Interview de Kaïn

Propos recueillis par IdolesMag.com le 18/04/2013.
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Kain - DR

Le groupe québécois Kaïn emmené par Steve Veilleux, Patrick Lemieux, Eric Maheu et Yanick Blanchette fête ses dix ans de carrière, avec déjà quatre albums et un nombre incalculable de scènes au compteur. C’est cet anniversaire qu’ils sont venus fêter en Europe. C’est Patrick Lemieux qui a répondu à nos questions. Il nous présentera Kaïn et nous expliquera avec beaucoup d’humour que le groupe a appris ce qu’était le playback il y a une dizaine d’années en venant chanter à Béziers ! Un véritable choc des cultures ! Rencontre avec Kaïn, un groupe fort sympathique qui devrait faire rapidement parler de lui en Europe…

IdolesMag : Le groupe Kaïn fête ses 10 ans de carrière… Quel regard jettes-tu sur ces dix dernières années ?

Patrick Lemieux du groupe Kaïn : Je vais te dire que c’est avant tout une grande amitié qui nous lie. Un groupe c’est comme un couple, il faut apprendre à gérer les émotions de chacun. Si on est encore là après dix ans, c’est parce qu’on a tous fait ça, justement. En même temps, on est dans le fond quatre gars qui nous complétons bien. On est très chanceux d’en être arrivés là, mais on ne l’a pas volé, on a beaucoup travaillé et on a tout fait pour que ça marche.

Il y a dix ans, pensiez-vous tous les quatre en être où vous en êtes aujourd’hui ?

C’est une chose à laquelle je ne me suis jamais donné le droit de rêver parce que la musique a toujours été avant tout du plaisir. Après ça, il y a un plaisir supplémentaire quand tu peux faire une carrière dans la musique. Il y a plein de gens qui jouent de la musique mais qui n’arrivent jamais vraiment à percer. Donc, je n’avais pas le droit d’y croire, je le faisais de toute façon parce que c’est ce que j’aimais faire. Je ne pouvais pas penser que ça allait marcher, et surtout pas pendant dix ans. Ça reste encore à chaque fois un beau cadeau quand on a un succès.

Je pense que c’est une des premières fois que vous venez jouer en France, et ça coïncide avec cet anniversaire. Nourrissez-vous ce projet de venir chanter en Europe depuis longtemps ?

Oui, définitivement parce que quand tu chantes en Français au Canada, à part le Québec et quelques autres régions qui aiment la musique francophone, on a vite fait le tour. Le grand bassin francophone, c’est chez vous, ce n’est pas chez nous. Donc, c’est sûr qu’on espérait venir en France. Mais le Québec a toujours été très aimant pour nous. On a tourné beaucoup, on n’a pas manqué de travail là-bas. Et on s’était dit que tant que les québécois nous donnaient, pourquoi aller chercher autre chose ? On ne voulait pas délaisser les québécois pour l’Europe, mais en réalité quand on a fait ce quatrième album, on s’est dit qu’il faudrait venir un peu en Europe.

Ce n’est pas la toute première fois que vous chantez en France…

Non… pas vraiment ! (rires) Au tout début du groupe, avant que le premier album ne sorte, ce devait être en 2001/2002, on était venus participer à un concours à Béziers dans le sud de la France. Ça a été une expérience mémorable… presque un traumatisme !... d’apprendre ce qu’étaient un PBO et un PBC !! (éclats de rires) [PBO = playback ouvert, le chanteur chante sur bande. PBC = playback complet] Nous autres au Québec, on ne savait pas ce que c’était le playback ! Il n’y a pas du playback au Québec, en tout cas pas beaucoup… Et à cette époque, nous n’avions pas encore d’album enregistré. Donc, on a du faire parvenir par téléphone, avec le décalage, des enregistrements de nos bandes de mix à la radio locale à Béziers… Tout ça pour jouer sur scène avec des guitares pas branchées !! Ça a été un beau choc culturel… (rires)

Quelle image as-tu du public français ?

Je ne peux pas le savoir vraiment. Cette fois-là, on avait fait deux spectacles, cette chanson en playback et un spectacle dans un bar. Donc, c’est une expérience très très limitée. Je ne peux pas tirer une conclusion juste sur ça. Je te dirais qu’après le show de demain soir, j’aurai une opinion beaucoup plus claire sur le sujet. [Kaïn jouait le 17 avril sur la scène du Zèbre de Belleville]

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Depuis quelques années, vous jouez sur les plus grandes scènes canadiennes, vous arrivez en France et vous jouez sur la scène du Zèbre de Belleville qui est certes une salle emblématique, mais une beaucoup plus petite salle que celles que vous avez l’habitude de remplir au Québec. N’est-ce pas un peu difficile de repartir de zéro, ou presque ?

C’est absolument génial ! On n’a jamais voulu se prendre pour quelqu’un d’autre. On n’a jamais non plus pris notre succès au Québec pour voir les autres de haut ou quoique ce soit. On arrive ici avec notre musique et l’esprit de Kaïn en toute humilité. On espère pouvoir transmettre notre amour de la musique au public français. Donc, non, ce n’est pas difficile de jouer dans de plus petites salles. Le retour aux sources, c’est toujours formidable.

