Interview de Marina

Propos recueillis par IdolesMag.com le 05/03/2013.
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Marina © Pierre Leseney

Marina a sorti le 18 février dernier son deuxième album, « Jusqu’à mes yeux », un album largement autobiographique dans lequel l’artiste se livre beaucoup. Séduits par ce nouvel opus, nous avons été à la rencontre de Marina afin qu’elle nous en dise un peu plus sur la genèse de cet album qu’elle a autoproduit. Nous aurons l’occasion également d’évoquer son parcours d’auteure-compositrice, son passage par la Star Academy et les concerts à domicile qu’elle donne de plus en plus régulièrement. Rencontre avec une artiste authentique qui en a parfois un peu bavé, mais qui en est toujours sortie la tête haute.

IdolesMag : Quand ce nouvel album a-t-il commencé à prendre forme dans ta tête ?

Marina : Je dirais vers 2010 à peu près, donc ça fait un bail déjà. À la base, il n’était pas prévu de faire un album, mais une maquette pour démarcher les labels et les tourneurs. Et finalement, ça s’est profilé tout doucement en album et on a commencé vraiment à le concrétiser il y a 14 mois à peu près. On a mis une grosse année à le faire.

Marina, Jusqu’à mes yeuxTu l’as autoproduit. Comment as-tu vécu l’autoproduction ? Je suppose que tu as été beaucoup plus libre, mais que le parcours est semé d’embûches…

Exactement. En fait, il y a du pour et du contre. Le pour, c’est la liberté, le fait que musicalement et au niveau de l’image, on est très libre. Et le contre, c’est d’abord financier parce que c’est difficile à assumer. Et puis, il y a beaucoup de contraintes et d’étapes au niveau administratif puisqu’il faut des autorisations quand on veut sortir un album. Il faut des droits, des numéros… Tout ça, c’est assez compliqué. Et puis, il faut assister à toutes les étapes, le studio, les arrangements, le mixage, le mastering, le pressage et maintenant la distribution. Donc, il faut être sur tous les terrains et c’est usant, en fait.

L’artistique, je suppose que ça t’intéresse, mais le reste, tout ce qui est plus du domaine du marketing, etc… prends-tu du plaisir à le faire ou bien es-tu tout simplement obligée de le faire ?

C’est par la force des choses. Je le fais parce que j’y suis contrainte en fait. Si je pouvais me cibler sur la scène et l’écriture de chansons, ça m’irait très bien… Je serais heureuse comme ça. Mais aujourd’hui, la situation dans l’industrie du disque est très compliquée, donc, on est obligés de se débrouiller.

Tu signes la quasi-totalité des titres de l’album, es-tu une auteure/compositrice prolifique ? Écris-tu un peu tout le temps ?

En fait, j’écris quasiment tous les jours. C’est viscéral pour moi d’écrire, c’est vraiment un exorcisme. J’écris tous les jours, même si ce n’est qu’un peu. Parfois, il m’arrive d’écrire des chansons. Disons qu’une fois par semaine, j’essaye de faire une chanson ou un poème un peu construit et un peu abouti, même si c’est mauvais et que je ne m’en sers pas. C’est juste pour entretenir la plume. Tout m’inspire à peu près. C’est surtout quand je suis triste et que j’ai des contrariétés que j’écris, ça me fait du bien.

Tu écris depuis quel âge ?

J’ai dû commencer au lycée, quand j’étais en première/terminale.

Qu’est-ce que ça représentait pour toi à l’époque l’écriture d’une chanson ? Était-ce du domaine de l’échappatoire ou du domaine du jeu ?

C’était de l’évasion. Au lycée… il faut savoir que je n’étais pas du tout dans le délire de l’école. Je sentais bien que ce que je voulais faire c’était de la musique. Je passais un bac économique et je n’étais pas vraiment en phase avec ça… (rires) Il y avait beaucoup de choses qui m’insupportaient. En vérité, je n’ai pas très bien vécu le lycée. Et écrire, ça me permettait de m’évader de tout ça. Et puis, ça me permettait de faire quelque chose de joli, qui me ressemblait…

Et aujourd’hui, quand tu écris, c’est toujours pour t’évader  ou bien est-ce que ça a changé ?

Je crois que c’est resté assez sain. J’écris vraiment pour me faire du bien. Et je me suis rendu compte que beaucoup de gens s’identifiaient à mes poèmes et mes chansons. Donc, ça m’a donné encore plus l’envie d’écrire.

Toutes les chansons sont écrites à la première personne. L’album est-il vraiment autobiographique ?

