Interview de Audrey Lavergne

Propos recueillis par IdolesMag.com le 04/02/2013.
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Audrey Lavergne © Marcel Nakache

Le troisième album solo d’Audrey Lavergne, « Facing Mirrors », ressort dans une version 2.0 augmentée d’un CD Bonus comprenant quelques titres live, des remixes et des versions alternatives. Nous avons été à la rencontre d’Audrey, qui est actuellement en pleine tournée, pour qu’elle nous explique pourquoi « Facing Mirrors » a pu bénéficier aujourd’hui d’une seconde vie. Nous ne manquerons pas non plus d’évoquer son parcours, elle qui a travaillé avec Catherine Lara, Lone Kent ou encore Francis Lalanne. Rencontre avec une artiste pleine de projets.

IdolesMag : Quand a-t-il commencé à mûrir dans ta tête, ce nouvel album « Facing Mirrors » ?

Audrey Lavergne : Il a mûri dans ma tête il y a un peu plus de deux ans. On venait de faire une tournée avec mes musiciens. On avait tourné l’album « À la folie » et étant donné qu’il y avait un très bon feeling qui passait entre nous, je leur ai demandé s’ils seraient d’accord pour composer un album à cinq, les musiques tout au moins. Ils ont accepté et du coup, il y a à peu près deux ans, on a fait plusieurs séances d’enfermement en studio. On arrivait avec rien et on jouait de la musique. Et c’est comme ça qu’on a composé l’album.

Les compos sont donc venues assez spontanément, dans un esprit collectif.

Tout à fait. Après, je me suis occupée des mélodies et des textes de mon côté.

Tu as donc composé toutes les musiques avec tes musiciens et tu as écrit tes textes toute seule. N’as-tu pas eu envie à un moment donné de poursuivre l’aventure en collectif et écrire les textes à cinq ?

Non. Parce que tout ce qui est texte et mélodie, c’est vraiment ma partie. C’est-à-dire que je ne suis pas instrumentiste. J’ai des parties musicales dans ma tête, mais que je chante aux instrumentistes qui eux les jouent. Par contre, je suis vraiment mélodiste et j’aime écrire mes textes. Le fait de faire ça seule, ce n’est pas quelque chose qui me dérange, bien au contraire. J’aime beaucoup m’enfermer et faire ça seule. Pour toute la partie musicale, j’ai besoin – et je préfère – être accompagnée puisque je considère que la musique ne se fait pas seule. C’est un moment de partage. Mais le reste, c’est ma partie, c’est la partie que je préfère et je préfère être seule.

Audrey Lavergne, Facing Mirrors 2.0Comment fonctionnes-tu pour l’écriture ?

J’écris dans l’urgence. Il n’y a que comme ça que les mots me viennent. C’est-à-dire que quand j’ai une musique ou une mélodie, ça me donne un état d’esprit. C’est cet état d’esprit qui va m’inspirer un thème. Et à ce moment-là, le texte sort dans la journée entièrement. Je ne suis pas quelqu’un qui se promène avec un carnet et qui note des phrases de temps en temps. En général, je pars d’une musique ou d’une mélodie, ça m’inspire quelque chose et le texte vient immédiatement. En tout cas, il faut que je le termine immédiatement, donc, la chanson est écrite tout de suite.

C’est une sorte de fulgurance.

Oui. J’adore écrire dans l’urgence. Je ne sais pas faire autrement. En tout cas pas pour le moment.

Peux-tu m’expliquer en quelques mots le pourquoi du titre, « Facing Mirrors » ?

En fait, c’est assez simple. J’ai toujours beaucoup de mal à l’expliquer, mais c’est assez simple. Les miroirs ce sont les gens. Je pars du principe qu’on est tous le miroir de quelqu’un d’autre. C’est-à-dire qu’on n’est jamais perçu de la même façon par une personne ou une autre. Si tu as dix amis très proches, il n’y en a pas deux qui vont te décrire de la même façon parce qu’on ne renvoit pas la même image selon à qui on a affaire. Et donc, moi, ce que je voulais préserver en appelant cet album comme ça, c’est le fait que chacun puisse avoir sa propre lecture de thèmes qui à la base me sont personnels. Et donc, je l’ai appelé « Facing Mirror » parce que je fais face aux miroirs que sont les gens qui ont écouté ce disque. Et dans la même optique, je leur laisse donc la libre interprétation des titres.

