Interview de The Dedicated Nothing

Propos recueillis par IdolesMag.com le 13/02/2013.
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The Dedicated Nothing, Running Away

Fondé fin 2010 autour de Greg, Clément, Matt et Franck, le groupe biarrot « The Dedicated Nothing » sort le 25 février son premier EP, un EP composé de 4 titres bruts rapidement addictifs plutôt super efficaces.  « Running Away », le titre phare, fait déjà figure de tube. Séduits par cette mise en bouche, nous avons été à la rencontre de Greg, le leader du groupe afin qu’il nous en dise un peu plus sur le groupe et l’album qui est en préparation. Il nous expliquera notamment comment la culture surf des années 50, plus dark et plus sombre que les traditionnelles chemises à fleurs, a  influencé le son et l’esthétique du groupe.

IdolesMag : Dans quelles circonstances vous êtes-vous tous rencontrés?

Greg, leader de The Dedicated Nothing : Le groupe s’est formé en 2010, mais on se connaissait vaguement auparavant. On avait des amis en commun. En 2010, chez l’un des musiciens, on a pu monter un local pour jouer. C’est très très brut la manière dont tout est arrivé. Le batteur, Franck, a eu une idée de riff, moi je suis arrivé avec une mélodie, le guitariste a posé le deuxième riff, le bassiste a suivi derrière et « Running Away » était né en deux répèts. Comme tu le vois, c’est parti très vite. La connexion humaine a suivi, on s’est tous directement très très bien entendus. On forme maintenant un vrai groupe de quatre potes avant tout hyper proches. Aujourd’hui encore la musique se crée comme quand on s’est rencontrés. L’ambiance est vraiment sympa. On s’est donc rencontrés fin 2010 et depuis, tout va très vite…

Qu’est-ce qui vous donné l’idée et l’envie de faire de la musique ensemble ? Avez-vous les mêmes parcours ? Les mêmes influences ?

Le moteur, dès le départ, c’est que nous avions envie de composer. Nous ne voulions pas faire de reprises. On est tous musiciens depuis qu’on est tout gamin, on a tous eu nos groupes au collège et au lycée, on a tous eu nos vies qui se sont mises en place. On avait envie de faire de la musique ensemble, mais de composer, surtout. Et ça, ça a été l’élément fondateur du groupe. On a voulu se creuser un peu la tête pour arriver à livrer des morceaux qui nous plaisaient et qui tournaient. On avait aussi un peu les mêmes influences, ça va de Joy Division aux Strokes en passant par les Maccabees. On écoute tous le même genre de musique, très rock indé. On est tous des lecteurs assidus des Inrocks. On est de cette mouvance qui a envie de découvrir tout ce qui sort. C’est aussi un peu la dynamique du groupe.

Le nom du groupe, « The Dedicated Nothing » vient du surfeur Miki Dora. En quoi toute cette culture surf vous a-t-elle influencée ?

On n’est pas originaires de Biarritz. Deux d’entre nous viennent de Toulouse, un de Tarbes et moi, je suis de Bordeaux. En revanche, on s’est tous installés entre Biarritz et Hossegor pour bosser notamment dans l’industrie du surf quand nous étions plus jeunes. Donc, en plus de la musique, un autre point fédérateur entre nous, c’est qu’on se retrouve entre les vagues à surfer. Ce qui nous plait beaucoup, c’est le renouveau de cette culture surf avec une esthétique plus dark et plus, justement, Miki Dora. C’est un peu le retour de la contreculture surf. Le surf s’est beaucoup démocratisé et est devenu un vrai sport. Nous ce qu’on affectionne particulièrement, c’est surtout le côté culturel et artistique qui entoure la discipline, la mode… tout ce que le surf a d’underground. C’est ça qui nous plait beaucoup. Donc, c’est pour ça qu’on ne met pas de chemises à fleurs qui sont un peu le cliché. On est plus à aller chercher des influences dans le surf dark des années 50 et de Miki Dora, que ce soit dans le style  vestimentaire ou d’autres aspects. On est plus dans le « surf chic », entre guillemets.

Qui amène quoi dans le groupe ?

Une de nos particularités et quelque chose qui nous tient vraiment à cœur, c’est que chacun a la même place que l’autre. Il n’y en pas un qui arrive avec des chansons et les autres qui brodent autour. Pas du tout. Quand on crée des chansons, on se met tous les quatre dans une pièce et là, suite à un riff ou un beat, on va démarrer. On est en osmose parfaite tous les quatre. On apporte chacun notre touche avec nos instruments et on crée nos morceaux de A à Z tous les quatre ensemble.

