Interview de Pauline

Propos recueillis par IdolesMag.com le 21/02/2013.
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Pauline © Arthur Delloye

Pauline est de retour ! L’interprète d’« Allô le monde » revient avec un nouveau single, « Je Parle Je Parle » disponible depuis quelques jours et un nouvel album « Le meilleur de nous-mêmes » attendu pour le 27 mai. Après le succès mitigé de son précédent opus, Pauline quitte EMI pour Warner et revient avec un album mid et up tempo plein de fraîcheur, de bonne humeur et de profondeur. Au cours de notre entretien Pauline reviendra sur le cheminement de cet opus, de sa création à son enregistrement aux mythiques studios Ferber. Rencontre avec Pauline, une artiste sensible et pleine de vie « qui parle, qui parle »

IdolesMag : Quand ce nouvel album a-t-il commencé à prendre forme dans votre tête ?

Pauline : Ce nouvel album, il a commencé à prendre forme juste après la tournée qui s’est terminée en 2010. J’ai continué à composer les chansons, et notamment les musiques puisque je les signe toutes sur ce nouvel album. Le live nourrit beaucoup, il donne beaucoup d’idées, on est sur des ondes très positives. On est dedans comme on dit, et ça donne envie de composer etc…

Pauline, Le meilleur de nous-mêmesVous signez la totalité des musiques sur ce nouvel album et cinq textes. Quel genre d’auteure/compositrice êtes-vous ? Avez-vous besoin d’un but ou d’une échéance pour composer ou bien est-ce plutôt un état ?

C’est plutôt un état. Je pense justement que les albums découlent des chansons que j’écris et que ce n’est pas l’inverse. Si je n’avais plus d’envie ou plus d’inspiration, il n’y aurait plus d’album. Je pense également que l’album n’est pas le but. Ce n’est pas une fin en soi l’album parce que pour moi, c’est le live et la scène qui sont l’aboutissement, le bouquet final, la cerise sur le gâteau. Mais pour en revenir à votre question, je ne compose pas tous les jours et je ne suis pas ce qu’on appelle une « machine à chansons ». En fait, j’en écris très peu et très souvent elles se retrouvent sur un album. Je ne vois pas l’écriture d’une chanson comme un contrat qu’on doit rendre.

Qu’est-ce qui vous guide généralement dans la création ? Un mot ? Une idée ? Quelques notes ?

C’est d’abord mon état, l’ambiance dans laquelle je suis. Je mets dans mes chansons ce que je vis. Elles sortent de moi. Je pense que c’est surtout l’état dans lequel je me trouve quand j’écris la chanson qui me guide. En fonction de si je suis triste ou si je suis heureuse, l’ambiance de la chanson sera très différente. J’observe beaucoup ce qui se passe autour de moi. Ce sont donc aussi beaucoup les autres qui m’inspirent. Et puis parfois effectivement, un mot, une idée ou plus généralement un thème m’inspirent un texte que j’écris ou que d’autres vont m’écrire.

Vous souvenez-vous de votre toute première chanson ? Quel âge aviez-vous ?

Oh oui, je m’en souviens, c’est grâce à elle que tout a démarré en fait. J’avais quinze ans à peine. Ce n’est pas « Allô le monde » contrairement à ce que tout le monde pourrait croire. Elle s’appelle « Vie de Songes » et elle est sur le premier album. C’est grâce à cette chanson que j’ai été découverte par mon premier directeur artistique qui m’a signé chez EMI. « Allô le monde » n’existait pas à l’époque. Cette chanson est vraiment arrivée à la toute fin, juste avant que je ne rentre en studio. Comme quoi c’est rigolo ! Mais « Vie de Songes », je m’en souviens très bien. J’avais un besoin vraiment crucial de l’écrire. C’était une période où je n’allais pas bien. C’était l’adolescence, etc… et j’avais vraiment besoin de l’écrire.

Votre rapport à la création depuis vos quinze ans a-t-il changé ?

Bizarrement, je trouve qu’aujourd’hui, mon rapport à la création redevient celui de mon premier album. J’ai l’impression que ça redevient moins pensé… Je ne dis pas que le deuxième album était vraiment pensé et réfléchi, mais quand on sort d’un succès, on pense plus à ce qu’on est en train de faire et ce qu’on va devoir faire. Alors, qu’ici pour le troisième, j’ai plus pris les choses comme elles venaient, comme sur le premier album. Je pense moins, je vis vraiment les choses au jour le jour. Pareil, en studio, je prenais les choses comme elles venaient sans trop y penser.