Peux-tu un peu me raconter l’histoire de ce disque qui est sorti une première fois l’année dernière et qui ressort dans sa version 2.0 aujourd’hui, augmentée d’un CD bonus. J’ai envie de dire que tu lui a donné une seconde vie.

Tout à fait. Tu as raison, on peut dire ça. Ce qui s’est passé c’est que l’année dernière au moment où nous l’avons sorti, j’avais la chance d’avoir une grande liberté puisque j’étais produite par un label indépendant. Je pouvais donc vraiment faire les choses à ma guise, ce qui était une grande chance. J’avais voulu faire un album très « roots », c’est-à-dire avec des imperfections. Je voulais, par exemple, faire la pochette moi-même, je voulais que tout soit fait maison. Je ne voulais pas que ça fasse grosse prod. Et puis, au fil du temps, après l’avoir tourné un peu, on a reçu des commentaires et des conseils, et surtout une possibilité de signature puisque qu’aujourd’hui le disque est distribué par Warner. Et là, mon état d’esprit a changé, j’ai voulu qu’il soit plus abouti en termes de production. Quand je dis production, j’entends production musicale. On est donc retournés en studio pour le réarranger. J’ai eu envie d’un quatuor à cordes et de ce genre de choses. On a refait tous les mixes.  On a repassé beaucoup de choses dans des machines analogiques comme dans les années 70. Et là, on s’est vraiment bien amusés en termes de production musicale. La pochette et l’intérieur ont dû être changés aussi puisque du coup ce qui avait été fait l’année dernière était trop « roots » en rapport aux changements qu’on venait de faire. Il y avait un véritable décalage. On pourrait dire qu’on a fait quelque chose de beaucoup plus propre, même si je trouvais l’autre version propre. Disons que cette version 2.0 est beaucoup moins underground. Elle est vraiment plus accessible.

Les deux visuels sont très différents l’un de l’autre. Le premier est nettement plus renfermé.

C’était mon humeur de l’époque. Et comme j’ai eu la chance de pouvoir changer certaines choses après coup, je l’ai fait. Je me suis rendue compte l’année dernière que c’était un peu dommage parce que finalement, je me fermais des portes toute seule. La première version n’avait pas l’air d’être accessible. Et je n’ai qu’une envie, c’est que mes chansons le soient, accessibles. Donc, comme on a pu le faire, j’ai dit « on y retourne ! » (rires) Et on a réarrangé tout ça et on peut vraiment parler de seconde vie. Ce qui est génial, c’est que ceux qui ont la première mouture, vont voir la différence. C’est pourtant la même chanteuse et les mêmes chansons, mais l’approche est différente.

Te souviens-tu dans quelles circonstances tu as écrit « As it comes, Take life », qui fait un peu figure de titre-phare.

Oui… Mais c’est toujours très difficile pour moi d’expliquer mes chansons puisque je ne sais pas l’interprétation que s’en font les gens. Ça veut dire « prends la vie comme elle vient ». À la base, c’est une chanson que j’ai écrite pour mon frère, à une période de sa vie où il rencontrait quelques tumultes. Il se cherchait un peu et j’avais juste envie de lui dire « par moment dans la vie, il nous arrive des choses. On est un peu en désarroi, elles nous déroutent, mais il y a un certain moment auquel il faut arrêter de réfléchir. Et se dire que demain ce sera autrement. Laissons demain venir… » Il y a des évènements dans la vie et des choses qui nous arrivent qui sont peut-être tristes ou graves, mais il faut faire confiance à la vie parce qu’on n’est pas maîtres totalement de ce qui va nous arriver. On n’a pas forcément conscience de tout ce qui nous arrive. Et donc, dans cette chanson, je voulais expliquer ça, qu’il faut parfois se laisser aller et laisser la vie faire.

Audrey Lavergne © E Morand

Qu’est-ce qui t’a poussée à écrire une version française de ce titre. Est-ce simplement pour obéir à la loi des quotas et espérer être plus largement diffusée en radio, ou plutôt une réelle envie d’aller vers ta langue maternelle ?

Nous sommes dans le pays des quotas… Et je pense, qu’étant française, si j’ai envie de découvrir mon public, il faut aller vers eux. Et la seule façon d’aller vers eux, tout au moins au départ puisque je suis au départ, c’était d’adapter la chanson en français. Donc, je l’ai fait pour ça, pour aller à la rencontre des gens. Mais effectivement, je l’ai fait parce que sans ça, je n’aurais pas eu la même chance de diffusion. Et c’est très important d’être diffusé à la radio. Aujourd’hui, pour annoncer aux gens qu’on va aller sur scène, je ne vois pas comment ils peuvent nous découvrir autrement. Donc, une version française du titre s’imposait pour avoir clairement plus de chances d’être diffusée, que les gens me découvrent et qu’ils aient l’envie de venir me voir sur scène.

