Interview de Riff Cohen

Propos recueillis par IdolesMag.com le 26/02/2013.
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Riff Cohen © Gilad Sasporta

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Sa chanson « À Paris » est déjà sur toutes les lèvres, la pétillante Riff Cohen débarque en France avec un premier album, attendu pour le printemps chez AZ. Nous avons donc été à sa rencontre afin d’en savoir un peu plus sur le parcours de cette jeune artiste israélienne aux origines nord-africaines. Au cours de cet entretien, Riff nous expliquera pourquoi elle chante les mots de sa maman et quel est son rapport à la création. Nous ne manquerons pas d’évoquer son duo avec Enrico Macias, dont elle a également fait la première partie à l’Olympia en janvier dernier. Rencontre avec une artiste profondément vivante. Riff Cohen se produira le 9 avril au Café de la Danse (Paris 11ème).

IdolesMag : À l’écoute de vos chansons, on devine que vous avez une culture musicale assez éclectique et assez riche. Qu’écoutait-on chez vous quand vous étiez enfant ?

Riff Cohen : C’étaient les années 80, mon père adorait Depeche Mode. Il vient de Tunisie, mon père, et ses parents, mes grands-parents donc, écoutaient des artistes comme Oum Kalsoum et beaucoup de musique arabe. Du côté de ma mère, c’était autre chose, elle écoutait beaucoup de chansons françaises comme Serge Gainsbourg ou Françoise Hardy. De mon côté, j’ai écouté pas mal de trip hop, j’ai grandi avec Massive Attack et Tricky.

Riff Cohen © Gilad Sasporta

Vos parents étaient-ils artistes ? Avaient-ils la fibre artistique ?

Mes parents ne sont pas artistes, mais dans l’âme, ils l’étaient. Ils ont eu un café à Tel-Aviv. Quand j’étais encore plus jeune, ils ont tenu une galerie également. J’ai vraiment grandi entourée d’artistes. J’ai aussi  fait une école artistique. Mes parents ont fait preuve d’une assez grande ouverture d’esprit. Assez vite, ils ont vu que j’étais une artiste et ils ont tout fait pour que je reçoive une éducation adéquate.

Avez-vous appris la musique ? Avez-vous pris des cours de chant ?

Pour le chant, je n’ai pas vraiment pris de cours de chant. Au départ, à l’école des Arts, j’étais dans le département théâtre. J’y ai appris la danse, le théâtre, l’art du clown, le chant, la musique, etc… Sinon, j’étais ballerine aussi, donc, j’ai pris très jeune des cours de ballet et de piano classique aussi. Je n’ai pas été dans le département musique très jeune, pendant neuf ans, j’étais dans le département théâtre et cinéma. Le chant, je l’ai donc découvert grâce au théâtre. J’ai commencé à prendre des cours, ensuite, j’ai fait trois ans dans le département de musique. À cette époque, j’ai aussi pris des cours de chant indien et de chant classique. Côté instrument, j’ai pris des cours de piano et de guitare. Plus tard, j’ai étudié la musicologie.

Riff Cohen © Gilad Sasporta

À quel âge remonte l’écriture de vos premières chansons ?

La première chanson que j’ai écrite et composée, j’avais 8 ans.

À cet âge-là, le preniez-vous plutôt comme un jeu ou comme un exutoire ou une échappatoire ?

Je m’exprimais vraiment par le biais de la chanson. Je me souviens de cette chanson, c’était une chanson sur un diamant que j’avais découvert dans ma main. Quand j’ai ouvert ma main, j’ai vu ce diamant. Il y avait déjà beaucoup d’imagination dans le texte. J’ai écrit pas mal de textes quand j’étais jeune, et ils étaient assez intéressants dans le fond, quand je les relis aujourd’hui. C’était très spirituel aussi. Je composais sur le piano. Donc, oui, la chanson était pour moi un moyen d’expression. Je me souviens très bien que quand j’étais énervée ou contrariée, tout de suite je me dirigeais vers le piano. Ça m’a aidé dans la vie. Je vois par exemple ma sœur qui a grandi avec moi, elle n’avait pas cet instrument à travers lequel elle pouvait s’exprimer, ça lui a manqué, je pense. Alors que moi, je vous le dis très honnêtement, je pense que ça m’a sauvée.

Riff Cohen © Gilad Sasporta

Vous avez suivi tout un cursus artistique très riche et dans différents domaines, mais quand a-t-il été vraiment question d’écrire un album ?

