Interview de Didier Barbelivien

Propos recueillis par IdolesMag.com le 18/03/2013.
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Didier Barbelivien © Christophe Mourthé

Didier Barbelivien a sorti début mars un nouvel album, « Dédicacé », composé de 15 chansons originales, chacune étant dédicacée un artiste qu’il aime particulièrement. C’est avec grand plaisir que nous avons été une nouvelle fois à la rencontre de Didier afin qu’il nous parle de ce nouvel album. Au fil des questions, nous aurons l’occasion d’aborder des sujets aussi divers et variés que le Tour de France, le monde du cirque, ses deux petites jumelles Louise et Lola, l’Afrique qu’il aime tant, l’amitié et cette famille que l’on s’est choisie, les réseaux sociaux et le sacro-saint 33 tours. Didier nous expliquera d’ailleurs qu’un 33 tours de ce nouvel album va être édité très prochainement. Nous évoquerons également Tony Meggiorin, son complice depuis plus de vingt ans, et ses collaborations avec Aylin Prandi, Jonathan Bermudes ou encore John Mamann. Enfin, Didier nous donnera des nouvelles de son spectacle musical autour de « Marie-Antoinette » qui devrait enfin voir le jour en 2015. Rencontre avec Didier Barbelivien, un artiste qui a gardé son âme d’enfant…

Didier Barbelivien, Tant qu'il y aura des chansonsIdolesMag : Quand et comment vous est venue cette idée de chansons dédicacées?

Didier Barbelivien : Ça m’est venu pendant l’enregistrement… enfin, un peu avant à vrai dire… En fait, vous savez, j’ai une façon un peu bizarre de travailler. Je travaille les choses au hasard. J’entre en studio, je fais des chansons, je ne sais pas très bien ce que je veux faire ou ce que je vais faire. La seule chose que je sais, c’est que je passe des heures et des heures en studio. Et puis, au bout d’un moment, ça se définit. C’est-à-dire que je me dis que j’allais refaire, chanson par chanson, sans avoir de projet précis, des sons qu’on a aimés toute notre vie depuis trente ou quarante ans. J’ai commencé par « La Musique Italienne », comme les vieux slows italiens. Après, j’ai eu envie de  refaire des sons des années 60, après des trucs un peu Beatles comme dans « 33T vinyl ». Ça a été les premières approches. Après, quand j’ai eu commencé ça, je me suis embarqué dans la production de chaque chanson dans un style très particulier. Je me suis dit qu’il fallait que je rende ça compréhensible pour le public. Et là, je me suis dit que j’allais les dédicacer aux gens auxquels pour moi elles se rapprochaient le plus. Et j’ai fait en générique « Tant qu’il y aura des chansons », qui pour moi est une chanson qui rend hommage aux chansons, même si c’est un peu abstrait. C’est une chanson qui rend un peu hommage à toutes les chansons qu’on a aimées. Ce n’est pas une vraie chanson en soi. Elle ne porte pas de message particulier. Elle est musicalement très 70.

J’aimerais qu’on se balade un peu dans votre album si vous le voulez bien… Vous évoquez le Tour de France dans « Les héros de Juillet » et vous dédicacez cette chanson à Hervé Villard.

Oui, au départ, j’ai pensé à mon père, qui m’avait initié à ça. Et puis après, je me suis demandé qui représentait le mieux le Tour de France. J’ai tout de suite pensé à Hervé Villard. Hervé, il a parcouru la France de long en large pendant toute sa vie. Les dédicaces sont venues comme ça. C’est un peu comme si j’avais été mannequin et que je me demandais quel costume j’allais mettre à celui-là ou à tel autre. Une autre, je l’ai dédicacée à Johnny parce que je me suis dit que Johnny aurait pu la faire. Puis Eddy Mitchell et ainsi de suite…

Quels souvenirs gardez-vous du Tour de France ?

Je garde un merveilleux souvenir du Tour de France. Vous savez, je vais avoir 60 ans l’année prochaine… donc je garde les souvenirs d’un garçon qui avait 10 ans. C’était il y a cinquante ans, je parle d’un monde qui a disparu. Le Tour de France, c’était l’évènement d’une vie quand il passait dans un village. Il y avait beau déjà avoir la télévision, en noir et blanc, le passage de la caravane du Tour, c’était juste, je ne sais pas trop comment l’expliquer… C’était un évènement dont on parlait six mois avant et dont on allait parler quatre ans après. C’était un peu comme une apparition.

