Interview de Saori Jo

Propos recueillis par IdolesMag.com le 12/02/2013.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Saori Jo, Home 2.17 AM

Le premier album de Saori Jo, « Home 2.17 AM », est disponible en France depuis le 11 février dernier. Séduits par la poésie de ce premier album, nous avons été à la rencontre de la jeune artiste alsacienne afin qu’elle nous explique dans quelles circonstance cet opus avait vu le jour. Elle nous dira pourquoi il est d’abord sorti en Allemagne et comment Ian Anderson de Jethro Tull est arrivé dessus. Nous ne manquerons pas non plus d’évoquer les conditions d’enregistrement de l’opus, à la maison. Enfin, un travail minutieux a été fait autour du visuel de l’opus, Saori Jo nous expliquera pourquoi ce travail lui tenait tant à cœur. Rencontre avec Saori Jo, une artiste touchante qui dévoile en quatorze chansons une belle personnalité artistique.

IdolesMag : Avant de parler de cet album, « Home 2.17 AM », qui vient de sortir, j’aimerais, si tu le veux bien évoquer un peu ton parcours. Viens-tu d’une famille de musiciens ou en tout cas d’artistes ?

Saori Jo : Pas du tout. Mon père était chauffeur routier et ma mère travaillait en parfumerie. Malgré tout, les deux étaient des mélomanes. Ils avaient vraiment le goût de la musique.

Qu’écoutaient-ils ?

Ma mère aimait beaucoup la musique que son mari écoutait. Ils partageaient la même musique. C’est mon père qui lui faisait découvrir les vinyles au fur et à mesure de ses trouvailles. Ce sont deux soixante-huitards, donc ils écoutaient les Pink Floyd, Led Zeppelin, Eric Clapton, Bob Dylan et tous les artistes de cette mouvance. Emmylou Harris aussi, Joan Baez… toute cette mouvance-là anglo-saxonne et américaine.

Et toi, vers quelle musique t’es-tu dirigée à l’adolescence ?

J’ai continué à écouter la musique par laquelle j’ai été bercée. Tout simplement parce que c’est une musique dans laquelle je me suis  bien reconnue. Je me sentais bien là-dedans. Un peu plus tard, j’ai commencé à écouter de tout, du métal notamment. J’étais aussi une grande fan de Nirvana. J’ai tous leurs albums, je connaissais toutes leurs histoires. Après, ça s’est calmé… (rires) Et puis, j’ai beaucoup écouté de musique classique également puisque j’ai commencé à apprendre le piano à l’âge de 6 ans, dans une école classique. J’étais une grande fan de Johann Sebastian Bach et de Franz Liszt, c’étaient mes deux compositeurs préférés. Je pense que c’est un peu tout ça qu’on ressent dans ma musique. Mes goûts musicaux sont pour le coup très éclectiques. Mais c’est très difficile pour moi de parler de la musique que j’ai écoutée parce que je pense que j’ai écouté tellement de choses et que j’ai apprécié tellement de choses que j’ai du mal à résumer... Aujourd’hui encore, chaque année, chaque mois, je découvre une musique particulière. J’ai même passé un moment à écouter du Ravi Shankar [un musicien indien, NDLR]. Donc, je pourrais parler des heures de la musique que j’écoute…

Et y a-t-il a contrario une musique que tu n’écoutes pas ?

