Interview de Bruno Putzulu
Propos recueillis par IdolesMag.com le 17/06/2010.© Reproduction interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.

Bruno Putzulu est aujourd'hui chanteur. Et c'est le chanteur que nous avons eu le plaisir d'interviewer. Bruno nous parlera longuement de son premier album "Drôle de Monde", qu'il a produit de A à Z et dont il est très fier. Et il peut, cet album est une pure merveille d'authenticité et de sincérité. Vous aurez l'occasion, au fil de votre lecture d'un peu mieux comprendre qui est Bruno Putzulu. Bruno est fragile, on le comprend à l'écoute de son album, vous le comprendrez aussi à la lecture de ces quelques lignes. C'est cette fragilité qui fait toute la force et la puissance de cet album, dont les mots sont particulièrement bien ciselés et les émotions parfaitement justes. Rencontre à fleur de peau avec un artiste touchant...
IdolesMag : Avant de parler de votre album, j'aimerais revenir, si vous le voulez bien sur certains points de votre parcours...
Chantiez-vous quand vous étiez enfant?
Bruno Putzulu : Oui! Tout le temps... J'aimais bien chanter devant ma maman qui me disait que c'était bien ou pas bien, d'ailleurs. Et puis, je me rappelle d'un album en particulier de Maxime LeForestier... C'était un album blanc avec sa tête dessinée sur la pochette [NDLR : "Saltimbanque"]. Durant l'été, je lisais les paroles et je chantais en même temps que Maxime en l'écoutant sur mon tourne-disque! (rires)
Aviez-vous des idoles quand vous étiez jeune ?
J'avais une idole, c'était Bruce Lee. Pour ce qui est des chanteurs que j'écoutais à la maison, il faut que vous sachiez que je viens d'une famille qui a de grands écarts d'âge. Donc, j'écoutais à la fois Berthe Sylva, Rina Ketty, Adriano Celentano, Léo Ferré, les Clash, les Beatles, les Doors... ça allait un peu dans tous les sens...
Et vous étiez du genre à placarder les murs de votre chambre de posters?
Oh oui... C'était Bruce Lee partout partout!

Et plus généralement quelles sont vous influences musicales ?
Ce sont, à vrai dire, surtout les textes qui m'ont influencé. Ceux de Léo Ferré ou de Bashung. Vous savez, aujourd'hui tout le monde aime Bashung, ça paraît même être une évidence de l'aimer, mais ça n'a pas toujours été le cas... Des gens comme Ferrat m'ont beaucoup influencé aussi... Et dans la chanson Italienne, j'aimais beaucoup Angelo Branduardi.
Et puis, je vais vous dire, j'aime beaucoup Johnny Hallyday, et ceci est renforcé du fait que nous soyons devenus amis aujourd'hui... J'ai été à son anniversaire hier soir... Et je peux vous dire que Jojo est toujours là. Il a enchaîné trois chansons, c'était magnifique!
Vous savez, pour en revenir à votre question, il m'est très difficile de vous répondre sur mes influences musicales, parce que je pense que nous sommes aussi influencés par tout ce qui n'est pas conscient... Je m'explique : J'ai beaucoup écouté Bashung et Ferré, et j'ai beaucoup vu Johnny en concert. Il y a des choses qui m'ont touché, que je ne saurais pas expliquer, même si c'est quelqu'un que je connais depuis maintenant 12 ans. Même si j'étais dans sa loge avant qu'il n'entre en scène, dès que j'étais parmi le public, j'étais très ému parce que je ne le reconnaissais pas... Et ça, ça participe certainement à une envie de quelque chose. Peut-être une envie de faire de la scène, peut-être à une envie d'écrire... Et puis, la première chanson que j'ai écrite, c'était pour lui, justement...
Vous n'écriviez pas de chansons quand vous étiez ado?
Non. J'écrivais, bien entendu, mais pas de chansons. Un peu comme tous les ados.
Donc, pour en revenir à Johnny, est-ce que ça a été facile d'écrire une chanson pour lui?
Oui... Parce que ça s'est fait par hasard. Un soir, on a dîné ensemble. Puis on est restés ensemble une bonne partie de la nuit. On a dû se quitter vers deux ou trois heures du matin. On parlait de sujets un peu graves... Et quand nous nous sommes quittés, il m'a embrassé et m'a dit qu'il aimerait une chanson qui parlerait de notre conversation... Il ne m'a pas demandé de chanson, parce qu'il savait que je n'écrivais pas. Je suis rentré chez moi et j'ai écrit la chanson "Ma Vie". Je la lui ai donnée le lendemain, elle lui a plu et il l'a chantée sur son album, "Le Coeur d'un Homme".