C’était en tout cas une chouette idée, parce qu’elle sonne particulièrement bien en français.

Merci ! En tout cas, personnellement, j’aime les deux. Et j’ai même parfois l’impression d’avoir affaire à deux chansons différentes. Ce qui est très drôle. Du coup, en concert, j’ai pris l’habitude de demander au public quelle version il voulait entendre. En fonction de leur réponse, je leur fait celle qu’ils ont envie d’entendre. Tout le reste de l’album est en anglais, donc, c’est vrai qu’avoir pour le moment une seule chanson en français à proposer, c’est un peu étrange. Mais finalement, je me rends compte au fil des concerts que la version française passe plutôt bien. Et effectivement, pour les gens, ils retiennent plus le texte. Tout le monde ne parle pas l’anglais, tout le monde ne le comprend pas. C’est aussi une manière d’aller vers eux et une manière qu’eux puissent venir plus facilement vers moi.

Dans l’avenir, écrire plus en français, est-ce quelque chose qui te tente ?

C’est quelque chose que je vais faire. Je vais même commencer très très vite, là parce que je vais peut-être en adapter une deuxième… Mais je ne te dirais pas laquelle… c’est une surprise !! (éclats de rires)

De toutes les chansons qui figurent sur l’album, y en a-t-il une plus qu’une autre pour laquelle tu as de la tendresse ?

C’est très difficile parce que je les aime toutes. Si je devais en retenir une… ce serait « Ruby ». C’est une chanson qui a été créé dans une émotion intense puisque c’est la naissance du premier enfant dans ma famille. Donc pour celle-ci, je voulais vraiment quelque chose de spécial qui fasse berceuse. J’avais même au départ, sur la première mouture de « Facing Mirrors », voulu qu’elle soit en mono. On avait la guitare d’un côté, le piano de l’autre et la voix très sèche au milieu. Je voulais vraiment faire comme si j’avais été au bord d’un berceau avec une guitare et un piano, en train de chanter la chanson. Donc, si je devais en choisir une, ce serait celle-ci.

La version 2.0 comprend un CD bonus avec notamment deux reprises. Une de Prince, « Sometimes it Snow in April » et une de Radiohead « Fake Plastic Trees ». Pourquoi avoir choisi ces deux titres précisément ?

J’ai fait pas mal de reprises pendant les concerts puisque j’aime toujours bien rendre hommage à de magnifiques chansons que j’aurais voulu écrire et que je n’ai pas écrites. Là, puisqu’on le pouvait, on voulait absolument proposer un CD bonus à côté. On trouvait que c’était bien aussi que les gens, sans m’avoir jamais vue sur scène, puissent voir ce que pouvait donner un titre en live. On a donc pris des enregistrements live qu’on avait et on a choisi les titres qu’on trouvait les plus jolis pour les graver sur ce CD bonus. Mais il y en a eu beaucoup d’autres des reprises ! Là, on n’en a mis que deux, mais il y en a au moins une quinzaine.

Audrey Lavergne © E Morand

L’album va sortir en vinyle. C’était quelque chose qui te tenait à cœur, d’avoir un bel objet ?

Oui parce que j’adore l’objet. Et puis j’en écoute beaucoup ! J’ai été bercée par la pop des années 70 de David Bowie. Et les albums de Bowie que j’écoute à la maison sont en vinyle. Donc, oui, j’écoute encore des vinyles. Et pouvoir se permettre en 2013 de sortir un vinyle, j’ai trouvé l’idée fantastique. Il y aura moins de titres naturellement, mais on va faire un joli vinyle…

Viens-tu d’une famille de musiciens, de chanteurs ou plus généralement d’artistes ?

J’ai un oncle artiste. Et c’est la seule personne dans ma famille puisqu’effectivement personne d’autre ne travaille dans un domaine artistique. Mais mon oncle, oui, il était bassiste. Il a été le bassiste de Nino Ferrer notamment. Quand j’étais très jeune, j’étais déjà sûre de ce que je voulais faire dans la vie, à savoir chanter. Et en fait, j’ai démarré avec lui. On reprenait ensemble des chansons qu’on aimait beaucoup jusqu’au jour où j’ai commencé à écrire les miennes. On les jouait ensemble. Cette personne-là m’a confortée dans mon choix de vie.