(rires) Eh bien oui ! En général, je n’écoute pas la musique féminine. Je n’écoute pas les artistes féminines comme, notamment, les artistes auxquelles on me compare le plus souvent, Kate Bush et Tori Amos. Ce sont deux artistes pour le coup que j’ai refusé d’écouter, de peur d’être influencée par elles, je n’ai même pas voulu découvrir. Et je dirais même malheureusement, parce que ça a l’air d’être un sacré beau compliment quand on me compare à elles. Je n’en ai entendu que du bien… Mises à part Joan Baez et Emmylou Harris, je pense que je n’ai pas écouté de chanteuses…

Saori Jo © Sébastien Moullier

Quand j’ai écouté pour la première fois « Stay », je me suis dit que tu devais avoir écouté du Kate Bush pendant des années…

(rires) C’est affolant pour moi, même si c’est un compliment. Mais je pense que je vais tout de même finir par écouter et découvrir son univers… Mais j’ai un peu peur de me laisser emporter. On aurait apparemment tant de choses en commun qu’il ne faudrait pas que je prenne goût à tout ce qu’elle a fait et me laisse emporter par ça. Je ne voudrais pas me sentir obligée de laisser tomber mon univers parce que je le trouverais trop proche du sien. J’ai plutôt envie de laisser libre court à ma créativité et réinventer les choses. Je n’ai pas la prétention de réinventer quoi que ce soit, mais j’ai l’impression qu’on réinvente toujours un peu les choses quand on fait de la création.

Tes premières chansons et tes premières compos remontent à quel âge ?

Je crois que j’avais dix ans quand j’ai composé ma première musique. Et je me suis mise à composer vraiment à l’âge de onze ans, un an plus tard. Ce n’est pas beaucoup plus vieux… en fait, j’ai commencé par composer de la musique instrumentale, au piano. C’était ma passion d’enfant. Et ça m’aidait à voyager, à faire un voyage intérieur. J’ai eu une enfance assez solitaire, la musique a été pour moi un palliatif et une manière d’extérioriser certaines choses. Du coup, j’ai trouvé refuge dans la composition et dans l’improvisation. Ce qui fait que je passais, en sortant de l’école, deux heures entre midi et deux à faire de la musique. J’arrivais en retard pour les cours de l’après-midi. Et le soir, rebelote, après les cours, je repartais jusqu’à dix heures du soir. Je n’arrêtais pas. Je passais vraiment beaucoup de temps à mon piano. Du coup, j’ai vraiment accumulé beaucoup de compositions, que j’ai toujours gardées sur des petites cassettes audio. Je ne pourrais pas les compter tellement il y en a. À l’heure actuelle, il m’arrive de reprendre certains thèmes que j’ai créés à l’époque.

Et la création de chansons, avec les textes ?

C’est arrivé bien plus tard. J’ai commencé à écrire des  textes à l’âge de 16 ans. C’était un peu la rebelle attitude au lycée ! (rires) Pour l’anecdote, je me souviens très bien de comment est née ma première chanson. Un jour ma prof de philo m’a mise au fond de la classe. J’étais tellement énervée parce que c’était complètement injuste, d’habitude c’est moi qui foutais le boxon, mais pas là !, que je me suis mise à écrire une chanson parce que je n’entendais plus rien du tout au cours. Voilà comment est née ma première chanson. De là, j’ai commencé à écrire des chansons, puis j’ai arrêté un peu et je m’y suis remise il y a cinq ans.

Qu’est-ce qui a fait que tu t’es remise à la chanson ?

C’est une rencontre avec Miguel Ruiz qui est le guitariste du groupe, mais pas que, parce qu’il est également le directeur artistique du groupe. C’est lui qui est à la base de tout. On s’est rencontrés à une période où je ne chantais plus du tout, où je n’écrivais plus de chansons. On s’est rencontrés un soir tout à fait par hasard dans un bar. Je t’épargne le contexte qui était un peu glauque… (rires) Mais en fait, il y avait un piano dans le bar ce soir-là. Et désinhibée, je me suis mise au piano. Apparemment, il aurait été scotché. Moi, je ne m’en souviens plus très bien ! (éclats de rires) Mais toujours est-il qu’il m’a proposé de m’aider là-dedans. On s’est donné rendez-vous quelques jours plus tard. Il avait un studio d’enregistrement chez lui. Et c’est comme ça qu’on a commencé à travailler. Moi, je n’écrivais que de la musique instrumentale, toujours. Lui m’a dit qu’il pouvait m’aider pour la pop mais pas vraiment pour la musique instrumentale… J’écrivais des morceaux de 20 minutes, mon truc, c’était la musique de film… Ce n’était donc pas son domaine. Il m’a proposé d’écrire des chansons, je lui ai dit que j’en étais incapable. Et quelques mois plus tard, j’ai composé ma première chanson. C’est d’ailleurs la première chanson de l’album. Il y a une histoire particulière autour de cette chanson. On pourrait en parler des heures. Cette chanson, « Stay », est celle qui a donné son départ à l’album.

