Interview de Christiane Obydol (Zouk Machine)
Propos recueillis par IdolesMag.com le 20/05/2010. © Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag et/ou Dehmar SARL.
Nous avons eu la chance de rencontrer Christiane Obydol à Liège en Belgique où elle participait à la tournée des Restos du Coeur Belges. Christiane a eu la gentillesse de nous accorder une interview dans sa loge, au dernier étage du Forum, loin de l'effervescence des coulisses. Elle nous parlera de sa vie, de la naissance de Zouk Machine et de l'évolution de ce groupe à la tête duquel elle se retrouve seule aujourd'hui. Elle évoquera aussi son regard sur le métier de chanteuse à l'heure actuelle. A sa sortie de scène, Christiane a eu la gentillesse de poser pour nous dans la salle du Forum de Liège, en exclusivité pour les lecteurs d'IdolesMag! Christiane parle sans langue de bois, ce fut un réel plaisir de partager ce beau moment en sa compagnie... et celle de son petit Yorkshire!
IdolesMag : Quand est né votre amour pour la musique?
Christiane Obydol : Très jeune... Très très jeune! Je me rappelle quand j'étais au primaire, je devais avoir 5 ans tout au plus, et ma maîtresse m'a demandé ce que je voulais faire dans la vie et je lui ai répondu : Chanteuse! Je l'ai revue des années après, et elle m'a dit "Tu te rends compte, Christiane?... Tu as réussi à faire ce que tu voulais..." Je suis sincèrement ravie de pouvoir exercer le métier que je veux exercer depuis mon plus jeune âge.
Quand vous étiez ado, aviez-vous des idoles?
Oh oui! J'ai été ce qu'on appelle une fan. Et c'est certainement pour ça maintenant qu'après chaque concert, quand les fans attendent dehors, parfois pendant des heures et sous la pluie, je vais leur signer un autographe... Parce que je sais combien c'est important d'avoir un autographe quand on est fan. Je ne peux pas passer devant eux sans rien faire, parce que j'ai connu ça, j'ai été comme eux. J'ai attendu des heures devant les portes de loges pour avoir un autographe... Et je me suis fait jeter, aussi! J'ai donc connu ça et c'est pour ça que je signe toujours à la fin des spectacles. Parfois, ça dure une heure et demie... le même temps que le concert! (rires) Malheureusement, on ne peut pas toujours signer pour tout le monde, quand ils sont trop nombreux, mais je fais toujours le maximum!
Et qui étaient vos idoles?
Il y en a eu pas mal! En premier, je dirais Claude François, Jeane Manson, Dalida et Sylvie Vartan. Il y a eu aussi pas mal d'Américains : Stevie Wonder, James Brown, Kool and the Gang... J'étais très funk et très soul quand j'étais jeune...
Comment avez-vous débuté dans la musique ?
Je suis née dans une famille de musiciens, en fait. Nous sommes sept enfants, et sur les sept, six sont dans la musique! Mon père étant musicien, nous avons baigné là-dedans. La seule qui ne chante pas et ne joue pas d'un instrument, c'est ma mère. Mais elle est devenue impressario! C'est elle qui dirigeait le groupe au début (Zouk Machine). C'est grâce à elle que nous sommes venues en France avec "Maldon". Dès l'âge de 12 ans, j'ai commencé à faire des choeurs en studio pour des groupes connus aux Antilles.
Ah oui! Vous êtes donc devenue professionnelle très jeune...
Très jeune, oui...
Et comment est née l'aventure Zouk Machine?
A l'âge de 18 ans, j'ai passé le bac. Puis ma mère m'a envoyée aux Etats-Unis parce que je voulais poursuivre une formation de chanteuse et de danseuse. Je suis partie là-bas pendant 8 mois. Au bout du huitième mois, mon frère me rappelle et me dit qu'il a eu une super idée : il voulait monter un groupe de nanas et voulait absolument que j'en fasse partie. Je lui ai dit que ce n'était pas très judicieux, que je n'avais pas terminé ma formation... Vous savez, il faut déjà tellement de temps pour obtenir la fameuse "Green Card" aux Etats-Unis, j'avais trouvé un boulot là-bas (je donnais des cours de Français), et j'allais m'y installer... Puis, après réflexion, je me suis dit que c'était tout de même la famille et mon frère avant tout : je suis rentrée aux Antilles. On a donc monté le groupe Zouk Machine avec Joëlle Ursull, Dominique Zorobabel et moi-même. Malheureusement, on ne s'entendait pas trop bien avec Joëlle parce qu'elle nous considérait comme ses choristes et nous nous sommes séparées un an et demi après. Je vous rassure tout de suite, avec Joëlle, aujourd'hui, on s'entend très bien!! On n'était juste pas faites pour travailler ensemble, ça arrive. Tout ceci, c'était donc en 1986.