Qu'est-ce que ça vous a fait quand vous avez entendu pour la première fois cette chanson chantée par Johnny?
C'était à la Warner. Il m'avait invité pour que je vienne l'écouter et je peux vous dire que j'étais très ému... Très ému d'entendre la voix de Jojo sur mes mots...
Vous êtes devenu le comédien que tout le monde connaît, mais aviez-vous envie de devenir chanteur?
Des envies de chanter secrètes... oui. Mais, vous savez, c'est drôle la vie... Jamais je n'oserais aller chanter dans un karaoké. Durant ces derniers temps, pendant la promo de l'album, je chante sur des plateaux... Et tout d'un coup, je me rends compte que c'est sérieux et que c'est réel. Je me sens prêt, j'ai envie d'y aller... J'ai ce bon trac comme avant d'entrer en scène au théâtre, qui fait que si on me disait 5 minutes avant que c'est annulé, je serais malheureux. Ce n'est pas le trac qui paralyse, mais le trac qui motive.
Donc, cette envie de chanter a certainement toujours été en moi. Vous savez, il y a vraiment un pont entre le chant et le théâtre. J'ai écrit des textes, et je les ai chantés, tout simplement parce que j'avais envie de les interpréter. Comme on interpéterait un texte au théâtre...
Ici, dans vos textes, il y a quelque chose d'un peu plus personnel, non?
Je ne crois pas... Je ne crois pas que ce soit plus personnel quand on écrit soi-même. Je me suis quelques fois bien retrouvé chez des auteurs. C'est ce qui est très émouvant et fantastique quand on est comédien, c'est qu'on se rend compte que tel ou tel auteur a réussi à mettre les mots exacts sur les sentiments qu'on ressent. Evidemment, sur mes propres textes, il y a des choses beaucoup plus personnelles. Je parle de mes parents par exemple. Mais je peux retrouver cette émotion dans des textes au théâtre aussi...
Êtes-vous dans le même état d'esprit quand vous montez sur scène en temps que chanteur ou en tant que comédien? Est-ce la même préparation?
Pas tout à fait, non... Ce qu'il y a de commun, c'est que j'ai énormément le trac avant, que je préfère la solitude avant (j'aime me concentrer dans le silence), que j'ai peur de l'oubli (de texte). Et ce qu'il n'y a pas de commun, c'est la musique! La musique, quand elle y va, elle y va! (rires) Si on a un trou au théâtre, ça peut durer quelques secondes tout au plus et on peut rattraper le train en marche. Alors qu'en chantant, on ne peut pas rattraper le train. Ce train vous laisse sur le bas côté et vous êtes foutu! (rires) Je touche du bois, ça ne m'est jamais arrivé, et j'espère que ça ne m'arrivera jamais!
Avez-vous pris des cours de chant?
Oui, quand j'étais élève au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique à Paris.
Parlons un peu de votre disque, "Drôle de Monde", si vous le voulez bien...
Pouvez-vous me raconter en quelques mots son histoire?
ça a commencé il y a deux ans, par l'écriture de textes. Ensuite, j'ai rencontré Bob Lenox, le compositeur, et on a réalisé une maquette. Et puis, nous sommes partis à Berlin pour l'enregistrer. De retour à Paris, j'ai rencontré Didier Pascalis du label Tacet et voilà... le disque est enfin sorti.
Certains auteurs disent souvent qu'écrire est une forme de thérapie, est-ce le cas pour vous ?
Oh... s'il suffisait d'écrire pour être guéri de ses blessures... Ce serait tellement bien, j'écrirais tous les jours! Vous savez, écrire, c'est une manière d'aller bien sur le moment. Mais ça ne règle rien pour le jour d'après. Ecrire, ça permet d'être heureux et faire ce qu'on a envie sur le moment. C'est un peu comme quand vous sortez de scène au théâtre, que vous allez dîner et que vous refaites la pièce avec les autres acteurs... On a tous le sentiment commun que tout s'est bien passé. Et tout d'un coup, vous êtes pris d'une angoisse en pensant à demain. Demain, c'est nouveau, c'est un autre jour... Il faut tout réinventer le lendemain. Et c'est ce même sentiment que j'ai quand j'écris mes chansons. J'ai encore mes parents, mais quand j'écris sur la disparition tant redoutée des gens que j'aime, ça ne règle rien... Après avoir écrit, j'ai toujours la même appréhension, sauf qu'entre temps, j'ai écrit une petite chanson... Cette chanson, j'aime bien la chanter, mais ça s'arrête là. Il faut se méfier des grandes phrases et des grands mots. En tout cas, pour moi, ce n'est pas une thérapie... Je vois plus l'écriture dans une démarche artistique.
