Interview de Jil is Lucky

Propos recueillis par IdolesMag.com le 14/01/2013.
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Jil is Lucky © Sylvain Gripoix

Après un premier album qui a cartonné et une tournée de plus de 250 dates, « Jil is Lucky » est de retour avec un deuxième album enthousiasmant à plus d’un titre, « In the Tiger’s Bed » ! Nettement plus pop et plus électro que le premier, ce nouvel opus explore une période de la vie de Jil pas des plus folichonnes. Il nous expliquera pourquoi il a voulu remuer ce passé, suite à une rencontre pour le moins surprenante avec un tigre… Il part sur les routes pour une nouvelle tournée dès le mois de février. La date prévue à la Maroquinerie étant d’ores et déjà complète, Jil is Lucky nous donne rendez-vous au Trabendo (paris 19ème) le 16 mai prochain. Rencontre avec un artiste qui a réussi, avec beaucoup d’intelligence, à habiller ses mots et ses maux de lumière et de flamboyance.

Idolesmag : Dans quel état d’esprit es-tu avec la sortie de ce deuxième album ?

Jil : J’ai le trac… J’ai hâte que ça sorte parce que c’est un album qui m’a demandé énormément de travail, que ce soit pour la composition, l’enregistrement, l’arrangement ou la réalisation. Maintenant, il faut préparer le live. C’est énormément de boulot et d’investissement. Cet album, c’est quelque chose de très intime et très fort. Et je suis vraiment très excité de pouvoir enfin le présenter.

Quand cet album a-t-il réellement commencé à prendre forme dans ta tête ?

Je pense qu’il a commencé à prendre forme directement pendant la tournée qui a suivi la sortie du premier album. J’ai commencé à avoir de nouvelles chansons et avec le groupe, on commençait à trouver un son qui nous excitait beaucoup, plus électro, plus synthétique, plus pop. Et puis après, j’ai fait un voyage un peu initiatique. Je suis parti en Inde un petit moment. Là-bas, j’ai commencé à y voir plus clair pour la suite…

Jil is Lucky, In the Tiger’s BedEt là, en Inde, tu as fait une rencontre pour le moins impressionnante… Tu t’es retrouvé nez à nez avec un tigre !

(rires) Oui ! C’était terrible. C’était un moment terriblement effrayant. J’ai eu extrêmement peur. On s’est perdus dans la jungle et on s’est retrouvés face à face avec ce tigre qui grognait. Je suis resté planté sur un arbre et je me suis vraiment vu mourir. J’étais avec deux amis et on a vraiment cru qu’on allait se faire bouffer. C’était terrible. Et puis, finalement, on s’en est sorti. Mais cette image d’être allé dans le lit du tigre est restée. Le tigre représentait un peu le monstre. Je me suis retrouvé face à face avec un monstre. Ça m’a beaucoup inspiré après…

On voit la vie différemment après une telle rencontre…

Oui, on voit la vie différemment et puis, on voit son passé aussi différemment. Avant de pouvoir me sentir libre, de pouvoir créer de manière sereine, de comprendre que c’était ça qu’il fallait que je fasse et rien d’autre, je suis passé par une période qui a été assez dure à vivre. Je me suis retrouvé seul face à moi-même avant de pouvoir libérer cette part obscure et de pouvoir la purger par la création. Et du coup, c’est toute cette histoire que je raconte par l’allégorie du tigre. Le tigre représente la part obscure qui est en moi. Il faut apprendre à non pas la rejeter, mais à vivre avec pour pouvoir créer librement et pour pouvoir aussi vivre plus librement et de manière plus sereine. J’ai dû apprivoiser ce monstre-là. C’est toute cette histoire de ma vie que je raconte et c’est pour ça que le titre de l’album, c’est « In the Tiger’s Bed ».

Ça n’a pas été trop difficile de remuer ces moments qui appartiennent au passé et de te mettre à nu ?