Pauline © Arthur Delloye

Justement, sur le premier album, vous aviez écrit quelques textes et aviez fait appel à d’autres auteurs. Sur le deuxième, vous avez écrit la quasi-totalité des titres. Et sur ce troisième album, vous avez également fait à nouveau appel à d’autres auteurs.

Oui. Sur le premier, j’avais beaucoup coécrit, et notamment avec François Welgryn. Et sur le deuxième, j’ai tout fait toute seule. Vous savez, pour le premier album, je débarquais dans un monde que je ne connaissais pas. Je débarquais du Nord de la France et je ne connaissais personne. Même si je sortais du conservatoire et que je connaissais bien la musique, mais pas cette musique-là, pas ce monde-là. Donc, je suis arrivée dans un milieu où des personnes vous conseillent, où on vous fait rencontrer des auteurs qui sont importants aussi pour vous construire. Alors, forcément, au deuxième album, on prend un peu plus de confiance, et on écrit presque tous ses textes. Et puis vient le troisième album… Ce n’est vraiment pas par manque d’inspiration que je n’ai pas écrit tous les textes, c’était vraiment une envie de ma part de ne pas tout écrire. Je pense que je me suis beaucoup livrée sur les deux premiers et que là, j’avais envie de dire moi-même, avec mes mots, l’essentiel. Ce que vraiment, j’avais envie et besoin de dire, ce qui était vital pour moi. Et le reste, je voulais le faire écrire à des gens de talent. Et puis, je me suis rendue compte qu’il y a des choses que parfois, on n’arrive pas à écrire nous-mêmes. Ou des choses qui en tout cas sont parfois mieux écrites par d’autres que par soi-même. Du moins, je le pense. Les autres ont souvent plus de recul sur nous. Ils nous écoutent, ils nous voient vivre. François Welgryn l’a d’ailleurs très bien fait, avec notamment « Je Parle Je Parle » ou « La chanson qui console ». Toutes ces chansons, j’aurais pu les écrire parce que ce ne sont vraiment pas des chansons tiroir. Ce sont vraiment des demandes de ma part. Tout part toujours d’un échange avec mes auteurs. Je ne chante jamais de chanson tiroir, ça ne m’intéresse pas. Donc, voilà, c’était vraiment un échange entre nous. Et de lire leurs textes, je me rends compte de l’importance qu’ont les mots dans les chansons. Pour moi, avant, inconsciemment, je pensais que c’était la musique qui prédominait dans une chanson. Alors qu’aujourd’hui, je pense vraiment que c’est le mélange des deux qui donne un poids à la chanson et qui en fait un succès ou non.

Et finalement, quand on interprète les mots d’un autre, a-t-on plus ou moins de liberté ?

C’est pareil. À partir du moment où je décide que je vais chanter une chanson, c’est qu’elle me ressemble et que je pourrai la porter. Je n’ai pas plus ou moins de liberté en chantant les mots d’un autre. C’est vraiment la même chose pour moi. Je me l’approprie et c’est pareil.

J’aimerais qu’on évoque un instant ces deux auteurs qui vous accompagnent sur cet album, François Welgryn et Marie Bastide.

Avec plaisir !

François Welgryn signe donc six textes cette fois-ci.

Oui ! Et c’est lui qui avait déjà écrit « Allô le monde » !

Il est donc là depuis le début. Était-ce important pour vous qu’il fasse partie une nouvelle fois de l’aventure ?

Ah oui ! Très important. Je suis très peu entourée finalement, mais toujours entourée des mêmes personnes. Ce sont des personnes de confiance et des personnes de grand talent. Ce sont aussi des gens qui croient en ce que je fais et qui sont là depuis le début de mon projet. Quand j’ai reçu le texte de François « Allô le monde », j’ai composé immédiatement la musique. Et depuis, on ne se quitte plus avec François. Il a une manière d’écrire qui me correspond très bien.  Quand je lui dis un mot ou un thème que j’ai envie de défendre ou d’aborder, tout de suite, il sait où je veux aller.

Marie Bastide en signe deux.