Comment avez-vous choisi les musiciens qui jouent sur l'album ?
Je ne les ai pas choisis, en fait! Quand j'ai rencontré Bob Lenox, qui est Américain et qui a joué aux côtés de Jimmy Hendrix et Tina Turner, il m'a dit qu'il aimerait voir mes textes. Après les avoir lus, il m'a dit qu'il avait envie de composer les musiques... J'ai rencontré encore par hasard Eric Saint-Laurent qui était de passage à Berlin, grâce à Tony Ballargeat avec qui j'ai un projet de film. Bob Lenox habite à Berlin aussi. Comme les deux étaient à Berlin, et que j'avais envie de travailler avec eux, et que je savais qu'Eric ne resterait pas longtemps à Berlin, j'ai décidé de produire mon album, puisque je n'avais pas le temps de chercher une maison de disques. Et je suis parti à Berlin. ça me coûtait moins cher de me déplacer à Berlin plutôt que de faire déplacer tous les musiciens à Paris. Donc, les musiciens qui m'accompagnent m'ont été conseillés par Bob Lenox.

Vous avez aussi composé deux musiques sur l'album.
Oui, effectivement. J'ai écrit les musiques de "L'Amour" et "Drôle de Monde".
Vous composez avec quel instrument?
Euh... mon I Pod! (rires) Je ne joue d'aucun instrument, en fait. Ces airs me sont venus en tête et je les ai enregistrés sur mon I Pod en chantant. Et les musiciens ont refait la ligne mélodique.
Si je vous demandais de me définir votre "Drôle de Monde", que me diriez-vous?...
Que c'est un "Drôle de Monde" qui n'est pas forcément drôle... "Drôle de Monde", c'est dans l'idée d'étrange, bizarre, inquiétant. Il suffit d'écouter, d'entendre et de regarder autour de nous... et on se rend compte que ce "Drôle de Monde" n'est pas drôle!
Comment Elsa Lunghini est-elle arrivée sur cet album ?
J'avais rencontré des chanteuses, et après ces rencontres, je n'étais pas enchanté. Et le hasard (toujours le hasard!) a fait que mon agent était aussi celui d'Elsa. Nous nous sommes rencontrés avec Elsa à une terrasse de café. Je lui ai donné le texte de la chanson d'Yves Simon, qu'elle ne connaissait pas. La chanson lui a plu et elle m'a dit oui tout de suite. Ensuite, elle m'a rejoint à Berlin pour enregistrer cette chanson. Je peux même vous dire qu'Yves Simon a écouté le duo et qu'il a beaucoup aimé...
Comment avez-vous eu l'idée de reprendre une chanson d'Yves Simon ?
J'aime vraiment beaucoup Yves Simon. Je ne vous l'ai pas cité tout à l'heure, mais il fait partie de ceux que j'aime beaucoup. Je cherchais un duo et cette chanson, qui n'est pas un duo à la base, me semblait écrite pour se répondre. Je connais assez bien la chanson Française, j'ai écouté beaucoup de choses, mais cette chanson a été comme une évidence.
Et c'était important pour vous d'avoir un duo sur l'album?
Non, ce n'était pas important, mais j'en avais envie... Là encore, c'est plutôt le texte qui a fait que j'ai eu envie d'en faire un duo.
Tout part du texte pour vous?
Pas forcément... Bob Lenox m'a aussi parfois donné des musiques, et j'ai écrit un texte dessus. Parce que tous les textes n'étaient pas écrits quand j'ai rencontré Bob Lenox.
Avez-vous envie de monter sur scène pour défendre cet album ? Une tournée est-elle prévue ?
Et bien oui!... Vous arrivez même au bon moment, pour tout vous dire... J'ai reçu une bonne nouvelle ce matin d'un tourneur avec qui je rêvais de tourner! Il m'a dit qu'il aimait beaucoup l'album et qu'il était OK pour une tournée...
Ce sera à la rentrée?
