Interview de Zoufris Maracas

Propos recueillis par IdolesMag.com le 02/05/2013.
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Zoufris Maracas, Prison Dorée

Sorti en 2012, « Prison Dorée », le premier album de Zoufris Maracas, dénonce, avec une bonne dose d’humour et de bonne humeur, les dérives de notre société. Ce premier album bénéficie aujourd’hui d’une version augmentée de 6 titres et les Zoufris sont actuellement en pleine tournée. L’occasion d’aller à leur rencontre pour en savoir un peu plus sur eux. C’est Vin’s, un des membres fondateurs, qui a répondu à nos questions. Rencontre avec un Zoufris Maracas qui n’aime décidément pas travailler…

IdolesMag : Avant de parler de la tournée et de l’album « Prison Dorée », j’aimerais qu’on revienne un instant sur le parcours des Zoufris. Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés avec Micho ?

Vin’s de Zoufris Maracas : En fait, Micho est un ami d’enfance. On a donc un peu eu l’habitude de faire la vie ensemble de loin ou de près. On est partis ensemble en Afrique et tout ça… Et un jour, je me suis pointé avec 10 chansons que j’avais gratouillées dans mon salon. Il cherchait du taf et moi aussi. Je lui ai dit, « si ça te plait, viens avec moi… » Du coup, on est partis faire la manche à Montmartre avec nos petites chansons. Quand on a vu que ça marchait, on a décidé de faire ça tout l’été. Après, on est partis dans le métro. On y a joué trois/quatre ans, en galérant mais ça allait tout de même. Et puis, un jour on a rencontré un mec qui s’appelle Titi qui organise des petits festoches dans des petits bars de Paris avec des musiciens pas connus. Du coup, il nous a invités et on a rencontré Julio, un producteur qui nous a présentés à La Rue Kétanou. Là, on a rencontré François qui est le batteur qu’on a en studio. On a fait une petite maquette. De là, ma coloc qui savait qu’on jouait dans le métro nous a présenté Mike. Et puis on a rencontré Brice, le trompettiste, un peu par hasard dans une soirée. On s’est tous réunis autour de la construction de l’album. Et après, tout le monde était motivé pour partir en tournée. Et puis voilà, nous en sommes où nous en sommes aujourd’hui…

Les dix chansons que tu as présentées à Micho au début de l’aventure, se retrouvent-elles sur l’album ?

Oui, bien sûr… il y avait déjà « J’aime pas travailler », « Bahia »… On avait fait une petite maquette avant de faire l’album et on avait déjà extrait 6/7 titres de ces premières chansons.

Aujourd’hui, comment bossez-vous tous ensemble ?

On ne bosse pas déjà !! (rires) Comment on fait ?... En général, j’écris le texte  quelques accords et puis je donne un peu d’intention. Après, chacun peut s’exprimer sans que ça n’aille à l’encontre de l’idée de la chanson. Ils me proposent des accords et des mélodies et je regarde ce qui en ressort. On essaye toujours d’aller vers un truc en commun.

Écris-tu depuis longtemps ?

Oh non… J’étais dans mon salon, j’ai pris une guitare et puis tac, c’est sorti comme ça. Je ne sais pas d’où ça vient en fait. Je n’ai pas été particulièrement bon en français. J’ai fait un peu des études, mais des études de géographie, donc, je ne sais pas d’où ça vient.

Comment la conçois-tu l’écriture d’une chanson ? Comme un jeu ou une façon de crier un coup de gueule pour dire ou dénoncer quelque chose ?

Ça dépend. Des fois… j’ai des envies de jeu et j’enchaîne deux trois mots ou deux trois notes qui vont bien ensemble. Des fois, j’ai envie d’aborder un thème particulier. Mais en tout cas, je le fais rarement en mode travail. Quand j’écris, je me laisse aller. Je ne me dis pas qu’il faut que je dise ça comme ça. Il faut garder de l’intuition, donc, il faut écouter. Parfois j’écris sans savoir vraiment ce que ça va raconter, mais il y a des petits doigts dans ma tête qui calculent tout ça pour moi et j’ai juste à écrire ce qui vient. En tout cas, quand je sens que ça me fait rire, je sens que j’y suis…

Zoufris Maracas © Lisa Roze

Vous avez pas mal chanté dans la rue et dans le métro. Comment ça s’est passé quand vous avez dû faire rentrer vos chansons sur un disque ? Ce sont tout de même deux aspects de la musique très différents l’un de l’autre.

