Interview de Saule

Propos recueillis par IdolesMag.com le 12/03/2013.
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Saule © Mathieu Zazzo

Déjà disponible en Belgique depuis quelques semaines (et encensé par la critique), le troisième album de Saule, « Géant », sera disponible en France le 18 mars. Séduits par ce nouvel album qui fait écho au premier, nous avons été à la rencontre de Saule afin qu’il nous en dise un peu plus sur son cheminement. C’est son ami Charlie Winston qui l’a réalisé et il est vraiment excellent. Après une parenthèse plus sombre, Saule revient à son univers à la fois souriant et mélancolique pour notre plus grand plaisir. Il nous livre un album lumineux qui devrait vous plaire autant qu’à nous…

Saule, GéantIdolesMag : Ton troisième album, « Géant », est sorti depuis quelques semaines en Belgique et sort en France actuellement. Dans quel état d’esprit es-tu ?

Saule : Je suis plutôt serein. On ne peut pas dire que je sois confiant parce qu’on ne sait jamais comment les choses vont être accueillies. C’est tout de même déjà plutôt cool pour moi que le titre tourne beaucoup en radio, qu’il y a quand même beaucoup de médias qui sont derrière et que ça a l’air de bien se passer. Ce qui me rassure aussi, c’est que les médias n’ont pas écouté que « Dusty Men », mais qu’ils ont écouté tout l’album. L’album est plutôt bien reçu. Il y a un phénomène dont j’aurais pu avoir peur, c’est le phénomène du one shot, à savoir que les gens pensent que c’est parce que Charlie Winston est derrière. C’est vrai que la présence de Charlie aide. Mais comme il le disait très justement dans une interview, si l’album ou le duo n’était pas bon, même si c’était lui, ça n’aurait rien changé. Donc, je suis plutôt serein.

Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés avec Charlie Winston ?

On s’est rencontrés en fait dans une émission sur France Inter qui s’appelle « Le Pont des Artistes ». Lui présentait son premier album et moi mon deuxième. Je connaissais juste le titre « Like a Hobo » qui tournait déjà pas mal en Belgique. L’album n’était pas encore sorti en France, mais on sentait déjà le carton. Je connaissais donc ce qu’il faisait et lui ne connaissait pas du tout ce que je faisais. Le principe de cette émission, c’est qu’il y avait plusieurs plateaux avec à chaque fois des groupes qui accompagnent les artistes. Et donc, il a pu me découvrir en live avec mon groupe, de la même manière que j’ai pu le découvrir lui en live avec son groupe. Et ça a été un peu une vraie rencontre humaine et musicale le même soir…

Avez-vous tout de suite bossé ensemble ou bien êtes-vous simplement restés en contact à cette époque ?

On était un peu comme deux gosses, on trouvait que ce serait super de refaire quelque chose ensemble. J’avais une série de sept concerts qui étaient éparpillés sur deux mois aux « Trois Baudets » à Paris. Comme je jouais sept fois au même endroit, je trouvais que c’était cool d’inviter des artistes à venir me rejoindre sur scène. J’avais donc invité des gens comme Dominique A., Albin de la Simone, Matthieu Boogaerts… Je lui ai demandé si ça lui dirait de venir chanter avec moi, il m’a dit oui et il est venu. Suite à ça, à chaque fois qu’on lui demandait une playlist et son top 5 de ce qu’il écoutait, il mettait toujours une chanson de mon deuxième album, « Futur ». Après, il m’a invité à venir faire sa première partie à la Cigale. On est restés très en contact après ces moment-là.

Que t’a-t-il apporté sur ce troisième album ?

