : (rires) Eh bien, moi, c'est notre single, « Le Chant des Partisans ». J'ai eu l'occasion de le chanter plusieurs fois avec les chœurs de l'armée française, et notamment devant l'hôtel de ville de Paris pour fêter la libération de Paris. Et donc voilà, c'est un souvenir très particulier. Et puis, c'est aussi une chanson qui s'adapte parfaitement à nos voix lyriques. C'est un titre qui a été chanté par des chanteurs d'Opéra de l'époque. Nous lui avons apporté une touche personnelle, une touche harmonisée qui est vraiment intéressante et qui apporte un plus à ce titre-là. Mais ça, ce n'est pas à moi de le dire, c'est le public qui le dira...

Comme tu me parles justement du « Chant des Partisans », comment s'est porté votre choix sur lui en premier extrait?

Mathieu : C'est vraiment un titre qui a fait l'unanimité. C'est le premier titre qu'on a enregistré. C'était évidemment le plus lyrique de prime abord de tous ceux que nous avions choisis, comme d'ailleurs pour « Les Corons » sur le premier album. On l'a donc enregistré avant les autres en nous disant qu'il donnerait la couleur de l'album et des autres titres. Et comme le rendu était fidèle à nos attentes, on l'a choisi comme leader de liste, si on peut dire.

Derrière chacune des chansons que vous chantez se cache un ou une interprète d'origine, je pense à Piaf, Dietrich, Montand, Claveau, Berthe Sylva, etc... Y en a-t-il un ou une pour la ou lequel(le) vous avez les uns les autres un petit coup de cœur?

Vianney : Personnellement, j'aime beaucoup André Claveau qui était l'interprète de la chanson « Domino ». Je ne le connaissais pas avant, je l'ai découvert par le biais de cette chanson. Il a gagné en 1958 l'Eurovision. Il est tout à fait emblématique de ces chansons de cette époque. Ce sont des gens qui, même s'ils étaient des chanteurs de variété, avaient une vraie technique de chant. C'étaient des artistes qui avaient de vraies voix et qui étaient de vrais interprètes. Ils incarnaient avec beaucoup de passion leurs chansons. L'interprétation qu'il a faite de « Domino » est particulièrement magnifique. Et beaucoup d'autres chansons qu'il a chantées par ailleurs aussi. L'enregistrement de ce titre m'a vraiment fait découvrir la voix de cet artiste.

Sébastien : Moi, c'est évidemment Edith Piaf. Elle représente l'artiste par excellence, l'artiste dans toute sa splendeur et dans toute sa démesure. En tant qu'interprète, elle pouvait prendre n'importe quelle chanson et en faire un mythe. C’est modestement aussi ce chemin que j'ai choisi, celui de donner à chaque chanson toute mon âme et toute mon énergie.

Mowgli : Pareil que Sébastien, c'est Edith Piaf aussi. Et aujourd'hui encore, je redécouvre des morceaux qui n'étaient pas très connus...

Mathieu : Pareil, c'est Piaf aussi! (rires)

L'album s'est classé la semaine de sa sortie quatrième des ventes physiques d'album, derrière Daft Punk et Maître Gims. Êtes-vous clients les uns les autres d'électro et de rap, deux registres pour le coup très éloignés du vôtre?

Mowgli : Oh oui, complètement. D'ailleurs nous avons tous les quatre des parcours assez éclectiques. On est tous un peu issus de la pop culture.

Vianney : Il faut soutenir Vanessa Paradis aussi parce qu'elle était derrière nous la pauvre! Mais j'aime beaucoup Vanessa Paradis pour de vrai. Quand à Maître Gims et Daft Punk, je ne les ai pas achetés, donc, je ne peux pas te répondre... Dans ce genre de musique, je suis plutôt Eminem ou Muse.

Sébastien : J'ai aussi des goûts très éclectiques en termes de musique. Alors forcément, comme tout le monde, j'attendais depuis huit ans le nouvel opus de Daft Punk. Comme beaucoup de gens, j'ai été un peu déçu, mais ça reste quelque chose de très bien. Maître Gims, ce n'est pas ma tasse de thé, comme Vianney, je suis plus Eminem ou MC Solaar à l'époque. Mais je vais te faire une révélation, j'écoute de l'Opéra mais aussi du métal! (rires) Se cantonner à un seul style de musique, c'est se priver de plein d'émotions, c'est comme si on colorait la vie avec une seule couleur.

Mowgli : Franchement, sur le Daft Punk, il y a quand même des morceaux super! Et Maître Gims, je trouve que c'est vraiment bien ce qu'il fait. Avec Sexion d'Assaut, ils ont vraiment apporté une nouvelle couleur au rap. Pour le coup, Maître Gims, je trouve qu'il a une voix assez lyrique. C'est vocal ce qu'il fait. C'est vraiment du rap vocal.

Vianney : Là, ce que Stromae est en train de sortir, c'est pas mal. C'est très original ce qu'il fait.