Ouais, bien sûr, ce n’est pas du tout le même boulot. En fait, j’ai enregistré chez François Causse qui est batteur. Et lui a une bonne expérience de la musique. Il m’a guidé. Tu sais, ce premier album, on a mis une bonne année à l’enregistrer. On a posé les grattes. Après on a réfléchi à la mise en valeur des morceaux sachant qu’il y a toujours un équilibre à trouver entre la musique et le chant. Il y a un contraste entre le texte et la musique et il faut le respecter. Si tu mets trop de musique, tu vas te faire emporter par la musique sans comprendre le texte. Si tu mets trop de texte, il n’y a que ça à quoi on puisse s’accrocher. Donc, il faut trouver à chaque fois un juste milieu entre l’intention de la chanson et le rendu.  C’est un travail que j’ai trouvé plutôt intéressant, la mise en valeur de textes propulsés par des possibilités musicales incroyables… Le trompettiste, il est fabuleux. Il nous a fait des solos incroyables ! Mais tu sais, moi, je fais confiance aux zicos pour que chacun puisse un peu s’approprier les morceaux. Je leur ai expliqué l’intention des chansons et puis ils ont fait le reste. Des fois, bien évidemment, je donnais des directives mélodiques que je voulais clairement, mais on essaye de construire des chansons qui correspondent à tout le monde. Même si évidemment au début c’est moi qui écris. Il faut partager la chanson tous ensemble.

Au niveau du chant, est-ce que ça n’a pas été difficile à un moment donné de gommer certains tics qu’ont les chanteurs de rue ? Ils chantent souvent plus fort pour capter l’attention des gens. Ici, sur disque, tu as dû gommer un peu tout ça, non ?

Je t’avoue que je n’ai pas ressenti ça… Sur un disque, il ne faut pas mettre la même énergie, mais il faut de l’énergie tout de même. Il faut que tu puisses le réécouter quarante fois. Mais bon, comme on avait du temps et qu’avec le batteur on est devenus potes, c’est devenu une partie de plaisir de faire les enregistrements. Même si je t’avoue que sur un an, on a peut-être passé quatre mois sur ces chansons, en long, en large et en travers. Mais c’était bien, parce que le studio nous a appris à chanter dans des micros. Tu vois, tu sors de la rue, tu cries ou tu chantes à tue-tête. Si tu chantes avec un micro, tu casses la tête à tout le monde. Ça a été aussi un moyen de nous préparer à l’exercice de la scène qu’on ne connaissait pas du tout. On a été propulsés là-dedans un peu comme des puceaux, du coup ça a été un peu délicat… (rires) Disons que le studio nous a permis de dégrossir pas mal tous ces aspects-là.

Tu me parlais tout à l’heure du juste milieu qu’il fallait trouver dans une chanson. Pour toi, qu’est-ce qui a le plus de pouvoir, les mots ou les notes ?

Là, il faut que je réfléchisse un instant… Pour moi, quelque chose de fabuleux dans la musique, c’est que ça ouvre les âmes. Les mots t’embarquent après… Donc, je pense que la musique a plus de pouvoir parce que c’est elle qui t’ouvre la porte de l’âme. Si tu sais parler à l’âme, après, ça circule… Tu ne peux pas lutter contre la musique. Même si tu es à six pieds sous terre, tu écoutes une samba, et hop, c’est reparti. Donc, c’est ça le pouvoir de la musique. Et c’est pour ça qu’on essaye de l’encapsuler. Une fois que tu as mis les gens dans l’émotion et que tu te mets à leur parler de choses un peu importantes, ils sont plus réceptifs. C’est l’alliance entre la musique et les mots qui crée tout ça. Je ne suis pas plus pour l’un ou pour l’autre. Un texte déclamé comme ça, sans musique, aura-t-il le même impact ? Pas sûr ! Une chanson sans texte aura-t-elle le même impact ? Pas sûr non plus…

C’est un peu la musique qui ouvre la porte pour amener à mieux comprendre le texte…

C’est ça ! Et tu vois, je vais prendre un exemple. Sur la chanson « Les cons », il y a une musique ultra minimaliste parce qu’on a voulu amener le texte presque sans musique. C’est une petite chanson sans prétention que tout le monde peut apprendre facilement, mais on n’a pas voulu y mettre un truc joyeux ou festif pour ne pas détourner l’attention du message qu’on a mis dans le texte.

En parlant de message… fais-tu attention aux termes que tu emploies dans tes chansons ? Te mets-tu des barrières ou des limites à un moment donné ?

Ouais… c’est toute une sensation d’écrire. Tu le sais quand tu fais de la merde. C’est là que tu vois que c’est difficile de produire tout le temps de bonnes chansons ! Est-ce que je me mets des limites ? Je ne sais pas. Et tout cas, ce que je peux te dire, c’est que quand je fais écouter une chanson à ma mère et qu’elle dit « Attention, là, ça craint !! », eh bien je dis que la chanson est plutôt pas mal ! (éclats de rires)

Dédicace de Zoufris Maracas pour IdolesMag.com

C’est un bon baromètre.

