Interview de Christian Delagrange

Propos recueillis par IdolesMag.com le 01/04/2010.
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Christian Delagrange © photo DR

Christian Delagrange, l'inoubliable interprète de « Rosetta » et « Tendre Cathy » nous a accordé une interview que l'on peut qualifier d'interview-fleuve! Nous reviendrons bien entendu avec Christian sur sa carrière de chanteur romantique, lui qui se destinait plutôt au rock!... Et sur ses rapports avec Mike Brant. Il nous parlera aussi de ses nombreux projets artistiques, dont son nouvel album qui verra le jour au mois d'octobre prochain, et son duo avec sa filleule, la chanteuse Canadienne Maggy Roberts. Nous évoquerons aussi une autre facette de Christian : celui qui, dans l'ombre, se met au service des autres : Christian a sa propre ONG, Assistance Humanitaire Internationale. Christian répond à nos questions sans langue de bois, et c'est ce qu'on aime chez lui! Rencontre avec une idole...

IdolesMag : Vous avez passé les premières années de votre vie au Maroc. Que vous reste-t-il de votre petite enfance ?

Christian Delagrange : Beaucoup de chaleur! Et aussi une très bonne cuisine! Le goût des épices avec l'arc-en-ciel que çà dégage... C'est une des capacités que j'ai, de savoir l'épice qui manque dans un plat pour que ce soit parfaitement blanc. Comme quand il manque une couleur dans l'arc-en-ciel pour former le blanc de cet arc en ciel... C'est un pays qui m'a beaucoup marqué. D'autant plus que je suis resté pas mal d'années sans pouvoir y retourner quand j'étais môme. A l'adolescence aussi çà m'a manqué.

Christian Delagrange © photo DR

Ensuite, vous suivez vos parents qui reviennent s'installer en France. Comment vivez-vous ce changement ?

C'est un changement énorme... surtout climatique! Çà a été tellement brutal... Après quelques temps passés chez mes grands-parents dans la Marne, je me suis rapidement retrouvé sur Grenoble avec mes parents. Me retrouver à 16h dans le froid, entouré de  montagnes... Ce n'était pas mon truc ! J'ai un rejet de la montagne et de la neige assez fort en moi...

Et le changement de mentalité, çà ne vous a pas dérangé ?

Non, pas du tout. Quand on est môme, on s'adapte à tout, c'est le grand avantage.
Ce déménagement m'a même donné le goût de découvrir les autres. Je crois que c'est là où j'ai pris conscience qu'on était tous différents et qu'on pouvait tous s'enrichir de cette différence...

Qui écoutez-vous à cette époque? Aviez-vous des idoles ?

Oh oui ! Je m'en souviens parfaitement bien... Je suis rentré du Maroc juste avant les années 60. C'était la fin d’une période qu’allait détrôner le Rock'n'Roll. Mes idoles étaient...  Charles Trenet, que j'aimais beaucoup, mes parents me l'avaient fait connaître, Yves Montand, et aussi un groupe que j'aimais énormément : les Compagnons de la chanson. A l'époque j'étais soliste dans une chorale, et je m'étais juré un jour de piquer la place de Fred Mella! (rires) C'est marrant, quelques années après, je me suis retrouvé en spectacle avec eux et je l'ai dit à Fred ! C'était un petit clin d'œil très affectueux.

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Quand et comment est née votre passion pour la musique ?

Çà a commencé dans une école, l'école de l'Aigle à Grenoble. A l'époque, ce n'était pas comme aujourd'hui, on n'avait pas école le jeudi... On m'a donc amené le jeudi matin à la chorale ! Je n'avais absolument pas envie d'y aller parce que j'avais déjà un petit sentiment de flemmardise en moi. J'aimais bien faire la grasse mat' ! Être à 9h à la chorale, ce n'était pas du tout mon truc ! (rires) Le Frère Pacifique qui s'occupait de la chorale m'a dit de venir m'asseoir et de choisir entre chanter et faire mes devoirs. Alors, j'ai choisi la chorale, mais sincèrement, à reculons. Je suis arrivé en pleine répétition générale. Il y avait au moins 200 gosses dans cette chorale. Il y avait donc les sopranos, les altos, les ténors et les basses... On m'a alors donné la partition avec les paroles de la partie soprano (je n'avais pas encore mué à cette époque-là). J'ai donc chanté « Le Vigneron monte sa vigne, où es-tu vigneron... », une chanson déjà vieillotte pour l'époque. Les autres chantaient une autre mélodie... Je me disais que c'était bien le même texte, mais pour moi, ce n'était pas la même chanson ! Ensuite, il nous a tous fait chanter ensemble, et là, je me suis dit « Waouw! C'est un magicien ce mec-là! ». Je trouvais çà si beau... Je venais de découvrir l'harmonisation! Il avait un bout de roseau en guise de baguette de chef d'orchestre. Je me souviens, à l'époque, j'avais pas mal économisé pour me payer une lampe torche, un cadeau sublime... Mais j'ai cassé ma tirelire et je suis allé acheter une vraie baguette de chef d'orchestre ! C'est parti comme çà, en fait...
Cet homme, ce Frère Pacifique, je l'ai toujours gardé très affectueusement à mes côtés. Nous nous sommes revus régulièrement jusqu'à son décès. Il était retourné en Suisse. Et je pense qu'il était très très fier de moi... Il était heureux d'avoir emmené un élève à devenir chanteur de métier !

