Interview de Christian Delagrange

Propos recueillis par IdolesMag.com le 20/12/2012.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Christian Delagrange © Luc Dehon - Idolesmag.com

Quelques jours avant la Saint-Valentin, Christian Delagrange revient avec un nouvel album, « D’Origines Italiennes », dans lequel il reprend, en français, les plus grandes chansons du répertoire italien. Nous évoquerons longuement avec Christian ce nouveau double album qui comprend deux inédits et un best of, et sur lequel l’artiste dévoile une nouvelle facette de sa personnalité. En effet, Christian a décidé de chanter plus en douceur et moins en puissance, il nous expliquera pourquoi. Nous ne manquerons pas non plus d’évoquer la « croisière Christian Delagrange » et les nombreux projets musicaux et humanitaires de l’artiste.

IdolesMag : Comment as-tu choisi les chansons qui figurent sur ce nouvel album ?

Christian Delagrange : D’un commun accord avec mon producteur. Ce sont des chansons que nous aimions bien et que nous avions envie d’amener ailleurs. Ma préférence va sur « Attendre » et « Come », que je chante en italien. J’adore ces deux chansons.

« Come », c’est un inédit.

Effectivement et Véronique Mavros qui m’accompagne dessus chante vraiment très très bien. Elle a une voix exceptionnelle, c’est un régal de l’entendre chanter. Je ne m’en lasse pas.

Christian Delagrange, D'origines italiennesPeux-tu nous la présenter en quelques mots ?

Malheureusement, tu le sais comme moi, quand on est en studio pour enregistrer un album, on n’est pas tous là au même moment. À vrai dire, je ne l’ai même pas rencontrée… (rires) Elle a enregistré sa voix quand je n’étais pas là, mais il est probable qu’on enregistre une télé ensemble. Il paraît qu’elle est toute petite, toute menue. Ça tranche avec sa grande et belle voix.

Qu’est-ce qui est à l’origine de ce projet. D’où vient cette envie d’enregistrer en français ces grands airs italiens ?

Les Italiens font de très très belles mélodies, ils sont champions pour ça ! Je trouvais que ça valait le coup d’essayer de transposer leurs chansons dans la langue de Molière. Au fil des albums et au gré de mes envies, j’explore un peu la musique. Ça me plaît de passer d’un style à un autre. Pourquoi pas pour le prochain album partir à la découverte d’un autre pays et donc d’une autre culture musicale ? Je ne sais pas encore… C’est quelque chose que me tente en tout cas. Et pourquoi pas aussi revenir au Rythm’n’Blues ? C’est tout de même ce qui j’ai chanté en premier quand j’étais jeune et que je chantais dans des groupes. Ce sont mes premières amours. J’aimerais bien retrouver cette énergie et cette musique un jour. Ça pourrait être sympa et amusant !

Ce serait un petit retour aux sources.

Tout à fait. Je l’avais déjà fait un peu à la fin de mon tour de chant au Casino de Paris. J’avais chanté un morceau d’Otis Redding, « Try a little tenderness ».

Chanter les chansons qui figurent sur ce nouvel album dans leur langue originale, l’italien, te tenterait-il ?

(rires) J’aimerais bien… mais il paraît que j’ai un furieux accent américain quand je chante en italien !! (éclats de rires) Donc… je ne pense pas que ce soit à l’ordre du jour. Mais pourquoi pas sur scène chanter l’un ou autre morceau en italien ? Ça, c’est possible…

As-tu enregistré beaucoup de chansons italiennes durant toute ta carrière ?

Quelques-unes. La toute première, ce doit être « Tendre Cathy ». Et il y en a eu quelques autres après.

J’imagine que tu as déjà été chanter en Italie…

Oui ! Je me souviens très bien d’être allé enregistrer deux télés à Milan. Mais tu sais, je ne parle pas très couramment l’Italien… même pas couramment du tout ! (rires) C’est une langue qui me plaît pourtant beaucoup parce qu’elle est très chantante, mais pour faire une carrière dans un pays, il faut en maîtriser la langue un minimum…

Christian Delagrange © Luc Dehon - Idolesmag.com

À l’époque, les chanteurs français étaient très en vogue là-bas.

Effectivement.

