Interview de Noah Veraguth, Pegasus

Propos recueillis par IdolesMag.com le 14/03/2013.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Pegasus, HUMAN TECHNOLOGY

Le groupe suisse originaire de Bienne, « Pegasus », débarque en France avec leur troisième album, « HUMAN.TECHNOLOGY ». Nous avons été à la rencontre de son leader, Noah Veraguth, afin qu’il nous en apprenne un peu plus sur « Pegasus », il nous confiera que tous les membres du groupe se connaissent depuis leur plus tendre enfance, ils ont tous grandi dans la même rue. Noah nous expliquera également que pour répondre à leurs exigences, et pour proposer un album créatif et novateur, ils ont pris la lourde décision de sacrifier un album qu’ils avaient pourtant écrit et composé et de repartir de zéro. Le résultat ? « HUMAN.TECHNOLOGY », un album fédérateur et générationnel dans lequel il est beaucoup question de la relation entre notre société et les nouvelles technologies. Noah nous donnera son point de vue… Rencontre avec un artiste qui veut constamment innover et trouver de nouveaux sons.

IdolesMag : Avant de parler de l’album « HUMAN.TECHNOLOGY », j’aimerais si tu le veux bien en savoir un peu plus sur la genèse du groupe. Je pense que vous vous connaissez depuis que vous êtes enfants et que vous venez tous de la même ville…

Noah Veraguth de Pegasus : On vient même de la même rue ! On a grandi dans la même rue. On vient d’une ville bilingue. Il faut savoir que la Suisse est divisée en trois langues, l’allemand, le français et l’italien. Et nous, nous venons d’une ville qui est exactement sur la frontière entre l’allemand et le français. Nous avons tous grandi dans la même rue, la rue du Stand. Donc, tu vois, on se connait depuis beaucoup beaucoup de temps.

Et quand avez-vous commencé à faire de la musique ensemble ?

On a commencé à écrire et faire de la musique ensemble quand on avait huit ou neuf ans… On donnait des petits concerts. Ça fait donc beaucoup de temps que nous formons un groupe.

Peux-tu me présenter en quelques mots les autres membres du groupe et habitants de cette rue du Stand ?

Alors, il y a Simon qui joue de la guitare, Gabriel qui joue de la basse, Stefan qui joue de la batterie et moi qui joue de la guitare et du piano.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la musique ensemble ? Écoutiez-vous les mêmes choses ?

Oui, à peu près. Et tout le monde en tout cas venait d’une famille musicale. Tout le monde a eu une éducation musicale et culturelle. On a beaucoup écouté The Beatles, du classique… On avait tous toujours beaucoup de musique à la maison, et on jouait tous d’un instrument. Que ce soit du violon, du piano, de la guitare… C’était clair qu’on allait faire de la musique ensemble quelque part. On avait la même base. On a donc commencé très tôt à faire des concerts pour les voisins dans le quartier. C’était clair dans la tête de chacun d’entre nous que nous voulions en faire une profession. On ne voulait pas que la musique reste un hobby.

Comment avez-vous choisi le nom du groupe, « Pegasus » ?

Depuis le début, on écrit nos chansons. On n’a jamais voulu être un groupe de cover. Beaucoup de groupes naissants font des covers, nous on ne voulait pas. Pegasus, c’est, dans la mythologie grecque, le cheval de l’inspiration. Comme on était toujours inspiré par plein de choses pour créer notre musique, on a pris ce nom.

Comment bossez-vous tous ensemble ? Qui amène quoi dans le groupe ?

Je suis le compositeur principal. En ce moment, je suis à Berlin pour écrire de nouvelles musiques et des nouvelles chansons. Ça m’inspire beaucoup. Donc, je suis plutôt le « main songwriter », comme on dit. Après, Gabriel m’aide beaucoup aussi. Il me donne toujours son feedback. C’est un très bon miroir pour moi. Lui aussi apporte des chansons parfois. Donc, c’est lui et moi qui sommes les créateurs principaux du son Pegasus.

Toi, écrivais-tu déjà vers 7/8 ans, au moment où vous avez créé le groupe ?