Après, vous jouez dans des groupes...

Après, bien entendu, le Rock'n'roll est arrivé ! Evidemment, « Le Vigneron », çà faisait très démodé ! (rires) Je suis parti en courant dans un groupe de rock que nous avions monté avec des copains du quartier. Deux d'entres eux sont d'ailleurs devenus des musiciens de jazz par la suite. On a fabriqué nous-mêmes nos guitares avec les moyens du bord. Après, je suis rentré dans un orchestre un peu plus recherché, puis un meilleur encore, puis encore un meilleur...

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Et il vous arrive quelque chose d'assez extraordinaire, vous assurez la première partie des Beatles à Lyon !

Oui, juste avant de quitter Grenoble, on a eu une expérience assez formidable... Il y avait un concours de rock à Lyon dans l'une des plus grandes salles de l'époque qui devait faire 2500 places, le Palais d'hiver. Toutes les premières parties des artistes qui y passaient se faisaient huer. Toute la salle chantait « Ave Ave Maria » et virait toutes les premières parties, le public voulait juste entendre les vedettes pour qui il était venus. Roger Lamour qui était le directeur du Palais d'hiver a eu une idée assez géniale : organiser un concours de rock de façon à ce que tous les groupes qui passaient, soient plébiscités par le public. C'était le public qui votait réellement, il n'y avait pas de tricherie forcément. Et donc, le groupe choisi par le public faisait toutes les premières parties. Et c'est comme çà que nous nous sommes retrouvés à faire la première partie des Beatles en 1965. Je peux vous assurer que c'est un moment assez mémorable pour un jeune de 17 ans de se retrouver avec de telles stars devant nous !... On les regardait avec des yeux tout ronds ! Çà a été un des grands moments de ma vie...

Puis, vous partez dans le Sud, je pense...

Oui, il y a eu une première coupure parce que je ne supportais plus le climat de Grenoble ! Nous sommes alors partis, avec mes parents, dans le midi de la France. Et je suis arrivé sur Salon-de-Provence. Là, il a fallu que je recommence à zéro et que je retrouve des orchestres. Des orchestres de rock ou des orchestres de bal. Notre spécialité était de ne jouer que des trucs en anglais, comme Otis Redding ! En fait, le bal durait quatre heures en moyenne et j'étais le seul chanteur. Les deux premières heures, j’interprétais des chansons des crooners à voix, comme Engelbert Humperdinck ou Tom Jones ; au bout de deux heures, quand j'avais la voix cassée, je passais sur Otis Redding, Nelson Picket et tous les chanteurs de Rythm'n'Blues. Çà a duré pas mal de temps...

Vous avez commencé votre carrière sous le pseudo de Chris Gallbert. Comment avez-vous choisi ce nom ? Et Pourquoi ?

