Interview de Mac Guffin

Propos recueillis par IdolesMag.com le 12/04/2013.
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Mac Guffin, DR

Le premier EP de Mac Guffin, tandem nantais aux influences Hitchcockiennes composé de Barbara Kawohl  et Damny (La Phaze), est attendu avant l’été. L’album, quant à lui devrait sortir en janvier prochain. Séduits par le son et l’originalité de ce projet, nous avons été à la rencontre de Mac Guffin pour en savoir un peu plus. La musique de Mac Guffin séduira ceux pour qui l’expérience sonore s’accompagne d’images, qu’elles soient suggérées ou diffusées, comme ils le font lors de leurs concerts. C’est Barbara, la chanteuse et l’auteure, qui  a répondu à nos questions.

IdolesMag : Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés tous les deux avec Damny ?

Barbara Kawohl de Mac Guffin : On avait des connaissances communes sur Nantes. Le monde est petit. On se voyait de temps en temps, on fréquentait souvent les mêmes lieux. Damny était pas mal parti avec son groupe, La Phaze, mais quand il rentrait au bercail, on se voyait régulièrement sur Nantes.

Quand avez-vous décidé de faire de la musique ensemble ?

Au cours d’une conversation, on se racontait nos projets. Il avait besoin d’une voix féminine. Et en blaguant, il me dit « tu pourrais peut-être le faire ! » Je ne savais pas si je serais à la hauteur, mais ça me tentait et ça m’amusait de chanter dans un micro ! Du coup, il m’a invitée dans le studio qu’il avait à l’époque et on a fait un essai. Finalement, j’ai découvert que je ne chantais pas trop mal. Et puis, tout naturellement, on s’est dit qu’on allait peut-être passer à autre chose. J’écrivais déjà des textes à l’époque. Pas forcément pour les mettre en musique, mais j’aimais bien écrire et donc, j’avais déjà quelques petits textes. Du coup, on a commencé un peu comme ça, lui me proposait des musiques et moi, j’écrivais des textes.

Le projet pour lequel Damny cherchait initialement une voix féminine n’était pas du tout Mac Guffin.

Ah, non, pas du tout. C’était vraiment quelque chose de très différent et de ponctuel, qui d’ailleurs, je pense n’est jamais sorti. Ça n’avait vraiment aucun rapport avec Mac Guffin. Mac Guffin, c’est vraiment venu par la suite au bout de plusieurs titres que nous avions faits ensemble. Le travail qu’on avait fait nous avait bien plu et on s’est dit que ce serait sympa de continuer.

Tu viens de me dire que tu t’occupais des textes. Comment bossez-vous tous les deux ?

Moi, je m’occupe des textes et de la mélodie. Damny s’occupe de tout ce qui est musique. Tu sais, je ne suis pas du tout musicienne. Je n’y connais franchement rien du tout, je ne sais que chanter, et écrire à peu près bien ! (rires) Damny est vraiment sur tout ce qui est musical, arrangements, etc… Pour ce qui est concrètement du travail des chansons, on a défini dès le départ à peu près où on voulait aller. On a beaucoup parlé et au fil des conversations, quand il m’a un peu mieux connue, il a compris ce que je voulais. Et donc, aujourd’hui, c’est lui qui m’amène des musiques au départ et quelques notes. Après, si ça plait, on produit un petit peu plus. Moi, j’écris une fois que j’ai la musique, j’imagine la mélodie, et puis je pose les mots. Je ne travaille jamais dans un autre sens. Et les mots viennent en anglais spontanément.

J’allais justement te poser la question… les mots te viennent donc spontanément en anglais.

(rires) Oui. En fait, j’écoute plutôt de la musique anglophone. J’ai pas mal voyagé, donc, je ne me débrouille pas trop mal en anglais. Et puis, franchement, je trouve que ça sonne mieux parfois. Et ici, c’est le cas. C’est aussi plus facile de raconter certaines choses dans une langue qui n’est pas la tienne. Ça joue aussi beaucoup. On ose dire plus de choses.

Écris-tu depuis longtemps ? Écris-tu beaucoup ?

Oh non. Je n’ai pas noirci des pages et des pages. Ce sont quelques petits textes par-ci par-là. Je pense que ça m’est venu à l’adolescence. J’aimais bien écrire. Je n’ai jamais été très à l’aise à l’oral. J’écrivais donc des petits textes comme ça. Au départ, ça faisait partie du journal intime, et aujourd’hui, c’est devenu des chansons.

