Interview de Daran

Propos recueillis par IdolesMag.com le 28/05/2013.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Daran @ Remi Coignard Friedman

Fraîchement installé au Canada, Daran est de retour avec un superbe septième album, « L’Homme dont les Bras sont des Branches ». Nous avons donc été à sa rencontre afin d’en savoir plus sur la création de ce nouvel opus, mais également sur les raisons qui l’ont poussé à partir vivre de l’autre côté de l’Atlantique. Il nous expliquera que c’est notamment cette véritable culture du live que nous n’avons pas vraiment en France qui l’a incité à partir là-bas. Daran se produira entre autres le 13 novembre prochain sur la scène du Café de la Danse (Paris 11ème).

IdolesMag : Il y a un peu plus de deux ans, vous avez décidé d’aller vivre au Canada. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

Daran : Probablement une certaine peur de la routine qui s’installe. Je crois qu’on peut partir là-dessus. J’ai toujours pensé que l’habitude et la routine étaient les plus grandes ennemies de la création artistique. Et puis, c’était un nouveau challenge… C’est un territoire que j’avais déjà connu et que je connaissais bien. Si on remonte le cours de l’histoire, il faut savoir que la première fois où j’ai entendu un de mes morceaux à la radio, c’était au Québec. Avant l’album de « Dormir Dehors » [« Huit barré », NDLR], j’avais sorti « J’évite le soleil » avec une chanson qui s’appelait « Aquarium » qui était beaucoup passée en radio là-bas. Déjà à l’époque, je m’étais demandé si je n’allais pas profiter de ça pour aller m’installer de l’autre côté de l’Atlantique et enfoncer le clou. Et puis, le deuxième album est arrivé avec « Dormir Dehors » qui a finalement rééquilibré les choses. Je n’ai jamais cessé d’aller au Québec, d’y travailler, d’essayer d’y faire des tournées un peu plus longues que les sempiternelles Francofolies ou les festivals d’été. C’est un territoire qui me rend bien tout ce temps et ce travail investi là-bas. Aujourd’hui, j’en récolte un peu les fruits. Donc, je suis allé là-bas parce que je savais aussi que j’allais beaucoup tourner. Je voulais vraiment ré-axer ma vie sur le live. Et ça tient en un chiffre : j’ai fait 120 concerts depuis que je suis là-bas !

Daran, L’Homme dont les Bras sont des BranchesLes canadiens ont une vraie culture du live qu’on n’a pas ici en Europe.

Une culture totale ! Ce n’est même pas la peine d’envisager ce métier si on ne l’aborde pas de ce côté-là. On fait d’abord du live, après, on pense au disque. À Montréal, quand on tape dans une poubelle, il y a un groupe qui joue. Donc, on fait du live un peu tout le temps. Et ce n’est que quand on a créé un buzz grâce au live qu’éventuellement on fait un disque. Mais ce n’est vraiment pas la peine d’aborder ce métier si on ne fait pas la route sur scène là-bas.

On reparlera un peu du live tout à l’heure, mais restons encore un instant sur le Canada, si vous le voulez bien. Vous y êtes donc arrivé il y a grosso modo deux ans. L’album, lui, est sorti en début d’année dernière là-bas (en février 2012). J’imagine que vous aviez déjà pas mal de chansons dans vos cartons avant le déménagement…

Oui ! J’avais même l’intégralité de cet album. Les maquettes étaient terminées. Il était prêt à être enregistré. J’avais des démos très sophistiquées. Mais par contre, mon premier souci en arrivant là-bas était de remonter un band. Je connaissais déjà des gens, mais j’avais envie de trouver un peu de sang neuf, donc, j’ai commencé à parcourir un peu tous les lieux où ça joue, et Dieu sait s’il y en a ! J’ai formé une équipe de gens très talentueux, des musiciens triés sur le volet. Et en fait, quand j’ai vu à qui j’avais affaire, j’ai désarrangé mes morceaux, je les ai tous remis en guitare/voix. Aucun d’entre eux n’a jamais entendu les maquettes que j’avais faites. Je me suis dit qu’on allait rentrer en répètes et arranger ensemble. Le but de la manœuvre était de faire beaucoup de concerts avant de rentrer en studio. Je voulais que les titres acquièrent la patine du live avant d’entrer en studio, de façon à ce qu’on puisse enregistrer ce disque pratiquement dans les conditions du live, c’est-à-dire, quatre personnes, quatre instruments, pas d’over-dub. Quand j’ai vu à qui j’avais affaire, j’ai choisi de faire ça parce que je voulais profiter de ce son de Montréal, je pense qu’il y a vraiment un son à Montréal. Ça a aussi le grand avantage que maintenant qu’ils sont sur scène, la plupart des choses qu’ils jouent, ce sont eux qui les ont trouvées, donc leur implication est supérieure. Maintenant, avec le recul, on peut dire que ça a été tout bénef…

Donc, les versions qu’on retrouve dans l’album sont les versions de scène.