As-tu une anecdote à me raconter de ces plateaux télé que tu as enregistrée à Milan ?

Je me souviens qu’on me parlait beaucoup… et que je ne comprenais pas la moindre chose ! Je me contentais d’essayer de comprendre les gestes qu’on me faisait (rires) Et ça m’aidait beaucoup l’air de rien parce que les Italiens parlent beaucoup avec leurs mains, donc, ça me montrait déjà si c’était une question gaie et enjouée ou une question sérieuse. Ça m’aidait un tout petit peu à déchiffrer ce qu’on me racontait. Mais franchement, j’avais énormément de mal parce que je ne comprenais rien du tout. Je me contentais de sourire et d’acquiescer… On m’aurait dit les pires choses, j’aurais pu sourire bêtement en disant  « grazie »… (éclats de rires)

Sur ce nouvel album, tu chantes beaucoup moins en puissance, tu es beaucoup plus sur la retenue et le souffle.

Oui. À vrai dire, je n’ai plus envie de chanter fort. Chanter fort, je sais le faire. Avoir de la voix, je crois que je l’ai prouvé depuis quelques années maintenant. Sur scène encore, je chante en puissance. Mais le côté intimiste dans l’interprétation me plaît de plus en plus. Je pense qu’on fait passer plus facilement des sentiments et des émotions par la douceur. Il faut évoluer dans la vie. Chanter plus en douceur me permet de m’ouvrir beaucoup plus quand je suis en studio. Ça me permet d’être quelque part probablement plus sincère dans mon interprétation et les sentiments que je veux transmettre. Quand tu ne mets pas toute la gomme, tu te mets beaucoup plus à nu. Tu mets ton âme à nu. Tu te découvres aussi quelque part. Ce n’est pas forcément évident, il faut mettre un peu sa pudeur de côté, parce que les gens qui sont autour de toi en studio ne sont pas forcément des gens qui comprennent ce que tu ressens. Heureusement, mon producteur Gérard Tempesti, lui, il comprend très bien tout ça. Mais l’ingé son et les techniciens qui passent ne comprennent pas toujours très bien ce qu’il se passe… ce n’est pas facile de se mettre à nu. On livre ce qu’on a de plus secret dans notre âme, et ce n’est pas évident…

Ça fait plus de quarante ans que tu passes ta vie dans les studios. Tu y as donc pris certaines habitudes. Te retrouver aujourd’hui à chanter différemment, j’imagine que ça bouscule tous tes repères…

Pas forcément. Parce que, tu sais, à chaque chanson, c’est une nouvelle expérience. À chaque fois, tu redécouvres des choses. Ce qui est récurrent par contre depuis toujours, c’est que chaque fois que je rentre en studio, je me dis que je ne sais pas chanter. J’arrive, j’écoute ce qu’on me propose et ce qu’on me conseille, et puis je me lance. Je ne suis pas quelqu’un qui arrive en disant de but en blanc : « ça c’est bien. Je vais le faire comme ça et pas autrement ! » J’aime bien me laisser conseiller. J’ai énormément souffert toute ma vie quand je faisais un spectacle, que je demandais aux gens ce qu’ils en pensaient et qu’ils me répondaient « c’est super ! ». Ce n’est pas ce que je voulais entendre. Même si ça fait plaisir sur le moment. Ce que j’ai toujours eu envie d’entendre, c’est ce qui n’allait pas trop bien, pour pouvoir le corriger la prochaine fois et m’améliorer. Je suis toujours à la recherche d’une avancée sur la perfection, en sachant très bien que personne ne l’atteint jamais. Mais on peut essayer de s’en rapprocher… et de faire mieux. C’est pour ça que je trouve intéressant de se découvrir et d’explorer de nouveaux domaines. Ça permet de ne pas se lasser et de garder l’envie de chanter. On a toujours envie d’aller vers autre chose. Là, je vais t’avouer que j’ai plein de projets en tête… Mais le problème est toujours le même, il faut que ça séduise la maison de disques et les producteurs qui vont investir là-dessus. Ce n’est pas parce que j’y crois très fort que ça va cartonner. Nul n’est infaillible. C’est toujours intéressant de comparer nos idées et nos points de vue avec les autres. Si tu savais ce que j’ai envie de faire, tu serais bien étonné… Mais on en reparlera lors d’une prochaine interview. (rires)

Christian Delagrange © Luc Dehon - Idolesmag.com

Avec ce nouveau répertoire, on se dit qu’un spectacle piano-voix serait approprié. Est-ce dans l’air du temps ?