Très honnêtement, les morceaux étaient déjà tous écrits. J’en avais même beaucoup trop. Donc, tous les morceaux étaient déjà écrits, composés et pour la plupart arrangés. Ce qui fait que mon problème a été un problème de riche… C’est-à-dire qu’il fallait faire le tri dans toutes ces chansons et n’en garder qu’une dizaine. Et donc, la première chose où il m’a vraiment aidé, c’est qu’il m’a aidé à faire un choix et à donner une direction à ce disque. Lui me disait humblement qu’il pensait que c’étaient telles et telles chansons qu’il fallait garder, tout en me demandant ce que j’en pensais. Il m’a posé les questions essentielles. « Où veux-tu aller avec ce disque ? Où veux-tu emmener les gens ? » Ce sont ces questions assez essentielles qui m’ont permis de faire un zoom out sur mes chansons parce qu’à un moment donné, tu es trop dedans, tu manques de recul. Donc, ça a été une vraie aide. Ensuite, où il m’a vraiment beaucoup aidé, c’est dans la réalisation de ces chansons. Il a joué le rôle du producteur. Il a su choisir le bon son, les bonnes rythmiques… On a tout de même gardé l’idée de mes démos. On va dire qu’il m’a vraiment aidé à gonfler le son de mes chansons. Il y a par exemple une chanson qui s’appelle « L’inventaire de notre amour » où là carrément lui entendait un truc très rock derrière et moi, j’étais plutôt sur un piano/voix. Et donc, on a gardé la mélodie, on a gardé le texte, on a gardé l’esprit, mais il est arrivé avec son riff à la guitare. Là, c’est vraiment lui qui a apporté un truc musical qui lui appartenait. Mais très honnêtement, c’est assez marrant quand j’y repense, on n’avait pas tellement besoin de parler. Les choses se faisaient hyper naturellement. Lui était vraiment fan des morceaux que je lui avais fait écouter et donc il a vachement respecté mon univers. Et puis, il y a des moments où, sans aucun ego, il me disait que mon idée de base était bonne et qu’il fallait foncer dedans. On a été assez complémentaires, et souvent sur la même longueur d’onde.

Vocalement, ta voix a été beaucoup plus mise en avant. Il y a plus de folie aussi. Est-ce dû à Charlie ?

En fait, ce qui est assez étrange et paradoxal, c’est que sur mes deux premiers albums, effectivement la voix est très retenue, et en live ce n’était pas du tout le cas. Avant ce projet solo « Saule », il faut savoir que je viens vraiment du rock et du punk. Punk, c’était vraiment au début, après, c’est devenu plus rock comme Jeff Buckley et ce genre de choses. J’avais donc l’habitude en live de pousser des gueulantes et d’aller très haut en voix de tête. Les gens venaient me dire après les concerts que j’avais vraiment du coffre, que c’était dommage que ce ne soit pas plus présent sur les albums. Et donc, ça, ça trainait dans un coin de ma tête. Et c’est là que Charlie m’a bien aidé. Il a poussé un coup de gueule, pas contre moi, mais en me disant que c’était quand même dingue que quand on faisait de la chanson française, on se sentait obligé de murmurer dans un micro. Alors qu’il adore Gainsbourg et tout ça… Il trouvait dommage que dans la nouvelle vague de chanson française, tout soit toujours chuchoté. Et donc, il m’a dit d’assumer ma voix et d’en faire plus avec. Il m’a beaucoup aidé à ça.

Le duo, « Dusty Men », l’avez-vous envisagé rapidement ?

Saule et Charlie Winston, Dusty MenPas du tout ! En fait, pour reprendre le truc historiquement, au début, je ne pensais pas du tout à Charlie pour réaliser mon disque. J’ai été le trouver au tout début en lui disant que ce serait chouette qu’on fasse un truc ensemble sur ce disque, un duo ou quelque chose comme ça. Mais je n’avais pas vraiment d’idée. Lui m’a demandé de lui expliquer ce que je voulais faire comme disque, vers quoi je me dirigeais. Et donc, je lui ai expliqué que dans mes démos il y avait des influences un peu anglo-saxonnes. Là-dessus, il m’a demandé avec qui j’allais travailler pour ça. Je lui ai dit que je ne savais pas mais que je cherchais quelqu’un dans le milieu plutôt anglophone. Et là, il m’a dit « je veux le faire ! » Là, j’ai été complètement surpris par sa réponse, et en même temps ça me paraissait évident que j’aurais dû le lui demander au départ. (rires) Quelque part, ça a été une candidature spontanée mais ça tombait vraiment à pic. À partir du moment où on a décidé qu’il allait réaliser l’album, on n’a plus du tout parlé de duo. Ce n’est qu’à la toute fin, alors que le disque était bouclé et qu’on avait choisi nos titres que je lui ai proposé, un peu comme une récréation, de faire un duo. J’ai écrit ça à la dernière minute, plus pour m’amuser, une espèce de clash entre deux chanteurs has-been. Je lui ai fait écouter et lui ai demandé si ça l’intéresserait de le travailler. Il m’a dit « oui, allons-y, c’est une super idée ! » Et donc voilà comment est né ce duo. Ça s’est fait un peu à l’impromptu.