Avant de parler plus précisément des chansons du groupe et puisque le public français ne vous connait pas encore vraiment, j’aimerais que tu me dises dans les grandes lignes dans quelles circonstances Kaïn a vu le jour…

Tout a commencé à Drummondville, il y avait déjà trois membres du groupe. Moi, j’y suis arrivé pour le cégep de musique. On avait chacun différents groupes. Moi, j’avais un groupe de blues avec le batteur et le bassiste. Steve, le chanteur, avait un groupe avec le batteur aussi et le même bassiste. Ce groupe est finalement devenu Kaïn. Avant, il avait un autre nom. À force de jouer dans différents groupes, on a formé un bon noyau. Et à partir de là, on a commencé à enregistrer notre premier album avec nos propres moyens. L’album a été racheté par un label qui nous a signés deux ans plus tard. On est rentrés en studio pour refaire quelques voix parce que malgré tout on était jeunes et on manquait un peu de maturité vocale. Puis ensuite, on a continué à sortir régulièrement des albums. On en a déjà sorti quatre. Et probablement l’une des grosses raisons qui nous amène aujourd’hui ici, c’est que là, on repart à neuf avec une nouvelle gérance.

Comment avez-vous choisi le nom du groupe ?

Kaïn est arrivé sensiblement au même moment que les Star Académies et ce genre de programmes au Québec. Il y avait des programmes de télé-réalité à profusion. Tout le monde parlait de ces fameuses 15 minutes de gloire… Caïn est donc le mauvais fils d’Adam et Eve. Il a tué Abel, son frère par besoin d’attention de ses parents. Nous avons choisi le nom du groupe en rapport avec ce besoin d’attention et de gloire que les gens ont.

Au départ, aviez-vous les mêmes influences ?

Ah non, pas du tout ! C’était même très différent… et complémentaire finalement. Steve, le leader du groupe a baigné dans la country énormément. Johnny Cash et compagnie. Moi, j’ai une culture musicale des années 70 beaucoup et de blues aussi. J’écoutais Led Zep et ça continue aujourd’hui avec Ben Harper et compagnie. Notre batteur [Yanick Blanchette] est définitivement heavy metal. Il avait même des cheveux dans le temps, mais il a tellement frappé fort qu’il les a perdus. (rires) Et notre bassiste [Eric Maheu] est une parfaite représentation d’une échographie des années 80 !! (éclats de rires)

Comment bossez-vous tous les quatre ? Qui amène quoi ?

C’est principalement le chanteur qui arrive avec la base guitare-voix. Il nous présente les chansons. Et à partir de ça, le son Kaïn se fait. On travaille beaucoup ensemble. On arrange et on essaye de voir comment ça tourne. Ensuite, on montre ce qu’on a fait à quelqu’un d’extérieur, que ce soit un réalisateur, notre manageur ou quelqu’un en qui on a confiance pour savoir si on a visé juste. Donc, c’est vraiment un travail qui se fait à quatre et puis, une oreille extérieure vient nous dire ce qu’il en pense. On se doit de faire ça parce qu’on n’a pas la prétention de savoir mieux que personne ce qui est bon ou pas. On veut toujours présenter quelque chose de bien fait.

J’aimerais évoquer un instant le clip « Une Nouvelle Première Fois », qui met en scène l’écriture d’une certaine manière. Qui a eu cette idée originale ?

C’est le groupe en réalité, avec notre nouveau gérant. Ça a été un travail de longue haleine. On est arrivé très loin du scénario de départ mais c’est assez réussi.

Quand on voit ce clip, on se dit que les mots doivent avoir une grande importance à vos yeux. Est-ce le cas ?

Oui parce que ce sont les mots qui sont capables de rejoindre les gens d’une façon très simple sans flafla. On n’a jamais voulu comme je te le disais, se prendre pour quelqu’un d’autre. Ce n’est pas parce qu’on fait de la musique et qu’on est on stage qu’on doit se prendre ou quoi que ce soit. Notre dernier album s’appelle « Le Vrai Monde », et cette chanson, « Le Vrai Monde » est un hommage aux ouvriers. On se dit (et on est conscient) qu’on a de la chance de faire de la musique, mais on se dit toujours que beaucoup ne peuvent pas vivre de leur passion. Il y a des gens qui travaillent toute l’année pour pas grand-chose. Ces gens-là ont beaucoup de mérite. Et chanter pour ces gens-là, c’est notre raison d’être.

« Le Vrai Monde » est sorti en 2011 au Canada. Un cinquième album est en préparation actuellement. Qu’est-il prévu de sortir pour le marché français ? « Le Vrai Monde », le cinquième album ou un melting-pot des deux ?

Ce sera vraisemblablement le prochain album. On va l’enregistrer au mois d’août et il devrait sortir en novembre. Je pense que c’est plus avec cet album-là qu’on va faire du démarchage en Europe. Mais les autres seront toujours disponibles sur Itunes et compagnie.