C’est clair que je me mets beaucoup plus à nu que dans le premier album… celui-ci est beaucoup plus intime. Et en même temps, je n’ai rien voulu faire de grossier ou de vraiment voyeur. J’ai juste décrit des scènes et j’ai créé des tableaux musicaux de ce que pouvait être pour moi une insomnie, de ce que pouvait représenter pour moi une boîte de somnifères,… Il y a une chanson qui s’appelle « Dead Star », où j’explique que j’ai eu l’impression à un moment donné dans ma vie d’être en satellite autour de ma propre vie, de tourner comme une étoile morte et noire. J’ai écrit des tableaux, j’ai peint plusieurs tableaux musicaux de cette période de ma vie qui a été extrêmement forte et inspirante finalement. En tout cas, j’ai dépeint ce que j’ai cru comprendre…

D’aller puiser au plus profond de toi, est-ce cette rencontre avec le tigre qui l’a déclenchée ou bien le processus était-il déjà en marche depuis un certain temps ?

Je pense que c’était un processus sur lequel j’arrivais puisque je suis sorti de cette période-là en voyageant, en faisant le premier album et en partant en tournée. C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à me sentir beaucoup mieux. Ce processus, même si je n’avais pas réussi à en parler dans le premier album, parce que c’était encore trop frais, était en marche. Je me détachais de tout ça. J’étais en train de comprendre ce qui m’était arrivé, le blackout par lequel j’étais passé. Et quand je me suis retrouvé nez à nez avec le tigre, ça a été une révélation. J’ai pu me détacher de l’histoire en posant une image sur ce mal-être, en l’occurrence, ce masque de tigre. Ce masque de tigre qui, sur la pochette, est sur ma tête comme s’il me mangeait. Et je sors de la tête du tigre en chantant quelque chose ou en criant. C’est l’idée de la pochette de l’album…

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’un dessin, justement, comme visuel de l’album ?

En fait, c’est un artiste qui s’appelle Pierre Thyss qui a dessiné la pochette. Il a travaillé énormément sur le clip aussi. J’adore le travail qu’il fait. C’est quelque chose qui me touche beaucoup. Pierre, c’est quelqu’un de ma génération qui est extrêmement talentueux. On a discuté ensemble justement de toutes ces histoires-là. Je ne lui ai donné aucun brief, mais je lui ai expliqué que l’album allait s’appeler « In the Tiger’s Bed ». Et je lui ai dit de regarder ce que ça lui inspirait. Le premier jet, ça a été la pochette. J’ai tout de suite adoré. C’était d’enfer.

Peux-tu me dire un mot sur ce clip « Stand all night » ?

J’explique dans cette chanson que je ne peux pas rester bloqué dans la nuit et qu’il faut que je bouge, que je ne peux pas rester au même endroit toute la nuit. Il y a aussi une histoire d’amour là-dedans. De rupture, plutôt… Donc, l’idée, c’est que c’est un clip dans lequel je tournoie dans la nuit. Je passe à chaque fois par des portes pour essayer de sortir de la nuit. Mais à chaque fois, la porte m’amène sans cesse au même endroit. Il se passe plein de choses autour. Les portes déforment ma vision, déforment la vision des choses, déforment la vision de la nuit… Il y a vraiment plein de choses qui se passent. L’idée, c’est ça, le fait de tournoyer dans la nuit.

Poser des images sur ta musique, est-ce une partie de la création qui t’intéresse ?

C’est quelque chose qui m’intéresse vraiment, puisque j’ai travaillé avec les mêmes personnes que celles qui ont bossé sur la pochette. Pour moi, c’est important de garder une marque de fabrique visuelle et artistique. C’est quelque chose que je trouve extrêmement intéressant. Je m’intéresse beaucoup à la vidéo et à la photo. Donc, pour moi, associer ma musique, qui est très picturale, avec de la vidéo, c’est quelque chose que j’aime beaucoup et qui m’intéresse énormément.

Jil is Lucky © Sylvain Gripoix

As-tu pu commencer à créer pendant l’effervescence de la tournée, ou bien a-t-il fallu que tu te poses ?

Pendant la tournée, j’avais des bribes de chansons qui venaient, mais comme tu le dis, avec l’effervescence, je n’avais pas le temps de me poser dessus. J’ai besoin de solitude pour pouvoir écrire parce que l’essentiel de mon travail est mélodique. Pour que je sois content d’une chanson, il faut qu’elle soit très marquée, très forte, et pour ça, il faut que je me retrouve seul. J’ai donc commencé à avoir des bribes à la fin de la tournée, mais j’ai vraiment voulu après la tournée, prendre le temps, et ça a mis des mois et des mois, pour me retrouver avec moi-même et composer cet album-là.

Les dix chansons sont donc dix chansons complètement nouvelles. Tu n’as pas été chercher dans les tiroirs.