Oui ! J’ai commencé dès le début, même avant de faire des concerts. On écrivait déjà des textes ensemble. Ce n’était pas de vrais morceaux entiers, mais plutôt des bouts de morceaux. Donc, oui, on a toujours écrit la musique. D’ailleurs, je pense que c’est aussi ce qui forge l’identité du groupe, en dehors des concerts. J’écris tout le temps. J’essaye tout le temps de chercher quelque chose de neuf, de trouver une nouvelle direction, de créer l’innovation… J’aime vraiment beaucoup écrire la musique.

Pegasus © Tom Haller

Aujourd’hui, écris-tu des chansons pour les mêmes raisons que quand tu étais gamin ? Ou bien est-ce que ça a changé ?

Quand tu commences à écrire de la musique, tu le fais à cause de la joie que ça te procure. C’est un tout. C’est quelque chose de magique. Tu commences à écrire tout le temps… Mais après avoir écrit deux ou trois albums, tu commences à canaliser la créativité. Tu commences à ne plus écrire pendant quelques mois exprès, pour justement pendant les trois mois suivants écrire tout le temps. C’est comme si tu fermais le canal un temps pour mieux le rouvrir après. Il faut un peu contrôler la créativité. Et puis, quand tu écris pour le groupe, tu n’écris pas pour écrire. Il y a quelque chose de dimensionnel là-dedans. Tu écris pour un groupe, pas juste pour toi. Donc, oui, ça a changé avec le temps…

Avant d’enregistrer ce nouvel album « HUMAN.TECHNOLOGY », vous avez écrit un album que vous avez finalement décidé de ne pas mener à son terme, parce qu’il ne correspondait pas à vos exigences… Et vous êtes repartis à zéro.

Comme tu le dis, nous avions écrit un album entier. Mais ce n’était pas novateur. C’était une collection de chansons qui probablement auraient bien fonctionné en radio et en concert. Mais nous n’en retirions pas une satisfaction profonde. C’étaient des morceaux sans message, sans vraiment de nouveauté. Dans le fond, c’était écoutable, mais il n’y avait rien de plus… C’étaient des chansons banales. Donc, on a jeté cet album tout simplement.

Que se passe-t-il dans vos têtes à ce moment-là ? Vous êtes heureux de repartir sur du neuf ou vous êtes plutôt désorientés ?

Le plus grand problème que nous avons rencontré, c’est le temps qu’on a perdu. C’est la pression qu’on a eue aussi. Il fallait repartir de zéro et donc, reprendre du temps. En n’allant pas au bout de cet album, on a perdu au moins six mois. On a préféré faire le sacrifice de ces six mois pour proposer au public quelque chose de plus créatif et novateur. C’était nécessaire, vraiment.

Ce nouvel album a un autre son. Il est très différent des deux premiers. Vous allez notamment vers des sonorités un peu électro. J’ai envie de dire que tout simplement il est plus fédérateur et plus grand public quelque part… Es-tu d’accord avec moi ?

Oui, je suis d’accord avec toi… Avant, on faisait une musique très influencée sixties, Beatles, un peu à la Lenny Kravitz… Mais nous sommes en 2013. C’est une nouvelle génération. Un autre son aussi. On ne voulait plus copier des sons des années 60 ou 70, on voulait faire quelque chose du moment. On a écouté tous les trucs possibles, du classique, du moderne, de la house, tous les trucs qui sortent aujourd’hui. On s’est inspirés de ça pour faire quelque chose d’actuel. Et donc, quelque chose de plus authentique aussi. On ne voulait pas garder ce son des années 60. On a voulu être plus novateur et expérimenter des sons qui n’existaient pas dans les années 60. C’était plus basique ce qu’on faisait avant.

Dans les textes, il est beaucoup question de notre société et de la pression qu’elle exerce sur les gens.