T’es-tu remis rapidement à l’écriture de ces nouvelles chansons après la sortie de « Western » ou t’a-t-il fallu un petit temps ?

Je m’y suis remis très rapidement. En fait, à la sortie de « Western », les choses ne se sont pas passées comme je l’aurais voulu. Honnêtement, en Belgique, l’album avait plutôt très bien fonctionné. En France, j’ai plus eu un succès d’estime. J’avais quand même pu faire une trentaine de premières parties de Bénabar dans des zéniths, donc ça c’était super. On a pu aussi faire plus d’une centaine de dates en France, donc le public français, par le live, nous avait rencontrés. Mais l’album en lui-même n’avait pas eu un succès en termes de ventes. Ce qui fait que j’ai été gentiment remercié par mon précédent label français. C’est vrai qu’après ça, j’étais un peu penaud. Et très vite, les gens autour de moi m’ont dit de ne pas lâcher le bout, qu’au contraire il fallait vite me remettre en selle. C’est quelque chose qui est tellement normal dans le milieu de la musique… Il y a des up et des down. Et donc, même si je n’avais jamais vraiment arrêté d’écrire, je m’y suis remis à fond. Ça m’a vraiment boosté et donné envie de continuer. Je ne pense pas de toute façon que je pourrais m’arrêter d’écrire. Même maintenant, je continue. Je travaille sur un conte musical. J’ai toujours eu besoin de travailler. C’est un peu comme un muscle, si on ne l’utilise pas, il s’atrophie. (rires)

Même si le son est tout à fait différent, j’ai l’impression qu’on retrouve le Saule du premier album « Vous êtes ici », plus souriant, avec un peu d’humour… « Western » quand on le réécoute, on se rend compte qu’il était vachement sombre dans le fond…

Absolument. C’est un peu le truc. C’est un peu de ça dont je te parlais avec cette expérience que j’ai eu avec le deuxième label, Polydor. J’adore ce deuxième album, mais effectivement, je me suis beaucoup laissé influencer sur le choix des titres. J’avais envie d’un truc très classieux, un peu à la Dominique A. ou à la Bashung. Ça fait partie de moi, de ma personnalité et de mon écriture, mais je crois qu’on a balayé tout un côté de moi qui était important et que le public aimait, cet humour, cette autodérision et cette poésie douce dont tu parles. Tout ça a été balayé sur « Western ». Quand je le réécoute, j’entends ce côté sombre, beaucoup plus sombre que ce que je ne suis. Un journaliste m’a dit que ce deuxième album était un peu le grand frère du premier et je crois que c’est vrai. Le deuxième m’a permis de trouver un peu de maturité en termes de production et d’arrangements, parce que le premier était ultra minimaliste. Donc, ça m’a permis d’avancer et de prendre confiance en moi. Mais j’avais aujourd’hui envie de revenir à quelque chose de plus lumineux. Et c’est marrant parce que quand Charlie m’a demandé ce que j’avais envie de dire sur ce troisième album, ce que j’avais envie de montrer aux gens, je lui ai dit que s’il y avait un mot pour le définir, je voudrais qu’il soit lumineux. Donc, je trouve qu’on a plutôt réussi ce pari-là.

Saule © Mathieu Zazzo

Généralement, pour toi l’écriture est-ce quelque chose de très travaillé ou spontané ?

Je dirais que c’est d’abord spontané et puis très travaillé. (rires) Il y a tout de même des premiers jets sur lesquels on garde énormément. Je pense notamment au premier album, il y a une chanson qui s’appelait « Le baiser » où effectivement, à la maison j’avais une reproduction d’un tableau de Gustav Klimt, « le baiser ». Ça a été presque de l’écriture automatique. Je me suis mis presque à écrire en un jet, comme si le tableau me parlait. Donc, là, dans ce cas, ça a été très spontané. Après, sur ce genre de texte-là, il y a moins de retouches parce que c’est venu en une fois et qu’on n’a pas envie d’y toucher trop. Mais il y a toujours une partie de fignolage… ça m’arrive par exemple de trouver que le troisième couplet est une insulte aux deux premiers… (éclats de rires) Je me dis « appliques-toi un peu ! Relis tes deux premiers couplets, ils sont tellement bien, ce serait con de les tuer avec le troisième… » L’écriture est une chose très importante chez moi. Très souvent en tant qu’auditeur, et ce n’est pas du tout pour me jeter des fleurs, et de toute façon chacun est libre de penser ce qu’il veut sur l’écriture d’un autre, mais trop souvent je suis déçu par l’écriture. J’ai l’impression parfois que la musique est géniale et que l’artiste s’est un peu loupé sur l’écriture. Ou inversement. Comme je suis assez exigeant en tant qu’auditeur, je me dois de l’être tout autant en tant qu’auteur.