Non, pas à la rentrée parce que j'ai une pièce de théâtre prévue, "Caligula". Ce sera certainement pour l'année prochaine.
C'est excitant pour vous?
Ouh la la... Très excitant! Aujourd'hui, je suis heureux comme un gamin... Surtout que je ne les avais pas sollicités au départ. Ils ont écouté le CD, et le hasard a fait que... ils m'ont contacté!
C'est chouette, c'est une nouvelle aventure qui commence pour vous?
Oui, une très belle aventure!
Pensez-vous que cet album est une sorte de parenthèse musicale dans votre carrière, ou avez-vous envie de continuer cette aventure?
En tout cas, même si ça en restait là, ce serait très loin d'être une parenthèse. Parce que ce disque, en ce moment, c'est toute ma vie. D'ailleurs, il faudrait que je fasse un peu autre chose (rires), mais tout tourne autour de l'album en ce moment. Et le fait de partir en tournée dit aussi que cette aventure musicale va continuer encore longtemps. Je ne sais pas si je referai un jour un album... Je l'espère... Mais il faudra que ça repasse par un besoin ou une nécessité d'écrire. En ce moment, je n'écris pas, j'espère que ça reviendra...
Quel regard portez vous sur les autres acteurs chanteurs et les actrices-chanteuses ?
ça a toujours existé. J'ai toujours beaucoup aimé Serge Reggiani, par exemple. Il a une voix qui me touche énormément quand je l'entends chanter. Nous le faisons tous pour des raisons certainement très différentes. Acteur, comédien, chanteur, c'est un ensemble dans le fond. Vous savez, je me sens parfois beaucoup plus proche de certains ébénistes que de gens qui exercent la même profession que moi!
Quand on écoute chanter un acteur ou une actrice, il y a toujours un phrasé très spécifique...
Pour moi, chanter, ce n'est pas faire des vocalises. C'est une manière de penser et d'interpréter un texte en chantant. Je ne veux surtout pas faire des effets de voix ou une performance technique. Chanter, ça doit passer par le coeur. C'est une émotion qui passe par l'interprétation. C'est peut-être d'ailleurs pour cela qu'il y a beaucoup de comédiens qui se mettent au chant, parce que tout paraît lié. D'ailleurs, il y en a toujours eu des comédiens qui chantent, ce n'est pas nouveau...
Vous qui avez été "césarisé", attachez-vous de l'importance aux récompenses ? Aimeriez-vous recevoir une victoire de la musique ?
(rires) Malheureusement, oui, j'attache de l'importance aux récompenses. Je comprends ceux qui n'y attachent pas d'importance, mais je vous mentirais si je vous disais que c'était le cas pour moi. Je ne cours pas après la récompense, ma vie ne tourne pas autour de ça, mais je prends ça pour un encouragement, comme un écho. Vous savez, je n'y pense même pas aux Victoires de la Musique. J'ai un petit label, un petit distributeur. Je n'ose même pas y penser!
Pourtant votre disque est de qualité.
Merci. Mais je ne vais rien vous apprendre en vous disant qu'il y a aussi une réalité commerciale...
Bien entendu, c'est très difficile, et plus la structure est petite, plus il est difficile de se faire entendre...
Effectivement. Je vais vous donner un exemple, j'ai commencé la promo de l'album à sa sortie. Mais comme les petits distributeurs ne sont pas pris au sérieux, et bien il a fallu plus de 15 jours avant que le disque n'arrive dans les bacs... Les disques étaient bien arrivés, mais pas mis en place, ils restaient dans les stocks... C'est un peu comme si on vous disait que comme vous avez une petite structure, vous n'avez pas le droit de vous exprimer. C'est un peu dommage.
J'ai la chance de pouvoir faire une jolie promo qui dure longtemps, parce que j'ai mon nom qui joue pour moi. C'est terrible!
Je vais encore vous donner un exemple : je ne passe en radio que lorsque j'y suis invité, sinon, on ne passe pas mes chansons... Comment voulez-vous que le public connaissent mes chansons?...
Là, en vous produisant vous-même, vous avez une entière liberté.
Oui. Effectivement. Vous savez, j'ai tout payé sur cet album, l'enregistrement, le mastering, les hôtels, les restaurants, l'attaché de presse, etc... Je savais bien que ce n'était pas un investissement financier extrêmement rentable... (rires) Mais je suis heureux que ce projet existe. Aujourd'hui, les grandes maisons de disques vous demandent d'écrire de telle ou telle façon. Je suis allé en voir certaines avec ma maquette, et on m'a répondu que c'était bien, mais que ce serait plus vendeur si j'écrivais autrement... Avec des arguments pareils, nous ne pouvions pas nous entendre!