Et aujourd’hui, vous le suivez toujours ?

Non. Je n’ai plus… c’est ça qui est bien dans la vie… cet attachement que j’avais au Tour de France, c’était l’attachement d’un enfant. Quand j’ai eu 18/20 ans, je regardais le Tour avec des yeux de spectateur qu’on doit informer. La magie, c’est quand on est petit… Il y a plein de choses comme ça. Et puis, ces rivalités entre les coureurs français… La moitié de la France était pour Anquetil et l’autre pour Poulidor. Ça mettait le feu dans les chaumières. Je ne peux plus avoir du tout le même regard. Je n’ai même plus de regard du tout.

Didier Barbelivien © Christophe Mourthé

Comment Aylin Prandi est-elle arrivée sur l’album ? Vous chantez en duo avec elle « La Musique italienne ».

Aylin Prandi, je l’ai rencontrée sur un plateau de télévision. Mais c’est toujours comme ça avec moi, ma vie a toujours été orientée par des choses hasardeuses !… Quand j’ai rencontré Aylin Prandi, on était sur un plateau télé, on ne faisait pas du tout la même chose. On n’était pas forcément fait pour le même style de musique. Et je lui ai dit « Un jour on fera un disque ensemble » et elle m’a répondu « Pourquoi pas » C’est le genre de truc qu’on se dit quand on fait des rencontres comme ça. On le dit souvent, mais ça ne se fait jamais… Mais moi, dans ma vie, ça s’est toujours fait. J’ai toujours fait des accidents et des rencontres qui ont fait qu’on arrive à se retrouver et à se rencontrer sur un projet. Donc, on a écrit cette chanson ensemble. J’ai commencé dans mon coin avec Tony [Meggiorin], et une fois qu’elle a été construite et que j’en avais écrit les paroles, j’ai demandé à Aylin d’écrire des paroles italiennes qui allaient avec. Vous savez, je ne comprends pas un mot d’italien, donc, je l’ai laissée faire. Elle a écrit sa partie.

Jonathan Bermudes co-signe la musique de « Tant qu’il y aura des chansons » avec Tony Meggiorin. Lui pour le coup vous le connaissez depuis très longtemps…

Oh oui ! Depuis « David & Jonathan »… Ce n’est pas tout récent ! (rires)

Etiez-vous resté en contact avec lui depuis toutes ces années ?

Oui, toujours. On s’est toujours croisé dans Paris. On ne s’est jamais perdus de vue complètement. Ce n’est pas parce qu’on ne travaillait plus ensemble qu’on s’était perdus de vue.

Et John Mamann ?

Lui je ne le connais pas depuis longtemps. On s’est rencontrés grâce à un éditeur. Et il s’est trouvé que… c’est toujours pareil dans la vie, il y a un truc extraordinaire à chaque fois… nous sommes voisins ! Il habite à 30 mètres de là où j’habite. Alors, c’est facile pour faire des chansons. Donc, cette collaboration s’est faite comme ça.

Vous dédicacez une chanson à vos frères africains, « Césaire-Senghor ». Qu’est-ce qui vous attache tant à l’Afrique ?

L’Afrique, c’est le pays où j’ai été élevé. C’est là que j’ai vécu ma petite enfance. Il y a encore trois ans, je vivais la moitié de mon temps en Afrique. Ou presque. Avant que je n’aie mes deux petites jumelles, j’ai vécu trente-deux ans en Casamance de manière très régulière. L’Afrique, je pense qu’elle est tatouée en moi depuis que j’ai trois/quatre ans…

Didier Barbelivien © Christophe Mourthé

Vous me parlez de vos deux petites jumelles, Lola et Louise. Il y a une photo d’elles deux à la fin du livret où elles assistent à un concert privé de Tony Meggiorin. Montrent-elles déjà un intérêt pour la musique ?