Avez-vous beaucoup de compos ? Êtes-vous prolifiques ?

En général, on va à l’instinct. On reste très bruts dans notre démarche. C’est un peu à l’image de « Running Away », en trois heures la chanson était pliée. Après, on est assez prolifiques dans le sens où on produit pas mal de chansons. En revanche, on aime bien travailler deux/trois titres en même temps et on essaye tout de même d’aller au bout de chaque titre. On va au bout de l’idée qu’on a eue et ensuite, on passe à autre chose.

Tu m’as dit tout à l’heure que le groupe s’était formé en 2010. Entre faire de la musique entre potes et sortir un EP, il y a une marge. Quand a-t-il été vraiment question de sortir cet EP ?

À l’hiver 2010, on commence à faire des chansons. Et quand l’été 2011 arrive, on se dit qu’on va faire un test et organiser un concert devant une cinquantaine ou une soixantaine de potes en mode beach party dans un jardin. C’est l’été, on n’est pas loin de la mer, on joue au milieu des pins… Tu vois le contexte vraiment cool ! Dans les potes, il y a notamment des gens du label « Drop In » qui sont là et qui nous disent que c’était assez cool ce qu’on fait et qui nous ont invités à aller dans leur studio derrière Guéthary pour voir ce que ça pouvait donner… Là, on se retrouve en studio quatre jours et quatre nuits pour enregistrer une première ébauche de cet EP puisqu’à l’époque on avait déjà six ou sept titres. À l’issue de ces quatre jours et quatre nuits, ça sonnait pas mal. Derrière, on est revenus en studio un mois pour peaufiner ça. C’est à cette époque qu’on rencontre Nathalie Ridard. On a vraiment une bonne étoile au-dessus de la tête ! Les choses se suivent. On rencontre des gens qui ont envie de nous aider… et on fait tout ce qu’on peut pour que ça marche. On travaille vraiment beaucoup. On répète trois à quatre fois par semaine, on fait des résidences. Et tout s’enchaîne comme ça mois après mois avec des ondes positives. Jusqu’à ce jour où JD Beauvallet [des Inrocks, NDLR] entend « Running Away » et nous offre une première petite chronique dans le mag et sur le web. Là, ça continue et finalement le plan se met en place. Entretemps, du coup très motivés, on se met à faire de la scène. En l’espace de 6 mois, on a enchaîné une vingtaine de concerts et ça se passe plutôt bien… (rires) Tout va vraiment crescendo dans le plaisir et dans la manière dont ça se passe bien. Quand on y repense, la manière dont tout s’est enchaîné chronologiquement, c’est assez formidable.

The Dedicated Nothing © Bastien Bonnarme

Ça fait un peu carte postale quand tu me dis « on a enregistré dans un studio derrière Guéthary »

(rires)

Comment avez-vous appréhendé le studio ?

On l’a appréhendé très naïvement. Personnellement, je n’avais jamais fait de studio de ma vie. Le guitariste, Clément, lui avait déjà enregistré des morceaux en studio, donc il connaissait un peu le truc. Moi, je suis arrivé là-bas en n’ayant aucune idée de ce que ça allait donner, en découvrant comment notre son allait passer dans les machines et ce que ça allait donner à l’arrivée. Je suis arrivé en studio avec beaucoup de curiosité et de plaisir avant tout. On continue de surfer sur cette vague qui nous fait kiffer tout ce qui nous arrive. Cette première approche du studio était somme toute assez amateur, mais complètement assumée comme telle. On a appris tout ce qu’on devait apprendre. C’est assez formidable d’avoir pu rencontrer des gens qui nous ont offert des opportunités comme celles-ci. C’était très cool. On s’est vraiment fait plaisir.

Comment ça se passe musicalement sur la Côte Basque ? Est-ce que ça bouge bien ? Biarritz ne renvoie pas toujours une image très jeune, on pense plutôt à pépé et mémé qui se promènent le long de l’océan…