Marie, c’est la petite nouvelle ! C’est donc très différent. C’est mon directeur artistique qui me l’a présentée. C’est là aussi toute l’importance d’un directeur artistique, il est là pour nous apporter des idées et proposer des collaborations auxquelles on ne penserait pas nous-même. Il m’a donc parlé de Marie Bastide. Quand elle est entrée dans le bureau, c’est rigolo, j’ai tout de suite pensé qu’elle pourrait être ma copine. Elle était un peu maladroite, très naturelle et spontanée. Du coup, j’ai lu des textes qu’elle m’a proposés et je les ai pris pour l’album parce qu’ils sont magnifiques. C’est « Le meilleur de nous-mêmes » et « Encore Heureux ». Et d’ailleurs l’album porte le nom d’une de ses chansons. Et pareil, on a vraiment partagé des choses. Elle m’a envoyé ses textes et comme dans le refrain je voulais aller vers quelque chose d’autre, elle a transformé la chanson pour qu’elle me ressemble encore plus. Ce sont toujours des gens qui n’ont pas d’égo avec qui j’aime travailler. Des gens qui sont comme moi, dans le fond.

Vous travaillez toujours en étroite collaboration avec ceux qui vous écrivent des textes.

Ah oui, tout à fait. C’est un vrai échange. On se voit souvent. J’ai du mal à travailler à distance sans rencontrer les gens. Ça a moins de charme.

Quels thèmes abordez-vous dans ce nouvel album ?

Je vais essentiellement vous parler des textes que j’ai écrits. Dans l’ensemble, l’album est assez frais et positif. D’ailleurs, il y a beaucoup de titres mid et up tempo. Il y a très peu de ballades. C’était vraiment un choix. Dans les thèmes que je voulais vraiment aborder, il y a la perte. Que ce soit la perte d’un être qui s’en va pour toujours, la perte amoureuse ou la perte de soi. C’est vraiment un thème que je voulais aborder, ces gens qui se perdent eux-mêmes, ces gens qui sont un peu dans la dépression. Ce sont des gens qui se perdent à un moment donné. J’appelle ça des hommes à la mer… La chanson s’appelle « Reviens ». Ce sont des gens qui à un moment donné sont submergés, qui se noient et qu’ on essaye de repêcher. C’est vraiment un thème qui m’importait. Après, il y a plein d’autres thèmes différents, et je parle souvent d’amour parce que moi ce que je recherche dans les chansons, c’est que les gens puissent s’identifier à elles, qu’ils puissent recevoir de l’émotion.

Vous n’abordez pas toujours des thèmes super joyeux et pourtant, il ressort de l’album une vraie fraicheur et une vraie joie de vivre.

C’est vrai. C’est ce que j’essaye aussi de faire. Alors évidemment, il y a quelques ballades. Je trouve d’ailleurs qu’elles sont sublimées dans l’album parce qu’il y en a très peu. Et effectivement, même si les textes sont un peu sombres parfois, il y a cette espèce d’espoir à chaque fois. C’est rarement tout blanc ou tout noir. Ça arrive, bien évidemment. Et dans les précédents albums notamment. Mais, ici, c’est moins tout blanc ou tout noir. J’essaye toujours que la musique donne une note d’espoir.

L’album a été enregistré aux mythiques Studios Ferber. Au-delà de la qualité du lieu, avez-vous pensé un instant à tous ceux qui vous ont précédée ?

Oh que oui ! On ne peut pas ne pas y penser ! Quand je suis arrivée, toutes les vidéos d’enregistrement de Gainsbourg que j’avais pu voir me sont revenues à la mémoire. Ce studio tout en bois est mythique. Et forcément, quand on arrive dans la grande salle, on y pense. On sent que ce studio a une âme. Et puis, quand vous voyez le fauteuil dans la cabine, vous ne pouvez pas ne pas penser un instant à ceux qui se sont assis dedans. Il est resté le même, ils ne veulent pas le changer. Il est tout pourri ce fauteuil, tout craquelé, tout foutu, mais en même temps, ce fauteuil… quelle histoire ! Le temps passe et les artistes aussi. Donc, oui bien sûr, je me suis vraiment éclatée dans ce studio. D’ailleurs, on a fait la session photos pour l’album là-bas.

Pauline © Arthur Delloye

C’est Jean-Luc Léonardon qui réalise l’album une nouvelle fois.

Oui. Comme les deux précédents.

On en revient toujours à cette idée de famille qui vous accompagne depuis le début.