Ah oui ! C’est peut-être son gros défaut d’ailleurs, parce que c’est un album qui est vraiment très personnel. Il y a très peu de fiction dedans. Le peu qu’il peut y avoir, c’est de toute façon brodé autour de faits réels. Donc, oui, c’est un album très personnel. J’ai du mal de toute façon d’écrire des chansons qui ne concernent pas ma vie. C’est très difficile pour moi. Il faudra que j’apprenne à le faire…

Écris-tu pour les autres ?

Oui, ça m’arrive. J’aime bien l’exercice. La plupart du temps, on me donne un thème, et très souvent, ça tourne autour du sentiment amoureux. Quand on y regarde de plus près, c’est ce que les gens aiment. En général, j’essaye de me renseigner sur la personne, sur ses goûts, sur les chansons qu’elle a déjà chantées pour voir un peu son champ lexical, voir comment elle fait groover les mots pour essayer de m’approcher au mieux de sa personnalité. C’est un peu comme une enquête. C’est un travail de recherche. Je n’ai pas la même approche…

Pour paraphraser une de tes chansons, as-tu déjà connu « La Page Blanche » ?

Ça m’est arrivé.

Que se passe-t-il dans ta tête à ce moment-là ? Es-tu angoissée, ou bien te dis-tu que ça va revenir le lendemain ou le surlendemain ?

C’est angoissant parce que justement, on ne sait pas si ça reviendra le lendemain ! (rires) On espère et on imagine que ça va probablement revenir, mais on n’en est jamais certain. Ah, la page blanche, c’est assez stressant. C’est normal, en même temps ! (rires)

Cette chanson, comme une coïncidence, a été écrite par ton frère.

Mon frère aîné, oui.

Est-ce facile de travailler avec son frère ?

Avec mon frère, en tout cas, c’est facile. C’est un jour où j’étais en manque d’inspiration, comme je savais qu’il écrivait, je lui ai demandé s’il n’avait pas des textes à me filer. Il m’en a filé quatre ou cinq et celui-là m’a vraiment parlé. Du coup, je l’ai mis en musique. Donc, on n’a pas vraiment travaillé ensemble.

Marina - DR

Pourrais-tu chanter des chansons écrites par d’autres auteurs ?

Je l’ai fait sur le premier album. On avait écrit quatre chansons pour moi. Je l’ai fait… mais franchement, ça me bloque. J’aurais moins de difficulté à chanter sur une mélodie qu’on aurait écrite pour moi que de chanter un texte qu’on a écrit pour moi. J’ai l’impression que ce que je raconte, j’ai besoin que ce soit moi qui le raconte et qui l’ai écrit. Je pourrais m’approprier les mots de quelqu’un d’autre, mais ce n’est pas ce que je préfère…

Et des chansons gaies, aimerais-tu en écrire ?

(éclats de rire) Je ne sais pas… Tu sais, on ne se refait pas. Je pense que ce sont tellement des phases de la vie ces chansons… Là, ça a été l’album de la lutte. Forcément, elles reflètent un peu la difficulté, la mélancolie, et tout un tas de choses. Je pense qu’on écrit des chansons gaies quand tout simplement, ça va bien, quand la vie est facile. Ce n’est pas très inspirant finalement le bonheur. J’aime bien vivre le bonheur, mais le raconter, j’ai un peu de mal…

Quel sens as-tu voulu mettre dans le titre, « Jusqu’à mes yeux » ?

C’est une façon de dire aux gens qu’ils peuvent l’interpréter comme ils veulent. Parce que « Jusqu’à mes yeux », ça peut dire plein de choses, ça peut dire quelque chose de drôle, quelque chose de touchant, quelque chose qui en met plein la vue… ça peut être un mélange de sentiments. C’est pour cette raison que j’ai voulu rester évasive sur le titre, pour laisser place à l’imaginaire des gens et qu’ils se fassent leur propre idée.

L’album est donc disponible sur toutes les plateformes de téléchargement légal, mais également en édition physique sur ton site. Était-ce important pour toi de le matérialiser ?

Ah oui ! C’est très important pour moi. Et j’ai remarqué que c’est important pour pas mal de gens de l’avoir physiquement, malgré qu’aujourd’hui, on est très dans le téléchargement. C’est plus pratique, mais beaucoup de gens aiment avoir l’objet chez eux. Pour moi, c’était important parce qu’avec cette édition physique, c’était un produit, pour employer un mot moche, abouti. S’il n’y avait eu que l’audio et donc le numérique, j’aurais eu l’impression de n’avoir fait que la moitié du travail. Il y a vraiment beaucoup de moi dans cet objet, dans les photos, dans le livret… je suis vraiment derrière chaque truc et c’était important pour moi de faire ça aussi.

