Interview de Soldout

Propos recueillis par IdolesMag.com le 27/02/2013.
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Soldout © Grégory Derkenne

Le tandem belge électro Soldout, emmené par Charlotte et David, revient sur le devant de la scène avec un troisième album, « More », disponible depuis le 25 février dernier. Nous avons été à la rencontre de Charlotte afin qu’elle nous en dise un peu plus sur la genèse de cet album, plus pop et probablement plus accessible que les précédents. Soldout nous prouve avec audace que même avec la déferlante de musique électronique qui nous abreuve depuis quelques années de nouveaux chemins restent à découvrir et ne demandent qu’à être empruntés. Le groupe se produira notamment cet été aux Ardentes et au festival de Ronquières en Belgique.

IdolesMag : Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés avec David ?

Charlotte de Soldout : C’est un ami en commun qui nous a présentés l’un à l’autre parce qu’on faisait chacun de la musique de notre côté et il a pensé qu’on s’entendrait bien. Il a bien fait parce qu’on s’est tout de suite super bien entendus, bien qu’on vienne de deux horizons très différents. David faisait de la musique électronique expérimentale, des trucs un peu psychédéliques, et moi je venais de la musique classique et je faisais un peu du folk, du rock. On s’est vraiment bien entendus et on a commencé à faire de la musique ensemble il y a presque dix ans aujourd’hui. Notre idée, c’était vraiment de réunir nos deux univers, celui très électronique de David et le mien, plus pop et plus mélancolique.

Soldout, MoreQuand vous avez décidé de faire un bout de chemin musical ensemble, saviez-vous clairement dès le départ dans quelle direction vous alliez aller ?

Non… En fait, on n’a pas décidé d’aller dans telle ou telle direction. On a fait de la musique, et puis on a regardé ce que ça donnait. Même pour ce troisième album, « More », on ne s’est pas dit qu’on allait faire un album plus posé et avec des chansons. En fait, ce n’est jamais par volonté qu’on fait les choses, c’est vraiment par la force des choses. C’est après, quand on a créé pas mal de trucs qu’on essaye de proposer quelque chose de cohérent. Ce ne sont pas des choses qu’on a décidées, ce sont des choses qui se sont faites toutes seules.

Comment avez-vous choisi le nom du groupe ?

Ça, c’est une autre histoire. On ne se connaissait depuis vraiment pas très longtemps et on venait de faire un titre. Ce titre a été pris pour une compilation, et donc, comme on n’avait pas encore de nom, il a fallu trouver rapidement un nom pour le groupe. On a beaucoup discuté et chatté. L’un après l’autre, on sortait un nom. Et puis un de nous deux a sorti Soldout. Je ne me souviens d’ailleurs même plus qui a lancé ce nom. On trouvait que ça sonnait bien. Par contre, c’était il y a dix ans, donc, on n’a pas du tout pensé au fait que quelques années plus tard, avec un nom pareil, ça allait être compliqué pour être référencé sur internet. Aujourd’hui, plein de gens nous disent qu’on nous trouve difficilement, mais bon, c’est comme ça… Je pense que si on tape Soldout et groupe, on nous trouve quand même ! Disons qu’à l’époque, on ne pensait pas en mot-clé…

Beaucoup de jeunes groupes pensent mot-clé actuellement.

Oui, c’est même un peu dommage. Personnellement, je ne pourrais jamais penser marketing avant artistique.

Au niveau de la création des titres, comment bossez-vous tous les deux ?

On travaille ensemble, mais on aime bien aussi travailler chacun de notre côte. On s’occupe l’un et l’autre de deux parties du boulot très différentes. Moi, je ne pourrais absolument pas faire ce que David fait et inversement, lui ne pourrait pas faire ce que je fais. C’est lui qui travaille à notre son. Le son de Soldout, on le doit vraiment à David, il fait aussi les arrangements, les synthés, les rythmiques… Tout ce qui est précis, en fait. Alors que moi, je n’ai pas beaucoup de patience, donc, il faut que ça aille très vite. Je n’ai pas la patience de passer des heures sur un piano ou un synthétiseur. Je crée vite une mélodie, presque en improvisation et ce sera la base d’une chanson. Lui, après, il met de l’ordre dans mes idées, il recoupe dans le titre, il replace, il fait des essais, il chipote, etc… En fait, il fabrique vraiment la chanson à partir de ce que j’ai fait de façon très spontanée. On a vraiment deux façons différentes de travailler. C’est moi qui écris les paroles également. Le premier jet, c’est vraiment du yaourt, c’est de l’inconscient et presque de l’écriture automatique. Après, je regarde les mots qui sont sortis de ce yaourt. Il y a tout de même des mots ou des phrases qui sortent de ce qu’on chante en yaourt. Je me dis toujours que ce n’est pas pour rien que ces mots sortent spontanément. Et donc, après, je construis mon texte autour de ces mots-clés.