Tu mets d’ailleurs les textes de tes chansons sur ton site web. Ce qui est assez rare… Dirais-tu que les mots ont plus de poids que les notes ?

Je ne dirais pas ça. Tu sais, ce sont souvent les producteurs ou les gens qui travaillent avec moi qui me disent de mettre mes textes en avant. À vrai dire, sur ce troisième album, je ne voulais pas mettre les paroles dans le livret. Je me disais qu’on pourrait retrouver les paroles sur mon site internet. Et puis, en fait, mes deux maisons de disques, la française et la belge, m’ont dit que des textes pareils il fallait absolument les mettre, qu’on ne pouvait pas en priver le public. Je pense que le texte est important, mais avec le temps, au fur et à mesure des albums, je me rends compte que ce qui est très important aussi, c’est la mélodie. C’est-à-dire que je suis issu d’une famille italienne. La musique a toujours été prédominante dans mes gênes. Et donc, je trouve que c’est très important qu’on puisse retenir facilement une mélodie. En tout cas, j’y suis très sensible. Donc, j’essaye également de privilégier la mélodie. Et je pense que c’est ce que j’ai fait sur ce troisième album, au niveau des arrangements aussi. À chaque fois, j’essaye de mettre la barre un peu plus haut, aussi bien au niveau de l’écriture que de la musique. Je passe toujours par une phase entre deux disques où je me dis que tout ce que je fais, c’est de la merde. Je pense que c’est un état par lequel je suis obligé de passer et qui quelque part me force à ouvrir d’autres portes et me pousse à me mettre un peu plus en danger. Ce qui pour moi est le b.a.-ba de la musique. En tout cas, tous les groupes que j’adore sont toujours des groupes qui n’ont pas peur de se renouveler, et de changer de style. Je pense à Radiohead qui est pour moi vraiment un groupe phare. Je trouve que ce groupe est exemplaire en matière de remise en questions. Après, ça donne des albums parfois inégaux, mais je pense qu’il y a toujours quelque chose de très intéressant. Les fans ne sont jamais vraiment déçus. Ce sont des gens qui cherchent.

Se remettre en questions, c’est une façon d’avancer tout simplement.

Si je ne me remettais pas en questions, j’aurais l’impression de m’ennuyer. Donc, c’est hyper important de se renouveler. Il faut être comme les enfants, tout le temps dans le jeu et dans la découverte.

Un travail super soigné a été fait sur la pochette.

Oui ! Au fur et à mesure que j’avance dans le métier et que je pense à une pochette de disque… Bon, je n’en ai pas fait 6000 non plus, c’est mon troisième, mais j’ai aussi produit un album pour une chanteuse… mais plus j’avance et plus je trouve quand même important tout cet univers graphique, la scénographie aussi qui entoure les chansons. C’est Mathias Malzieu qui disait, je pense, qu’à chaque album, il était un peu comme un lézard, il avait l’impression de changer de peau. Je trouve que c’est hyper important que ça suive aussi dans le graphisme. On s’est vraiment pris la tête sur cette pochette, mais pris la tête positivement. On a eu neuf ou dix projets différents. On a travaillé avec un photographe et un graphiste qui bossent ensemble, Mickaël Leduc et Fabrice Hauwel. Ils nous ont mitraillés de photos en studio. Toutes les photos se retrouvent d’ailleurs dans le livret un peu comme des polaroïds. Elles sont mélangées avec des photos que j’avais faites aussi. Dans ces photos, il y avait une photo d’un énorme saule, pas un saule pleureur, mais un saule qui est facilement centenaire ou bicentenaire, je ne sais plus très bien… il était au studio où on travaillait, le studio La Frette. Et en fait, à chaque fois qu’on regardait les clichés, je revenais sur ce saule en me disant que c’était un arbre incroyable. J’adorais ces espèces de volutes, de contours, de torsades que l’arbre fait. Quand tu vois cet arbre, tu te dis que la nature fait de la poésie elle-même. J’avais vraiment envie de garder cette photo. Le graphiste a eu l’idée de détourer un peu ce saule et de mettre ma silhouette à l’intérieur. Quand j’ai vu le résultat, j’ai dit « on arrête tout ! On a la pochette ! »

Saule © Mathieu Zazzo

En parlant d’arbre et de nature… en ces temps où on ne sait plus trop ce qu’on mange, tu t’autoproclames « chanteur bio » dans une de tes chansons… Peux-tu m’en dire un peu plus sur ce nouveau label ?