J'ai tapé du stylo au hasard, dans un bottin téléphonique ! Je suis tombé sur un Monsieur Galibert, je pense. Çà ne sonnait pas très anglais. Et comme la mode voulait que çà sonne un peu anglais, j'ai enlevé le « i » et j'ai mis deux « l », ce qui a donné Gallbert! Peut-être en souvenir d'Engelbert Humperdinck aussi... Çà sonnait un peu pareil ! Avec toute la bêtise qu'on a à cet âge-là... C'était déjà l’illusion d’un début de talent… Un jour, quand je faisais du bal, un des musiciens des « Chats Sauvages », Gérard Jacquemus, qui était le bassiste, est venu me voir et m'a proposé d'enregistrer un 45 tours. Je suis donc parti à Paris. Je venais de terminer une licence d’ès sciences éco, mais mon père voulait que je continue... Je lui ai dit que j'allais aller à la fac d'Assas à Paris. Malheureusement, cette fac avait trop de monde et ils m'ont refusé, donc... retour à la case départ... « immédiatement » menaçait mon père ! Devant mon refus, çà a bardé, mon père m'a dit qu'il ne voulait pas d'un saltimbanque à la maison. Et je lui ai répondu que moi, je voulais chanter. Je ne suis donc pas revenu et j'ai commencé à enregistrer, sous le nom de Chris Gallbert, mon premier 45 tours  « Carmen ». Un bon début de succès… A l'époque on a dû en vendre 350 000 exemplaires. Ce n'était pas si mal que çà... On en a vendu un second, à 200 000 exemplaires... et je me suis complètement ramassé avec le 3ème : que 35 000 exemplaires! Ma carrière s'est donc arrêtée une première fois pendant une trop longue année. Ce qui a permis au jeune petit con que j'étais de remettre les pendules à l'heure ! Je me suis rendu compte que d'être star, c'est éphémère... Çà m'a fait énormément de bien ! Et j'ai traîné mes savates pendant un bon petit moment avant de retrouver un nouveau producteur.

Christian Delagrange © photo DR

Et là, Christian Delagrange arrive.

Je rencontrais plein de gens qui me disaient qu'ils étaient producteurs. Mais rien ne se passait... Je vous assure que les semaines sont longues quand on crève un peu la faim ! J'habitais sous les toits de Paris, sans chauffage, avec juste une ampoule pour m'éclairer, et sans eau... tout était sur le palier. Tout çà  donne des ailes pour avancer ! J'étais un peu coincé... il fallait que je mange ! J'ai vu des amis qui m'ont présenté des gars pas tous géniaux. Et puis, un jour, je suis tombé sur un type qui  prétendait connaître tout le monde, qui m'a dit « regarde le mec qui joue là-bas au flipper, c'est le producteur de David Alexandre Winter ! » Je suis alors allé taper sur l'épaule de ce producteur et je lui ai dit « Je m'appelle Chris Gallbert et çà m'intéresserait de travailler avec vous! » Il m'a répondu « Pourquoi pas ? On va se rencontrer ». J'ai alors repris mon nom et c'est de là qu'est partie l'aventure « Christian Delagrange ». 

Dans les années 70, vous avez sorti tube sur tube. Comment choisissiez-vous vos chansons ?

(Eclat de rire) C'est très amusant votre question parce qu'à l'époque, on n'avait pas trop le choix ! Quand mon producteur me faisait écouter des chansons, il me demandait laquelle je préférais. Et quand j'avais choisi, il me disait qu'on la mettrait en face ‘B’... J'ai d'ailleurs une petite anecdote sur « Rosetta ». Vous savez, je sortais d'un univers très Rock'n'Roll et au début quand Patricia Carli m'a fait écouter « Rosetta »... elle a bien vu que je faisais la tête ! J'aimais ce qui arrachait et je trouvais « Rosetta » un peu trop guimauve pour moi! (rires). Elle voyait bien que çà ne passait pas... J’avais pourtant beau essayer de voiler ma déception, on voyait çà ne me plaisait pas trop... En fait, je voulais bien chanter « Rosetta » pour quitter mon petit cagibi sous les toits sans eau et sans chauffage...  Je me suis dit « Tais-toi pour une fois et avance un peu dans la vie. » Elle m'a alors demandé si c'était le prénom qui me dérangeait. Elle voulait bien le changer pour « Patricia », pour me faire plaisir ! Mais comme Patricia était son prénom et qu’elle était l'épouse de Léo Missir, mon co-producteur, je me suis dit que j'étais mal barré !! (rires) Je lui ai donc dit de laisser « Rosetta », que c'était plus original. Quand on est entré en studio avec Patricia, Jean Bouchety, qui était l’arrangeur, s’esclame « Bonjour ma chère Rosetta ! » en nous voyant entrer dans le studio. Je tousse, m’étouffe... et Patricia Carli me regardant en souriant malicieusement, me dit « En fait, mon vrai prénom, c'est Rosetta ! ». J'ai donc chanté cette chanson, à contrecœur au départ je l’avoue, et puis… çà a marché. Ensuite,  j'ai enregistré « Sans toi je suis seul » et là aussi çà a marché... Entre nous, je n'étais toujours pas content de chanter çà, j'espérais secrètement toujours chanter autre chose ! Je commençais à recevoir de plus en plus de courrier. Je me souviendrai toujours d'une lettre d'un homme qui était en prison. Il me disait que les seuls moments où il pouvait retrouver sa femme c'était lorsque « Sans toi je suis seul » passait à la radio... Ils écoutaient tous les deux la même émission et en entendant ma chanson, ils pensaient très fort l'un à l'autre... Çà a été pour moi un moment de prise de conscience du fait que mes chansons n'étaient pas si mauvaises puisqu'elles apportaient une part de rêve aux gens qui en avaient besoin. On est tous à la recherche d'un rêve. J'ai pris conscience à ce moment-là que les chansons marquaient les bons et les mauvais moments de la vie. On aime retrouver des chansons qui nous ont bercés. Une chanson rappelle souvent un instant de vie. Les chansons rythment nos vies, comme la musique d’un film rythme les scènes.