Peux-tu déjà m’en dire un peu plus sur cet album qui va sortir en novembre ? Quels thèmes allez-vous aborder ?

Ça revient sensiblement aux thèmes de Kaïn, vivre le moment présent, prendre la route, l’amitié… Il y a toujours l’amour qui est inévitable dans une œuvre musicale. Il y aura encore beaucoup de surprises.

Après dix ans de travail en groupe, est-ce que ce cinquième album est finalement plus facile ou plus difficile à faire que les précédents ?

Plus facile. Je dirais que travailler et vivre en groupe nous a appris à mieux définir le rôle que chacun joue. Pour le quatrième album, nous nous sommes associés à un réalisateur qui était externe au groupe et ça n’a pas été forcément la meilleure idée du monde… On est bien contents du résultat, mais ça a été un peu plus compliqué. Donc, sur le cinquième, on a misé sur la compréhension qu’on a chacun l’un de l’autre. On se fait confiance et on ne veut pas forcément trop compter sur quelqu’un d’extérieur. Quelqu’un d’extérieur ne comprendrait peut-être pas forcément le produit. On connaît beaucoup de groupes qui veulent se faire donner une couleur par quelqu’un. Nous, on veut travailler seul, les quatre, pour rester fidèles à nous-même.

Vers 2008/2009, vous avez marqué une pause dans le groupe. Steve Veilleux, le leader, a d’ailleurs sorti un album solo. Que s’est-il passé ? Aviez-vous besoin de cette parenthèse pour mieux repartir après ?

En réalité, ce qui s’est passé c’est que depuis longtemps, notre chanteur avait envie de faire un album solo. Et puis, en même temps, le marché du Québec n’est pas très grand et on avait tourné beaucoup beaucoup. Donc, c’était aussi une bonne chose d’être moins présents. On était jeunes encore en ce temps-là. Ça nous a permis de poser les pieds à terre et en même temps de se réinventer l’inspiration pour un prochain album. On n’a jamais vraiment arrêté parce qu’on jouait encore en festival ou des choses comme ça. C’était en tout cas une pause nécessaire pour le groupe.

Vous avez fait énormément de scène au Canada. Est-ce finalement l’endroit où vous vous sentez le mieux ?

Définitvement. Ça a toujours été le cas et ça a toujours été la raison d’être de Kaïn. C’est beaucoup comme ça aussi qu’on est allés chercher notre public. On a toujours été bien soutenus par les radios, mais c’est vraiment grâce à la scène qu’on a été chercher les gens. On a aujourd’hui un public fidèle qui est venu souvent nous voir. Ce n’est peut-être pas un gros marché le Québec, mais le public nous a toujours soutenus et est toujours venu nous voir en concert.

Concevez-vous la scène d’une façon très carrée ou plutôt spontanée ?

C’est définitivement très spontané. On a bien évidemment une structure de spectacle, mais on laisse toujours place à l’improvisation. On a un chanteur qui parle beaucoup aussi !!... (rires) Mais tout reste toujours très spontané. Même si la liste de chansons reste la même, il n’y a pas deux spectacles pareils.

Quel est ton meilleur souvenir de scène ?

Ce sera le concert de demain soir !! (rires) Mais il y a aussi cette scène à Béziers où on nous a demandé de jouer en playback… C’était assez surprenant ! Les gens, quand ils nous ont vu débarquer à Béziers, ne comprenaient pas qu’on n’ait pas de playback prêt ! En même temps, nous, on a appris à ce moment-là ce qu’était le playback… c’est une aventure assez incroyable ! Et puis au Québec, quelque chose de gros qu’on a vécu et qui était très marquant, c’est quand nous avons chanté sur les plaines d’Abraham à la Saint-Jean-Baptiste. C’est probablement la plus grosse scène du Québec, en tout cas l’une des plus mythiques. Ça a été vraiment absolument génial… ça a été toute une expérience !

Jetez-vous un œil du Québec sur la nouvelle scène française ?

Nous… je pense qu’au Québec, on est plus pour les plus vieux artistes. On a bien aimé les Béruriers Noirs. Moi, Mano Solo particulièrement et Tryo. On a encore beaucoup à apprendre…

C’est assez amusant parce que nous parlons la même langue et pourtant l’approche musicale est très différente d’un côté et de l’autre de l’Atlantique.

Oui, mais on va la mixer ! Ça va devenir une belle grande scène musicale francophone. On l’espère en tout cas !

Propos recueillis par IdolesMag le 18 avril 2013.
Photos : DR
Site web : http://kain.ca/

Le groupe Kaïn se produira le 20 avril au Base Bar à Lausanne (CH), le 27 avril à Saint-Michel-des-Saints (QC), le 16 mai à Temiscaming (QC), le 17 à Malartic (QC), le 18 à Matagami (QC), le 19 à Lebel-sur-Quévillon (QC) et le 24 juillet à Percé (QC). (L.D.)









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