Oui. Ce serait vachement bien. J’ai depuis quelques temps cette idée de spectacle acoustique avec une guitare sèche, un piano et une choriste. Les deux musiciens assureraient les chœurs aussi, ça ferait donc trois chœurs. Ce serait vachement bien aussi ça… C’est un truc qui me plairait beaucoup. Le contexte dans lequel je pars pour le moment, des chansons beaucoup plus soft et beaucoup plus douces et intimistes, s’inscrit dans cette optique. Ce serait très intéressant.

Ça changerait en tout cas du tout au tout des spectacles que tu fais depuis dans années.

Effectivement, c’est vraiment ce que j’ai envie de faire aujourd’hui. Je ne sais pas si c’est l’âge qui fait ça… mais je crois qu’avec le temps, j’ai envie de choses plus intimistes, plus douces, plus sentimentales… Je ne renie pas non plus les chansons à voix. C’est bien de temps en temps que la voix s’emballe un peu, mais je n’ai plus envie de n’aller que dans ce registre. Je trouve aujourd’hui, de mon point de vue, que c’est moins intéressant de chanter tout le temps en force. J’ai envie de prendre d’autres chemins. La force permet moins d’emmener le public vers les sentiments que tu as au plus profond de toi. Et les sentiments que tu as au plus profond, ce sont souvent les plus touchants…

Cet album contient tout de même un ovni : une version dance de « Come Prima ». Elle casse un peu l’ambiance générale du disque, je trouve. Mais ce n’est qu’un avis personnel.

Je comprends ce que tu dis… Elle ne fait pas partie de mes préférées non plus.

Christian Delagrange © Luc Dehon - Idolesmag.com

Elle aurait peut-être mieux trouvé sa place en fin de disque, en bonus track, comme un petit délire que tu te serais fait…

(rires) En parlant de délire, je m’en suis tapé un petit avec Gloria Lasso !

Oui, sur le duo virtuel. (« Volare »)

C’est une voix qu’elle avait enregistrée à l’époque bien sûr. C’est un petit délire qu’on s’est tapé et je dois dire que pour le coup, ça m’a bien fait marrer ! Les phrases de la version française sont tellement bateau que j’ai beaucoup rigolé quand j’ai chanté la chanson. C’était un clin d’œil de chanter avec Gloria Lasso et Gérard Ferrer.

À l’époque, faisait-elle partie de ton cercle d’amis ?

Je l’ai côtoyée, mais pas intimement. Nous nous connaissions. J’ai toujours suivi avec beaucoup d’amusement ses frasques amoureuses… Mais elle a eu raison, on ne vit qu’une fois et il faut en profiter. Je vais même te dire… Le fils d’un de mes copains s’est marié avec elle ! (rires) J’ai encore une autre anecdote, plus immobilière cette fois-ci ! Je l’ai rencontrée lorsqu’elle était venue visiter la maison que je laissais pour en prendre possession. C’était amusant parce qu’on se croisait sur les plateaux, et là, on s’était croisés dans la vie, dans un contexte tout autre.

Comment sont arrivés les deux inédits, « Come » et « Savoir si tu m’aimes » ?

C’est Gérard Tempesti qui les a écrits. Quand je les ai entendus, j’ai tout de suite eu un coup de cœur.

Deux inédits, c’est bien. Plus, ce serait mieux… À quand un nouvel album de chansons originales ?

Là, c’est un peu compliqué. On est face à une crise du disque sans précédent. Ça ne se vend plus. Ce n’est pas de mon domaine, mais je sais que les maisons de disques ont très peur de sortir un album composé uniquement de chansons originales. À chaque fois que je dis que ce serait bien de faire ci ou ça, on me donne les sorties caisses de tel ou tel autre chanteur qui a voulu sortir des chansons originales. Donc, ils préfèrent mettre des chansons que le public connait, ça se vend mieux. Je pense que tant que la crise du disque n’aura pas trouvé d’issue, la plupart des chanteurs vont être condamnés à faire des reprises… Les maisons de disques savent que ça, ça se vend, donc, elles ont peur d’aller sur d’autres terrains.