Pouvez-vous nous raconter ce qu'était la vie d'une idole (votre vie) dans les années 70 ? Avez-vous une anecdote à nous raconter?

On n'avait ni lecteur DVD, ni même de magnétoscope à l'époque. Et donc, pour voir les films, il fallait aller au cinéma et faire la queue comme tout le monde. Je me souviendrai toujours du jour où je suis allé voir le premier volet de la saga « Star Wars »... j'ai raté la séance parce que tous les gens me demandaient des dédicaces ! C'était une horreur : on n'était jamais tranquille !! C'était une horreur, mais c'était tellement fabuleux aussi... Les gens aimaient beaucoup les chanteurs, beaucoup plus qu'aujourd'hui. Maintenant, c'est un tout petit peu moins évident. A l'époque, on était un peu des « Petits Rois » partout où nous allions. Quand nous allions dans un restaurant ou dans un hôtel, nous étions reçus comme on recevrait aujourd'hui un chef d'état d'un Emirat Arabe. Nous étions les rois du pétrole !! C'était une époque assez extraordinaire, une époque de folie, une époque assez merveilleuse.

Christian Delagrange © photo DR

Au début de votre carrière, la presse jeune, vous a souvent mis en concurrence avec Mike Brant, mais quels étaient vos rapports avec lui ?

Forcément, on a été obligés de se rencontrer à un moment ou à un autre ! Et quand nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes beaucoup appréciés. Je le respectais beaucoup et je pense que c'était réciproque. On est devenus assez copains. Quand on sortait une nouvelle chanson, on s'appelait pour se dire « Ecoute, j'ai fait un double contre-ut », l'autre rappelait, le disque suivant, pour dire qu'il avait fait un double contre-ré. On aimait bien cette petite guéguerre entre nous à savoir qui monterait le plus haut... Au delà de çà, on se rencontrait souvent dans un hôtel de Montpellier, le Réganéous, dans lequel descendaient beaucoup de vedettes l'été. On s'y retrouvait souvent. Je me souviens aussi d'une fois où j'étais en gala à Montpellier et lui à Lille, et le lendemain, c'était l'inverse, j'étais sur Valenciennes et lui sur Montpellier. On s'était appelés afin que nos techniciens respectifs restent sur place pour assurer le concert de l'autre... On s'entraidait beaucoup comme çà. C’est vrai, on s'appréciait beaucoup même si on ne se voyait pas souvent puisqu'on était tout le temps sur les routes. On est arrivé à avoir une amitié forte. Je me souviens de son premier accident en Suisse. Je lui ai téléphoné pour lui demander ce qu'il s'était passé et il m'a dit qu'il ne recommencerait plus de telles bêtises... Et puis malheureusement, on sait ce qu'il s'est passé...

Quelle est la chanson que le public vous réclame le plus souvent ?

Ce sont les anciennes chansons... « Sans toi je suis seul », « Tendre Cathy », je pense. C'est encore la bande originale de la vie qui repasse à chaque fois... Çà leur rappelle de bons souvenirs.

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Et pour vous : quelle est votre chanson préférée dans votre répertoire ? Et pourquoi ?