Que représentait l’écriture d’une chanson à l’époque pour toi ? Un jeu ou plutôt un exutoire ?

Je pense que c’était les deux. Je trouvais ça très amusant et ça me permettait de livrer des choses que je ne livrais pas autrement.

Tu as été la choriste de Francis Lalanne pendant quelques années. Quels souvenirs gardes-tu de cette collaboration ?

Un très bon souvenir. J’ai fait les chœurs en studio sur deux de ses albums, ensuite j’ai fait deux tournées avec lui, en tant que choriste également. J’en garde un très bon souvenir parce que ça me permettait d’être sur scène alors que moi, j’étais dans un moment d’écriture personnel. J’écrivais « Evil for Good », etc… ça me permettait d’avoir les deux. Je ne pouvais pas encore tourner mes propres chansons, donc, je tournais celles de quelqu’un d’autre. Il y avait du public, c’était galvanisant. J’aime autant chanter lead mes propres chansons qu’accompagner des gens et faire leurs chœurs. Encore maintenant d’ailleurs !

Ah oui ?

Oui, oui. Ce sont deux jobs totalement différents, mais j’aime les deux. J’ai également fait les chœurs de Lone Kent qui est signé dans le même label que moi. C’est pareil, je suis partie avec lui en tournée, j’étais sa choriste. À chaque fois, c’est une super aventure.

Audrey Lavergne © Marcel Nakache

Tu as travaillé avec Catherine Lara également. Tu étais la Fée Morgane sur « Graal ».

Oui… ça c’est un projet qui a avorté avant de voir le jour. À cause d’une histoire de signatures qui ne se sont pas faites. Mais on a quand même eu le temps d’enregistrer l’album qu’on devait présenter en comédie musicale sur scène. Comme tu l’as si bien dit, j’ai été la Fée Morgane pendant quelques mois… (rires)

C’est un peu dommage que ça n’ait pas été plus loin ce « Graal », parce que c’était un beau projet.

C’était vraiment indépendant des volontés des artistes. Je pense que le problème venait de choix marketing, de subventions ou de choses comme ça… C’était vraiment très bien écrit et on avait tous envie de le faire puisque ça allait être une expérience fantastique, mais voilà, ça ne s’est pas fait… Il reste un disque quand même et un clip. C’est déjà ça.

Certains de tes morceaux se sont retrouvés sur des bandes originales de films, je pense notamment à « Ni pour ni contre » de Kalpisch. Aimerais-tu écrire pour le cinéma ?

Oh mon dieu, oui ! Le rêve absolu serait la bande originale d’un James Bond (éclats de rires)… puisqu’on connait le succès auquel sont promises les BO de James Bond ! Le thème est fantastique et écrire là-dessus, ce serait fabuleux. En général, en plus, il y a des arrangements de cordes somptueux, et je suis une fanatique des cordes. Donc, oui, ce serait fantastique de faire ça un jour. Sait-on jamais !

Avant de te quitter, j’aimerais qu’on évoque la scène un instant. Tu es en pleine tournée, que représente la scène pour toi ?

C’est douloureux en loges dix minutes avant de monter sur scène, puisque je suis une très très grande traqueuse. Mais alors par contre une fois que j’y suis, c’est le bonheur absolu. C’est… bliss ! Je n’ai plus envie de quitter la scène une fois que j’y suis. Mais je me dis « enfin j’y suis ». L’objet disque, la création de chansons et les figer sur un disque, c’est sympa. Mais mon vrai métier, c’est aller à la rencontre des gens et de faire vivre les chansons. Ce que j’aime beaucoup, c’est avoir des gens différents tous les jours en face de moi et leur transmettre la même chanson mais d’une façon totalement différente chaque fois. La scène, c’est la vraie aventure de ma vie. Donc, oui, c’est ce que je préfère, même si c’est très difficile d’y aller, c’est vraiment ce que j’aime.

Propos recueillis par IdolesMag le 4 février 2013.
Photos : Marcel Nakache et E Morand
-> Site officiel : http://www.audreylavergne.com/

Audrey Lavergne en concert : le 14 février à Reims (51), le 15 à Lille (59), le 22 à Nantes (44), le 15 mars au Havre (76), le 21 à Lyon (69) et le 22 à Nancy (54).









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