C’est clair. Mais aujourd’hui, on chante les chansons qui étaient inédites il y a quelques années. Dans dix ans, on chantera quoi ?

Je le sais… Il faudra de toute façon rechanter des titres inédits. J’espère qu’à ce moment-là, on sera sortis de cette spirale infernale. On vit une drôle de période. C’est difficile, les ventes sont très basses pour tout le monde. Quand tu vois que dans les années 70, on vendait facilement un million de singles et 500 000 albums. Aujourd’hui, quand on vend un album à 15 000 exemplaires, je ne vais pas dire que tout le monde saute de joie, mais presque… C’est affolant ! Tu sais, j’ai peur qu’on arrive à un tel point que l’album ne devienne qu’un support promotionnel et soit offert au téléchargement juste pour que les gens viennent assister au spectacle. J’ai un peu peur qu’on en arrive là. Aujourd’hui, le seul moyen de gagner sa vie, c’est de donner des concerts. Les prix des places sont d’ailleurs de plus en plus élevés…  Moi, j’essaye de garder des prix de places corrects et je soigne mon public. Après le spectacle, je prends toujours le temps d’aller les voir et de discuter un peu avec eux. C’est important pour le public de discuter avec les artistes, on ne s’en rend pas toujours compte.

Christian Delagrange © Luc Dehon - Idolesmag.com

Tu as organisé en 2012 une « Croisière Christian Delagrange ». Raconte-moi un peu comment ça s’est passé… Bien, je suppose puisque tu remets ça en 2013 !

C’était merveilleux ! Beaucoup de gens ont répondu à l’appel. C’était la première croisière que j’organisais. Je crois que les gens ont apprécié que le bateau soit à échelle humaine. C’est tout de même un bateau de 900 places, mais on est loin des bateaux de 4000 places. Ça nous a permis d’avoir un contact permanent et quotidien, et surtout le soir. Nous mangions tous les soirs tous ensemble dans le même coin du bateau, mais surtout, tous les soirs, on avait notre apéro dans un lieu qui nous était réservé. C’était très chouette. La journée, on se croisait sans arrêt. Il n’y a qu’un pont, donc, tout le monde s’y retrouve à toute heure du jour. L’échange qu’on a pu avoir avec le public était très amical et très intéressant. Je pense que les gens ont été très très contents. On s’est pris des crises de rire, je ne te raconte pas ! On est parfois partis dans des délires… Ouh la la !! Il faut aller regarder le diaporama sur mon site, les gens se rendront compte de l’ambiance. Et puis, il y a aussi un autre point qui n’est pas négligeable, c’est que le forfait inclut tout, même les apéros et tout ça. Les gens n’ont pas à ressortir de l’argent quand ils arrivent. Ils ne sortent la carte bancaire que pour les extras : le coiffeur, un massage ou des trucs comme ça… mais sinon, tout est inclus dans le prix. Ça m’a donc fortement donné envie d’en faire une deuxième. Et mon petit doigt me dit que ce ne sera pas la dernière ! On continue donc sur la même formule.

Pour terminer cette interview, j’aimerais qu’on évoque rapidement ce qui, outre la sortie de « D’origines Italiennes », va se passer dans les prochains mois, d’un point de vue artistique et d’un point de vue humanitaire.

Dans les prochains mois, je vais être très occupé avec la promotion de l’album. Quelques télés sont prévues, c’est une bonne chose. Côté spectacles, pas mal de dates sont déjà bookées, l’agenda se remplit bien. Ensuite, AHI et AAHI grandissent bien comme tu le sais. Donc, j’ai beaucoup de voyages prévus dans différents pays. Et notamment, on va retourner sur un orphelinat à Bali en Indonésie. On  va le restructurer. Ça fait beaucoup de choses en perspective et j’en suis vraiment heureux.

Tu me parles de voyages… Quel est ton plus beau souvenir de l’Italie ?

Elle s’appelait Pasqualina ! (éclats de rire)

Propos recueillis par IdolesMag le 20 décembre 2012.
Photos : Luc Dehon / IdolesMag.com

-> Site officiel : http://www.christiandelagrange.com/









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