Et au niveau de la promo, est-ce plus facile pour un film ou une pièce de théâtre?
Oui, déjà, parce que vous êtes plusieurs, et ensuite, vous n'êtes pas impliqué de la même manière. J'ai ressenti un peu ça aussi quand mon livre d'entretiens avec Philippe Noiret est sorti, mais c'était un peu plus facile car il était sorti chez Flammarion.

Connaissez-vous votre public en tant que chanteur?
Et bien... j'ai des retours sur mon site internet, sur mon facebook aussi... Ce sont des gens de tous âges, très sympathiques!
Qu'est-ce que ça vous a fait quand vous avez vu votre CD pour la première fois dans un magasin?
Vous ne le croirez pas... Je l'ai pris en photo! (rires) J'ai fait attention à ce que personne ne me voit pour ne pas me choper la honte. ça m'a touché énormément. C'est paradoxal, mais vous savez, quand j'ai vu mon livre au mileu des autres livres et mon CD au milieu des autres CDs, j'ai eu le même sentiment : je me suis dit que tout était fini, que tous mes rêves étaient finis... Je me demandais qui aurait l'envie de se procurer ce livre et ce CD parmi les autres...
Qui écoutez-vous aujourd'hui?
Beaucoup de musique Italienne, comme Lucio Battisti, Andriano Celentano, qui dans ses derniers albums est beaucoup plus noir. J'écoute beaucoup Bashung et Hallyday aussi. Quand on écoute du Ferré ou du Bashung, c'est comme si on redécouvrait quelque chose à chaque fois. J'aime beaucoup Brel dans ses chansons sur l'amitié. "Le Bon Dieu", je pourrais l'écouter tout le temps...
Enfin, j'aimerais vous poser quelques petites questions, et vous proposer un petit jeu, si vous le voulez bien...
Pensez-vous que nous vivons dans un "Drôle de Monde" ?
Oui. Par exemple, en ce moment, quoiqu'il arrive, on nous dit que c'est dû à la crise... Les hommes politiques sont ravis de se cacher derrière la crise! Comme si la crise était une malédiction que le petit Jésus nous aurait envoyée!... Nous vivons dans un drôle de monde... Nous en parlions d'ailleurs souvent avec Philippe Noiret.
Etes-vous un mec fragile ?
Oui... Plus je vieillis, plus j'ai peur de tout... C'est pour cela que je regrette l'insouciance de l'enfance. L'idée qu'à cette époque, la mort n'avait pas encore le dernier mot. C'est pour cela que j'aime jouer et chanter. Au moins, pendant ce temps-là, la mort n'a pas le dernier mot... Je n'ai pas peur des gens, mais j'ai peur de tout le reste... peur du temps qui passe, peur de perdre les gens que j'aime... Je suis triste d'en avoir déjà perdu certains.
Etes-vous un solitaire ?
Oui, très solitaire...
Est-ce que vous êtes un grand voyageur?
Non, j'ai beaucoup voyagé de par mon métier, mais ça s'arrête là. La chanson "Tcheker Tcheker Tcheker" parle de ça. Mais mettre les voiles, c'est aussi mettre les voiles dans sa tête. Partir, c'est aussi repartir toutes les semaines en Normandie et rejoindre mes parents et mes frères. Je le dis dans la chanson "Quitter nos vies rétrécies, Fausser compagnie à tous nos soucis", les grands départs sont souvent d'abord pris dans la tête...
Une partie de votre album est très nostalgique, l'êtes-vous, vous-même ?
Très aussi... La mélancolie et la nostalgie font partie de moi. Je ne suis pas passéiste, bien entendu. Mais comme je vous le disais, hier, j'étais moins vieux. Si je pouvais revenir à l'âge de 8 ans, je le ferais...
Une autre partie est plus légère... Peut-on dire que Bruno Putzulu est un petit coquin?
Euh... oui! (éclats de rires) oui oui...
Vous avez une voix très sensuelle... En avez-vous conscience et en jouez-vous?