Comment avez-vous choisi ce nom de groupe, « Mac Guffin » ?

C’est moi qui l’ai choisi parce qu’en fait, je suis fan d’Alfred Hitchcock. Le Mac Guffin est un terme qui a été utilisé pour la première fois par Alfred Hitchcock. Le Mac Guffin, dans l’intrigue d’un film, c’est l’élément qui n’a pas vraiment d’importance pour le spectateur mais qui permet le déroulement de l’intrigue. Ça peut être un personnage qu’on ne verra finalement jamais dans le film, ou un petit microfilm dans un film d’espionnage, ou un texte ou un document quelconque. C’est quelque chose qu’on ne verra peut-être jamais mais après lequel le héros court finalement. C’est ça le Mac Guffin…

 

Quand a-t-il été vraiment question de concrétiser le projet par la sortie d’un EP et celle d’un album ?

La production s’est faite sur à peu près un an et demi. On a vraiment commencé par une chanson, puis deux, puis trois… Quand on a eu à peu près 5 chansons, on s’est dit « Ouh la ! On a quand même cinq titres qui tiennent la route, il va peut-être falloir commencer sérieusement à faire quelque chose… » On ne voulait pas que ces titres restent dans les placards juste pour les amis et la famille. On les avait fait écouter à notre cercle proche et les réactions étaient plutôt encourageantes. Ça leur plaisait bien. Et moi, franchement, ça me plaisait de plus en plus aussi. Plus je chantais, plus j’avais envie de chanter. Et plus j’écrivais, plus j’avais envie d’écrire…  On a décidé au bout d’un an de s’y mettre sérieusement. On a écrit à peu près quarante morceaux avant d’en sélectionner onze qui devraient figurer sur un album. Et sur le EP, il y aura quatre titres.

Mac Guffin, DR

Où en êtes-vous concrètement aujourd’hui ? Le EP est attendu pour juin et l’album probablement pour janvier 2014, d’après ce que j’ai pu lire.

C’est ça. Les quatre titres qui figureront sur le EP sont définis. Pour ce qui est de l’album, on a quelques titres. Avec le temps, d’ici janvier, on risque encore de produire quelques chansons, donc on se laisse le temps. Finalement, je ne sais pas combien de titres figureront dessus, mais là, on en a onze ou douze qui tiennent déjà la route.

Quels thèmes abordes-tu dans tes chansons ?

Je suis une fille… donc je parle d’amour, des déceptions, des conséquences, etc… Je parle aussi d’une maladie mentale, la schizophrénie. J’évoque également des choses un peu plus romancées. En rapport à mon amour pour Hitchcock, il y a un titre qui parle d’un meurtre, un autre d’espionnage. Et puis, il y a aussi des sujets nettement plus perso, comme un ami qui nous a quittés… Ce n’est pas que noir ! Il y a un peu de tout…

Il y a toute une ambiance dans les chansons, quelque chose de très cinématographique quelque part. Rien que le nom du groupe amène déjà d’ailleurs sur cette voie… Avez-vous développé les chansons dans cet esprit-là comme on construit un scenario ?

Ce n’est pas forcément voulu, mais effectivement, on s’en est rendu compte au fur et à mesure… On ne peut pas dire qu’on a construit un scenario tout au long de l’album, mais c’est vrai qu’il y a des titres très cinématographiques. Tu sais, j’adore Hitchcock, donc…

Il y a tout de même une trame tout au long des titres.

Oui. C’est un fil rouge. On va retrouver des images pratiquement sur chaque titre. D’ailleurs on en projette sur scène. C’est moi qui fais les montages pour accompagner la musique. Il y a pas mal d’images de films d’Hitchcock, pas mal d’images de films noirs des années 40 à 80. Donc, oui, il y a une trame qu’on retrouve clairement sur scène, et que fatalement on va retrouver dans le projet. J’aime bien travailler dans l’esthétique.

A contrario, aimeriez-vous écrire des chansons dans un cadre imposé pour une fiction par exemple ?

Ah oui, ça nous plairait. Damny a fait une formation de musique à l’image, et donc de la musique au cinéma. C’est quelque chose qu’il connait bien. Et moi, je pense que ça me plairait aussi beaucoup. On a tous les deux beaucoup d’influences cinématographiques, donc, oui, je pense que ça nous plairait beaucoup. Ce serait super !