La pochette est très soignée...

À la base, c’est une idée que j’avais eue. Je ne voulais pas vraiment ça, je ne voulais que les yeux. Je voulais des yeux très colorés en haut et très noirs en bas. Et on s’est rendu compte que ça ne fonctionnait pas. Du coup, j’ai travaillé avec une maquilleuse. J’ai travaillé aussi avec Pierre Leseney pour la photo. On a fait une séance photos ensemble et derrière ça, j’ai travaillé avec deux graphistes qui ont essayé de comprendre ce que je voulais faire. Finalement, j’ai travaillé avec trois personnes sur cette pochette, donc, c’était assez confidentiel. Il y a eu beaucoup d’échanges de mails, beaucoup d’aller-retour aussi chez eux pour valider des choses. Elle ne s’est pas faite au hasard cette pochette, on a vraiment travaillé les couleurs et les lumières. À un moment, ils avaient enlevé les plis que j’avais sur le visage, et ça me stressait, je trouvais mon visage trop lisse. Donc, même mes rides, je voulais qu’on les voit. C’était important pour moi d’avoir une pochette vivante. Et je pense qu’ils l’ont bien compris…

Elle est assez percutante en tout cas.

Le but, c’était aussi de faire une photo qui marque un peu. Aujourd’hui malheureusement, on est nombreux et si on n’arrive pas à se démarquer un peu, on est perdu dans la masse. Je trouvais que c’était une jolie façon de se démarquer et qui me ressemble en plus. En tout cas, j’aime beaucoup cette photo. Après, elle est pas mal critiquée. Pas mal de gens en disent du mal, mais je suis assez détachée de tout ça parce que j’ai tellement fait ce que je voulais que j’en suis contente. Peu importe les critiques !

Il y a un titre caché. Et forcément, quand on cache quelque chose, ça attire l’attention. Peux-tu me toucher un mot de cette dernière chanson ? On a l’impression que tu règles un peu tes comptes…

Ouais… C’est un règlement de compte, oui, mais pas dans le sens péjoratif du terme. Ce n’est pas une revanche. C’est plus une façon de remettre les compteurs à zéro et de dire « ok, je me suis pris des claques, ça a été très compliqué, mais vous voyez je m’en suis sortie. J’ai fait un bel album, même en autoproduction. J’ai essayé de donner le meilleur. »  Cette chanson, il faut plus la voir comme une renaissance que comme une espèce de vieille revanche. Et puis, c’est une façon d’expliquer aussi aux gens, qui sont peut-être loin de tout cet univers musical, que ce n’est pas facile, même si on passe à la télé, de faire son nid dans la musique. On rencontre des menteurs et des gens pas top, mais il faut se relever. Parfois, on chante dans des salles vides, il faut se relever. Si on ne vend pas d’album, il faut se relever… Je prône aussi un peu la persévérance dans cette chanson.

Pourquoi ne fait-elle pas partie intégrante de l’album et as-tu voulu la placer en titre caché ?

Parce que j’adore le concept d’avoir une chanson cachée. Je l’avais d’ailleurs fait dans mon premier album, « Libellule ». C’était une chanson qui n’était pas dans la couleur de l’album. Je la voyais plus comme un cadeau en fait. J’avais envie que ce soit caché justement pour que les gens se disent que c’était bizarre que la dernière chanson dure 14 minutes alors que « Madame Suzanne » en dure 3. J’avais envie de faire un cadeau aux gens curieux, comme un cadeau qu’on mérite.

À la fin de ce titre caché, tu remercies une fille qui t’a toujours émue, qui a mis sans le savoir de l’espoir et de la niaque dans ta vie, elle se fait appeler Diam’s, mais tu préfères Mélanie… Es-tu proche d’elle ? La connais-tu ?

Non, je ne la connais pas du tout. Je ne l’ai jamais rencontrée. Peut-être un jour. C’est juste une artiste qui me touche énormément et à un moment donné de ma vie, ses chansons m’ont vraiment fait du bien. C’est assez bizarre parce que le rap ce n’est pas du tout mon truc habituellement, mais Diam’s est quelqu’un qui me touche et qui donne la pêche aussi.

Marina - DR

De toutes les chansons qui figurent sur l’album, y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je dis tendresse, je pense plutôt à quelque chose qui se serait passé autour de la chanson, pas forcément le thème qu’elle aborde.