Ah non ! Pas du tout ! C’est du 100% neuf.

Quand on écoute les deux albums, la différence de son est flagrante. Le premier est plus acoustique et folk, le deuxième, carrément pop et électro. Voulais-tu dès le départ aller vers ces nouvelles sonorités ou bien s’est-ce dessiné avec le temps ?

C’est un album qui est plus intime, donc naturellement, je suis plus allé vers la pop. Je pense que le premier album est un album qui est culturel, dans le sens où j’ai fait la musique que j’ai apprise de par ma culture. C’est une musique que j’ai découverte quand je me suis intéressé à la musique des années 60/70, la pop du voyage, la musique folk, etc… Et ce second album est plus instinctif. Il est composé de ce qui m’a fabriqué moi, de ce que j’ai écouté moi. J’étais tout jeune ado, je devais avoir douze ans quand le premier album de Daft Punk est sorti. Qu’est-ce que je dis ? J’avais dix ans ou neuf ans… (rires) J’ai eu ça dans mon discman pendant des années non-stop. J’étais fou de ça. La musique hip hop, électro et R’n’B, c’est ce que j’ai écouté toute ma jeunesse. Donc, nécessairement, cet album-là revenait à mes premières amours, la pop et l’électro.

Tu l’as enregistré entre Paris et Los Angeles, où tu as travaillé avec Jason Lader (Maroon 5, Julian Casablancas, Elvis Costello…). Qu’est-ce qui t’a donné envie de travailler avec lui ?

C’était vraiment avec lui que j’avais envie de travailler. Il a fait de nombreux disques que j’adore, et notamment celui de Julian Casablancas, enfin plein de choses qui sont emblématiques. Il est assez jeune et j’avais vraiment envie de travailler avec lui. On l’a contacté. Il a écouté et il a aimé ce qu’on lui a proposé. Quand il a dit qu’il était OK pour faire la réalisation de l’album, il a fallu qu’on aille à Los Angeles puisqu’il avait son studio et son matos là-bas. Pour nous, c’était aussi une manière de s’imprégner d’un son particulier. Il y a un son là-bas qu’on n’a pas ici.

Ton frère, Bensé, a coréalisé l’album. Était-ce important à tes yeux d’avoir son regard de grand-frère ?

Oui, c’était important parce que dans les premières étapes, quand les chansons étaient encore toutes fraîches, c’est avec lui qu’on a défriché le terrain. Je lui ai expliqué ce que je voyais. Du coup, on a vraiment commencé à mettre les premières couches de couleur sur les chansons. C’est avec lui qu’on a ouvert la voie de cet album. Je savais que j’étais en confiance avec lui et qu’il a une inspiration sans limite. Du coup, c’était fantastique de pouvoir travailler comme ça…

Jil is Lucky © Sylvain Gripoix

Y a-t-il un titre pour lequel tu as un peu plus de tendresse qu’un autre ? Quand je dis tendresse, je ne pense pas forcément à ce que tu évoques dedans, mais plutôt les conditions de sa création ou d’enregistrement…

Oui… C’est la chanson qui ouvre l’album, « Insomnia ». Ce titre-là, c’est le titre pour lequel j’ai le plus de tendresse parce que c’est un titre que j’ai écrit en pleine nuit, d’un trait. Tout m’est venu avec un naturel ahurissant. C’était vraiment pour le coup de la vraie fulgurance et c’est sans aucun doute la chanson que je préfère de toutes celles que j’ai écrites.

À quel âge as-tu commencé à écrire des chansons ?

J’ai commencé à écrire des chansons très jeune. Je devais avoir 13 ou 14 ans. Et puis, j’ai mis ça de côté. J’ai continué la musique, mais de manière différente. J’ai arrêté un peu de composer. Après, j’ai fait une classe préparatoire littéraire et j’ai continué mes études. C’est à ce moment-là que j’ai eu ce blackout et toute cette période un peu sombre que je raconte dans cet album. C’est là que je suis revenu à la composition et que je me suis dit qu’il fallait que j’écrive et qu’il fallait que tout sorte, à tout prix. C’est à ce moment-là que j’ai écrit le premier album de « Jil is lucky ».

Tu es peintre et sculpteur à la base. Qu’est-ce que la musique t’a apporté de plus ?