Nous vivons une situation très spéciale… Maintenant, tu peux regarder un film sur internet alors qu’il n’est même pas encore sorti dans les salles ! Tu peux tout faire sur internet et avec les ordinateurs. L’électronique offre une liberté incomparable. Dans l’album, il faut bien comprendre qu’on ne fait pas une critique de la société. On n’est pas pour ou contre ce qu’il se passe, on en fait juste une analyse. Le bon côté de ça, c’est que tu es libre de faire ce que tu veux. Tu as accès à tout, tu peux rapidement écrire à des copains qui sont en Australie ou à côté de chez toi. Tu peux faire ce que tu veux, mais la quantité des informations que tu dois digérer chaque jour est devenue, je trouve, un réel problème.  Ce qui fait que notre société est devenue assez superficielle à bien des égards. Tu passes d’une chose à l’autre très vite. Si tu vas sur facebook, tu parles une minute de politique et la minute d’après, tu parles de football et après, tu dissertes sur le temps qu’il fait. Et puis, c’est tout. Ça c’est le côté un peu négatif. Tout va trop vite. Tu n’as plus le temps de rien. Même les messages que tu envoies doivent être de plus en plus courts. Je pense que c’est parce que nous avons trop d’informations qui viennent se chevaucher en même temps. Dans l’album, on parle de ça.

Et toi, quel regard portes-tu justement sur cette société qui va trop vite ?

Moi, personnellement, j’aime la liberté qu’on a, le fait de ne pas être censuré et de pouvoir faire tout ce qu’on veut. C’est vraiment une révolution. Si tu compares ce que nous vivons aujourd’hui avec ce qu’on vivait il y a ne fut-ce que 20 ans… c’est presque deux mondes différents. Mais je trouve que tout est devenu superficiel. Trop superficiel.

Tu évoques également un homme qui va sur mars… (« Man on Mars »)

Oui, C’est une métaphore. Et sur l’album on fait beaucoup de métaphores. On aime beaucoup travailler avec des images et aborder certains thèmes avec des images. « Man On Mars » évoque le côté compétitif de notre société. « I want to be the first man on Mars »… Aujourd’hui, on est tous dans la compétition, on veut être le premier à faire ou dire telle ou telle chose. On est tout le temps dans une « race », une course…

« Skyline » a eu un destin un peu inhabituel… Le titre a été choisi pour être l’hymne officiel de la Suisse pour les JO de Londres en 2012. Qu’est-ce que ça vous fait ? C’est important quelque chose comme ça !

Oui, c’est clair. Ça aide beaucoup. Franchement, l’album marchait déjà très bien, mais avec « Skyline », il a retrouvé une nouvelle énergie. Le morceau a été diffusé un peu partout en Suisse, sur toutes les radios… Et en plus, il est juste sorti au moment où on commençait à se produire dans les festivals. C’était super !

De toutes les chansons qui figurent sur l’album, y en a-t-il une pour laquelle tu as plus de tendresse qu’une autre ? Je pense à quelque chose qui se serait passé autour de la chanson, pas forcément de ce qu’elle raconte…

Je pense que c’est « Rise Up ».

Et pourquoi ?

Parce que le morceau est construit avec un riff de piano que j’aime beaucoup. J’aime trop les accords sur cette chanson. Je me rappelle le moment où je l’ai écrite. Quand tu écris une chanson, il y a un moment donné où tu sais que c’est bien ce que tu écris, que c’est quelque chose qui va toucher. En écrivant ce morceau, je savais que de grandes choses pourraient lui arriver. J’en suis très fier. Et pas uniquement musicalement, j’aime aussi beaucoup le texte.

Sur la pochette, tu es le seul à porter un nœud papillon, les autres membres du groupe portent la cravate. Pourquoi ?

(rires) Parce que je suis le chanteur du groupe ! Je ne vais pas dire que je suis devant, mais disons que je suis au centre. Et puis, pour être très franc avec toi, j’aime beaucoup mettre des nœuds papillon et les autres n’aiment pas du tout !

Au final, avec ce recul, ce troisième album a-t-il été plus ou moins difficile à mener à bien que les précédents ?

Dans le fond, même s’il y a eu ce problème au départ quand on a jeté toutes nos chansons pour en créer des nouvelles, je pense que ça a été plus facile. On savait exactement ce qu’on voulait. Avant, on avait un son très basique, donc quelque part c’était plus facile, mais il n’y avait pas de direction claire. Avec « HUMAN.TECHNOLOGY », il y a vraiment un message clair et un son particulier. On est rentrés en studio en sachant exactement ce qu’on voulait. Donc, ça a été un album facile à enregistrer finalement. En deux mois, ça a été bouclé.