Oui, elles ont un intérêt. Mais je pense que c’est comme tous les enfants. Les enfants, si vous les mettez dans un milieu où ils entendent de la musique, où ils peuvent avoir accès à un piano, à des guitares, etc… ils se jettent tous dessus. C’est merveilleux quand on est enfant de pouvoir arriver sur le piano, poser les mains et y jouer du Béla Bartók sans le savoir… Elles sont vraiment excitées par ça. Et quand Tony vient et qu’il joue, elles sont fascinées. Bon, lui, il joue bien, moi, je joue comme une daube ! (rires) Tony, c’est un vrai musicien. Elles sont vraiment captivées. Et ce qui est drôle, je trouve, c’est qu’elles se rendent compte que Tony joue bien et que moi, je ne joue pas bien…

Ça c’est vous que le pensez…

Non, non ! Je vous assure qu’elles savent quand c’est bien joué ou pas. Quand Tony vient à la maison et qu’il se met au piano, elles se mettent devant et elles ne bougent plus. Moi, si je me mets au piano, elles restent trente ou quarante secondes et puis elles passent à autre chose. C’est très drôle… Vous savez, je suis très attentif à la réaction des enfants par rapport à ces choses-là parce qu’on voit tout de suite ce qui leur plait ou non. Les enfants ne raisonnent pas par l’analyse ou la compréhension. C’est juste instinctif quand ils sont petits comme ça. Donc, ils ne trichent pas. On voit ce qu’ils aiment ou ce qu’ils n’aiment pas. C’est très drôle à percevoir. Sur mon album, je me suis bien marré. Je l’ai passé dans la voiture avec les deux filles attachées à l’arrière. Je regardais dans le rétro et je me disais « tiens, celle-là, elles aiment bien… telle autre, elles s’en foutent complètement »… C’est marrant.

Vous avez là un retour très différent de celui du public.

Oui, quelque chose de très instinctif. Comme elles ne comprennent pas du tout ce que je dis.

Il y a une très belle chanson sur le monde du cirque, « Le Trapéziste ». Est-ce un monde qui vous fascine ou qui vous a fasciné enfant ?

C’est un monde auquel je suis très attaché. Quand je suis rentré d’Afrique, je devais avoir huit ans ou neuf ans, j’ai habité dans un village de Loire-Atlantique. Et dans ces années-là, il ne se passait rien dans les petits villages. Enfin, quand je dis un petit village… il était vraiment petit, très petit ! (rires) Et donc, la venue du cirque en ville, c’était comme le Tour de France, c’était totalement évènementiel. J’en ai gardé un attachement pour ces personnes itinérantes qui venaient chez nous nous divertir. Tous les gosses se disaient « ah la la… la chance qu’ils ont ! On aimerait partir avec eux… » Pareil, ce sont des pastilles d’enfance, ce sentiment.

En me parlant de ces petits villages de province, je ne peux pas ne pas faire un parallèle avec la promo que vous faites en ce moment. Vous repartez faire le tour des radios de province, chose qui s’était un peu perdue ces dernières années…

Ce n’est pas quelque chose que j’avais perdu personnellement puisque je n’étais pas tenu à faire de la promo vu que je n’ai pas sorti de disques pendant longtemps… Mais c’est vrai que j’aime avoir un contact avec les gens en province. C’est un truc qui me plait. Parce que je sens que pour eux, c’est une rencontre improbable. Et moi je trouve ça enrichissant d’aller voir le public chez lui. Les gens qui achètent des disques, qui vous aiment… ils sont là. Vous savez, comme je le dis toujours, je préfère aller sur un plateau à Issoudun que de faire un grand plateau à Paris. En province, on peut parler vraiment avec les gens. J’ai toujours aimé la province. Et puis, il y a tellement de choses à découvrir. On y découvre des paysages, des personnages, des visages… Je suis très sensible à tout ça. Je pense que si j’étais deux cents jours par an en tournée promo, ça ne me dérangerait pas.

« Cet ami-là » évoque l’amitié. Vous, vos amis, les comptez-vous sur les doigts d’une main ou en avez-vous des centaines ?

J’en ai très peu. J’aime énormément de personnes, mais j’ai très peu d’amis. J’en ai une dizaine tout au plus.

C’est quelque chose de sacré pour vous l’amitié.

Oui, c’est quelque chose dont j’ai besoin. Je pense d’ailleurs que je ne suis pas le seul, tout le monde en a besoin. Ce sont des relations qui vous aident à vivre et qui font qu’on est solidaire d’un groupe d’hommes et de femmes qui sont comme une deuxième famille qu’on s’est choisie.

En parlant d’amis, vous venez d’ouvrir une page Facebook. Quel regard jetez-vous sur ces amis virtuels ?