Sincèrement, ce sont les nouvelles chansons. Parce qu'on ne les connaît pas assez. Celles que je n'ai pas eu l'occasion de chanter trop souvent...
Là, je suis en train d'enregistrer un nouvel album et on a repris « Les Roses Blanches ». C'est une chanson de 1926 qui m'a énormément ému. Je la connaissais pour l'avoir écoutée et d'accord, c'est une chanson triste, mais bon, çà n'allait pas plus loin... Puis, je me suis mis à la chanter. Et j'ai essayé de vivre ce qu'il se passait dans la chanson. Et trois fois, arrivé vers la fin, quand l'infirmière lui dit « Tu n'as plus de maman », j'ai les larmes qui sont sorties. Je faisais de grands signes à travers la vitre du studio en disant « arrêtez… Une minute s’il vous plaît… ». C'est incroyable que Berthe Sylva nous ait transmis cette chanson et que tant d'années après (80 ans) on est encore là à pleurer. Vous savez, je l'ai faite écouter à ma fille de 11 ans, elle m'a dit « Arrête papa, je pleure »... C'est une chanson merveilleuse, avec des moments d'émotion incroyables... Si l'auteur de la chanson, Charles-Louis Pothier, était encore parmi nous, il serait très surpris je pense, de voir l'émotion que cette chanson procure plus de 80 ans après sa création...

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Vous avez joué dans "La Révolution Française". Etait-ce un exercice agréable pour vous de vous retrouver dans une troupe ?

C'était fabuleux ! Mais la contrepartie, c'est que 100 représentations, c'est un peu l'usine. Quand on a l'habitude d'être sur les routes et chanter un peu partout... ce n'est pas évident de chanter tous les soirs dans le même théâtre, six jours par semaine. Au bout d'un moment, il y a une certaine monotonie qui s'installe. Mais après, quand çà s'arrête, çà nous manque énormément. C'est un peu pareil pour une tournée. Mais j'ai pris énormément de plaisir à chanter dans cet opéra-rock, d'abord, parce qu'il y avait de très grands chanteurs, et puis pour l'esprit de franche camaraderie, je dirais même l'esprit de famille, qui régnait entre nous. En plus, j'ai gardé de super amis... comme Gérard Layani, par exemple. Ces amitiés sont restées très fortes. Et en plus, je fréquentais très régulièrement mon aïeul, Camille Desmoulins. C'était amusant de le retrouver tous les soirs sur scène. Çà, c'était pour la petite histoire drôle... [NDLR : Christian Delagrange est un descendant, de son côté maternel, de Camille Desmoulins, avocat, journaliste et révolutionnaire français, meilleur ami de Robespierre]

Dans les années 80, on a comme l'impression que vous prenez un peu de recul, vous êtes là sans vraiment être là, vous réalisez des clips, des documentaires... Avant de revenir sur le devant de la scène dans les années 90. Que s'est-il passé à cette époque ? Aviez-vous de nouvelles envies artistiques ?

Oh non... c'est tout bête ce qu'il m'est arrivé. Vous savez, on vit avec des modes et malheureusement la mode des chanteurs à voix ou des chanteurs à minettes (c'est selon! On pourra nous donner tous les qualificatifs du monde) était finie...  C'est aussi pour çà que Mike déprimait énormément. On vendait beaucoup moins de disques. Le disco arrivait... La disparition de Mike a mis un terme définitif à cette époque. J'avais deux autres passions : le pilotage et l'image. J'arrivais près des 35 ans, et donc, je savais que j'avais très peu de temps pour me décider à être pilote de ligne. Parce que 35 ans était la limite d’âge  pour rentrer dans une compagnie aérienne... j'hésitais donc vraiment entre les deux, entre l'image (je traînais souvent sur les plateaux de cinéma, et j'avais envie de faire de la réalisation) et être pilote (j’étais pilote privé depuis 5 an). Tous mes copains commandants de bord me disaient de laisser tomber, qu'il y avait trop de chômage dans le métier, que j'allais me retrouver le bec dans l'eau... Donc, je me suis décidé à faire de l'image.
Çà a été de très beaux moments inoubliables pour moi aussi... Des moments très forts. J'ai fait pas mal de clips et de reportages. Comme j'étais un peu tout sauf un commercial, j'avais du mal à décrocher les affaires. J'avais un copain qui à l'époque était un des directeurs d'une chaîne de télé et qui me proposait pas mal de reportages à faire en freelance. J'ai donc tourné des sujets qui m'ont passionné, d'autres beaucoup moins... et parfois des choses qui n'intéressent pas les autres ! Donc, bref, c'est le nerf de la guerre, on a besoin de travailler pour vivre et donc je me suis retrouvé à faire des reportages. J'ai même fait des reportages de guerre. Çà m'a fait toucher du doigt toute la misère qu'il pouvait y avoir ailleurs. Çà aide énormément à relativiser nos problèmes personnels. Çà m'a fait énormément de bien et quelque part, çà m'a aussi donné l'envie de m'engager dans l'humanitaire.

