Interview de Axel Bauer

Propos recueillis par IdolesMag.com le 15/02/2013.
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Axel Bauer © Yann Orhan

Sept ans après « Bad Cowboy », Axel Bauer revient avec un nouvel album « Peaux de serpent », disponible le 4 mars, un opus musclé et plutôt très bien fichu. Nous avons donc été à la rencontre d’Axel qui nous expliquera que ce sont les textes qui ont été à l’initiative de ce nouvel album. Des textes signés Marcel Kanche, Pierre-Yves Lebert, Brigitte Fontaine, Gérard Manset, Chet et lui-même. Nous parlerons beaucoup de ce nouvel album au cours de cet entretien mais en profiterons également pour évoquer des sujets aussi divers que la GAM (la Guilde des Artistes de la Musique) pour laquelle l’artiste dépense beaucoup d’énergie actuellement, le succès de « Cargo » ou encore la carrière naissante de son fils Jim. Fidèle à sa tradition scénique, l’artiste repart sur les routes, il sera notamment le 25 mars prochain sur la scène du café de la Danse (Paris 11ème).

IdolesMag : Quand avez-vous posé les premières pierres de ce nouvel album ? Juste après « Bad Cowboy » ou un peu plus tard ?

Axel Bauer : Cet album a commencé à prendre forme après « Bad Cowboy ». Vous savez, pour moi, faire de la musique, c’est un peu une continuité. Je ne m’arrête jamais. Ce n’est pas parce que cet album va sortir dans quelques jours que je vais m’arrêter de faire des chansons. C’est vraiment un processus continu. Par contre, cet album a vraiment commencé à prendre forme avec un certain nombre de rencontres et notamment avec Marcel Kanche, Pierre-Yves Lebert, Gérard Manset, Brigitte Fontaine… Cet album a commencé à prendre corps par le texte plus que par la musique.

Axel Bauer, Peaux de SerpentParlons-en justement de vos auteurs. Marcel Kanche signe cinq titres. Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler avec lui ? Le connaissez-vous depuis longtemps ?

C’est quelqu’un que j’apprécie depuis plusieurs années. J’aimais ses chansons, « Qui de nous deux ? » qu’il avait écrite pour -M- ou « Divine Idylle » pour Vanessa Paradis. J’avais repéré sa patte et son écriture. À l’époque où j’étais chez Polydor, il avait été question qu’on travaille ensemble. Ça ne s’est pas fait pour x raisons. Et c’est vraiment en rencontrant le bonhomme que notre relation s’est construite et qu’on a eu la motivation de travailler ensemble. C’est quelqu’un qui vit dans une petite ville très excentrée. Il vient très rarement à Paris. Ce n’est pas quelqu’un qui est facile à rencontrer, Marcel Kanche. C’est un vrai poète comme on n’en fait plus.

Et Gérard Manset ?

Gérard, je l’ai rencontré parce que j’avais participé à un film en hommage à Bashung qui avait été fait par un de ses paroliers mémorables, Boris Bergman. Ça relatait un peu leur parcours. Gérard m’a vu dans ce film reprendre une des premières chansons d’Alain Bashung qui s’appelle « Elsass Blues ». Il a beaucoup aimé ma reprise. Et c’est comme ça qu’on s’est rencontrés. J’aime forcément son travail exceptionnel depuis des années. On s’est revus, on a pris un café ensemble, on a bavardé et échangé. Et je lui ai fait écouter les prémices de cet album que j’avais. Il l’a trouvé très bon et il a eu envie d’y participer en me donnant un texte.

Pierre-Yves Lebert signe trois textes.

C’est quelqu’un qui écrit des choses profondes sans jamais chercher à ennuyer les autres. J’aime beaucoup « Lève-toi » dans l’album. C’est une sorte de métaphore sur la solitude. C’est un de mes textes préférés sur l’album. Un autre de mes textes préférés, c’est « La chasse à l’instant ». Il fait ressurgir toute sa délicatesse. C’est une fine analyse de la fragilité de l’instant.

Chet signe « Rien ne s’oublie ».

Il m’a effectivement écrit un très beau texte. C’est presque un texte autobiographique. Chet, c’est quelqu’un avec qui on a échangé beaucoup. On s’est vus souvent. On a beaucoup parlé de nos parcours et de nos vies. Il est revenu avec ce texte qui raconte un peu les années à l’ombre que j’ai vécues.

Axel Bauer © Yann Orhan

Brigitte Fontaine signe « Elle est SM ». Vous la connaissez depuis longtemps ?

Non, Brigitte, je ne la connais pas depuis très longtemps. Elle a été très bienveillante sur cet album. Elle m’appelait souvent pour me demander comment ça se passait, un peu comme une grande sœur qui me protégeait. C’était vraiment sympa.