(éclats de rires) Je crois qu’il y a eu une très bonne vague de renouveau avec « La Femme » qui s’est positionné sur un front vachement moderne. Ça a tout de suite plus rapproché la région de ce qu’on peut entendre dans les grandes villes. Il y a aussi la salle de l’« Atabal » à Biarritz, qui d’ailleurs nous soutient énormément, qui est en train d’évoluer très vite avec son nouveau directeur, François Maton qui est vraiment motivé pour faire venir un autre genre de groupes dans le coin. Il y a aussi le « Big Festival » qui s’est beaucoup développé ces quatre/cinq dernières années. Finalement, si tu regardes les quelques dernières années, il y a plein de choses positives qui se passent dans la région. Il y a de plus en plus de jeunes groupes comme le nôtre qui jouent et qui se produisent dans les bars-concerts de Bayonne. Il y a également le bar de l’« Atabal » qui est parallèle à la salle de spectacle. Il y a une super dynamique de gens qui se font plaisir en jouant de la musique. On a aussi la proximité avec le Pays Basque espagnol, juste de l’autre côté de la frontière. Ça crée un pôle d’influences qui se mélangent et des gens qui viennent d’horizons très différents les uns des autres. C’est assez vivant, contrairement à l’image que certains peuvent avoir de la région. Et je pense qu’on en est vraiment qu’au début… Alors après, l’image de pépé et mémé qui se promènent, je comprends très bien ce que tu veux dire ! (rires) Même nous, on sait que ce côté-là existe. Mais il y a justement à côté une jeunesse en effervescence et toute une contreculture très tendance. Tout le côté surfeur et mode a vraiment sa place en bord de mer l’été. Tout ceci influe sur la musique, l’art et la culture en général dans le coin. Donc, oui, ça commence à bien bouger à Biarritz !

Le EP va-t-il bénéficier d’une édition physique dans le commerce ?

Dans un premier temps, il va sortir en édition numérique chez Believe. Par la suite, je ne te cache pas que si on pouvait éditer un vinyle, ça nous ferait vraiment plaisir à tous les quatre. On va attendre un peu de voir les premiers retours et de quelle manière notre son parvient aux oreilles du public. Ensuite, on verra les options qui s’offrent à nous.

Je te pose la question parce que nous avons reçu avec le CD promo un joli livret dans le style passeport qui montrait un vrai travail de recherche sur le visuel qui accompagne votre musique. J’imagine que c’est donc quelque chose qui vous tient à cœur.

Tout à fait ! Depuis le début, même en étant totalement inconnus et en faisant notre petite musique dans notre coin, on a voulu vraiment exprimer notre style et notre couleur à travers la musique, mais pas que. C’est vrai que ce livret est vraiment à l’image de ce qu’on veut exprimer. Il contient de nombreuses photos en noir et blanc. Depuis le début, on a un photographe qui nous suit, Bastien Bonnarme. Il est là sur tous les concerts et sur les sessions d’enregistrement. C’est avec lui qu’on a dessiné et défini toute cette esthétique. Et en effet, l’objet est très important pour nous et ça fait plaisir de voir que ce n’est pas passé inaperçu parce qu’on a travaillé beaucoup dessus. Le groupe est fort impliqué sur tous ces éléments. L’esthétique qui accompagne la musique est un aspect très intéressant et important à développer. Le label nous aide évidemment, mais on est très impliqués tous les quatre sur les décisions à prendre au niveau du visuel. C’est comme quand on compose, chacun exprime sa voix. C’est très important pour nous, on y tient et on espère qu’on pourra sortir cet EP en version collector…

Quand vous créez une chanson, pensez-vous scène avant toute chose ?

Ah oui ! On pense scène avant toute autre chose. On a découvert la scène il n’y a pas si longtemps tous les quatre et ce qui est génial, c’est qu’on a pu, grâce à notre label, nous retrouver devant 5000 personnes dans les arènes de Bayonne en première partie des Shoes et de Birdy Nam Nam, tout comme on s’est retrouvés devant 22 personnes dans un café-concert à Bayonne. L’opportunité de la scène, on la prend où qu’elle soit. On est prêts à traverser le pays pour aller jouer nos chansons sur scène. D’ailleurs, on fait très attention à la structure de nos chansons, en essaye qu’elles fonctionnent le mieux possible sur scène auprès du public. Parfois, on se trompe, ça permet de rectifier le tir. On est à fond !

Quelques premières parties sont prévues, notamment celle des BB Brunes le 2 mars à l’« Atabal » à Biarritz (64) et celle de « La femme » à Bordeaux (33) le 9 mai. Mais une réelle tournée est-elle en train de se mettre en place ?

En ce moment, pour soutenir cet EP, on travaille beaucoup à boucler des dates et à mener notre projet le plus loin possible. La scène, c’est crucial. C’est une partie de plaisir. On est en pourparlers avec un tourneur pour mettre tout ça en place. Dans les semaines qui arrivent, on devrait en savoir plus… Là, en ce moment, il y a les deux dates dont tu viens de parler, ainsi qu’une date à San Sebastian en avril et un festival qui se précise pour cet été. On pourrait éventuellement aller jouer en Angleterre sur un festival… vraiment tout est en train de se mettre en place. On travaille dans ce sens-là. Donc, tout devrait se confirmer très bientôt.