Soldout © Grégoire Pleynet

Écris-tu beaucoup en moyenne ?

Je n’écris pas sans avoir une chanson en tête. Parfois, j’écris tout un texte sans penser à la mélodie, mais c’est toujours dans le but d’écrire une chanson.

Le premier album est sorti en 2004, le deuxième en 2008 et celui-ci vient de sortir. Quatre/cinq ans, c’est long tout de même entre deux albums.

C’est le temps qu’il faut pour créer un album, le réaliser, et mettre en place la promo. En fait, prenons l’exemple du dernier, « More ». L’écriture en soi a pris un an. De septembre 2011 à septembre 2012. Mais pendant un an avant de vraiment s’y mettre, on a chipoté, on a écrit des trucs… Je pense qu’entre chaque album, on a besoin de se reposer la question de ce qu’on veut faire. Il nous faut aussi le temps de digérer ce qu’on a fait avant. On a vraiment envie de faire évoluer notre son, et donc il faut regarder ce qu’on a fait avant et voir où on va aller. On prend vraiment notre temps. On expérimente beaucoup de trucs avant de sentir que quelque chose démarre. Et c’est vraiment en septembre 2011, quand on est parti à Berlin qui ça a démarré. On est partis s’enfermer dans un appartement pendant trois semaines. Et c’est à ce moment-là qu’on s’est dit qu’on commençait ce nouveau projet et qu’on allait enregistrer nos nouvelles chansons. Ça a pris un an à partir de ce moment-là. Et puis, ce qui s’est passé aussi pendant ces quatre ans, c’est qu’on a écrit la bande originale d’un long métrage qui va sortir cette année. [« Puppy Love » de Delphine Lehericey  qui avait d’ailleurs réalisé leur clip de « Off Glory », NDLR] Et ça, c’était vraiment un tout autre projet. C’était vraiment comme un deuxième album qu’on aurait écrit en même temps. On a écrit toute la musique du film, et ce n’est pas de la musique ou des sons, ce sont vraiment des chansons qui accompagnent les personnages tout au long de leur histoire. On a vraiment travaillé sur la base du scenario d’abord et puis, on est allé voir sur le tournage. Ça a été un super long processus, vraiment hyper intéressant. On a vu comment se fabriquait un film, c’est un travail incroyable. Il y a tellement de gens qui travaillent autour d’un projet comme celui-ci. On a vraiment beaucoup appris de tous les gens qu’on a rencontrés. Et finalement, en travaillant sur ce film, on a aussi énormément  appris pour notre album.

Soldout © Grégoire Pleynet

Finalement, travailler sur des images imposées et un scenario écrit, est-ce plus ou moins facile ? Quand on a des contraintes, c’est parfois plus facile…

Eh bien, tu as tout à fait raison, c’est plus facile quelque part. Quand tu travailles pour toi, tu dois d’abord te demander ce que tu veux, il faut que tu sois content de toi. Alors que quand quelqu’un te demande quelque chose, c’est la personne extérieure qui te dirige. Ça permet finalement de se lâcher plus paradoxalement. On nous demandait d’écrire des morceaux pour telle ou telle autre situation. Ce sont donc des contraintes, mais ces contraintes ont fait qu’on se posait moins de questions pour la création. Si Dephine voulait un ton particulier ou une ambiance particulière, c’est elle qui nous dirigeait. La réalisatrice nous a vraiment bien dirigés et je pense qu’elle a été contente du travail qu’on a fait. Donc, comme elle était contente, et bien nous on était satisfaits aussi. Alors que quand tu dois te satisfaire toi-même, c’est plus compliqué…

Le premier album, j’ai envie de dire qu’il était un peu plus pop et plus lumineux, le deuxième, plus sombre et avec celui-ci vous renouez avec quelque chose de plus lumineux. Es-tu d’accord avec moi ?