Je n'en joue pas! C'est juste ma voix. Ce qui décide de telle ou telle intention ou émotion, ce sont les textes. Quand je chante "Poupée à fric", la voix n'est pas la même que quand je chante "Quand j'étais petit". Parce que quand je chante "Poupée à fric", c'est quelque chose de plus ironique en moi qui chante. Et quand je chante "Quand j'étais petit", c'est quelque chose qui fait appel à la voix de l'enfance. Vous savez, c'est un peu comme quand vous vous retrouvez seul avec vos parents, vous redevenez un peu enfant. Et vous reprenez inconsciemment la voix de l'enfance. Donc, la voix varie en fonction des textes. Si je chante "je t'aimais, je t'aime plus", malgré la rupture, je chanterai toujours un peu dans la séduction, parce qu'il y a une femme en face de moi.
Quels sont vos projets à la rentrée ?
C'est un tournage, et puis "Caligula" de Camus au Théâtre. Je le jouerai à Paris et en tournée.
Enfin, je vais vous donner quelques mots, pourriez-vous me dire ce qu'ils vous évoquent instinctivement?
Georges Bernanos
"Oh! Je sais bien ce qu'a de vain ce retour vers le passé. Certes, ma vie est déjà pleine de morts. Mais le plus mort des morts est le petit garçon que je fus. Et pourtant, l'heure venue, c'est lui qui reprendra sa place à la tête de ma vie." C'est une phrase de Bernanos que j'aime beaucoup. Elle figure d'ailleurs dans mon album et dans mon livre. Cette phrase compte beaucoup pour moi. Philippe Noiret l'aimait beaucoup aussi...
Maurice Blanchot
(rires) Pareil, je le cite dans l'album. J'aime beaucoup son livre "L'arrêt de mort" d'où est issue cette phrase. Le voeu des enfants recoupe la réalité du monde. ça me touche beaucoup cette idée là...
Français
Le meilleur et le pire.
Caméléon
Acteur, comédien... Le caméléon, c'est aussi aller vers l'auteur, vers le rôle, tout en proposant sa propre personnalité. Changer un peu, bouger un peu, en fonction des rôles.
Appât
Mon premier film avec un rôle important. C'était un film de Bertrand Tavernier. Ça m'évoque aussi Marie Gillain. J'ai toujours adoré tourner avec des Belges... Cécile de France, Marie Gillain... Parce que, à chaque fois, c'est sympa et simple. Et j'aime la simplicité.

Philippe Noiret
Je pense à lui tous les jours. Une des dernières choses qu'il m'ait dites, c'est "Mon grand, on se complique trop la vie". Il a pris mes mains et me les a embrassées en me disant ça. J'y pense souvent...
Sentiments
"La Fabrique des Sentiments", un film de Jean-Marc Moutout que j'ai tourné avec Elsa Zylberstein...
Les sentiments, on ne sait jamais s'ils sont sincères ou fabriqués. Peut-être qu'ils sont sincères à un moment, puis fabriqués par la suite. Ou inversement. Ces sentiments-là sont difficiles à cerner...
Toutainville
Mon village. C'est ma grille de lecture du monde. C'est là où j'aime courir le matin, c'est là que les gens me saluent en disant "Nono"... Je suis dans mon assiette là-bas. Ce sont mes racines...
Les Passagers
Un film de Jean-Claude Guiget, qui n'est plus là aujourd'hui... "Les Passagers", c'est un cinéma à part qui peut de moins en moins exister. Mais c'est un film très important pour moi, parce que c'est en voyant ce film que Jean-Luc Godard a voulu me rencontrer.
Infidèle
Hélas! Je ne sais pas ce que veut dire le mot "infidèle", peut-être veut-il dire "être fidèle à soi-même"? (rires) Je m'en tire pas mal, vous ne trouvez pas? Infidèle, c'est le goût de la vie... Mais je n'ai jamais été infidèle en amitié. Jamais.
Cupidon
Pardon? (rires) On y croit toujours et puis, le désir physique va en s'émoussant puis les sentiments en prennent un coup. C'est terrible quelque part. Je me demande si je n'aime pas mieux l'idée d'être amoureux plutôt que l'amour... C'est pour cela que le Don Juan de Molière est remarquable.
Bruno
Et bien, c'est moi, tout simplement. Je ne suis pas mécontent d'être comme je suis. J'aimerais avoir plus la mémoire des noms et des prénoms, être plus physionomiste. A part ça, je suis comme ma famille m'a sculpté, et ça ne me déplaît pas...
Propos recueillis par IdolesMag le 17 juin 2010
-> Plus d'infos : http://www.brunoputzulu.com/
-> La critique de "Drôle de Monde" de Bruno Putzulu par IdolesMag
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