D’autres personnes sont-elles venues vous rejoindre sur ce projet ?

Oui ! Il y a deux featurings. Notamment un sur « Knife Edge » qui figurera sur le EP. C’est un  featuring en musique avec Line Kruse, la violoniste du Gotan Project.

Comment est-elle arrivée sur le projet ?

C’est un ami à moi qui nous a mis en relation avec elle. Il trouvait que ça pourrait être bien. Et effectivement, il avait raison.

Et le deuxième featuring ?

C’est avec N’Fa Jones, un rappeur australien. Et c’est ce même ami qui nous a mis en relation. C’est un titre un peu plus pop. Il n’est pas encore très connu en France N’Fa Jones, mais nous, on aime beaucoup ce qu’il fait.

Tu me dis que ce titre sera un peu plus pop. Vous mettez-vous des limites pour aller explorer tel ou tel registre musical ?

On fait en sorte qu’il y ait une cohérence tout de même. En fait, les limites, on se les fixe naturellement. C’est juste « on aime ou on n’aime pas ! » (rires) De toute façon, moi, quand je n’aime pas, je bloque tout de suite. Et donc, on arrête pour ne pas perdre de temps. Disons qu’on a essayé de proposer un disque assez homogène. Il y a certains titres qu’on a recalés parce qu’ils n’étaient pas à la hauteur des autres.

Passez-vous beaucoup de temps sur les titres ?

Sur certains titres, on s’est dit que ça n’allait pas et que ça ne valait pas la peine d’aller plus loin. Et finalement, on a laissé une chance à certains de ces titres et on s’est rendu compte qu’en changeant pas grand-chose dans les arrangements ou en modifiant un peu la production, on arrivait à quelque chose de pas mal. Il ne faut pas se braquer tout de suite. Moi, j’aurais eu tendance au départ à laisser tomber directement. Je ne faisais pas d’effort d’imagination. N’étant pas musicienne, je n’arrivais pas à me projeter sur un titre final. Par contre, maintenant que je suis un peu plus au fait de ce qu’on peut faire, je commence à le sentir assez vite quand un titre a du potentiel.

Il y a un clip en préparation, sur le titre « Apple Spy ». Pourquoi avez-vous choisi ce titre ?

On a demandé autour de nous les titres que les gens aimaient le mieux. Et « Apple Spy » faisait partie de ceux qui ressortaient souvent. Personnellement, je trouve qu’il reflète assez bien notre univers, même s’il est assez lumineux et up-tempo. C’est un titre un peu différent des autres, mais dans l’esprit, il résume bien les autres chansons. On y retrouve Hitchcock aussi. On pensait que ce serait un titre qui pourrait plaire, tout simplement. Un titre un peu moins compliqué et moins complexe que d’autres, peut-être…

Mac Guffin © Arnaud MaillardPeux-tu m’en dire un peu plus sur le clip ?

On a deux réalisateurs qui vont plancher dessus. Il y a d’abord Jérôme Chantal, un jeune réalisateur nantais qu’on a contacté en premier. Il avait envie de travailler avec un certain Didier Poiraud, qui est un des frères Poiraud qui est notamment à l’origine d’ « Atomik Circus » et de pubs assez mémorables comme Orangina et des choses comme ça. Il avait très envie de bosser avec nous parce qu’il a beaucoup aimé notre musique. Donc, on se retrouve avec deux réalisateurs, un super décor, qu’on ne va pas dévoiler tout de suite… Disons que ce sera dans une ville assez sympa, avec de belles voitures,… un décor assez sympa ! Ce sera quelque chose de très sympa. Et puis, Nicolas Ullman viendra nous rejoindre. C’est un transformiste qui fait des soirées mémorables sur Paris.

Ce sera tourné à Dinard, c’est bien ça ?

Oui, c’est ça… Tu sais tout, toi ! (rires)

Pourquoi avoir fait le choix de le faire produire par les internautes sur Kiss Kiss Bank Bank ?

Je ne connaissais pas du tout. Et à vrai dire, on n’a pas énormément de moyens, donc, on s’est dit « pourquoi pas ? » On a fait appel au moins à notre cercle privé pour essayer de rassembler des fonds pour faire quelque chose de bien. On s’est dit qu’il fallait mettre un peu les moyens pour faire un beau clip. Et c’était un moyen comme un autre de réunir de l’argent, tout simplement.