Saori Jo © Sébastien Moullier

L’album est sorti au départ en Allemagne, et il sort seulement en France aujourd’hui. Pourquoi ?

Oh la la… Tu as le temps ?!... (rires) C’est une longue histoire. Cet album, il a un vécu et un parcours très difficile et très long. Et on n’a pas voulu le lâcher. On aurait pu il y a deux ans dire qu’on se mettait au deuxième, mais on a voulu vraiment se battre pour sortir celui-ci. Je vais te raconter l’histoire… Il y a trois ans maintenant, nous rencontrions notre ex-manager. Je dis ex parce qu’à l’heure actuelle, nous ne travaillons plus avec lui. Cet ex-manager était allemand. J’habite à la frontière allemande, donc, on s’est très vite tournés vers l’Allemagne, mais sans vraiment le vouloir. On avait tout de même fait 50 dates en France la première année, mais il se trouve que la frontière était juste à côté et qu’on a fait un premier concert là-bas et qu’on y a rencontré notre manager. Il était le tour manager de Jethro Tull, du coup, il nous a proposé de faire écouter notre premier 4 titres à Ian Anderson et au groupe. Il avait émis l’idée qu’on pourrait assurer leur première partie sur une date ou l’autre. Pour nous, c’était une superbe opportunité. Ian Anderson a effectivement écouté le CD et nous a proposé de faire trois premières parties. C’était en 2008. Ensuite, on a enchaîné les tournées. Et pendant ces trois ans de travail avec ce manager, avec qui tout se passe de moins en moins bien, on commence à rencontrer le succès. On a sorti un album qu’on avait enregistré en 2010. On l’a sorti en Allemagne et il s’est vendu comme des petits pains pendant les tournées. On est ensuite partis en Angleterre et en l’espace de deux semaines, on a vendu 2000 albums. Pour un groupe de première partie, ce n’était pas mal… on s’est dit qu’on était sur une bonne lancée. C’était super. En fait, il s’est trouvé que, et ça doit arriver à beaucoup d’artistes malheureusement à leurs débuts, ce manager nous a un peu escroqués… Et même un peu beaucoup ! On a dû se battre pour retrouver nos droits sur l’album. Bref, c’était un « bordel sans nom » entre guillemets. C’était très difficile pour nous psychologiquement et moralement. C’est terrible de te faire arnaquer par la personne en qui tu devrais avoir le plus confiance. Mais on n’a pas perdu courage. On a remonté la tête et on a foncé. On est retournés en France et on a monté notre propre maison de production et d’édition. Et on a cherché des partenaires. On a aujourd’hui cinq partenaires qui travaillent avec nous sur la sortie de l’album. On est assez contents parce que c’est une belle victoire. On voulait vraiment sortir cet album en France. C’est pour toutes ces raisons que l’album sort seulement aujourd’hui en France.

L’album a été enregistré à la maison.

Oui ! C’est ce que j’appelle un « Home concept ». C’est Miguel qui a fait venir un ingénieur du son d’Angleterre et tous les deux ont transformé la maison dans laquelle j’habitais en studio.

Au départ, était-ce une réelle volonté d’enregistrer à la maison ou était-ce un problème de budget ?