Il y en a une, c’est obligé, c’est « 1, 2, 3 ». Chaque fois que je la chante, je suis émue. On fait chanter des enfants dessus. Et je vais être très honnête avec toi, cette chanson a été une galère du début jusqu’à la fin ! (rires) Il y a un travail énorme qui a été fait derrière. On ne s’en rend pas vraiment compte quand on l’entend, mais il y a beaucoup de kilomètres derrière, beaucoup d’aller-retour en mixage et d’autres choses. Il y a une batterie, une percu, trois guitares, il y a les enfants, il y a les chœurs. On a  beaucoup joué sur le son aussi, sur le côté panoramique. Il y a beaucoup de travail en mixage. Et donc, j’ai beaucoup de tendresse pour cette chanson parce qu’en plus c’est une des seules de l’album qui soit vraiment positive, qui soit un vrai petit rayon de soleil. Et aussi, une dernière chose, c’est un peu une survivante parce qu’elle a bien failli ne pas se retrouver sur l’album. Donc, pour toutes ces raisons, je l’aime.

Le grand public t’a connue à la Star Academy, 6ème saison. Que retiens-tu de cette aventure ?

Je retiens l’aventure en général. Personnellement, j’ai très bien vécu la StarAc. Ce que je retiens le plus, c’est la tournée qu’on a faite derrière. Je retiens les concerts qu’on a faits. Toutes les dates. C’est une expérience tellement indéfinissable que je suis heureuse qu’elle fasse partie de moi. Je regrette l’étiquette, je regrette qu’on m’en parle tout le temps, mais je suis heureuse qu’elle fasse partie de moi et qu’elle soit dans mes souvenirs. Ça m’a aidé à grandir. Ça m’a aidé à faire des choix et à les assumer. Et puis voilà, ça m’a permis aussi de voir comment ça marche le milieu de la musique.

En parlant de tournée, tu fais pas mal de « concerts à domicile ». Comment t’es venue cette idée d’aller chanter chez les gens ?

C’est une idée qui existait déjà, mais on n’était pas au courant. À la base, c’est une idée de ma mère. On n’arrivait pas à trouver des concerts dans des salles, tout simplement, et moi, j’avais besoin de chanter. On s’est dit qu’il y aurait peut-être des gens qui seraient  intéressés par le fait que j’aille chanter chez eux… on a lancé l’idée et on a été assez surpris de voir qu’il y avait beaucoup de gens qui aimaient bien les concerts mais qui n’avaient pas forcément les moyens d’aller jusqu’à Paris pour aller voir un artiste. Et finalement, ça s’est fait petit à petit par le bouche à oreille. J’en ai déjà fait une bonne quinzaine, de concerts privés, et à chaque fois, c’est un moment unique. Ce sont des moments précieux.

N’est-ce pas trop déstabilisant ?

La proximité fait que ce n’est pas vraiment un concert finalement, mais plutôt un moment qu’on partage. En fait, j’arrive chez les gens, je m’installe. J’installe mon matériel, mon ampli, mon clavier… il me faut un certain temps pour tout bien installer. Je fais mes balances devant les gens. Après, je chante, et après, on mange tous ensemble. C’est vraiment une soirée entière qu’on passe ensemble. Donc, la proximité n’est pas dérangeante dans le sens où on arrive chez les gens, on se fait la bise, on discute… ce n’est pas la chanteuse qui débarque, qui chante et puis qui se casse. Il y a un réel échange. Et à chaque fois, les gens mettent les petits plats dans les grands, ils font tout pour que ça se passe bien, pour que je sois à l’aise. C’est généreux ce genre de soirée. Ça fait du bien, ça réconcilie avec les concerts où justement on peut être frustré de ne pas avoir pu parler au public. Le seul truc qui est difficile dans ce genre de concert, c’est que je trimballe tout mon matos, que je fais des kilomètres. Il y a quand même toute une galère de transport à gérer. C’est plus l’intendance qui est embêtante parce que le concert en lui-même, il est toujours singulier…

Tu dis dans ton album que tu es timide… Comment gères-tu cette timidité quand tu chantes devant le public ?

Quand je chante, c’est facile. Mais quand je dois parler, j’avoue que c’est un peu plus difficile. Et justement, les concerts à domicile m’ont appris à combler les silences, puisque je suis toute seule. J’ai appris mon métier comme ça. Sur scène, ça va encore… où ma timidité me joue des tours, c’est plus dans le milieu quand il faut aller démarcher. Il faut beaucoup d’audace et de culot. Il faut se mettre en avant et oser parler à un artiste qu’on va croiser par hasard. C’est là que c’est gênant la timidité… je trouve que ce n’est pas un défaut, mais dans ce milieu-là, ça peut en devenir un… Donc, j’apprends. Je grandis, tout simplement.

Propos recueillis par IdolesMag le 5 mars 2013.
Photos : Pierre Leseney, DR

Site web :
http://www.marinaofficiel.com/









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