C’est un peu risqué ce genre de production, non ? On ne sait pas toujours comment le public va réagir…

C’est sûr, mais on a confiance en notre projet. Donc, on a confiance dans le fait que les internautes vont nous soutenir. Les gens qui nous ont aidé jusqu’ici sont vraiment des gens qui sont super emballés et qui nous font entièrement confiance. Je me dis que c’est bon signe.

J’aimerais aborder un instant la scène, qui est quelque chose de tout nouveau pour toi… Est-ce quelque chose de très écrit ou plutôt de très spontané ?

C’est forcément spontané puisque je n’étais jamais montée sur scène… Comme tu viens de le dire, c’est tout nouveau pour moi. Ce soir, par exemple, je monte sur scène pour la troisième fois de ma vie… Si on excepte la fois où je suis montée sur scène quand j’avais treize ans pour une pièce de théâtre ! (rires) Donc, c’est forcément spontané. Là, je ne vis que des premières fois… C’est le bonheur sur scène. J’adore cette montée d’adrénaline…

Et puis tu t’impliques pas mal sur scène.

Oui. Les vidéos qui sont diffusées sur scène, c’est moi qui les assemble. C’est la trame du show.

Était-ce important à tes yeux d’apporter cet élément visuel en plus du son ?

Oui. À partir du moment où on faisait quelque chose en rapport avec Hitchcock, il fallait qu’il y ait des images et qu’il y ait des références au cinéma sur scène. Et puis, je trouve ça beau, tout simplement. En fait, je collectionnais les petites images sur internet depuis un petit moment déjà. Du coup, j’ai commencé à faire des petits montages et j’ai trouvé que ça habillerais bien le live.

Avez-vous pensé à la scène quand vous avez créé les morceaux ?

On ne peut pas dissocier la scène du reste aujourd’hui. Donc, oui, on a pensé à la scène dès le début. On s’est posé la question de savoir comment les morceaux allaient rendre sur scène. Et pour l’instant, on fait avec les moyens qu’on a. On ajoute des choses au fur et à mesure. On espère pouvoir proposer un show un peu plus élaboré plus tard. On travaille beaucoup sur le live.

Quelle formation avez-vous actuellement ?

Nous sommes trois sur scène. Damny m’accompagne pour le moment. Ce n’est probablement pas définitif parce qu’il mène d’autres projets en parallèle, mais pour l’instant, c’est comme ça. Et puis, on a Morguy, un guitariste, à nos côtés.

Avant de te quitter, j’aimerais en savoir un peu plus sur ton parcours… Qui écoutait-on chez toi quand tu étais gamine ?

Ah Ah ! (rires) J’avais trois grandes sœurs, et donc j’écoutais plus ce qu’elles écoutaient. Disons que dans ma chambre de petite fille, on écoutait du Niagara, du Serge Gainsbourg, du Noir Désir… Ce sont les premiers noms qui me viennent en tête. Plus tard, j’ai été très branché Renaud, Brassens, etc…  Et après, je suis devenue très hip hop.

C’est tout de même un comble !… Là tu viens de me citer Gainsbourg, Renaud et Brassens et aujourd’hui tu écris en anglais !!

(éclats de rires) Je sais… Mais après, ça a changé, je suis plus partie sur du hip hop américain, du rock anglais et ce genre de choses. La chanson française, ça a vraiment été mon enfance. Après, j’ai pris d’autres chemins… Aujourd’hui, j’écris en anglais parce que ça me paraît plus naturel.

Y avait-il des artistes dans ta famille ? Quelqu’un qui t’aurait donné le goût de la musique et de la scène ?

Non, pas vraiment. Mais j’ai pris des cours de solfège parce que j’avais envie de faire de la musique. Je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire, en fait. J’avais une bonne oreille en tout cas. Et le chant, c’est venu tout naturellement. Je chantais dans ma voiture et sous la douche, c’est tout.

Et aujourd’hui, c’est devenu sérieux !

Oui, c’est devenu sérieux en peu de temps, c’est clair !

Propos recueillis par IdolesMag le 12 avril 2013.
Photos : Arnaud Maillard, DR
Site web : http://www.facebook.com/macguffinproject









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