Je crois que cet album est le plus lumineux de tous. Mais moi je trouve que le premier album était pop et naïf, mais aussi assez rock. Celui-ci est pop aussi et plus aérien, mais en même temps, il y a de la production très précise et très électronique. Donc, j’ai l’impression qu’il y a un peu du premier et un peu du deuxième. Parce qu’il y a encore des choses assez sombres mais qui sont relevées. En fait, on a vraiment voulu travailler sur les contrastes. Quand on avait des instruments plus lourds et plus sombres, on essayait d’avoir une voix plus pétillante, plus fraîche et plus joyeuse pour qu’il y ait vraiment ce contraste et que ce soit finalement moins sombre grâce à une interprétation de voix ou une mélodie…

Soldout © Grégory Derkenne

Avec le recul, ce troisième album a-t-il été plus ou moins facile à réaliser que les précédents ? L’expérience rentre en ligne de compte, mais la pression va en grandissant…

Il a été plus facile à réaliser que le deuxième, ça c’est sûr. Parce que la pression, on l’a vraiment sentie sur le deuxième. Le premier album avait bien marché, surtout en Belgique. Et quand on a commencé à penser au deuxième, on avait tellement de gens qui voulaient qu’on fasse quelque chose de particulier, qu’on a eu une sacrée pression. Chacun avait un peu sa propre idée de ce que ça allait devoir être ce deuxième album. On a donc senti beaucoup plus la pression à ce moment-là. Et donc, pour le troisième album, on a vraiment suivi notre instinct et notre volonté. On a moins senti cette attente extérieure. Mais dans le fond, celui qui a été le plus facile à réaliser, c’est le premier. On l’a fait sans se dire que ça allait sortir et sans pression. Mais là, on est en plein dans la promo du troisième et dans le fond, j’ai tout de même l’impression que ça a été facile et que tout roulait. C’est un peu comme un accouchement, quand c’est passé, c’est mieux ! C’est toujours un peu difficile parce que tu te remets en question, tu te demandes toujours si c’est bien ça que tu veux faire, etc… Avec la musique électronique, tu as dix mille possibilités, donc, changer une petite chose peut tout changer au final. C’est très fatigant psychologiquement de faire un album. Il existe sans doute des artistes qui font des albums très spontanés et qui sont moins difficiles… mais nous, on se pose beaucoup de questions, donc le processus n’est jamais hyper facile. C’est toujours assez réfléchi.

Soldout © Grégoire Pleynet

Quelle symbolique avez-vous voulu mettre dans le titre, « More » ?

Ce qui est intéressant, après deux albums, dix ans dans la musique et plein de concerts derrière nous, c’est de faire ce qu’on n’a pas encore fait, d’aller dans des endroits qu’on n’a pas encore explorés. Donc, d’aller plus loin. C’est vraiment ça qu’on a voulu dire avec « More ». Souvent, on s’est rendu compte que l’impression qu’on avait d’un concert était complètement différente de celle des autres gens. Par exemple, ça peut nous arriver de descendre de scène en se disant que c’était complètement nul, qu’on n’était pas dedans, qu’on avait pensé à autre chose et qu’on n’arrivait pas à se concentrer. Et là, on a un ami qui nous dit que c’était dingue et qu’un truc s’était passé. On se rend compte de plus en plus qu’au moment où on se met en danger, qu’on n’est pas dans notre élément, qu’on doute  ou qu’on stresse, il y a tout de même quelque chose d’intéressant qui se passe. Et dans « More », on a aussi voulu mettre cette idée, cette envie d’aller plus loin. On a envie qu’il y ait quelque chose en plus qui apparaisse, quelque chose qu’on ne contrôle pas.

Quand vous bossez sur un morceau, est-ce que vous pensez scène toute de suite ou bien est-ce que ça vient dans un deuxième temps ?