Mowgli : On est des djeun's en fait!! (rires)

Les Stentors © Bernard Benant

Vous êtes tous les quatre assez discrets sur votre vie privée, mais vous avez tout de même pris la pose chacun avec un membre de votre famille pour le magazine Gala. Avez-vous hésité longtemps avant d'accepter cette proposition?

Sébastien : Longtemps, pas forcément. On s'est juste chacun posé la question de savoir avec qui on allait faire la photo. Autant sur la musique, on a des points communs et il n'y a pas beaucoup de débat autour de ça, autant sur la vie privée, chacun d'entre nous a vraiment, pour le coup, un regard différent. Moi, par exemple, à titre personnel j'ai refusé d'apparaître avec ma femme pour tout un tas de raisons. La vie privée, je considère qu'elle doit rester privée. Maintenant, ça ne veut pas dire qu'on doit vivre dans un bunker et ne pas exposer quoique ce soit... mais ça, c'est vraiment personnel et particulier.

Mowgli : Pour moi, ça a été direct, je n'ai pas hésité deux secondes. Toute ma carrière artistique et bien plus, je le dois à ma mère. Donc, c'était un moyen de lui rendre un peu la pareille. Je pense que ça lui a fait plaisir d'être dans un magazine. Je ne pense pas que ça lui arrivera souvent. C'était rigolo.

Vianney : Comme ça, on va pouvoir dire que tu vis avec ta vieille maman! (rires)

Sébastien : Mowgli, c'est un peu le Tanguy du groupe!! (rires)

Mowgli : Tu vois comme ils sont méchants avec moi!... (rires)

Mathieu : En effet, on a dévoilé une partie de notre intimité. Moi, j'ai posé avec mon petit frère qui est handicapé. C'était une opportunité pour lui et pour moi de passer un moment important avec une personne de notre entourage, une personne qui compte pour nous et pour qui nous comptons. Et ce shooting n'a fait que mettre en lumière cet amour que nous avons pour les personnes avec qui nous avons posé.

Vous partez en tournée jusqu'au moins en juin 2014. Pouvez-vous m'en dire un peu plus?

Vianney : Sur scène, c'est très différent de ce qu'on peut entendre sur l'album. C'est vraiment un voyage musical entre notre premier album et le nouveau. Nous chantons des chansons que nous aimons beaucoup. C'est donc déjà bien plus étoffé que ce que nous avions fait sur la première tournée. On a également pris un parti pris très différent, puisqu'on fait notre concert uniquement accompagnés d'un piano. Ce sont des versions extrêmement intimistes qui mettent complètement à l'honneur nos voix et le texte. Les gens qui ont entendu cette nouvelle version de concert et qui avaient parfois entendu ce qu'on avait fait sur la première tournée, ont vraiment adoré cette version-là. Ils l'ont même préférée à la précédente parce que finalement, ils trouvent que les chansons sont bien mieux servies par cette manière-là, qu'on entend distinctement le travail vocal que nous faisons et notre interprétation. Je pense que ça vaut le déplacement de venir nous voir sur scène parce que c'est très différent de ce qu'on peut écouter sur le disque.

Les Stentors © Bernard Benant

Les arrangements sont assez riches sur l'album, le contraste doit être surprenant.

Sébastien : L'émotion passe différemment. Le lyrisme qu'on a sur le disque, on le transmet d'une manière différente. Et visuellement aussi d'une certaine manière puisque nous sommes des chanteurs d'Opéra. On est extrêmement attachés aux mots qu'on chante. Il y a une vraie théâtralité dans notre manière d'interpréter les chansons. On est également très attentifs à la diction. Ce qui fait que les gens sont captivés d'une autre manière. Les textes étant ce qu'ils sont, c'est-à-dire magnifiques et tellement forts, et les musiques et mélodies connues de tous, que c'est notre interprétation qui fait la différence. Et c'est là-dessus que les gens nous jugent. Et cette nouvelle interprétation qu'on fait avec juste un piano fait la part belle aux voix et pas seulement à la puissance de nos voix. Il n'y a pas que la puissance dans nos voix, il y a également toutes ces nuances que nous sommes capables de faire en tant que chanteurs lyriques.

Avez-vous encore un peu le temps de vous consacrer à vos carrières respectives?

Mowgli : On a fait un peu de place! Du coup, on prend des engagements pas trop contraignants et pas trop longs. Dans la mesure du possible, on essaye de garder un pied dans l'un et un pied dans l'autre parce qu'on ne doit pas perdre non plus cette culture opératique et théâtrale qui nous donne aussi cette légitimité dans ce qu'on fait avec les Stentors. Il ne faut pas perdre notre identité. C'est vrai que ce n'est pas évident au niveau du planning, mais on y arrive tout de même!

Propos recueillis par IdolesMag le 6 juin 2013.
Photos : Bernard Benant
Site web : http://www.lesstentors.com/

 









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