On retrouve encore Jean-Louis Aubert, qui cosigne « Tous les hommes à la mer » et avec qui vous chantez le titre en duo. Vous le connaissez depuis très longtemps, lui, vous aviez déjà travaillé ensemble.

Avec Jean-Louis on se connait effectivement depuis longtemps. Et ce n’est pas rare qu’on s’aide quand on commence un album. On aime toujours bien avoir l’avis de l’autre. J’aime bien avoir son avis sur ce que je fais comme lui aime bien avoir le mien sur ce qu’il fait. Donc, je lui ai fait écouter des titres, comme d’habitude. Et il a eu envie de faire partie de l’album. Il y avait cette chanson, « Tous les hommes à la mer », coécrite par Lebert, et on a décidé d’en  faire un duo. C’est une bonne chanson sur l’amitié, qui nous allait bien. Jean-Louis l’a un petit peu réarrangée à sa manière et on a pris beaucoup de plaisir à l’enregsitrer.

Axel Bauer © Yann Orhan

Quelle idée avez-vous voulu faire passer dans le titre, « Peaux de serpent » ? Plutôt l’idée d’un bilan ou plutôt l’idée d’une renaissance et d’une transformation ?

Il est vrai que j’ai vécu beaucoup de transformations ces six/sept dernières années. Il y a pas mal de choses qui se sont passées dans ma vie, que ce soit au niveau relationnel, professionnel et même spirituel. J’ai voulu appeler cet album ainsi pour montrer qu’on se débarrasse du superflu pour ne garder que le meilleur. Pour moi, le maître mot sur cet album, c’est la liberté. J’ai retrouvé une entière liberté, non pas que j’étais enchaîné avant, mais disons que je m’étais un peu enchaîné tout seul à certaines choses. Il y a une vraie liberté artistique dans cet album. Il y a des textes inspirés par le passé parce que c’est vrai qu’à 51 ans, j’en ai un et que je peux regarder en arrière. J’avais besoin de m’inspirer des choses que j’avais vécues et les prendre en référence sur certains textes. Donc, ce n’est pas un album autobiographique, mais c’est un album qui est inspiré par ce qu’un homme de 50 ans peut ressentir de la vie et penser de la vie. C’est un constat un peu plus mature. Je pense à des chansons comme « Aveugle » ou « Souviens-toi », qui a été choisi comme premier single. C’est une forme de nostalgie. On évoque des choses perdues sans qu’elles ne soient vraiment des choses perdues.  Je suis en train de me rendre compte que je commence à parler comme Johnny Hallyday ! (rires) Ce sont des thèmes qui m’avaient séduits chez les autres, des thèmes un peu lointains, des thèmes issus du vieux blues de Robert Johnson. J’aime le blues spirituel et pour moi, il y a beaucoup de choses qui prennent leurs racines là-dedans dans cet album.

Quand le serpent mue, on a coutume de dire qu’il est extrêmement fragile. L’avez-vous été pendant la création de cet album ?

J’espère… Je ne sais pas si j’ai un côté fragile. On ne me casse pas facilement. Fragile, je ne sais pas si je l’ai été, sensible en tout cas, je l’espère…

Axel Bauer © Yann Orhan

Vous êtes présent à chaque étape de la création de cet album, que ce soit à la composition, à l’interprétation, à la guitare, à la réalisation, à la production, au mix… Est-ce que c’est important pour vous ?

Effectivement, je suis là à chaque étape. C’est très important parce qu’à l’arrivée, cet album, je peux le revendiquer. J’avoue que sur le dernier album, « Bad Cowboy », les choses avaient été un peu vite. Si j’avais pu avoir un peu plus de recul, je pense que j’aurais remis le nez sur certaines chansons. Je pense qu’il y avait de bonnes chansons sur l’album, mais tout n’était pas totalement abouti. Donc, j’ai été un peu frustré de ne pas avoir eu le temps d’aboutir les choses comme je voulais. Là, je me suis laissé du temps, beaucoup de temps même, pour arriver à cet état de certitude de me dire que j’avais envie de proposer ça.

L’album a été enregistré à La Fabrique dans le sud de la France. Aviez-vous d’une certaine manière besoin de vous éloigner du tumulte parisien ?

Il y a beaucoup de ça. En fait, tous les musiciens ne se connaissaient pas forcément. Ils sont partis avec moi et il nous fallait un lieu où on habite un peu ensemble pour avoir le loisir d’échanger un peu plus que de la musique. Je ne voulais pas qu’on passe du temps en studio et puis que chacun rentre chez soi. Là, on était dans un univers clos, dans un studio et un endroit agréable. Le fait de vivre ensemble nous a permis de mieux nous connaître. C’est une valeur ajoutée à la musique également.