Vous jouiez déjà devant vos parents ou vos voisins quand vous étiez enfants. Que représente finalement la scène pour vous quatre aujourd’hui ?

C’est le plus important. Et tu sais, je ne vais rien t’apprendre, la scène, c’est le futur de la musique. Ça va être décisif pour beaucoup de musiciens. On ne vend plus de CDs, on ne vend plus vraiment de musique. Et c’est devenu plus facile pour les gens d’aller à un concert où un festival. C’est devenu plus facile aussi de communiquer à l’international. Le futur pour le groupe, et pour tous les musiciens d’ailleurs, c’est la scène. Nous, on a commencé à jouer ensemble très jeunes, donc les gens voient bien qu’on n’est pas un groupe fabriqué. C’est quelque chose de très naturel pour nous de monter sur scène, et avant toute chose, de faire de la musique ensemble. C’est le truc le plus important, et finalement le plus basique, pour le public et pour les musiciens. Il faut être capable de produire une atmosphère. C’est ce qu’on a toujours fait ensemble. C’est dans le fond la première chose qu’on a faite. Et donc la scène est un élément primordial pour le groupe.

Vous avez fait la première partie de Coldplay au Stade de Suisse à Berne. Quels souvenirs en gardes-tu ?

C’est énorme ! Il y avait 40 000 personnes. C’était une expérience que je n’oublierai jamais. Ce n’est pas forcément à cause de Coldplay, alors que j’aime beaucoup leur musique, mais c’est surtout l’énergie des 40 000 personnes devant lesquelles tu joues… Quand tu descends de scène, tu dois te calmer et te poser, tu en as facilement pour une ou deux heures. 

Toi, dans le fond, préfères-tu te produire dans une petite salle ou sur une scène comme celle du Stade de Suisse ?

(rires) J’aime avant tout jouer avec le groupe… Le stade de Suisse, tu sais pertinemment que tu ne vas pas y jouer chaque jour. Ce que j’aime avant tout, c’est jouer devant des gens qui sont venus écouter notre musique. Ils peuvent être 50 ou 15 000, je m’en fous, tant que je joue avec mon groupe, je suis heureux.

Le groupe vient de remporter le Swiss Music Award de la chanson de l’année avec « Skyline » et toi avec Bastian Baker et Stress, vous avez remporté celui du meilleur album urbain de l’année avec « Noël’s Room ». Accordes-tu de l’importance à ces récompenses ?

La récompense, c’est très important pour un musicien. La musique, c’est quelque chose de délicat. Il n’y a rien de matériel, ce n’est que sentiments et émotions. L’argent pour un musicien est secondaire. On veut gagner aussi de l’argent comme tout le monde bien évidemment, mais c’est secondaire. C’est l’âme qui est importante. Recevoir une récompense, ça veut dire que tu es récompensé pour ton travail. Donc, ça te donne encore plus de motivation, ça te donne envie de continuer et d’avancer. Ce n’est pas tout dans ma vie de recevoir des Awards, mais c’est le signe que notre travail est reconnu. Je le vois plus comme une motivation pour continuer.

« HUMAN.TECHNOLOGY » sort en France actuellement, mais il est sorti il y a deux ans en Suisse déjà. Tu es actuellement à Berlin, tu travailles sur de nouvelles chansons. Peux-tu m’en dire un peu plus ?

Oui. Je travaille sur de nouvelles chansons pour le quatrième album. J’essaye de trouver dans quelle direction aller. J’essaye beaucoup de trucs en ce moment. J’espère qu’à la fin, j’aurai un nouvel album pour le groupe, mais je ne peux pas encore t’en dire d’avantage !

Propos recueillis par IdolesMag le 14 mars 2013.
Photos : Tom Haller
Site web : http://www.pegasustheband.com









+ d'interviews
Vidéos




Retrouvez-nous sur Facebook
Retrouvez-nous sur Twitter
Concours
 
Retour en haut