Interview de Orlika

Propos recueillis par IdolesMag.com le 02/04/2013.
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Orlika et Georges Moustaki, Il est trop tard

Enregistré il y a quelques temps, c’est seulement depuis peu que le duo de la chanteuse israélienne Orlika et Georges Moustaki, « Il est trop tard », est diffusé sur les ondes. Nous avons donc contacté Orlika qui est actuellement à Tel-Aviv, pour en savoir un peu plus sur ce duo, dont elle a adapté certaines paroles en hébreu avec Rachel Shapira. Nous profiterons de l’occasion pour poser quelques questions à Orlika sur son déjà riche parcours et sur ses projets. Sachez qu’un nouvel album en français est en préparation…

IdolesMag : Dans quelles circonstances est-il né ce duo avec Georges Moustaki ?

Orlika : En fait, quand je l’ai rencontré, il m’a demandé mon adresse email et il m’a envoyé une explication sur les méfaits des boissons gazeuses... Je me suis permis après de lui envoyer à ce même email un flyer puisque deux jours après, je faisais un concert à « La Scène Bastille ». Je ne lui avais même pas proposé de venir parce que je ne pensais pas qu’il viendrait me voir en concert. Et en fait, il est venu me voir. J’en ai été très surprise. Et puis, quand je me suis produite sur la scène de l’Olympia, là, je l’ai vraiment invité. Il est venu et quand je suis sortie de scène, il m’a proposé de faire un duo. Sur ce, je suis allée le voir à un de ses concerts, j’ai écouté toutes ses chansons et je lui en ai proposé deux comme il m’avait dit de choisir. Et il a choisi celle-ci, « Il est trop tard ».

Est-ce un artiste que vous avez beaucoup écouté ?

Je l’aimais particulièrement parce que j’ai toujours ressenti son âme vagabonde… j’ai un peu la même. Évidemment, j’ai toujours adoré Édith Piaf, donc, je connaissais un peu l’histoire. Donc, oui, c’est quelqu’un que j’aimais beaucoup, mais jamais je n’aurais pensé faire un duo avec lui.

Qu’est-ce qui vous a touché dans ce titre-là précisément ?

Il y a une nostalgie et à la fois une réalité qui me touchent particulièrement. Et le fait de l’avoir traduite en hébreu aussi lui donne encore un sens plus fort pour moi. Je sais qu’il aime beaucoup cette version aussi.

Avez-vous eu une appréhension quand vous avez adapté cette chanson en hébreu ?

Ce que j’ai fait, c’est qu’après avoir adapté le titre, j’ai appelé une amie. C’est une poétesse très connue en Israël et quelqu’un que je connais très bien, c’est Rachel Shapira. Elle a refaçonné le texte de manière à ce qu’il soit joliment adapté et juste également. Je trouve que cette version en hébreu est tout aussi magnifique que la version en français.

Dans ce titre, « Il est trop tard », il est beaucoup question du temps qui passe. Est-ce une chose à laquelle vous pensez, vous ?

(rires) J’avoue qu’avant de chanter cette chanson, j’étais moins touchée par ça. Et à force de chanter cette chanson et de l’avoir faite mienne, je vois le temps qui passe différemment. Entre temps, j’ai eu des enfants, et du coup, ça remet les choses encore plus en avant… Avec des enfants, on voit différemment le temps qui passe. On voit les personnes qu’on aime grandir et vieillir en même temps.

Le duo a été enregistré il y a quelques temps maintenant, comment se fait-il qu’il ne soit diffusé sur les ondes qu’aujourd’hui ?

La vérité, c’est que j’ai eu des jumeaux entre temps ! (éclats de rire) Je pensais pouvoir m’occuper de tout en même temps… et je n’ai pas pu ! C’est vraiment la raison principale pour laquelle on n’exploite ce duo que maintenant. Il a fallu que je trouve le temps pour faire les choses au moment approprié. Et ce n’est que maintenant que je l’ai trouvé.

Orlika - DR

Êtes-vous toujours en contact avec Georges Moustaki ?

Oui. Il ne chante plus, mais il fait beaucoup de choses… Ce n’est pas quelqu’un qui abandonne facilement ! Il fait toujours les choses jusqu’au bout.

Il a eu des problèmes de santé et a été contraint de ne plus chanter. Comment le vivriez-vous, vous, si ça vous arrivait ?

[Orlika réfléchit] Je pense que je n’arrêterais pas la musique en tout cas. Je continuerais à jouer du piano et à composer. La voix est un instrument. C’est une prolongation de soi et la musique n’est pas seulement la voix. Je trouverais donc un moyen de continuer ma passion. Mais j’avoue que je ne m’étais jamais posée la question ! (rires)

Avant de parler plus précisément de vos chansons et de vos projets, j’aimerais, si vous le voulez bien, retracer dans les grandes lignes votre parcours. Quel genre de musique écoutait-on chez vous quand vous étiez gamine ?