Ce n’était pas du tout un problème de budget parce qu’à cette époque-là, on était dans l’illusion totale où tous les moyens étaient là. On a commencé à enregistrer dans un gros studio en Allemagne. Quand je dis gros studio, c’était un studio où on enregistrait des albums avec des orchestres philarmoniques, etc… Toutes les grosses stars allemandes passaient par là, et pas que. Donc, on n’avait vraiment pas de quoi se plaindre pour une première expérience de studio. Et pourtant figure-toi que pour moi, ça a été une mauvaise expérience. Je ne dénigre pas les studios où quoique ce soit, mais je n’y suis pas à mon aise. On y a passé cinq jours pour enregistrer un titre. Je ne te raconte pas ce que ça a coûté, mais ça n’allait pas. On n’est jamais aussi bien que quand on est chez soi. On est complètement désinhibé chez soi, on peut vraiment se laisser aller. Je compare souvent la musique à la cuisine. On a tous l’expérience de rater une recette parce qu’il y a quelqu’un qui nous observe. Alors que cette recette, quand on est seul chez soi, on la fait parfaitement bien. Quand on se sent observé, on rate la cuisson, etc… C’est exactement la même chose pour la musique. Même si la chanson a été créée avant et qu’on connait les notes sur le bout des doigts. Il y a une grosse part de créativité dans l’interprétation du moment. C’est du domaine de l’instantané la musique. C’est pour ça que les concerts sont totalement différents de l’un à l’autre. Et l’énergie qu’on va faire passer dans un enregistrement à l’instant T va être complètement déterminante pour la personne qui va écouter l’album plus tard. Je trouvais donc que c’était plus raisonnable de faire ça chez moi, à la maison, et de passer un moment vraiment agréable avec tout le monde. Au final, je pense que c’est un peu comme ça que cet album devait être enregistré. S’il a ce son et cette histoire, c’est peut-être aussi parce qu’il a été fait dans ces conditions-là.

Le titre de l’album c’est « Home 2.17 AM ». Que s’est-il réellement passé à 2h17 du matin ? As-tu commencé à l’enregistrer ou as-tu terminé l’enregistrement ?

C’est l’heure à laquelle il s’est terminé. J’avais encore une toute petite note à faire. Je suis vite descendue à la régie brancher le piano et j’ai fait ma dernière partie. Je me disais « Mon Dieu, quelle heure il est ? ». Je savais qu’il était déjà bien tard dans la nuit. Et puis, quand j’ai eu posé ma dernière note, j’ai bondi de ma chaise pour regarder l’heure qu’il était. J’ai pris un stylo et j’ai noté l’heure. J’ai noté l’heure précise et je me suis dit que ce serait le nom de l’album…

Il est beaucoup question de la notion de temps et du côté éphémère des choses dans l’album. Le temps qui passe te fait-il peur ?

Oui et non. Il ne me fait pas peur dans le sens peur de vieillir, pas du tout. Au contraire, je pense que le temps fait bien les choses en général si on sait apprendre de la vie et qu’on est quelqu’un de sage et d’érudit.  En fait, ce qui me fait peur, c’est de ne pas avoir le temps de faire les choses. Je pense que j’ai gardé une tare d’enfant. On a toujours envie de faire plein de choses quand on est enfant. On a toujours envie d’être cosmonaute, alpiniste, découvreur… Et je crois que j’ai gardé cette part d’enfant qui fait que j’aimerais découvrir tous les endroits de la terre. J’aimerais faire d’immenses choses et je sais que ma pauvre petite vie humaine ne me le permettra pas. Donc, oui, c’est un sujet important pour moi et je me dis qu’avec toutes les bêtises qu’on fait à l’heure actuelle, on perd un temps précieux.

Il y a un très joli artwork qui a été fait sur le visuel de l’album, que ce soit la pochette, le livret, le digipack trois volets ou encore le CD qui est une réplique de vinyle… J’imagine que c’était un travail très important à tes yeux.