Tout à fait. Il n’y a pratiquement aucune différence entre l’album et le live. L’enregistrement s’est retrouvé être comme une espèce de polaroïd de ces morceaux qui étaient nés sur scène et qui continuent de vivre sur scène aujourd’hui. À un moment donné, on s’est arrêtés et on s’est fixés sur un disque. Et d’ailleurs, j’ai souvent des gens qui viennent me dire après le concert « c’est incroyable, c’est exactement le son de l’album… » Ben oui ! Forcément. Ce sont les mêmes personnes, le même matériel, les mêmes parties jouées avec la même volonté de bien faire… Donc, le live sonne exactement comme sur l’album et vice-versa.

Et maintenant que l’album est enregistré, est-ce que les morceaux ont encore un peu bougé ?

Pas vraiment. Ils sont restés assez comme sur l’album. Le cheminement qu’on fait parfois sur scène quand on a enregistré un album studio, c’est qu’on a tendance à s’éloigner du son de l’album pour coller aux exigences de la scène. Donc, tout ça, dans notre cas a été fait avant d’enregistrer les titres, donc aujourd’hui ils collent parfaitement aux exigences de la scène et ils ont leur forme définitive faite pour la scène. Le son scène est vraiment très proche de ce qu’on entend sur l’album.

Vous signez la totalité des musiques de l’album. Quel genre de compositeur êtes-vous ? Composez-vous un peu tout le temps, plutôt par phase ou quand vous avez un objectif en tête ?

Effectivement, il me faut un objectif. Je consacre une période à la composition avec un album en vue. Ça peut aussi être plusieurs périodes parce qu’il faut savoir qu’on vit toujours un album en avance. Nous, quand un album sort, les morceaux ont déjà un an et demi ou deux ans. Donc, quand il sort, on est déjà reparti sur le suivant, même au stade de la composition. Donc, je me ménage des périodes où je me dis « là, je vais m’occuper de moi et de mes chansons »… Je fais un peu d’enfermement. Dans ces moments-là, je ressors tout ce que j’ai pu accumuler sur mon petit dictaphone au fil du temps.

Vous gardez tout en fait.

Disons que je stocke plein d’idées sur ce petit dictaphone. Évidemment, une seule sur cent en est une bonne ! Mais je compare ça à des fils de laine précisément parce que je les vois comme des démarrages, des petits bouts de choses en devenir. Je les prends, je tire dessus et je regarde s’il y a de la matière derrière. À un moment donné, la pelote vient et puis voilà !...

Comment travaillez-vous avec vos auteurs ? Vous connaissez-vous assez bien pour qu’ils vous écrivent des titres sur mesure, ou bien leur soufflez-vous des idées ?

Il y a plusieurs cas de figure. Il y a Pierre-Yves Lebert qui a écrit presque 80% de l’album. Il est là depuis trois albums, donc… en ce qui le concerne, il parle comme je parle et il pense comme je pense. Il écrit des choses qui me collent à la peau directement. C’est un de mes meilleurs amis d’ailleurs. On se voit souvent. On partage beaucoup de points communs sur la vie et donc, il sait quand il écrit un texte qu’il sera pour moi ou non. Il sait exactement quoi faire pour que ça marche dans ma bouche. Avec Christophe Miossec, c’est aussi une vieille collaboration. Lui, je lui prends de temps en temps quelque chose parce que ça me touche particulièrement. Et puis, il y a de temps en temps un ou deux invités parce que j’ai eu un coup de cœur sur un texte précis. C’est le cas, sur cet album, de Jérôme Attal et « Polo » Pierre Lamy.

Daran @ André Papanicolaou

Vous travaillez avec Pierre-Yves Lebert depuis de nombreuses années maintenant, n’avez-vous pas peur à un moment donné de la redite ?

C’est une règle générale dans la vie… On peut travailler des dizaines d’années avec des gens, tant qu’ils se renouvellent eux-mêmes. C’est pareil pour les musiciens et tous les gens qui vous entourent. Quand ils ont une capacité à se renouveler, à garder un regard d’enfant et à trouver continuellement de nouveaux angles d’attaque même si c’est le même sujet, il n’y a pas de problème à rester avec eux. Je pense qu’on se sépare quand on pense que les routes doivent se séparer, quand on n’arrive plus à se nourrir l’un l’autre. Mais tant que le ping-pong marche, il n’y a pas de raison de se séparer d’un talent comme celui de Pierre-Yves…

Après écoute de l’album, j’ai l’impression que Daran est un peu plus apaisé que de par le passé. Est-ce que je me trompe ?