(rires) Cette chanson est à double sens. On peut très bien croire que je me fous un peu des labels bio et compagnie… Et c’est vrai, je pense qu’aujourd’hui on a tendance à mettre des étiquettes sur tout. Et le bio, c’est une étiquette parmi tant d’autres. Mais d’un autre côté, c’est une façon de dire aussi qu’il y a la nourriture de fast-food et la musique de fast-food. Il faut aussi penser à ça. Après le bien manger, il y a le bien écouter. J’aimais l’idée de ce personnage de chanteur bio un peu délirant comme dans une farce… Maintenant, ce qui est vrai aussi, c’est que pour des raisons de santé, il y a environ un an, j’ai dû me mettre à manger bio. Je faisais des réactions à des pesticides et des trucs comme ça. Et donc, mon médecin m’a dit que ce serait bien que je mange bio. Je me suis donc mis au bio. Et là, c’était assez drôle de voir les réactions des gens autour de moi par rapport à tout ça. C’est-à-dire qu’il y avait des gens qui trouvaient ça vachement bien et ceux qui disaient que c’était n’importe quoi, que c’était du lobbying, que le bio était devenu une marque… J’ai trouvé cette espèce de polémique assez intéressante. Et j’ai un peu joué de ça. Maintenant, chez Saule, il y a toujours eu ce côté Oxfam [magasin de commerce équitable en Belgique, NDLR] où les gens trouvaient ça très humain, très fait maison. Et donc, ça m’a intéressé de jouer là-dessus et de me demander si finalement ce n’était pas ça aussi être un chanteur bio… (rires)

De toutes les chansons qui figurent sur l’album, y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je dis tendresse, je pense plutôt à quelque chose qui s’est passé autour de la chanson, pas forcément ce qu’elle raconte.

Il y en a deux. Ce sont d’ailleurs je pense, les deux plus émouvantes du disque. C’est « Just a song » et « Vieux ». « Vieux », c’est une chanson que j’ai écrite il y a quand même quelques temps. Ce qui est marrant, c’est que j’ai envoyé ce morceau à Charlie et le soir-même il me répondait qu’il l’avait écoutée huit fois de suite et qu’il trouvait le morceau super fort. Ce qui est surprenant, c’est qu’il ne comprenait pas forcément ce que ça racontait, mais avec l’émotion qu’il y avait dans la chanson, il avait été touché. J’ai trouvé ça fou parce que quand je lui ai dit ce dont parlait la chanson, il m’a dit que c’est ce qu’il avait ressenti. J’ai trouvé assez magique que la musique puisse traduire les mots. Ça c’est une première chanson. La deuxième, c’est « Just a song ». Là aussi, c’est quelque chose d’un peu bizarre. J’ai envoyé la chanson à Charlie et il l’a traduite en anglais, comme il l’a fait d’ailleurs sur la plupart des chansons pour qu’on puisse discuter du sens qu’on allait leur donner. Et donc, il a fait traduire cette chanson et il m’a dit qu’il trouvait très émouvante cette histoire de jeune maman qui parle à son bébé qu’elle a perdu à la naissance… Et en fait, je lui ai dit que c’était assez étrange parce que ce n’était pas cette histoire-là à laquelle je pensais quand j’avais écrit la chanson. Moi, c’était plutôt une jeune ado qui envoyait un message à ses parents qu’elle avait perdus. Nous n’avions donc pas la même interprétation du titre. Et du fait qu’il m’ait dit ça, je me suis dit que ce qu’il avait compris était plus fort que ce que j’avais écrit. J’ai donc changé un peu le texte. Je ne pouvais pas parler d’un thème aussi poignant en mettant les deux pieds dans le plat. Il fallait qu’il y ait des figures poétiques et des allusions plutôt que du rentre dedans. J’ai donc changé les allusions et je pense que maintenant les gens comprennent qu’il s’agit d’une jeune maman qui a perdu son petit. Je trouve que son idée était plus forte que la mienne et donc on l’a changée, ce qui donne vraiment une particularité à la chanson. Et en plus, il y a un moment pendant la chanson où il n’y a plus de musique, il n’y a plus que ma voix. On s’est… pas vraiment battus avec Charlie… mais disons qu’il a vraiment insisté pour que je chante ce bout de chanson sans musique. J’avais peur de chanter dans le vide. Je ne voulais pas le faire. C’était un peu comme si je sautais dans le vide, je n’osais pas le faire. Il a réussi à me convaincre et finalement, je pense que c’est un des plus beaux moments dans le disque, cet a cappella. Ma voix y est d’ailleurs très aigue. Il fallait que ce soit fragile et en même temps très juste parce que Charlie est très pointilleux sur la justesse. Donc, on a refait ce passage au moins 43 fois ! Comme tu vois, à plusieurs égards, c’est vraiment une chanson qui a un sens particulier pour moi.