J’ai un père français et une mère israélienne. Donc, j’ai été bercée par ces deux cultures. Ma mère était violoniste classique, elle écoutait pas mal de classique. Mon père était français, il m’a fait découvrir Piaf et Barbara. On écoutait aussi pas mal de musique du folklore israélien. Comme vous le voyez, j’ai été bercée par des musiques très différentes les unes des autres.

Vous me parlez d’Édith Piaf et de Barbara, sont-ce ces artistes qui vous ont donné l’envie de vous aussi vous diriger vers la chanson ?

Sûrement. Ça s’est imposé à moi, en fait. Je joue du piano depuis que j’ai cinq/six ans. Nous étions quatre enfants, et ma mère nous a tous mis au piano. Je suis la seule qui a vraiment continué par la suite. J’ai été influencée par de nombreuses femmes qui étaient compositrices et auteures, et notamment dans la musique israélienne et française. Ce sont ces femmes qui m’ont fait comprendre que c’était possible.

Vous avez donc appris le piano depuis vos cinq/six ans, mais quand avez-vous commencé à écrire des chansons ?

Je me souviens très bien que j’étais au conservatoire et qu’on me demandait de jouer du Bach… Et moi, j’avais dit que non, je voulais jouer un titre que j’avais écrit… Je n’ai pas été très bien accueillie !! (rires) Et donc, j’ai commencé très jeune à composer.

Les mots sont venus dans un deuxième temps.

Oui, c’est arrivé nettement plus tard. Je vais d’ailleurs vous raconter une anecdote amusante. Je me souviens qu’à l’époque j’avais acheté un album de Art Mengo, que je n’ai exprès jamais écouté ! En fait, comme je manquais de textes, j’ai recomposé tout son album à partir de ses paroles. C’étaient donc douze ou treize chansons que j’ai composées sur ses textes. Mais j’ai gardé ça pour moi. Je ne me souviens plus très bien si j’ai changé les textes par la suite ou non. Après, j’ai beaucoup écrit, c’était un peu une frénésie. J’avais entendu il y a très longtemps Charles Aznavour dire que c’était un métier et qu’il fallait écrire tout le temps, qu’il fallait se lever pour ça ! Moi, j’ai fait des études de droit et donc quand j’ai commencé à faire de la musique professionnellement, je m’y suis attelée comme on s’attelle à un travail. Je n’attendais pas que l’inspiration vienne, j’écrivais des chansons continuellement. Si en plus l’inspiration venait, c’était tant mieux… mais je passais tous les jours quelques heures devant mon piano à écrire et composer, sans rien faire d’autre.

Aujourd’hui, écrivez-vous et composez-vous toujours beaucoup ?

Oui et non, en tout cas beaucoup moins qu’avant, puisque je suis plus occupée familialement. J’attends que les enfants grandissent un peu pour avoir un petit moment de répit et retrouver une rigueur de travail quotidienne.

Vous êtes devenue maman, vous avez vécu pas mal de choses, écrivez-vous aujourd’hui pour les mêmes raisons qu’à l’époque ?

Je ne sais pas. Il y a une chanson sur la maternité que j’avais écrite avant de devenir maman, c’est « Mon petit bout de tout ». Elle prend encore plus de sens aujourd’hui, c’est certain. Mais nous sommes confrontés à tellement de choses dans nos vies, que l’écriture de chansons est imprégnée de ce qu’on vit. Je pense que je pourrais rechanter des chansons que j’ai écrites il y a dix ou quinze ans, mais avec une émotion différente.

Prenez-vous le même plaisir à chanter en français et en hébreu ?

J’ai une véritable double nationalité. Je me sens autant à l’aise en français qu’en hébreu, donc je ne ressens aucune frontière entre les deux langues. Je n’ai pas l’impression de faire un effort en passant d’une langue à l’autre. Dans ma façon de m’exprimer, je ressens les mêmes émotions que ce soit en français ou en hébreu.

Vos chansons qui sont adaptées d’une langue à l’autre gardent-elles le même esprit, la même émotion ?

C’est curieux parce qu’il y a une chanson que j’ai écrite qui s’appelle « Shalom Salam ». Je devrais pouvoir la chanter plus facilement en Israël… et curieusement, je la chante beaucoup plus facilement en France. C’est une chanson bien sûr sur la paix. Il y a un côté naïf en français et c’est donc plus facile pour moi de la chanter en français. Non pas que je ne pense pas qu’Israël ne puisse pas entendre des chansons de paix, mais nous sommes tous tellement concernés et tous des artisans de la paix, qu’en même temps, cette naïveté n’existe pas ici en Israël.

Vous avez fait une tournée en 2006 en Israël quand le deuxième conflit israélo-palestinien a éclaté. Quels souvenirs gardez-vous de ces moments-là ?

C’était très difficile et en même temps… Vous savez, je vis à Tel-Aviv et nous sommes ici tellement éloignés de la réalité de ceux qui vivent sous les bombardements comme c’était le cas en 2006. Quand je suis arrivée là-bas, je chantais d’un bunker à l’autre, d’une cave à une autres. Il y avait des alertes… Donc, c’était très difficile. Ça relativisait ce que nous vivions à Tel-Aviv et ce qui se passait ailleurs dans le pays.