Il faut savoir que j’ai commencé ma carrière au sein de la scène alternative à Tel-Aviv. Je jouais dans des petites salles de 200 ou 300 personnes au maximum. J’avais un répertoire nettement plus alternatif et intellectuel. Je me produisais plutôt pour des gens qui comprenaient bien la musique. Je faisais ça vraiment pour m’amuser. Je mettais beaucoup de sentiments dans les compositions que je créais. J’ai d’ailleurs à l’époque composé pour le théâtre, la danse, des choses comme ça… J’étais plutôt derrière le rideau, en fait. C’est assez amusant parce qu’Israël est un très petit pays et pourtant toute cette scène alternative est assez importante mine de rien. Donc, je pouvais vivre de cette musique, mais en jouant dans de tous petits endroits, des cinémas ou des endroits comme ça… Là, j’ai compris que si je sortais un véritable album, je pourrais être présentée comme une chanteuse ou comme une musicienne. J’étais musicienne, mais je voulais être reconnue en tant que chanteuse. Je voulais sortir de cette bulle dans laquelle je me sentais un peu enfermée. C’est aussi dans ma personnalité. J’aime beaucoup le mot pop parce que je veux chanter pour tout le monde. Je ne veux pas m’enfermer dans un genre spécifique. J’ai compris qu’il fallait que je sorte un album. Ça m’a pris cinq ans. J’étais un peu perdue parce que je suis une vraie musicienne, je suis une artiste, je ne suis pas du tout dans le business, je ne savais pas du tout comment ça marchait. Les éditeurs, les  producteurs, etc… j’étais très loin de tout ça. Quand j’ai débuté, quelqu’un m’a dit qu’il me fallait un producteur musical pour pouvoir sortir un album… ça a été un choc pour moi ! Qu’est-ce que ça veut dire un producteur musical ? D’où il sort ? Comment peut-il savoir ce que je veux ? Je pensais que je n’en avais pas besoin. Je suis tout de même allée à la rencontre d’une dizaine de producteurs, mais au final, j’ai découvert que je n’en avais pas besoin. J’ai fait la production de cet album toute seule, ce n’était pas la peine d’avoir un producteur. C’est au final un chemin qui m’a fait un peu tourner en rond, j’ai fait un peu du surplace. Je vous explique tout ça pour que vous compreniez vraiment comment je travaille et comment je pense que c’est le mieux de le faire. Vraiment, quand je regarde en arrière, je suis très contente du chemin que j’ai pris. En fait, j’ai tout fait toute seule, de A à Z, j’ai tout produit avec mon argent. J’ai été mon propre producteur musical, j’ai réalisé mes vidéo-clips et bien sûr, je me suis entourée d’un manager. Mais je suis très contente et fière d’avoir pu faire cet album de cette manière et pas d’une autre façon. Je pense que ça m’a ouvert une grande porte, comme je le voulais en fait…

Avez-vous su rapidement dans quelle direction vous alliez aller pour ce premier album ?

Non. Et c’est aussi une des raisons qui a fait que ça a pris beaucoup de temps. Mais j’ai eu une bonne surprise quand j’ai écouté le résultat à la fin. J’ai retrouvé le côté alternatif que je ne pensais pas pouvoir exploiter dans ce genre de musique. Je suis contente que ce côté ressorte également.

Riff Cohen © Gilad Sasporta

Vous chantez beaucoup de textes de votre maman. N’est-ce pas difficile de travailler avec un de ses parents ? Il y a toujours un peu de pudeur…

Bien sûr. Mais la chose le plus positive c’est qu’on se comprend plus que parfaitement. C’est plus que du 100%. Ma mère me connait très très très bien. Et pour travailler ensemble, il faut qu’on se comprenne parfaitement. C’est dans le fond plus facile de travailler avec elle qu’avec quelqu’un que j’aurais rencontré comme ça. Mais après bien sûr, il y a une énergie dans le travail, c’est moins poli. Mais c’est mieux dans le fond, comme ça on arrive à un résultat assez vite. On ne perd pas de temps. J’ai remarqué même que quand on avait une petite bagarre, c’est que quelque chose de fort allait en ressortir. À chaque fois qu’on n’est pas d’accord, ça débouche sur quelque chose de bon ! Maintenant, on a pris l’habitude de travailler ensemble, je suis très contente de ça. Par contre, c’est uniquement pour ce projet-là que j’ai décidé de prendre ses textes. J’ai aussi des textes que j’ai écrits, mais je pense que ceux de ma mère sont mieux pour ce genre de musique et pour me présenter au public avec ce premier album. Pour le deuxième album, je ne sais pas ce qu’on va faire, mais je suis sûre que je vais continuer à travailler avec elle parce qu’il y a quelque chose de très conceptuel dans ses textes, quelque chose que j’aime beaucoup.

Lui soufflez-vous des idées ou bien vous connait-elle finalement assez bien pour savoir ce que vous avez envie de chanter ?

Ma mère n’est pas connue comme poète, elle est professeure de yoga. Elle écrit des textes depuis toujours, mais elle les gardait dans ses tiroirs. Et les textes que j’ai pris, ce sont des textes qu’elle a écrits il y a des années, en 2005 ou 2007 par exemple. Elle n’a jamais cru que ses textes allaient être exposés un jour. C’est vraiment d’une naïveté pure. Ce n’est pas du tout écrit pour moi à la base. Ce n’est donc pas moi qui ai décidé d’aborder tel ou tel sujet, ce sont des textes qu’elle a écrits pour elle à l’époque.

Le grand public vous connait essentiellement en France grâce à votre chanson « À Paris ». Que représente Paris pour vous ?