C’est tout à fait ça. C’est mon petit cocon. Ce sont des gens qui y croient et qui sont là depuis le début. Ils sont très importants pour moi les gens qui sont là depuis le début, même les gens avec qui je ne travaille plus. Mon premier directeur artistique, celui qui m’a découverte et qui m’a signée, est toujours présent dans ma vie. Je l’appelle régulièrement pour lui raconter le cheminement de l’album. Il sait tout, même si on ne travaille plus ensemble aujourd’hui. C’est important de rester fidèle aux gens qui m’entourent. Et qui m’entourent bien ! Et puis surtout quand ils ont du talent, j’ai beaucoup de mal à m’en séparer (rires). Jean-Luc, en plus, il a la même approche musicale que moi, c’est un pianiste comme moi. Il sait très bien où je veux aller musicalement, donc il n’ira jamais à l’encontre de ce que j’ai envie d’entendre.

Êtes-vous très présente en studio ? Est-ce un endroit que vous aimez ?

C’est très important pour moi d’être là de A à Z. Comme je suis musicienne à la base, c’est très important pour moi d’être avec mes musiciens. Je ne considère pas qu’il y a la chanteuse et derrière ses musiciens. On forme tous un groupe. Les musiciens font partie intégrante du projet. Ils embellissent la chanson, donc oui, c’est très important pour moi d’être là avec eux, de jouer avec eux… et ils jouent avec moi sur scène aussi. Et puis là, en studio, je me dois d’être là pour donner mes idées, etc…

De toutes les chansons, y en a-t-il une pour laquelle vous avez un peu plus de tendresse qu’une autre ? Et pourquoi ? Quand je dis tendresse, je pense à quelque chose qui se serait passé autour de la chanson plutôt que le thème qu’elle aborde.

Je dirais peut-être « Le meilleur de nous-même » parce qu’il y avait une ambiance un peu électrique en studio quand on l’a enregistrée. C’est une chanson très forte.

Quand avez-vous su qu’elle donnerait son nom à l’album ?

Tout de suite. C’était une évidence.

Vous avez quitté EMI pour Warner après y avoir sorti deux albums. Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?

Je pense que j’avais besoin de travailler avec une nouvelle équipe, des gens qui ne connaissaient pas forcément le projet et qui allaient le découvrir. En fait, tout a commencé par ma rencontre avec Rose-Hélène Chassagne qui m’a signée. Elle a vraiment compris mon projet, elle a aimé ma musique. Et puis, vous savez, un artiste avec sa maison de disques, c’est comme dans les histoires d’amour, parfois, on a besoin de changer certaines choses et ça s’est fait comme ça…

Pauline © Arthur Delloye

On a parlé à plusieurs reprises d’« Allô le monde » au cours de cette interview. Le succès de la chanson a été exceptionnel. Vous a-t-elle dépassée à un certain moment ?

Non. Pas du tout. J’ai vraiment pris les choses comme elles venaient. Ça ne m’a pas dépassée du tout. J’ai toujours vécu les choses normalement, même après mon disque d’or. Je n’ai pas changé. Au contraire, je pense même que ça m’a plus tournée vers les autres. J’ai vraiment bien vécu le succès. Ça ne m’a pas dépassée. Je faisais avec joie les plateaux télé que j’avais à faire, les interviews, etc… Je parlais de mes chansons, donc, justement, j’étais heureuse. J’ai toujours pris les choses comme elles venaient et je les vis avec enthousiasme et joie.

Quel est l’endroit le plus insolite où vous avez entendu l’une de vos chansons ?

Bonne question… Mais je ne sais pas quoi vous répondre ! (éclats de rires) Je n’ai pas un endroit particulier, mais j’ai envie de vous dire que c’est quand j’étais à l’étranger. Par contre, la chose qui m’a le plus marquée, c’est la première fois que je me suis entendue à la radio. J’étais dans la voiture et tout d’un coup, c’est arrivé. Je n’étais pas au courant et c’était sur une grosse radio. Ça m’a vraiment marquée.

J’imagine qu’une tournée se prépare…

Oui, une tournée est prévue.

C’est quelque chose d’essentiel à vos yeux.

Tout à fait. La scène, ça me motive, c’est ce pourquoi je fais ce métier. Je me considère vraiment comme une artiste de scène.

Le CD reste-t-il un prétexte pour aller sur scène ?

Oui ! (rires) J’ai du mal à graver les choses. J’adore faire un album, mais j’ai toujours un peu de mal à graver les choses définitivement.

En référence à votre single « Je Parle Je Parle », parlez-vous beaucoup ?

Oh oui ! (rires) Je parle beaucoup beaucoup…

Est-ce une façon de cacher une certaine timidité ?

Oui, je pense… Vous m’avez bien cernée…

Propos recueillis par IdolesMag le 21 février 2013.
Photos : Arthur Delloye









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