Oui, c’est ça ! Après, je ne m’interdis pas grand-chose. Je sais qu’il y a des sujets que je n’ai pas envie de traiter et que je ne traiterai pas. Après, non, je ne cherche pas toujours un mot super précis. On nous a tellement emmerdés avec cette orthographe… Ce qui est important, c’est d’être précis dans ses pensées. Il n’y a pas besoin que j’utilise les règles linguistiques parfaites pour comprendre ce que j’ai à dire. Il y a des termes qui n’appartiennent à personne et qui veulent bien dire ce qu’ils veulent dire. Parfois aussi, je fous le bordel dans la concordance des temps pour exprimer une émotion que ni le passé ni le présent ni le futur ne peut exprimer. C’est un truc entre les deux qui pour moi exprime le plus justement cette émotion. Ce n’est pas français au sens littéral, mais ça exprime parfaitement ce que j’ai envie de dire.

C’est l’avantage qu’on a avec la poésie. On peut se permettre beaucoup de libertés…

Oui, voilà. Ça permet de préciser parfois certaines choses…

Les chansons ont un vrai propos, mais elles ne manquent jamais d’humour. Est-ce important pour toi de dédramatiser certains sujets que tu abordes par l’humour ?

Il faut le faire… L’humour, c’est ce qui nous permet de supporter le poids du présent ! Des fois, je me dis qu’il ne faut pas être trop sérieux ni trop fatigant parce que ça ne fonctionne pas après… Il faut rire de l’absurdité de la situation qu’on vit qu’elle soit sociale ou politique… L’humour, c’est une arme efficace. C’est simplement essentiel. Il faut prendre l’existence avec humour. On va arriver là-haut et on va nous taper sur l’épaule en nous disant « Alors, c’était comment l’enfer ? » (rires)

L’album est sorti une seconde fois en fin d’année dans une version augmentée de six titres. Pourquoi avoir fait le choix de rééditer l’album et pas sortir un EP ou garder les chansons pour un deuxième album ?

Eh bien, je t’avoue qu’on s’est fait un peu embobiner par les maisons de disques qui nous ont dit qu’il fallait faire ça ou ça… Nous, on avait enregistré 21 chansons et on a eu beaucoup de mal à n’en sortir que quinze. On avait un peu l’impression d’être emputés d’un bout. En même temps on s’est dit qu’on allait mettre celles qui restaient pour l’album suivant. Et puis on s’est dit que non parce qu’il n’aurait peut-être pas la même couleur et que ces chansons seraient peut-être trop vieilles pour qu’on puisse les chanter sur scène avec plaisir… Bref, on s’est dit que demain si tout s’effondre ou si on pète un câble… on n’est pas à l’abri de pétage de câble !! (rires)… il fallait qu’au moins elles soient sur un disque et puis basta ! Après, commercialement, sortir un EP ou ressortir un disque, je t’avoue que c’est un peu une connerie parce que si on les avait mises sur l’album d’après, on aurait peut-être eu une poussée médiatique qu’on n’a pas eue sur la sortie du EP. Ce sont donc six chansons qui n’ont pas été propulsées au grand public. C’est la vie… Sans prétention aucune, je me dis que ce sont des chansons qui vont s’envoler comme ça et si elles plaisent aux gens, ce sera par le bouche-à-oreille. Ils vont finir par les découvrir.

En parlant de ces nouvelles chansons, le clip de « Cocagne » a été tourné la semaine dernière près de Montpellier. Ça s’est passé comment ?

C’était un peu à l’arrache, mais c’était sympa. On est arrivés là dans la campagne avec une trentaine de personnes qui nous ont demandé ce qu’ils devaient faire. On s’est super bien amusé. On a pris l’apéro, on a bouffé, on a discuté un peu ensemble. Tout le monde était assez content d’avoir participé à ce tournage. C’était vraiment tranquille. Il y avait des vieux, des jeunes, des enfants… ce n’était pas des groupies qui déboulaient furax… Non, c’était vraiment agréable.

Il y a pas mal de scène qui sont prévues là. Que représente la scène pour le groupe ? Est-ce la chose la plus importante ? Le but ultime ?