Avant de te quitter, j’aimerais évoquer un instant la scène puisque tu es en pleine tournée…

C’est avant tout un terrain de jeu, la scène. Même si je continue à faire des disques parce que j’aime bien ça, ce  que je préfère par-dessus tout, c’est la scène. Je pense que la scène c’est l’endroit de prédilection où on peut vraiment se lâcher. Il y a les chansons et à côté de ça, il y a plein de spontanéité. Je pense que le public belge, et le public français qui commence à me découvrir, comprennent que la scène est vraiment l’endroit où je suis dans mon élément. On peut transformer aussi un peu les chansons. Les gens peuvent comprendre plus concrètement comment elles sont nées, l’énergie qu’elles dégagent… Et finalement, ce troisième album est probablement le plus live. On a voulu capter l’énergie du groupe qui joue, c’est pour cette raison qu’on a fait beaucoup de live sur ce dernier disque. C’est un vrai exutoire pour moi la scène. C’est le trait d’union avec le public. C’est vraiment à ce moment-là que ça se passe. On a encore fait un concert il y a une semaine à Liège et j’ai été scotché par la générosité du public. C’est comme les vases communicants, quand on se prend une vague en pleine figure, on ne peut que renvoyer la balle. Et au final, c’est génial. C’est vraiment mon endroit de prédilection, c’est ce que je préfère dans ce métier.

Peux-tu me toucher un mot des musiciens qui t’accompagnent aujourd’hui, qui ne sont plus les pleureurs, et notamment Benoît Carré [ex-Lilicub qui sort son album « Célibatorium » le 22 avril, NDLR] qui vient de quitter le navire ?

J’ai travaillé avec Les Pleureurs pendant plus de sept ans et j’avais besoin de tourner la page. Eux, maintenant reprennent aussi leur chemin. Je garde de super souvenirs des moments qu’on a passés ensemble, mais j’avais un peu besoin de passer à autre chose. Eux aussi d’ailleurs. Donc, je cherchais un groupe. Sur l’album, on a eu des musiciens comme Thomas Semence qui a été le guitariste d’Aubert, de Raphaël, de Keren Ann… plein de beau monde. Charlie, lui a ramené un musicien, Ché, un batteur anglais absolument incroyable. On a travaillé un peu tous ensembles sur le disque. Forcément sur le live, j’ai eu besoin de trouver un groupe. Quelqu’un m’a parlé de Benoît Carré en me disant que je devrais aller le voir sur scène, que son groupe avait vraiment la particularité de passer d’un style à l’autre. J’ai été les voir et j’ai vraiment été séduit. Ils ont joué avec moi tout un temps. Et maintenant, le groupe continue de jouer avec moi, mais Benoît Carré m’avait prévenu, il sort son nouvel album et il a donc arrêté de jouer avec moi parce qu’il voulait se consacrer à la promo et à son disque. Mais les autres membres du groupe continuent de jouer avec moi. Figure-toi que c’est le bassiste de Charlie, Daniel Marsala qui le remplace. Charlie est en train de bosser sur son prochain disque, donc, pendant quelques mois il ne sera pas sur scène et il me l’a gentiment prêté ! Et ça se passe super bien !…

Propos recueillis par IdolesMag le 12 mars 2013.
Photos : Mathieu Zazzo
Site web : http://www.saule.be/

Saule est actuellement en tournée, il se produira notamment le 16 mars à Soignies (BE), le 21 à Nivelles (BE), le 28 aux Trois Baudets (Paris 18ème), le 22 mai à Mets (57, le 8 juin aux Francos Gourmandes à Tournus (71) et le 9 novembre à l’Ancienne Belgique de Bruxelles (BE).









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