Quel est ton souvenir le plus cocasse de scène ?

Je pense que ce sont les 5000 personnes dans les arènes de Bayonne. J’ai vraiment pris une claque ce jour-là. Se retrouver dans les arènes de Bayonne et y entendre sa voix résonner, c’est cocasse, comme tu le dis. C’est vraiment un souvenir inoubliable. C’est fou. En plus, dans les arènes, le son te revient en pleine figure. Waouw ! C’était à couper le souffle. On a eu une opportunité exceptionnelle.

Venez-vous les uns et les autres d’une famille de musiciens ou d’artistes ?

Pour ma part, oui. J’ai une maman pianiste et choriste et des frères qui font de la musique. Après, je ne peux pas trop te répondre pour les autres membres du groupe. Je sais par contre que le guitariste a fait douze ans de violoncelle au conservatoire et que le bassiste et le batteur ont fait également du conservatoire. Donc, eux aussi ont grandi dans un environnement familial qui les encourageait à faire de la musique.

The Dedicated Nothing © Bastien Bonnarme

Chanter en français, y songez-vous ?

En fait, j’ai grandi à l’étranger jusqu’à mes 16 ans. J’ai appris à parler anglais avant de parler français. L’anglais est très naturel pour moi et c’est pourquoi on a décidé de chanter dans cette langue. On va dire qu’on a évolué tous les quatre dans un univers musical très british et un peu américain. C’est vrai que l’ensemble de nos influences fait qu’on est naturellement portés vers l’anglais. Et puis, évidemment, c’est aussi beaucoup plus évident pour moi de chanter en anglais. Ensuite, rien n’est fermé. On a aussi envie d’évoluer dans notre son. Ça a commencé très brut. Tout est venu très vite. Aujourd’hui, on a hâte d’avoir un peu plus de temps pour peaufiner certaines choses. Donc pourquoi pas un jour en venir au français. Ce n’est pas interdit.

Quand on sort un EP, on a souvent une autre idée en tête… un album.

Tout à fait ! (rires)

Où en êtes-vous ?

On a déjà quatorze titres qui sont dans la boîte. On avance très vite. Vu qu’on a fait pas mal de live, il a fallu qu’on développe notre offre. Il faut qu’on puisse au moins tenir cinquante ou cinquante-cinq minutes sur scène. On a cette chance et cette osmose entre nous qui fait qu’on a déjà pas mal de titres qui sont prêts à être mis en boîte. On travaille beaucoup, ça avance, donc, l’album, si tout va bien, ce sera avant l’été. On a eu la chance aussi que le label nous laisse le studio dès qu’il y avait une opportunité pour pouvoir nous y mettre. On a donc tout de suite vu ce que ça donnait pour chaque titre. Ça se présente plutôt bien… les retours qu’on a sont plutôt positifs et intéressants.

L’album va-t-il aller dans la direction du EP ?

Je pense que le côté brut et spontané du EP sera toujours dans nos chansons, et en tout cas dans cet album. En revanche, il y aura deux ou trois titres qui auront une couleur un peu différente, ils auront plus de réserve avec un chant un peu plus clair. Il y aura des sons qui ne seront pas tout le temps saturés. Jusque-là on faisait beaucoup pour vraiment trouver une efficacité et là, sur certains titres, on est partis dans une autre direction pour justement retrouver cette efficacité mais différemment. On pourrait dire que ces nouveaux morceaux seront un peu plus aboutis. Non pas que les premiers ne le soient pas, mais disons qu’on a eu plus de temps pour les produire, et du coup, plus de plaisir de se prendre la tête sur des détails (rires). L’album aura une spontanéité mais annoncera tout de même déjà l’avenir et un deuxième album.

Vous allez vite, vous !

(rires) Oui. On a la chance que ça aille vite.

Quels thèmes allez-vous aborder dans cet album ?

En gros, les titres qu’on a placés sur le EP sont assez représentatifs des thèmes qu’on aborde en général. C’est un peu dark, la chute des personnages qui sont un peu en désespoir, tout en profitant de chaque moment. Il y a toujours un côté un peu noir et urgent dans nos titres, tout en restant mélodique et rapide. Il n’y a pas vraiment un thème général autour duquel tournent les chansons, c’est plus le son et la musique qui amènent une ambiance générale.

Propos recueillis par IdolesMag le 13 février 2013.
Photos : Bastien Bonnarme









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