Ah… Je ne sais pas si je suis le mieux placé pour en parler… Mais non, personnellement, je n’ai pas cette impression. Peut-être que j’ai gagné en recul et en second degré, avec l’âge… Mais les motivations restent. De toute façon, toutes les choses qui m’embêtent sont loin d’être résolues, donc, j’ai de quoi nourrir encore mes albums pendant un long moment, me semble-t-il.

On vous sent un peu plus serein.

J’ai envie de dire tant mieux. C’est du domaine du ressenti personnel et c’est précisément quelque chose qui m’échappe. Je crois qu’on se trompe si on fait de la musique en pensant aux gens à qui on s’adresse. Je crois qu’il faut faire le meilleur album possible pour soi et puis si ça intéresse les gens, tant mieux. Je serai toujours plus heureux avec un album que j’adore qui ne marche pas que si j’avais dû faire des compromis sur un album qui marcherait du tonnerre. Je souhaite à mon pire ennemi d’avoir une chanson qu’il n’aime pas qui marche…

De toutes les chansons qui figurent sur l’album, y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je dis tendresse, je pense à quelque chose qui s’est passé autour de la chanson, pendant sa création, sur le live ou pendant l’enregistrement.

« Pas Peur », je pense.

Et pourquoi ?

Parce que c’est la seule qui n’a pas suivi le même trajet que les autres. Je me suis dit que pour ne pas qu’on soit trop sur l’acquis, quand on va rentrer en studio, je vais faire la surprise d’apporter une nouvelle chanson que personne ne connaissait. On l’a vraiment faite sur place,  pour garder ce caractère d’urgence et d’instabilité. Je trouve le résultat admirable. Et j’ai d’ailleurs aujourd’hui l’impression que c’est une des meilleures de l’album. Je la mets juste à côté du « Hall de l’Hôtel » de Miossec que j’adore. J’ai l’impression qu’elle fait partie de ces chansons que les gens aiment ou n’aiment pas, mais quand ils l’aiment, ils l’aiment beaucoup. Elle va chercher quelque chose chez les gens, du moins, j’ai cette impression… En tout cas, elle va chercher quelque chose chez moi.

Quel regard jetez-vous sur le téléchargement légal qui permet de télécharger uniquement l’un ou l’autre titre d’un album, et pas son intégralité ?

J’étais farouchement opposé à ce principe ! Je suis de la vieille école et je regrette le vinyle avec sa face A et sa face B. On s’est rendu compte par un sondage que les trois premières chansons d’un album étaient beaucoup plus écoutées que les dernières parce que les gens n’ont plus le temps dans leur vie de mettre un album et de l’écouter jusqu’au bout. Donc, au moins dans le temps, on pouvait choisir de commencer par la face B et donc, les dernières chansons de l’album n’étaient pas laissées pour compte. Mais pour revenir à la question, quand évidemment l’album s’est retrouvé en vente sur iTunes, je ne voulais pas qu’on puisse télécharger les chansons une à une. Je voulais vendre l’album dans son intégralité, quitte à me passer de certaines ventes. C’était ma politique et mon envie, obtus que je suis ! (rires) Mais iTunes ne fait pas ça. On ne peut d’ailleurs pas être présent sur la plateforme si on ne vend pas titre par titre… Donc, finalement, j’ai accepté que ce soit comme ça, je n’avais pas le choix. Et avec le recul, je ne regrette pas que ça ce soit passé comme ça parce que j’ai pu me rendre compte que certaines chansons avaient un impact plus important que d’autres… Et on en revient à cette chanson « Pas peur ». Là, sur ces plateformes de téléchargement, personne ne nous pousse à acheter quoi que ce soit. Les gens écoutent toutes les chansons et ils peuvent acheter ce qu’ils veulent. Donc, c’est vraiment une belle température de ce que le public aime. Et je me suis rendu compte que « Pas peur » était téléchargée à un facteur 5 ou 6 par rapport aux autres.

Daran @ Stéphane Portier

Alors que c’est la dernière de l’album et que si on suit la logique du CD, ç’aurait dû être la chanson la moins écoutée…

Exactement ! Et cette logique du CD comme vous l’évoquez, n’a plus lieu d’être aujourd’hui. Sur l’ordinateur, on peut cliquer sur n’importe quel fichier, n’ importe où, n’importe comment. On peut aussi zapper très vite. Il n’y a plus cette contrainte d’écouter un CD jusqu’au bout.

Il faut dire que les méthodes de consommation de musique changent rapidement aujourd’hui.