Vous avez entre autre réalisé un clip pour Stéphanie « Fleurs du mal », je pense...

Oui, j'en ai même fait trois, en fait ! (rires)

Et comment est née cette collaboration?

Oh, ben... c'était une princesse ! Stéphanie est quelqu'un d'adorable et de très très gentil. Mais, c'était du à son rang, il fallait respecter un peu le protocole, c'était la moindre des choses. C'est une personne remarquable, pleine d'humilité. Et elle ne nous a jamais demandé de la traiter en princesse et tout naturellement, au bout d’un moment, elle me traitait en copain. Stéphanie est une femme géniale, pleine de gentillesse. Elle a aussi un engagement très fort pour le social. C'est quelqu'un que j'aime personnellement beaucoup.

Justement, vous avez créé en 2007 une ONG « Assistance Humanitaire Internationale ». Pouvez-vous nous en parler ?
http://www.assistancehumanitaire.org/

Au départ, je me suis engagé dans une grosse ONG, j'y ai fait mes premiers pas. Et puis un jour, j'ai eu envie de monter mes propres opérations, parce que je rencontrais beaucoup de gens qui étaient dans le besoin et que je trouvais trop lourd le fait d'attendre l'approbation de la commission médicale. Nous  étions spécialisés dans l'aide médicale et paramédicale. Et aussi, je trouvais qu'il était bien de voler de ses propres ailes et de travailler avec l'équipe que j'avais. On s'est donc lancés dans l'aventure. Et on est resté dans notre spécialité, qui était le médical. On continue là-dedans, mais par extension, on fait plein d'autres choses. Quand on côtoie la misère sur le terrain, on se rend compte qu'il faut aussi aider les écoles, les orphelinats... on essaye de s'occuper aussi des secours d'urgence. On essaye de satisfaire un maximum de monde en fait. Çà demande énormément de boulot, çà me prend 80% de mon temps. C'est un investissement personnel très fort. Au début, ce n'est pas toujours évident, parce que je n’étais pas toujours vraiment bien secondé. Parce qu'il faut le temps que les gens comprennent ce qu'il se passe vraiment, ce qu'il faut faire. Et puis petit à petit, l'équipe s'organise et là, maintenant, j'ai une équipe merveilleuse. Si on me demandait de qui je suis fan en ce moment, je dirais que je suis fan de mon équipe ! Elle est fabuleuse de générosité et travaille d'arrache-pied. Je crois que je leur ai bien involontairement donné l'exemple de l'investissement humanitaire. Ils sont comme moi, ils se lancent à fond dedans, tout en étant tous bénévoles! Parce que nous tenons à cet aspect extrêmement important. Quand on part en mission humanitaire, nous prenons nous-mêmes en charge nos billets d'avion et tout notre séjour. On ne touche pas aux dons. Quand on a besoin d'argent pour acheter un camion ou faire le plein de gasoil, je fais des spectacles avec des copains artistes. On en a fait un dernièrement, avec la Bande à Basile, Georges Chelon et Bernard Sauvat. Tous sont des artistes merveilleux. On s'arrange pour récupérer comme çà de l'argent à droite et à gauche. Il y a aussi Alain Sebbah, un ami, avec qui je fais des concerts et qui fait partie d’AHI. A nous deux, on fait beaucoup de spectacles et çà ramène pas mal d'argent pour permettre à la structure de fonctionner, sans jamais toucher aux dons. Les dons ne servent strictement qu'à aider les pays en difficulté.

Si certains de nos lecteurs veulent aider Assistance Humanitaire, comment doivent-il s'y prendre?