Axel Bauer © Yann Orhan

Dans la dernière chanson, « Rien ne s’oublie », vous dites « J’ai voulu oublier que rien ne s’oublie » et vous faite référence à un certain « cargo de nuit ». Quel regard jetez-vous sur « Cargo » aujourd’hui ? Est-ce plutôt un fardeau ou une chance ?

Je ne vois pas pourquoi ce serait un fardeau aujourd’hui. « Cargo » a été un fardeau quand j’avais 22 ans… et encore ! C’était un fardeau plutôt agréable. « Cargo », je le vois plutôt comme une grande transformation dans ma vie qui s’est passée à un moment donné. Comme ça arrive à tout artiste qui passe du stade d’anonyme à celui où on vous reconnait dans la rue et où on est sympa avec vous. Je n’ai aucune souffrance par rapport à ça. Je ne vois pas pourquoi j’en aurais d’ailleurs. Je pourrais avoir quelques souffrances, mais pas par rapport à ce morceau. Je suis très conscient que ce morceau sera peut-être aussi mon épitaphe. C’est peut-être le morceau le plus connu que j’ai fait. Il est beaucoup passé en radio et continue à être diffusé. Il a traversé plusieurs générations… Mais je suis plutôt fier de ça. Je n’ai pas de problème avec ça. J’ai la chance aussi que les gens ne me parlent pas que de ça. Si les gens ne me parlaient que de « Cargo », je serais ennuyé ou attristé. Mais je ne vis pas du tout ça, et ça, depuis des tas d’années. Il y a même des gens qui préfèrent d’autres titres que j’ai faits, parce que j’ai une carrière d’artiste tout à fait normale… Certains préfèrent « Éteins la lumière », d’autres « À ma place », d’autres encore préfèrent des titres que le grand public ne connait pas. Donc, ce « Cargo », je le vis très bien. En plus, on me raconte toujours plein d’anecdotes à propos de ce titre quand je rencontre des gens. Les gens sont d’ailleurs plutôt très gentils, certains ont rencontré leur femme ou leur mec sur cette chanson. C’est formidable de voir qu’une chanson peut apporter autant de plaisir. Ça veut dire que ce que j’avais dans la tête était sincère. C’était dans mon cœur aussi. Si j’ai pu apporter du plaisir aux gens, c’est le plus important. Je crois que je l’ai fait et que ça a marché, donc, j’en suis content !

Axel Bauer © Yann Orhan

J’aimerais évoquer un instant la scène. Une longue tournée se prépare et vous serez notamment le 25 mars au Café de la Danse (Paris 11ème). Quelle formation allez-vous avoir ?

C’est une formation qui change, et notamment sur cette première partie de tournée. Il y aura des guitares, des claviers, un violoncelle… Mais sur la formation principale, on est cinq : guitare, basse, clavier, batterie et violoncelle.

Vous avez toujours beaucoup tourné. Diriez-vous comme certains artistes que le disque est le prétexte pour partir sur scène, ou bien attachez-vous beaucoup d’importance à l’objet également ?

J’aime bien l’objet… C’est vrai que le CD est moins beau que le vinyle. Ce n’est pas facile de trouver le titre de l’album, ce n’est pas facile de faire la pochette, ce n’est pas facile de faire un beau visuel… mais je trouve que c’est un tout. C’est agréable quand on arrive à quelque chose de cohérent. Là, je suis content de la pochette, je suis content de l’ensemble. J’aime bien le studio, j’aime bien l’enregistrement, c’est une espèce de laboratoire d’essai. On a du temps. On peut revenir sur des détails. Donc… c’est plein de choses qu’on peut moins essayer sur scène parce que là, on est dans l’instant avec les gens. Ce sont les gens qui font le concert finalement. Au fur et à mesure que le spectacle avance, on se met à avoir un rythme cardiaque commun. C’est assez étonnant à la fin d’un concert comme les gens applaudissent. Au départ, c’est toujours un applaudissement chaotique. Tout le monde applaudit un peu dans tous les sens. Mais à la fin, pendant 15 ou 20 secondes, tout le monde applaudit ensemble. C’est assez drôle, c’est comme si quelque chose faisait qu’on s’accorde les uns avec les autres. Sur scène, on va faire une proposition, on va s’accorder avec le public, pour être en communion avec lui…

Axel Bauer © Yann Orhan

Pouvez-vous me dire un mot sur la « Guilde des Artistes de la Musique », la GAM, que vous avez aidé à mettre sur pied ?