Je n’ai aucun regard, et je vais vous en donner la raison, c’est que ma page Facebook a été ouverte par ma maison de disques le temps de la promo. Moi, je n’ai pas de page Facebook, je n’ai même pas d’ordinateur. Je ne comprends rien à ça. Rien du tout. Alors, oui, je me sers d’un portable antique, et c’est tout. Il existe aussi un site officiel. Je ne le consulte jamais puisque je n’y ai pas accès, mais c’est tout ce que je sais…

Tous ces réseaux sociaux sont donc très loin de vous.

Plus que loin, même ! Je ne sais même pas de quoi nous sommes en train de parler tous les deux !! (éclats de rire) Je n’ai même pas la moindre idée de comment ça se passe, je n’ai aucune idée de ça. Mon seul réseau social, c’est quand je sors dans la rue ou que je vais dans les magasins et que je parle avec les gens que je rencontre. Ou dans le train… Hier, j’étais dans le train, j’ai pris un plaisir fou à parler avec des gens… c’est la même chose quand je vais au restaurant.

On va donc parler de quelque chose de beaucoup plus concret… c’est le fameux 33 tours, d’ailleurs une de vos chansons s’appelle « 33T Vinyl ». Ce nouvel album va-t-il bénéficier d’une édition vinyle ?

Oui ! Il est en train d’être fabriqué. Il faut d’ailleurs que j’appelle ma maison de disques pour savoir quand il va arriver, mais ce doit être cette semaine ou la semaine prochaine.

Didier Barbelivien © Christophe Mourthé 

C’était important pour vous ?

C’était un pari vis-à-vis de ma maison de disques. Je leur ai dit « puisque que vous aimez tellement ma chanson 33T Vinyl, vous allez m’en faire un ! » Ils ont été d’accord et ils ont fait fabriquer un vinyle.

C’est une belle initiative, et en plus avec une telle chanson, c’est un beau clin d’œil.

Oui, et puis, je trouve que c’était bien d’en avoir un par rapport à ce projet d’album. Je me suis dit que ça correspondait bien à ce que je voulais dire et faire. J’en ai un exemplaire, c’est une sorte de  prototype que je devais valider, et je le trouve super. C’est un vrai 33 tours comme autrefois.

Sur le livret du CD, il y a un joli artwork qui a été réalisé, comme un vieux livre qu’on feuillette. Retrouve-t-on cette idée sur le vinyle ?

Oui, il y a de ça, à part que c’est sur deux pages, comme sur les 33 tours de l’époque.

Chaque photo dans le livret est commentée avec une petite phrase.

C’est pour rire… Comme ce sont des photos privées, je ne les ai pas faites avec un photographe, c’est ma femme qui les a prises, je voulais leur mettre une petite légende, comme pour leur donner une justification.

C’est très nostalgique de les commencer toutes par « Du temps où… »

Oui… C’était pour rester dans l’idée du vieux bouquin… Et puis, la maison de disque disait qu’il fallait mettre des photos. Personnellement, je n’en mettrais pas. Mais bon… comme ils me demandent des photos, je les illustre comme je peux.

Didier Barbelivien © Christophe Mourthé

Avant de vous quitter, je vais vous reposer une question que je vous avais déjà posée il y a deux ans… Où en est le projet sur « Marie-Antoinette » ?

C’est génial que vous me parliez de ça aujourd’hui ! Figurez-vous que j’ai rendez-vous cette semaine avec deux producteurs indépendants pour m’occuper de ça. Elle avance, Marie-Antoinette… elle avance doucement la pauvre avec sa charrette… (rires) C’est le futur projet dont je vais m’occuper.

Elle devrait voir le jour en 2015.

Oui, normalement. Depuis le temps qu’on attend, il serait temps que le projet voit le jour. Je pourrai vous en dire d’avantage dans les deux mois qui viennent. Mais elle avance bien en ce moment. Ce sera beau, parce qu’on va pouvoir faire un beau livret, un peu comme quand j’avais fait « Vendée 93 »…

Propos recueillis par IdolesMag le 18 mars 2013.
Photos : Christophe Mourthé
Site web : http://www.barbelivien.com/

Didier Barbelivien se produira notamment le 5 avril à Vals-près-Le Puy (43), le 7 à Nice (06), le 14 à Déols (36), le 15 novembre à Lyon (69) et du 24 au 26 janvier 2014 à l’Alhambra (Paris 10ème).









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