C’est une très bonne question parce que justement le précédent album, « Cut », on l’a écrit en pensant à la scène. On avait envie d’aller encore plus loin dans l’énergie de la musique électro sur scène. Sur celui-ci, très honnêtement, on n’a pas du tout pensé à la scène. Enfin, de temps en temps, comme sur un morceau comme « About You » qui est hyper calme. On s’est demandé comment on allait l’inclure dans notre set. Et puis finalement, on se disait que ce n’était pas le moment de se poser ces questions-là. On s’en foutait, on a fait l’album comme on avait envie de le faire. La scène, c’était une autre histoire. On pensait d’abord aux chansons et à l’album, la scène on verrait plus tard. Et donc, comme on a moins pensé à la scène, c’est peut-être grâce à ça que l’album va plaire à un public plus large, parce que c’est plus posé. Sur le deuxième album, on nous a souvent dit qu’on avait envie de l’écouter en live, mais pas tant que ça à la maison. Celui-ci, je pense que les gens vont avoir aussi envie de l’écouter chez eux. Alors, évidemment, maintenant, c’est beaucoup de travail parce qu’il faut qu’on adapte tous les morceaux à la scène. Il faut qu’on adapte tous ces morceaux qui sont en format très album et qu’on les produise différemment pour qu’ils prennent leur dimension sur scène.

Soldout © Grégoire Pleynet

Là, pas mal de scènes sont prévues en Belgique. D’autres dates sont-elles prévues en France et à l’international ?

Oui, il y a une date en Hollande, une en Allemagne à Berlin et une autre en Slovaquie. Et puis, cet été, on sera présents sur deux gros festivals, « Les Ardentes » et « Ronquières ». Il y a encore d’autres dates qui sont en train de se mettre en place, mais c’est encore un peu tôt pour en parler.

Tu m’as dit tout à l’heure que vous vous étiez enfermés dans un appartement à Berlin pendant 3 semaines pour créer cet album. Berlin est-elle inspirante ?

On n’est pas partis là-bas pour être spécifiquement inspirés par Berlin en particulier. On est partis là-bas pour la bonne et simple raison que c’est abordable d’y louer un appartement. C’est une ville agréable à vivre. C’est hyper lumineux, les rues sont larges… il y a vraiment une qualité de vie à Berlin, il y a plein de parcs. Rien n’est stressant à Berlin, tout est tranquille là-bas. Et donc, on n’a pas du tout été à Berlin parce que c’est un des berceaux de la musique électronique ou quoique ce soit, mais parce que c’est une ville qui nous plait beaucoup tout simplement. À Paris, ça n’aurait pas été possible. Il y a une cadence à suivre à Paris, beaucoup de pression. C’est une ville très stressante, Paris. Et je ne pense pas que ça aurait matché avec ce qu’on faisait musicalement. Alors que Berlin, c’est un endroit où on se sent bien. Il s’est trouvé qu’on a choisi Berlin, mais ça aurait finalement pu être dans un autre endroit, pour autant qu’on s’y sente bien aussi.

Soldout © Grégoire Pleynet

Sur l’album, y a-t-il un titre pour lequel tu as un peu plus de tendresse qu’un autre ? Quand je dis tendresse, je pense plutôt à quelque chose qui se serait passé autour de la chanson, lors de sa création, de son enregistrement…

J’aime beaucoup « Far Away », c’est un des premiers morceaux qu’on a écrits quand on est partis à Berlin. Et puis, pendant presque un an, on n’a pas réussi à en faire quelque chose de correct. On avait d’ailleurs fini par le laisser tomber et le laisser au fin fond de notre ordinateur… Franchement, on l’avait abandonné. On trouvait la mélodie trop gentille, on n’arrivait pas à faire quelque chose au niveau des arrangements. Et la dernière semaine, il restait quatre jours avant d’aller en studio, le truc s’est développé tout seul. C’est assez incroyable, parce que ce morceau, on pensait vraiment qu’on n’allait plus rien en faire. Ça nous rendait un peu triste. Tout d’un coup, on a eu un déclic et en changeant une ou deux choses, le titre a repris vie et a trouvé son équilibre. Tout d’un coup, tout fonctionnait, c’était magique ! J’en suis hyper contente parce que ce morceau est vraiment cohérent avec les autres. C’est le premier qu’on a écrit et c’est le dernier qu’on a travaillé, il y a donc tout un truc un peu particulier avec ce titre…

Propos recueillis par IdolesMag le 27 février 2013.
Photos : Grégory Derkenne, Grégoire Pleynet

Site web : http://www.soldout.be/
Facebook : http://www.facebook.com/wearesoldout









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