Plus généralement, que représente la scène pour vous ? Est-ce vraiment sur scène que vos chansons prennent vie ?

Franchement, si je pouvais chanter tous les soirs sur scène, je le ferais. C’est mon élément. C’est l’élément dans lequel je me sens le mieux. D’ailleurs, j’ai l’impression que je pourrais vivre sur scène… (rires)

Dédicace d'Orlika pour IdolesMag

Si on schématise, on pourrait dire que l’album reste un prétexte pour aller sur scène.

Oui… l’album, c’est une façon d’aboutir à la scène. Et puis après, une fois sur scène, les chansons prennent une autre envergure. En fait, pour moi, le mieux serait de d’abord travailler les chansons sur scène et puis seulement les enregistrer après parce qu’elles sont parfois trop neuves quand on les enregistre par rapport au temps qu’on a passé dessus sur scène. Si j’enregistre une chanson après l’avoir beaucoup chantée sur scène, et bien je me la suis plus appropriée que de l’avoir simplement écrite. D’ailleurs, j’ai un concert demain à Tel-Aviv et je sors de répétitions, là. Et c’est un grand bonheur.

Chantez-vous de nouvelles chansons sur scène en ce moment ?

Oui. Il y a aussi des anciennes et notamment, « Il est trop tard », bien sûr.

Un nouvel album est-il en préparation ?

J’y travaille ! Je vais bientôt entrer en studio. Mais ce n’est pas encore tout de suite, il faut encore que je retravaille quelques chansons.

Cet album va-t-il être destiné au marché français ou israélien ?

Ce sera un album pour le marché français.

Il sera donc majoritairement chanté en français.

Oui, tout à fait.

Orlika © Ari Rossner

Quels thèmes allez-vous aborder dans les chansons ?

Dans les thèmes, je vais rester dans les thèmes qui me préoccupent au quotidien, ainsi que d’autres thèmes plus globaux.

Et musicalement ?

Dans les arrangements, il y aura beaucoup d’influences tziganes que j’approfondis davantage.

Vous avez toujours eu des collaborations assez prestigieuses. Je pense à Georges Moustaki, mais aussi Kent ou Laura Mayne. Va-t-il y en avoir sur cet album-ci ? Ou est-ce encore trop tôt pour le dire ?

Pour l’instant, je suis vraiment dans le travail de l’écriture et la réflexion autour de la conception de l’album. Il est donc trop tôt pour penser à telle ou telle personne pour un duo.

Va-t-on y trouver un texte inédit de Georges Moustaki ?

Quand les choses avanceront, je pourrai être plus précise…

Vous avez donc chanté avec Kent et Laura Mayne notamment. Pouvez-vous me dire un mot sur chacun d’eux ?

Avec Laura Mayne, nous sommes amies depuis très très longtemps. On a chanté ensemble il y a déjà quinze ans, même plus. On a toujours aimé travailler ensemble. J’avais d’ailleurs fait la première partie de Laura à l’Olympia il y a très longtemps, quand elle faisait encore partie du groupe Native. Kent, lui, je l’ai rencontré parce que nous travaillions sur un film avec lequel nous sommes allés à Cannes il y a très longtemps. Ça s’appelait « Un samedi sur le Terre ». J’avais le rôle d’une chanteuse dans le film et lui, il était barman. J’ai aussi écrit des chansons pour le film et on a continué notre collaboration par la suite. C’est quelqu’un de formidable, Kent. Il est toujours très présent, très gentil et très fidèle. Je l’adore et j’adore aussi son travail.

Est-ce quelque chose qui vous plait d’écrire des chansons sur des images imposées et dans un cadre imposé, comme ici pour le cinéma ?

J’ai fait il y a fort longtemps un spectacle qui s’appelait « Improvizafond » avec des comédiens. Ils improvisaient sur des thèmes que donnait le public, et moi, j’improvisais la musique. C’est quelque chose que j’aime beaucoup faire m’adapter à une situation. Et c’est aussi quelque chose que je sais faire parce qu’on a joué pendant quatre ans tous les soirs. Je devais adapter mon piano à la voix et à la proposition des comédiens. Je trouve ça magique de prendre une idée et de la transformer sur l’instant. Donc, oui, écrire dans un cadre imposé, c’est quelque chose que j’aimerais d’avantage faire.

Est-ce que ça bouge bien en Israël niveau musique ? Comment est la nouvelle scène musicale ?

Il y a une multiplicité ethnique qui est fantastique ici. Et c’est pour ça qu’il n’y a pas vraiment de frontière musicale. Que ce soit la musique orientale, la musique occidentale ou la musique pop, ce sont des musiques qui nous touchent toutes et tous. On n’a pas de frontières réellement dans notre façon d’aborder la musique. Et je pense que c’est ce qui permet, comme d’ailleurs dans le cinéma israélien qui s’exporte bien à l’étranger, au public de se retrouver dans la sensibilité des artistes israéliens. Et ce n’est que le début…

Propos recueillis par IdolesMag le 2 avril 2013.
Photos : Ari Rossner, DR
Site web : http://www.orlikamusic.com/









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