On a toujours besoin de bonnes volontés pour nous aider, c'est évident. Ce qui nous manque le plus, c'est d'être en contact avec des hôpitaux qui peuvent nous amener un matériel « de pointe ». Surtout au niveau de l'imagerie médicale ou du secours d'urgence, comme la réanimation. Je pense aux échographes, à la radiologie transportable, aux défibrillateurs...on est donc à la recherche de beaucoup de matériel. Même des ambulances ! J'ai connu pas mal de sociétés qui mettaient leurs vieilles ambulances à la casse, alors que nous les reprenons avec une grande reconnaissance ! Pour les gens dans le besoin, ces ambulances peuvent encore rouler et rendre de grands services.
On a aussi des dons qui nous arrivent sans arrêt... ce sont des cadeaux du ciel ! Là, on vient de recevoir 6000 sabots de chirurgiens. On a pu en donner au Bénin et dans d'autres pays aussi. Il ne faut pas oublier que ces sabots contribuent beaucoup à l'hygiène et que les maladies nosocomiales sont légion dans les pays que nous aidons. Hier matin, on a rentré 37 palettes de nourriture pour bébé, çà a l'air idiot, mais pour des enfants qui n'ont rien à  manger, je vous jure que c'est très bon pour leur croissance. Donc, comme vous le voyez, on tape un peu dans tous les domaines, c'est très large, en fait. Il est donc bien évident que les gens qui peuvent nous apporter quelque chose, n'ont qu'à me contacter. (christian[arobase]assistancehumanitaire[point]org) Ils peuvent aussi aller sur le site et utiliser le formulaire de contact. Notre siège est dans le sud, près de Montpellier, mais on a aussi « AHI Grand Est » qui vient de se former dans la région de Besançon. Çà nous permet de récupérer du matériel dans tout l’Est de la France, mais aussi la Suisse. Si des gens ont des espaces de stockage dans une autre région et peuvent garder le matériel en attendant qu'on puisse venir le récupérer, çà nous aiderait grandement aussi. On grandit petit à petit, lentement, mais sûrement.

Christian Delagrange © photo DR

Revenons-en à la musique si vous le voulez bien. Vous avez enregistré quelques duos dans votre carrière avec Jeane Manson, Sloane, Bobby Solo ou encore Pierre Vassiliu..., aimeriez-vous retenter l'expérience ? Si oui, avec qui ?

C'est très intéressant un duo. C'est très sympa et toujours bien agréable, parce que j'ai toujours beaucoup aimé mes copains chanteurs. Avec Bobby Solo, après qu’il soit venu chanter sur un de mes dernier album « sur ton visage une larme », on devrait  bientôt enregistrer un duo en Italie pour son nouvel album... Avec David Alexandre Winter on a aussi envisagé un duo... J'espère qu'on aura l'occasion de le faire. Cela nous rappellera celui que nous avions fait avec Mike Brant pour la télévision. Très vite, je dois aussi poser ma voix sur une chanson de ma filleule, Maggy Roberts, qui est une très bonne chanteuse canadienne. [NDLR : Sortie du duo de Maggy Roberts et Christian Delagrange au mois de mai 2010]

En 2003, vous avez sorti un album consacré aux femmes. « Pour vous... les femmes ». Comment avez-vous choisi les chansons que vous avez reprises?

L'idée est venue tout simplement un soir où nous regardions le journal télévisé chez mon producteur, Gérard Tempesti, il y avait une des premières manifs de « Ni Putes ni Soumises ». En les voyant, çà m'a donné envie de chanter des chansons pour les femmes. De rendre un hommage à LA femme, tout simplement. Bien qu'on ait fait un grand pas en avant, là je crains qu'on ait fait depuis quelques temps, un pas en arrière. Il y a une espèce de remontée d'intégrisme qui fait que la femme n'a pas encore trouvé toute sa place et tout son épanouissement. C'est malheureux de devoir se dire encore à notre époque que d'un côté, il y a les femmes et de l'autre côté, les hommes. Nous sommes simplement tous des êtres humains. On est tous des frères sur terre. Je ne vois pas en quoi la différence de sexe, de culture ou de couleur de peau peut changer quelque chose... On a tous la même couleur de larmes et les mêmes émotions. C'est çà le plus important. La terre est si petite...

On va parler un peu de scène maintenant si vous le voulez bien. Quel est votre meilleur souvenir de scène ?