Quand on dit « les artistes pensent que… », on ne demande pas aux artistes ce qu’ils pensent, ce sont d’autres personnes qui disent que les artistes pensent que… En ce moment, depuis un ou deux ans, on peut dire que l’industrie musicale est remise en question dans ses fondements les plus profonds par tout un lobbying. Parfois par des fabricants de matériel, parfois par des importateurs, etc… Il y a une espèce de questionnement, qui n’est pas forcément mauvais, mais il y a forcément des choses qui vont changer en profondeur dans notre métier. Je trouvais ça dommage que les artistes n’en fassent pas partie.  C’est-à-dire que quand des politiques demandent ce que pensent les artistes de telle ou telle chose, finalement, il n’y a jamais aucune voix d’artiste collective qui a été faite. C’est pour ça qu’on a décidé de monter la GAM, pour réfléchir à tous ces sujets un peu techniques ensemble nous artistes. Et apporter notre point de vue d’artiste, pas le point du vue d’autres gens, qui nous comprennent néanmoins, comme la SACEM, l’ADAMI ou les producteurs, mais essayer de dire collectivement ce que les artistes pensent de leur métier. On a envie de dire ce qu’on pense nous-même. C’est ça l’idée de la GAM. C’est un lieu où chaque artiste peut s’exprimer librement et indépendamment de nos rapports les uns avec les autres, et arriver à des conclusions. Depuis le montage de la GAM, qui est en train de se faire en ce moment, il y a beaucoup d’artistes qui nous écrivent et qui nous parlent pour nous dire « voilà, moi, je pense que c’est ça qu’il faut transformer… Moi, je pense que c’est telle autre chose qui ne fonctionne pas, etc… » Aujourd’hui, on essaye de transformer aussi cette vision que peuvent avoir les gens des artistes. Les artistes ne sont pas forcément des cigales qui ne réfléchissent à rien. Et les producteurs ne sont pas forcément les fourmis. Les producteurs n’ont pas toujours de bonnes idées d’ailleurs. Nous faisons partie intégrante de cette industrie. Sans nous, il n’y a pas de raison d’avoir un Apple 80 Giga. Sans musique, on ne le remplira pas. Apple aujourd’hui a décidé de reverser des sommes colossales à ses actionnaires, mais ils ne nous reversent rien à nous les artistes. On peut dire tout de même qu’ils font leurs bénéfices en partie grâce à nous et grâce à notre travail. Mais ce n’est pas forcément une question d’argent. Nous les artistes, on sait que ce n’est pas le problème d’en avoir ou de ne pas en avoir. C’est un problème de principe tout simplement. On a laissé aller les choses. Ça fait des années qu’on se fait finalement arnaquer et on a décidé de se réveiller et de dire ce qu’on a à dire. Ce n’est pas juste pour emmerder le monde. Mais quand même… on est rentré dans un truc qui va, je l’espère, faire un peut bouger les choses. Ça c’est mon point de vue. Maintenant à la GAM, nous sommes plein d’artistes et chacun a son point de vue. Chaque point de vue est différent. Tout le monde apporte sa contribution de manière différente.

Votre fils Jim emprunte lui aussi une carrière artistique. L’avez-vous encouragé, l’avez-vous freiné ou l’avez-vous finalement simplement laissé faire ce qu’il avait envie de faire ?

Il détesterait qu’on parle de lui… (rires) Jim, il n’a pas du tout envie qu’on dise que je suis son père, etc… Il n’a pas envie d’être perçu comme le « fils de ». J’ai des conversations avec lui sur ce qu’il fait et ce qu’il est en train de faire. Je suis admiratif de ce qu’il fait, non pas parce que c’est mon fils, mais parce qu’il a beaucoup de talent. Tout le monde le dit, il a une sacrée voix. Quand on est ensemble, on parle. Qu’on pousse ses enfants dans une direction ou qu’on les retienne, ça ne change rien finalement. Ils font ce qu’ils ont envie de faire. Je ne l’ai ni poussé ni empêché de faire quoique ce soit. C’est lui qui est venu me voir quand il avait quatorze ans, il m’a dit « montre-moi tel accord ». Il a voulu avoir une guitare, il l’a eue par ses propres moyens. Je lui ai montré deux trois trucs et il a fait sa route. Tout ce qu’il a, Jim, il l’a grâce à lui, grâce à ce qu’il est et grâce à son travail. C’est un garçon qui travaille beaucoup. Je suis très fier de mon fils pour ça. Il n’a pas emprunté un chemin facile. Il ne cherche pas à ce que je lui présente untel ou untel, au contraire…

Propos recueillis par IdolesMag le 15 février 2013.
Photos : Yann Orhan









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