Puis, Joëlle quitte le groupe.
Oui. Elle a été remplacée par Jane Fostin en 1989.

Et là... "Maldon" arrive!
Oui, le fameux "Maldon" est arrivé en 1990. On a été disque d'Or en Belgique et disque de Platine en France.
Elle est née comment "Maldon"?
C'est mon frère ainé qui l'a écrite. C'est vraiment lui qui est à la base de tout. Je ne sais pas comment il a fait pour se mettre dans la peau des femmes?!... (rires) Parce que l'histoire de "Maldon", c'est tout de même les femmes qui se font avoir par les mecs. Vous savez, aux Antilles, les hommes sont très machos! Ils ne vous aident pour rien... ni à faire à manger, ni à passer le balai, ni à faire la vaisselle... Quand ils rentrent le soir, il faut que toute la maison soit propre! (rires) Même mon frère a trouvé ça un peu fort!! Donc, il a fait une chanson sur des gens... comme lui, en fait! (rires) Parce que lui non plus ne participe pas aux tâches ménagères!! "Maldon", l'air de rien, a fait bouger les moeurs chez nous. Les femmes se sont rendues compte qu'elles étaient à la maison en train de faire à boire, à manger, le ménage, de cirer le parquet, etc... Et que pendant tout ce temps-là, elles ne sortaient pas. ça a commencé à bouger après, avec la nouvelle génération. Les filles ont clairement dit aux mecs... "Soit tu fais la vaisselle, soit, je me barre"! Donc, maintenant, ça se passe très bien, les hommes commencent à s'y mettre... petit à petit! Allez, on va dire qu'on a encore quelques siècles à attendre avant qu'on ne soit dans la parité, mais ça avance! (rires)
"Maldon" a été le titre de Zouk venu des Antilles qui a le mieux marché, je pense.
Oui. D'autant plus que c'était une chanson écrite en créole. Et c'est là, que ça a été fort. Parce que nous n'avions jamais pensé que ce titre deviendrait numéro 1. Les gens se sont basés sur "Maldon" depuis des années afin de trouver la recette pour écrire un titre en créole qui aurait autant de succès en métropole... ça semble mission impossible!
Le titre était rudement efficace, il faut bien le dire...
Oui, effectivement... Mais je pense que les mots que mon frère avait choisis l'étaient aussi. Il faut savoir que tous les verbes du premier groupe, comme nettoyer, balayer, astiquer... sont les mêmes en créole. Donc, il a utilisé ça pour que le public français puisse comprendre cette chanson. Et c'est là que ça a été très fort... Il a mis le doigt sur "le" truc qui a fait que cette chanson a eu le destin qu'on connaît. Il a eu l'intelligence de bien choisir les mots. Et je peux vous dire que ce fut un long travail... il n'a pas écrit "Maldon" par hasard...
Qu'est-ce qui a fait que vous vous retrouviez toute seule maintenant?
Dominique m'a quittée en 2006. Et j'ai essayé de garder le flambeau puisque le nom et l'image du groupe m'appartiennent. Donc, je continue seule avec deux choristes-danseuses qui m'accompagnent pour garder l'image visuelle des trois.
Est-ce difficile de maintenir un groupe comme Zouk Machine?
C'est super compliqué à vrai dire... Vous savez, après le départ de Jane Fostin et Dominique Zorobabel, j'ai voulu recomposer le groupe une première fois. J'avais donc pris deux chanteuses et j'ai fait l'erreur de vouloir leur donner la place de Dominique et Jane, qui étaient là depuis 20 ans... Nous n'avions pas le même passif. J'ai 20 ans de Zouk Machine qu'elles n'auront jamais... C'était une grosse erreur de ma part de penser qu'elles auraient pu remplacer Dominique et Jane. Donc après 6 mois, ça a été fini! J'ai donc changé la formule : je suis la seule chanteuse et j'ai deux choristes-danseuses qui m'accompagnent pour garder l'image des trois filles.
Vous avez fait plein de scène dans votre carrière... Qu'est-ce que ça vous évoque?
C'est le moment le plus magique qui existe pour un artiste. C'est presque inexplicable. Vous savez, on peut être très malade avant de monter en scène, et une fois qu'on est sur scène, on a oublié la maladie. C'est un truc incroyable. Et dès que le concert est terminé... le mal revient directement! C'est vraiment incompréhensible...
Donc, vous aimez profondément la scène.
Ah oui!...
Plus que le studio?
Ce n'est pas la même chose. Mais vous savez, j'aime chanter tout court. C'est ce qui me plaît le plus! Que ce soit en studio ou sur scène, le plus important pour moi, c'est de chanter. Mais c'est vrai que sur scène, il y a le public et donc, il se passe beaucoup plus de choses. Sur scène, on a un retour, alors qu'en studio, on est seul avec son équipe, son micro et son casque. De temps en temps, le technicien nous demande si ça va ou nous dit qu'il faut recommencer, mais c'est tout...