La chose la plus importante, c’est qu’on continue à s’amuser. Que ce soit sur scène ou dans la rue… N’importe où ! Tant qu’on a ça, tout va bien. Et la scène, ouais, c’est bizarre en fait… En fait, c’est excitant de se retrouver là, d’avoir des poussées d’adrénaline, de se demander comment ça va se passer le soir… Mais ce n’est pas un aboutissement. L’aboutissement, ce serait plutôt de voyager. Moi, si je peux aller jouer à Tataouine, j’y vais. Le but, il est là. Après la scène, je crois qu’il faut l’utiliser avec parcimonie. Il faut faire des pauses. Je ne voudrais pas qu’on pense que c’est tout le temps la même chose. Mais pour l’instant, on a plein de choses à découvrir. L’année dernière, on a joué en mode concentré parce qu’il fallait assurer les prestations et on ne savait pas encore trop le faire sans se concentrer. Donc, on avait un petit peu la tête dans le guidon. Là, on commence à relever la tête. On vient de faire le Cabaret Sauvage, il y avait 1200 personnes devant nous. À un moment Micho l’a dit. C’était énorme tous ces gens qui étaient venus pour nous. Ça nous a fait très chaud au cœur. Je me suis rendu compte que oui, ils étaient venus pour nous. Il n’y avait pas de deuxième partie. Waow ! C’est difficile à réaliser et c’est beau. En même temps, on a vécu un moment d’extase. Intérieurement, c’est tripant d’arriver devant tant de personnes… Au départ, tu mesures difficilement ce que ça représente, mais après, tu les vois. C’est incroyable. C’est beau. C’est chouette.

C’est du plaisir avant toute chose.

Oui, c’est du plaisir. Même devant trente personnes, c’est du plaisir.

Un deuxième album est-il en préparation ou est-ce encore trop tôt pour en parler ?

On envisage de sortir un truc en mars de l’année prochaine, si on arrive un peu à l’enregistrer pendant la tournée. Je sais qu’on va tout faire pour. Même s’il le faut, on prendra un peu sur nos vacances pour enregistrer ça. On a sorti la version augmentée, mais également un six titres à part entière. Je ne sais pas s’il est dans les magasins, je n’y vais pas trop. Mais je sais qu’il est disponible sur notre site internet. Comme ça les gens qui ont acheté la première version de l’album et qui ne veulent pas acheter la nouvelle… ce que je comprends complètement, d’ailleurs, s’ils ont acheté l’album, ils peuvent le pirater, je m’en fous complètement !… enfin bref, s’ils sont passionnés par l’objet, ils peuvent acheter le six titres sur internet, il doit être dans les cinq/six balles.

À tes yeux, l’objet reste-t-il important ?

Pour moi, ouais… Je trouve que la virtualisation de tout, c’est pas top. On a besoin d’ordinateurs pour écouter sa musique, pour parler à ses potes, pour regarder ses comptes en banque, etc… La machine va finir par nous bouffer. Même si on a besoin des machines pour certaines choses, je sais que c’est un truc qui me fatigue la tête. Il faut vivre avec son temps, c’est comme ça… mais c’est tout de même de l’assassinat pur et simple des musiciens. Je ne dis pas qu’avant ce n’était pas aussi démesuré dans l’autre sens. Tu vendais des millions d’exemplaires, tu devenais le roi du pétrole, c’était aussi un peu limite… Mais là, pour moi, tous les trucs qui sont diffusés sur le net, ça permet peut-être d’avoir plus d’audience, mais je ne sais pas… il faudrait peut-être déjà que je fasse la manche sur internet avec un truc un peu barje : « Donnez-moi des tunes pour que je fasse la musique qui est la mienne ! » Ce qui m’énerve, c’est que je vois que iTunes se gave pendant que nous on continue à courir. On commence à passer à la télé et en radio, mais tu sais, je gagne 1500 balles par mois. Je m’en fous, j’arrive à subsister mais quand je vois que les autres, les multinationales, se font des milliards de dollars, ça m’emmerde… Enfin, je ne sais pas ce qu’il faut en penser ni en dire, ce sujet est vraiment trop compliqué. Il faudrait que ce soit un peu mieux rémunéré pour que tout le monde s’y retrouve. Tu vois, tu lances un mini album sur internet, tu touches quoi ? 200 euros. Donc, tu te demandes si ça sert à quelque chose… Mais en même temps, je me dis que la musique fait du bien aux gens et que ça va peut-être les aider à foutre en l’air le système. Espérons…

Le système est déjà un peu foutu en l’air.

Je ne dirais pas ça. Il est pourri. Les gens ont du mal à réagir fermement, durablement et en masse. Il y a quand même des histoires qui se passent, comme à Notre-Dame-des-Landes. Tu te rends compte que les gens ont à certains moments une capacité d’organisation. Ils tiennent le siège là-bas avec des flics bien au chaud qui leur cassaient la gueule. Je crois qu’il y a une conscience collective qui est en train de se mettre en place en ce moment…

Propos recueillis par IdolesMag le 2 mai 2013.
Photos : Lisa Roze
Site web :
http://zoufrismaracas.com/









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