C’était hyper important parce que tout ce travail est le prolongement de la musique. Pour moi la musique, ça doit faire voyager. On peut voyager au travers de la musique, sans pour autant avoir besoin de paroles… la preuve, la musique classique fait voyager. Et le visuel d’un album, c’est vraiment son prolongement. On écoute la musique, on se plonge dans un visuel et notre regard s’évade. C’est ce que j’avais envie de montrer et notamment avec la photo du bus sur la pochette. Quand j’ai vu cette photo, j’ai tout de suite dit que ce serait la pochette de l’album parce qu’il y avait une invitation à quelque chose. Cette photo a été prise par mon ami d’enfance Sébastien Moullier qui a écrit une grande partie des textes. On a grandi ensemble et lui s’intéressait aux arts plastiques et à la photo depuis tout jeune. Aujourd’hui, il en a fait son métier. Un jour, il est parti à Berlin dans un squat où les artistes exposaient leurs œuvres, Tacheles. C’était gigantesque. Ce bus qui est photographié pour la pochette de l’album est une œuvre d’art d’un artiste qui squattait dans ce lieu-là. Malheureusement Tacheles a fermé et on a voulu contribuer très modestement à l’immortalisation de ce lieu. Et puis au final, avec toute l’histoire que représente l’album, ce bus aurait très bien pu être ma maison à ce moment-là. C’était un peu la bohème-galère. Toutes les photos du livret ont été prises par lui. On a travaillé l’artwork ensemble. On a beaucoup discuté de la direction dans laquelle on voulait aller. Et on voulait garder cette thématique de home concept. Donc toutes les photos du livret, excepté la pochette, ont été prises à proximité de cette maison dans laquelle on a enregistré l’album.

La galette du CD représente un vinyle. As-tu vraiment construit l’album dans cette optique de la face A et de la Face B ?

Exactement. Il y a la face A qui est un peu plus « commerciale », entre guillemets parce que je déteste ce mot. Mais disons que ce sont les chansons qui passent à la radio. Et la face B, ce sont vraiment les morceaux de fond d’album qui sont peut-être plus à l’image d’une autre grande partie de mes influences, qui est peut-être un peu moins pop et plus rock et folk. J’avais vraiment envie de mettre à l’honneur le vinyle, l’esprit du vinyle en tout cas, qu’il n’y a plus dans le CD…

Tu m’as dit que Sébastien Moullier était un de tes amis d’enfance. Il a écrit pas mal de textes sur l’album. Te connait-il assez pour savoir ce que tu as envie de chanter ou bien lui souffles-tu des idées ?

On est comme frère et sœur lui et moi. Il me connait par cœur, il sait exactement mes centres d’intérêts et ce qui me touche. On est vraiment connectés ce qui fait que quand il écrit un texte, en général, ça colle tout de suite avec ce que je ressens. On n’a jamais vraiment discuté d’un texte, d’un thème ou de la construction des phrases… En général, ça vient d’une traite. Souvent quand il me donne un texte, la musique vient rapidement. C’est arrivé qu’on s’enferme dans une pièce et qu’on discute jusqu’à trois ou quatre heures du matin. Et à un moment donné l’inspiration vient. Il prend un calepin et moi, je me mets au piano et on écrit une chanson.

Saori Jo © Sébastien Moullier

Il y a un autre auteur qui signe quelques textes, c’est Aram Papazian.

Effectivement, nous sommes trois auteurs sur l’album. Aram, lui, pour le coup, c’est très différent. Il habite à Paris et donc il m’envoie les textes et après, c’est un peu pareil, je compose une mélodie dessus. Ce qui m’intéresse dans sa manière d’écrire, c’est qu’il a une autre rythmique dans les mots. Du coup, il m’inspire une façon de composer complètement différente.

Tu poses toujours tes notes sur un texte.