Mais dans le fond, j'adore le studio aussi. C'est d'ailleurs pour cela que je continue à faire des choeurs quand on me le demande. J'en ai d'ailleurs fait pour Maxime Le Forestier, Julien Clerc et plein d'autres...

Pouvez-vous me parler un peu de "KoudSoley"? Je ne sais pas très bien comment ça se prononce...
Comme en Français : "Coup d'Soleil"!
C'était pour moi avant tout une façon de dire au public que Zouk Machine continuait à exister. Même si les autres sont parties, je reprends tout ce qu'on a fait. Ou plutôt une bonne partie, en fait! Parce que je n'ai pas pu tout reprendre non plus!! On a fait un choix dans les chansons les plus emblématiques. Je rechante donc toutes ces chansons seule. Ce n'est pas toujours facile, parce que les gens ont parfois du mal à comprendre ma démarche. Un groupe, c'est un peu comme un couple... Parfois, on se sépare, mais la vie continue. Donc, même si ça en déroute plus d'un, il faut comprendre que je veux continuer à faire vivre Zouk Machine, même en étant seule.
Dans cet album, une chanson a été écrite par Christophe Maé.
Ah la la... C'est toute une histoire, ça! En fait, je ne l'ai pas rencontré au départ. C'était au moment où il était en pleine promo. Par contre, ce que je sais, c'est que la chanson qu'il m'a donnée devait figurer sur son album, et qu'il l'a enlevée pour je ne sais quelle raison... Et c'est son guitariste qui avait travaillé la chanson avec lui, que j'ai rencontré. Il m'a donc proposé la chanson comme elle avait un côté zoukant. Il m'a donc proposé d'écrire un texte dessus. J'ai écrit le texte, et Christophe l'a beaucoup aimé... Voila comment une chanson de Christophe Maé s'est retrouvée sur mon album... Nous avions une relation téléphonique ou par mail au départ, mais je vous rassure : depuis, nous nous sommes croisé souvent avec Christophe! (rires)
C'est amusant votre histoire, parce que souvent, une collaboration comme ça vient d'une rencontre...
Oui, ici, en fait, l'étincelle a eu lieu après! (rires)
C'est vraiment grâce au guitariste de Christophe que je connais très bien que tout ceci est arrivé.
Alors, quels sont vos projets pour cette année?
J'ai vraiment envie de sortir un nouvel album avec de nouveaux titres pour Zouk Machine. Et enchaîner avec une tournée. D'abord sur les Antilles, puis revenir en Métropole.
Pour vous, vous aimez mieux être sur scène aux Antilles ou en Métropole? Parce que j'imagine que le public est différent.
Ce n'est pas la même chose. Il faut savoir que l'on n'est pas roi chez soi. Le public Français m'accueille différemment que le public Antillais même si je suis très aimée aux Antilles, il faut le reconnaître. Aux Antilles, ils sont là, ils me soutiennent, mais peut-être avec un peu moins de ferveur que le public Français...
Ah bon?!...
Oui, c'est comme ça... Par contre, quand je vais chanter en Afrique, toutes proportions gradées bien entendu, c'est un peu Michael Jackson qui débarque à Paris! On a parfois plus de succès à l'extérieur que chez soi.
Je vais même vous dire quelque chose : la plupart des artistes Martiniquais ont plus de succès en Guadeloupe que chez eux, et inversement.
L'herbe est toujours plus verte chez le voisin...
C'est clair! (rires)
Quel est le dernier CD que vous avez acheté?
C'est un artiste Américain, je suis désolée pour vous qui parlez essentiellement de variété Française! (rires) C'est Maxwell. J'aime beaucoup ce qu'il fait...
Et le dernier concert auquel vous avez assisté et qui vous a marqué?
Ce doit être Christophe Maé. Louisy [NDLR : Joseph] faisait la première partie. C'était fabuleux! Je ne m'attendais pas à un concert aussi bien huilé, à vrai dire. C'est vraiment à l'Américaine, comme on dit! Tout est vraiment très bien fait, c'est une grosse machinerie, mais c'est fantastique! ça bouge, ça danse, c'est vraiment un spectacle très vivant! Il rentre sur scène, comme s'il était chez lui. Il met sa radio et quand la radio s'arrête, le concert démarre.
Et vous préférez ces spectacles "très" mis en scène ou des spectacle plus simples?