Riff Cohen, à ParisParis, c’est le centre de l’Europe pour moi. Pour nous les Israéliens, quand on pense sortir un album en Europe, on pense tout de suite à Paris et à la France. J’ai vécu à Paris. Il y a des bons côtés, mais aussi des mauvais. Je n’ai pas toujours vécu de très bons moments ici. Cette ville a des aspects pas toujours très sympa… je pense à la solitude, les gens qui ne sont parfois pas du tout chaleureux, il n’y a pas de soleil… C’est vraiment le contraire de Tel-Aviv. Les gens ici sont, je trouve, moins ouverts d’esprit. Ils sont ouverts au niveau culturel, mais par exemple, ils sont moins ouverts à différents genres musicaux. Les israéliens le sont beaucoup plus. C’est bizarre… Mais Paris m’a aidée à me découvrir moi-même et savoir à quel point je suis méditerranéenne et à quel point je suis différente. J’ai découvert aussi à Paris d’autres choses dans mes racines. C’est ici que j’ai découvert d’autres genres de musique, et notamment la musique nord-africaine. Mes grands-parents sont nord-africains juifs. J’ai découvert toute cette culture que je ne connaissais pas vraiment, à Paris.

J’aimerais évoquer un instant la photo qui est sur la pochette de votre disque. C’est la photo du passeport de votre grand-mère paternelle, c’est bien ça ?

Oui. C’est ça. C’est la vraie photo de son passeport. Mes grands-parents vivent toujours à Jaffa. J’adore cette photo parce que ma grand-mère n’a pas de photo du tout de quand elle habitait à Djerba. C’est la seule photo qu’elle ait de Djerba avant de venir en Israël. Elle me ressemble beaucoup je trouve, et à mes cousines aussi. Pour moi, cette photo exprime tellement de choses, je pourrais la regarder des heures. Elle est jeune et en même temps, elle a l’air un peu énervée ou sérieuse. On peut s’imaginer que dans la seconde qui suit elle va rigoler. C’est à cet âge-là qu’elle s’est mariée pour venir en Israël. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais elle me touche énormément cette photo. Ce n’est pas seulement parce que c’est ma grand-mère, elle emporte avec elle toute une histoire. Et puis, elle a quelque chose de très rock’n’roll dans le regard. La photo est très orientale, et en même temps elle est européenne. Elle a un petit chien qui me rappelle celui de Tintin sur sa robe. Pour moi, cette photo représente bien ce qu’on retrouve dans l’album. Elle évoque des gens qui se sont sacrifiés pour venir en Israël, le fait d’être indépendant, une certaine idée de la jeunesse… Elle dit tout pour moi cette photo.

Riff Cohen © Gilad Sasporta

Vous avez fait un duo avec Enrico Macias sur son album « Venez tous mes amis » (« Aux talons de ses souliers »), vous avez fait sa première partie et vous avez chanté avec lui à l’Olympia. Que représente un artiste comme lui à vos yeux ? Le connaissez-vous depuis longtemps ?

Ma grand-mère et mon grand-père d’Algérie l’aimaient beaucoup. Ils suivent sa carrière depuis qu’il a quitté l’Algérie. Ils l’ont quittée à peu près à la même époque. Lorsque je fais écouter des chansons que j’aime à ma grand-mère, elle me fait écouter « J’ai quitté mon Pays ». C’est une chanson qui me donne la chair de poule à chaque fois que je l’entends. Donc, oui, je le connaissais bien. En plus, c’est un artiste très connu dans le monde et en Israël.

Vous serez le 9 avril sur la scène du Café de la Danse (Paris 11ème). Que représente la scène pour vous ? Est-ce votre terrain de jeu favori ?

Comme je viens du théâtre, je me sens bien sur scène. Je me sens mieux sur scène qu’ailleurs. Quand j’ai fait la première partie des Red Hot Chili Peppers en Israël devant 50 000 personnes, je me suis sentie encore mieux. C’est sûr et certain que la scène, c’est ma maison. Pour moi, c’est aussi  un endroit pour s’exprimer au niveau musical et visuel. J’ai hâte de développer de plus en plus mes concerts. Plus j’avance et plus je me sens de mieux en mieux sur scène. J’adore ça…

Riff Cohen © Gilad Sasporta

On parle beaucoup de la nouvelle scène française, mais qu’en est-il en Israël ? Y a-t-il un renouveau musical ? Est-ce que ça bouge bien ?

C’est intéressant ce qu’il se passe en Israël. En ce moment, il y a quelque chose qui se passe. Tout peut aller très vite en Israël.  On a pas mal d’artistes qui commencent à bien marcher dans le monde. C’est une scène musicale qui marche en Israël et qui marche aussi ailleurs. Et ça, c’est assez nouveau pour Israël. Il y a toujours eu des musiciens israéliens qui ont réussis dans le monde. Mais prenons l’exemple de Yael Naïm, elle est connue comme une israélienne qui a réussi en France, mais elle n’a jamais vraiment sorti ses disques en Israël.

Propos recueillis par IdolesMag le 26 février 2013.
Photos : Gilad Sasporta, DR









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