Tout est vraiment en mutation aujourd’hui. Je ne sais pas comment ça va retomber, mais pour le moment, je pense qu’on est dans une phase de mutation et… « faut voir… » Je crois que personne ne sait exactement comment ça va se finir tout ça… Il y a les gens qui ont peur d’internet, des gens qui sont contre, d’autres qui sont pour… Il y a ceux qui pensent que c’est une promo géniale, d’autres qui constatent que ça fait perdre des ventes… Tout ça va se re-stabiliser d’une nouvelle façon dans quelques temps. On est juste dans un monde qui change… Et il faut l’accepter.

Vous signez la bande originale du film de Kad Merad, « Monsieur Papa ». Vous y chantez en anglais. Aujourd’hui que vous vivez dans un pays complètement bilingue et dont les deux langues font intégralement partie de la culture, seriez-vous tenté par l’anglais un jour ou l’autre ?

Non. Comme vous le dites, maintenant, je vis dans un pays bilingue et il m’arrive de temps en temps de participer à des choses en anglais… Ce n’est pas par militantisme, mais je crois que je ne pourrais pas assumer des textes en anglais. Plus ça va et plus j’accorde de l’importance au texte. Je crois que je ne pourrais ni assumer ni mordre dans des textes en anglais de la même façon. J’ai besoin de ma langue natale pour être aussi impliqué. J’ai besoin de comprendre les subtilités d’un langage, de voir toutes ses finesses, les subdivisions qu’il peut y avoir. Et je crois qu’on ne peut voir tout ça que dans sa langue natale. Pour pratiquer et comprendre parfaitement une langue étrangère, il faut des années et des années. Donc, pour cette raison, j’aime assumer le français. J’aime chanter « je… », à la première personne du singulier, pour rentrer dans la peau du personnage. Ce que j’aurais beaucoup de mal à faire en anglais.

Comme vous me le disiez tout à l’heure, vous avez toujours presque un album d’avance. Même si « L’Homme dont les Bras sont des Branches » sort à peine ici en Europe, je ne peux m’empêcher de vous demander où vous en êtes dans la création du prochain… Ou est-ce encore vraiment trop tôt ?

L’album est sorti l’an dernier au Canada et il sort en Europe maintenant juste pour des raisons de travail bien fait. Je voulais attaquer l’Europe avec du temps et la conscience du travail bien fait. C’est finalement ce qu’a fait cet album au Canada qui m’a empêché de dégager suffisamment de temps, de trouver ne fut-ce que quinze jours d’affilée, pour venir faire de la promo ou de la scène en Europe. Donc, maintenant qu’il a eu une belle vie au Canada, je peux dégager du temps pour l’Europe et je ne vais pas m’en priver. Voilà donc la raison de ce décalage entre les deux sorties. Ensuite, évidemment, j’ai commencé à stocker des choses, mais leur forme définitive est parfois très éloignée de ce que je fais au départ. J’en suis à quelques chansons guitare/voix, donc, vous me direz que c’est l’essentiel, c’est vrai, mais je n’en suis pas bien loin tout de même. Il n’y a en tout cas rien de concret. Vous savez, je sors un album quand je pense que j’ai de bons titres et de la matière à proposer. Il vaut mieux sortir plus tard un bon album qu’un album médiocre plus rapidement. Comme aujourd’hui, je suis mon propre label, je n’ai personne qui me poursuit pour que je respecte des délais et des contrats.

Est-ce quelque chose qui vous plait d’avancer en indépendant ?

Oh oui !... Vous savez, les labels n’ont plus d’argent non plus. Donc finalement… ça ne change plus grand-chose à ce niveau-là. Avant, ils pouvaient dérouler le tapis à billets verts. Mais aujourd’hui, ils comptent leur argent aussi. Donc, ça revient au même. Par contre, j’avance en indépendant, mais je suis extrêmement bien entouré, évidemment. Je continue à faire de la musique et je ne veux surtout pas tomber dans le piège de faire du business. Il ne faut pas oublier de faire son métier. Je suis donc juste très bien entouré. Et l’indépendance, c’est finalement de choisir les gens à qui on délègue. Elle est là la liberté. On est sûr que l’argent va aller là où il faut. On peut gérer les timings, on peut gérer l’image… J’aime bien la notion d’être un artisan de la musique, comme quelqu’un qui fabrique un meuble, qui en est fier et qui va le vendre. Les gens achètent le meuble parce qu’ils le trouvent joli. J’aime bien cette notion de fabrication, de faire un peu redescendre l’artiste de son piédestal de créateur. Je déteste d’ailleurs ce mot de créer. On ne fait qu’assembler des choses. Donc, je me reconnais bien dans cette définition d’être un artisan de la musique et du disque. On peut vivre aujourd’hui en vendant du disque si on le fait correctement et si on évite de payer une limousine pour aller à Strasbourg faire une radio…

Propos recueillis par IdolesMag le 28 mai 2013.
Photos : André Papanicolaou, Stéphane Portier, Remi Coignard Friedman
Site web : http://www.daran.ca/









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