Tout dépend de l'artiste en fait. Il y a des artistes qui sont faits pour donner un concert piano voix dans une certaine forme d'intimité, et d'autres qui ont besoin de mouvement, d'un show véritablement. Tout dépend des chansons. Dès que la musique est chaude, ça donne envie de danser, donc, sur scène, il faut qu'il se passe quelque chose... C'est d'ailleurs assez dommage de voir certains artistes faire des chansons "chaudes" et qui sur scène, ne vivent pas assez cette "chaleur" justement. Pour être honnête, j'aime beaucoup les shows! J'adore aller voir Madonna, Christina Aguillera... Parce que à ce niveau, les Américains sont très forts! Il faut dire qu'ils ont aussi des budgets très différents des nôtres... (rires) Mine de rien, monter un spectacle, ça coûte énormément d'argent...

Quel regard jetez-vous sur l'évolution de votre métier?
Tout a terriblement évolué. Même nos conditions d'artistes. Beaucoup d'artistes restent sur la touche et ne peuvent pas vivre de leur métier, c'est dommage. On vend beaucoup moins de disques, et la scène reste très difficile à monter... Notre Ministre de la Culture, Monsieur Mitterrand a bien expliqué que le budget de la culture n'avait pas diminué, et qu'au contraire, il avait augmenté de 4%. Or, il faut être réaliste... C'est la régression totale. Les mairies sont devenues très frileuses. Avant, les médias organisaient des tournées d'été. Maintenant, c'est terminé... Le métier a beaucoup changé. C'est pour cela que nous, les artistes, essayons de trouver plein de nouveautés pour continuer à subsister. Sans visibilité, les artistes disparaissent...
Et vous pensez quoi des émissions de télé comme la "Nouvelle Star"?
ça fait un peu peur, quelque part. Mais j'avoue que j'aurais leur âge aujourd'hui, je ferais comme eux! Un jeune qui a envie de chanter et qui n'a pas d'appuis... et bien, grâce à des émissions comme la "Nouvelle Star", il peut se faire remarquer! Je me mets à la place des gamins et des gamines, et je vous le dis, j'irais me présenter au casting de la "Nouvelle Star". Il n'y a plus beaucoup de castings, et encore moins en régions... Donc la "Nouvelle Star" a ce mérite d'aller chercher des talents aux quatre coins de la France.
Et les sites participatifs, qu'en pensez-vous?
Je trouve ça génial. Regardez Grégoire, il a réussi a exploser grâce aux sites participatifs. Vous voyez, c'est ce que je disais tout à l'heure : on a du trouver des solutions pour s'en sortir. Internet a permis beaucoup de choses et à côté de ça, il y a les problèmes de téléchargement illégaux. C'est difficile d'aborder Internet! (rires)
Je me souviens d'avoir acheté le 45 tours de "Maldon", et maintenant, on achète "KoudSoley" en Mp3... Vous restez attachée aux supports physiques?
Oui... ça me dérange un peu. Mais on est obligés de se mettre au goût du jour, on n'a pas le choix! Vous savez, à la limite, moi, je suis encore à l'époque du vinyle! Le vinyle, c'était tellement beau, ça se caressait... Le CD, c'était déjà moins sensuel, mais bon... Mais alors, le MP3, ça ne ressemble à rien, c'est impalpable! (rires) j'ai du mal, mais nous serons obligés de nous y faire!... Le disque est en train de vivre ses derniers instants, et c'est bien triste.
C'était tellement bien un beau Maxi 45 tours ou un beau 33 tours.
Oh oui, vous avez raison. On avait le plaisir d'écouter un album, mais aussi de découvrir les photos, les crédits, etc...
Enfin, je vais vous donner quelques mots et vous allez me dire ce qu'ils vous évoquent instinctivement...
Enfoiré : Coluche
Belgique : Je vais vous dire une bêtise, mais ce n'est pas grave! (rires) C'est une espèce de sandwich comme un hamburger que j'ai mangé à la gare la première fois que je suis venue en Belgique... Et j'ai adoré! Je ne sais pas comment ça s'appelle! Ça a un goût d'oignon, c'est un délice! (rires) Et ce hamburger, chaque fois que je viens en Belgique, il faut que j'en mange un!!
Zouk : Kassav', Zouk Machine
Antilles : Martinique et Guadeloupe, évidemment. Là où j'ai grandi...
Maldon : Un succès qui nous est arrivé alors que nous étions très loin de penser à un succès pareil...
KoudSoley : La fin d'un virage. La fin d'une histoire et le début d'une autre...
Propos recueillis par IdolesMag le 20 mai 2010.
-> Faire un lien vers cette interview (copiez/collez ce code) :
-> Retrouvez l'univers de Christiane Obydol (Zouk Machine) :
.
. Sur Amazon.fr :
. Sur PriceMinister.com :
-> Téléchargez sur iTunes :
-> Téléchargez légalement sur VirginMega.fr :
«« Retour »»
Accueil
Le Magazine
Interviews
Biographies
Concerts
Recherche