Oui. Toujours. Quand c’est moi qui écris une chanson, les deux viennent en même temps. Je ne me pose pas de question, c’est un peu comme si on me soufflait une chanson à l’oreille. Quand c’est Sébastien ou Aram qui écrit le texte, j’attends d’avoir son texte pour le lire, après, la musique me saute aux yeux.

Chanter en français, est-ce quelque chose qui fait partie de tes projets ?

Certainement. Peut-être… J’ai déjà composé quelques chansons en français mais je les garde pour moi pour l’instant. Je ne sais pas… Pour l’instant, ce n’est pas vraiment au programme dans la mesure où je me sens moins à l’aise pour chanter en français. Je ne suis pas encore très contente des textes que j’ai écrits. Je trouve que pour écrire en français, il faut être un très bon poète. Je ne dis pas qu’en anglais on peut écrire n’importe quoi, mais le français, c’est vraiment quelque chose de particulier. C’est une langue à part. Il faut prendre le temps et le soin qu’il faut pour l’écrire. En anglais, c’est plus instantané et plus instinctif, en tout cas c’est ce que je ressens…

La porte n’est en tout cas pas fermée.

Non, pas du tout. Je pense que je vais attendre d’être un peu plus mature pour pouvoir aussi dans l’interprétation ne pas me laisser trop emporter par ce que je chante. J’ai déjà fait l’expérience de chanter en français et je pars trop vite dans l’émotion. J’ai du mal à assumer des textes en français aujourd’hui…

Saori Jo © Sébastien Moullier

Y a-t-il une chanson pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu’une autre ? Quand je dis tendresse, je ne pense pas forcément à ce qu’elle évoque, mais ce qui s’est passé autour de la chanson.

Il y en a plusieurs… Mais je pense que je vais te répondre « Fairy World ». C’est le titre pour lequel j’ai le plus de tendresse et d’affection, pour l’histoire qu’il renferme. C’est cette chanson sur laquelle on a partagé un duo avec Ian Anderson [de Jethro Tull, NDLR]. Toute cette histoire m’a beaucoup appris. C’est ce titre-là qui m’a vraiment portée très haut à certains moments. On pourrait en parler des heures de cette chanson. Il y en a aussi deux autres qui me tiennent particulièrement à cœur, ce sont les titres qui durent plus de sept minutes. Il y a « Bitter Complaint » et « Tobis ». En live, on peut se permettre de les jouer 20 minutes. Et pour moi, c’est tellement important d’avoir la liberté à l’heure actuelle de pouvoir exprimer tout son art et de pouvoir aller d’un univers à un autre. Et puis aussi de faire durer les œuvres parce qu’il y a tellement de formatage aujourd’hui… On demande aux artistes de faires des chansons de 3 minutes 30 pour passer en radio et tout ça… Donc, oui, j’ai joué le jeu, j’ai créé des titres de 3:30, et pas du tout à contre cœur, je ne me suis pas forcée. Mais dans le cadre d’un album, j’avais aussi envie d’intégrer mes titres plus longs. Le choix s’est fait sur une soixantaine de titres qui existaient déjà. C’était important de pouvoir dire que j’étais une artiste libre et que j’exprimais un peu ce que je voulais…

Tu as pris un pseudo, Saori Jo. Était-ce dans l’esprit de te créer un personnage ?

Oui. C’est une tradition que je trouve très jolie, cette tradition qu’ont les artistes de se trouver un nom d’emprunt. Je suis vraiment très attachée à ça. Et je trouve que c’est un peu comme dans le théâtre antique où on portait des masques. On a l’occasion de se créer un personnage. Pourquoi s’en priver ?

Propos recueillis par IdolesMag le 12 février 2013.
Photos : Sébastien Moullier
Site web : http://www.saorijo.com/









+ d'interviews
Vidéos




Retrouvez-nous sur Facebook
Retrouvez-nous sur Twitter
Concours
 
Retour en haut