L’immédiateté, je pense. Contrairement à la peinture ou la sculpture, il y a quelque chose de plus profane dans la musique qui fait que quand on écoute une chanson, il y a quelque chose d’indicible et d’immédiat. Le fait que ce ne soit pas visuel, qu’on ne soit pas en train de se poser des questions sur ce qu’on regarde, qu’on puisse apprécier cet art les yeux fermé, c’est quelque chose qui m’apporte énormément. Avec la musique, j’ai trouvé une liberté nouvelle sans pour autant préférer la musique à la peinture ou la sculpture. Mais c’est une liberté nouvelle. C’est une manière de pénétrer l’âme qui est différente.

Il y a une grosse tournée qui débute au mois de février. Quelle formation vas-tu avoir ?

C’est la même formation que sur la première tournée, mais avec un musicien en plus. Là, on va être six sur scène, avec beaucoup de claviers, toujours un violoncelle, guitare, basse, batterie et moi-même. Tout le monde chante. Là, il va y avoir une voix en plus. Donc, beaucoup plus de chœurs. J’ai pris un musicien en plus pour avoir, justement plus de facilité à refléter l’album très produit qu’on vient de faire. Pour l’instant, l’album est très frais, donc, la scène va ressembler énormément à l’album dans l’idée du son, en tout cas. Après, bien évidemment, les morceaux vont être retravaillés parce que quand je vais voir un concert, j’aime bien quand les morceaux ont été retravaillés pour la scène. Sinon, ça n’apporte rien, je préfère écouter l’album. Donc, oui, les morceaux seront retravaillés, mais l’idée du son se rapprochera de celui de l’album.

Que représente la scène finalement pour toi ?

C’est vraiment la cerise sur le gâteau parce que j’adore ça. J’adore monter sur scène. J’ai énormément de trac, mais une fois que j’y suis, je suis vraiment heureux. La scène, c’est l’essence-même du boulot de chanteur. Le plus important, c’est le contact avec son public. Sinon, on ne fait pas d’album et on reste dans sa chambre. Moi ce que j’aime c’est aller à la rencontre des gens, pouvoir parler avec eux. Il m’arrive pendant le set de m’arrêter pendant cinq ou dix minutes et de descendre dans la salle pour jouer des chansons et chanter avec le public. La scène, c’est un exercice complètement différent mais qui me passionne.

Jil is Lucky © Sylvain Gripoix

C’est encore un peu tôt, mais es-tu déjà reparti sur de nouvelles chansons ?

Eh bien… oui. Je compose sans arrêt, donc, j’ai déjà quelques nouvelles chansons, une nouvelle fois dans un univers complétement différent. Et peut-être que l’album qui suivra sera encore différent de ce que je suis en train de faire en ce moment… Je ne sais pas. Mais pour l’instant, je n’arrête pas d’écrire des chansons.

Quand tu dis que tu composes beaucoup, ça veut dire que tu laisses de côté pas mal de morceaux, que tu les jettes ?

Ce n’est pas que je jette parce que généralement les chansons, je les garde. Quand je vais au bout d’une chanson, c’est qu’elle me plaît. Après, je les joue sur scène, mais je ne les mets pas forcément sur un album. Pour les figer sur un objet comme le disque, je fais un tri qui va correspondre à une homogénéité.

Propos recueillis par IdolesMag le 14 janvier 2013.

Jil is Lucky repart sur les routes dès le mois de février, dans une formation à 6, afin de reproduire au mieux les couleurs musicales de ce nouvel album, et elles sont flamboyantes. Les 6 gaillards seront entre autres le 1er février à Amiens (80), le 6 à La Maroquinerie (Paris 20ème – COMPLET), le 9 à Bourgoin-Jallieu (38), le 21 à Neufchâtel (CH), le 22 à Genève (CH), le 23 à Bulle (CH), le 8 mars à Nice (06), le 13 à Toulouse (31), le 14 à Limoges (87), le 15 à Nantes (44), le 16 à Saint-Lô (50), le 19 à Bruxelles (BE), le 20 à Strasbourg (68), le 23 à Dunkerque (59), le 24 à Roubaix (59), le 26 à Lyon (69), le 27 à Nancy (54), le 28 à Annecy (74), le 29 à Marseille (13), le 30 à Montpellier (34), le 10 avril à Rennes (35), le 12 à Aulnay-sous-Bois (93), le 13 à Chelles (77), le 18 à Bordeaux (33) et le 16 mai de retour à Paris, au Trabendo (Paris 19ème).









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