Il est assez récent, en fait... On a fait un hommage à Michel Algay qui a monté la tournée « Âge Tendre et Têtes de Bois ». C'est un homme qui a fait ce que le public attendait : réunir des artistes qui ne sont plus forcément des stars à l'heure actuelle, mais que le public aime... Avoir cette  chance de chanter devant des milliers de personnes, l'après-midi et autant le soir, c'est vraiment formidable. Je lui rends hommage de m’avoir permis de chanter à la Halle Tony Garnier à Lyon, devant 17000 spectateurs lors des deux représentations. C'est assez hallucinant, parce quand on joue devant 3500 personnes... on a presque envie de dire « Que c'est petit ici! » (rires) Nous n'avions plus, pour la plupart, cette chance de vivre çà. C’est assurément un de mes meilleurs souvenirs de scène. Je crois aussi que le public ne s'y trompe pas... il ressent l'esprit de famille qu'il y a entre nous. Il y a une énorme complicité entre les artistes. Tout çà donne envie de se donner à fond et d'être généreux envers ce public...

Christian Delagrange © photo DR

Justement, en parlant de la tournée « Âge Tendre et Têtes de Bois », vous avez fait la saison 4, mais vous n'êtes pas dans la saison 5. Pourquoi ?

Soyons honnêtes... tourner pendant un an, çà m'a pris tout mon temps ! Et j'ai aussi pris beaucoup de retard sur l'humanitaire... Je reconnais que je suis un peu fatigué parce que dès que je rentrais à la maison, je partais en mission humanitaire. Puis je revenais pour la tournée... ce n'est pas toujours évident de tout concilier ! Donc, j'avoue que cette année, çà me fait énormément de bien de ne pas la faire, comme ça me fera autant de bien de la retrouver en 2011 ou 2012, mais j’avoue que cette famille me manque très fort, alors 2011, finalement, ce serait bien ! C'est une tournée tellement magique. C'est formidable de pouvoir vivre çà dans la vie d'un artiste. Chapeau Michel Algay ! Chapeau à toute son équipe!

Il faut reconnaître que c'est un super spectacle!

L'amour et la fraternité qu'il y a entre nous les artistes, se transmettent dans le public. Le public voit des artistes épanouis et heureux sur scène et... çà lui fait plaisir!

Si vous aviez 20 ans aujourd'hui, comment vous y prendriez-vous pour débuter votre carrière? Est-ce que vous participeriez à des émissions, du style Nouvelle Star ou X Factor? Tenteriez-vous votre chance sur des sites communautaires comme « My Major Company »?

Je n'en sais rien du tout! Je ne voudrais pas être un jeune artiste aujourd'hui !! (rires)

Mais quand on débute une carrière rien n'est facile, ni maintenant, ni à l'époque...

Vous savez, au départ, j'ai dû faire des concessions énormes pour chanter des chansons populaires... Donc, à mon sens, mais ça n’engage que moi, il faut faire des concessions quand on veut être connu... Souvent, je me suis dit que j'aurais peut-être du être plus difficile dans le choix de mes chansons. J'aurais peut-être dû imposer un peu plus ce que j'aimais... et d'un autre côté je me dis que non, parce que je n'aurais peut-être pas eu la joie de connaître tout ce que j'ai connu, ou en tout cas, plus difficilement...
Le rêve pour tout artiste, c'est de rencontrer son public qui lui est tellement cher...

Justement, quel rapport entretenez-vous avec la scène et votre public?

Quand on arrive dans une salle et que les gens vous applaudissent, çà ne peut pas vous laisser indifférent ! Il y a un illogisme, parce qu'à la fois on est monsieur tout le monde dans notre vie de tous les jours, on a les mêmes soucis que les autres, la vie quotidienne avec ses propres contraintes, et d'un autre côté on est un personnage public quand on monte sur scène. C'est magique et on est porté au Nirvana ! C'est miraculeux à chaque fois ! Parce que même si la plupart du temps, çà se passe bien... on a toujours le trac ! Parce que quelque part, on se dit que c'est illogique que çà puisse se passer bien... La scène est extraordinaire !

Christian Delagrange © photo DR

Quel regard portez-vous sur votre métier aujourd'hui, vous avez vendu plus de douze millions de vinyles et maintenant, un album tient sur une clé USB...

(Rires) C'est très étonnant, mais quelque part... je m'en doutais ! Mon père, qui était un scientifique, était visionnaire. Un jour il m'a dit qu'il y aurait des télécommandes pour allumer la télé ou baisser les volets. J'étais impressionné quand il me racontait çà quand j'étais môme... et maintenant c'est devenu d'une banalité! Combien de fois, enfant, je regardais la télé en noir et blanc et je me disais vivement que la couleur arrive ! Mon père m’avait expliqué que là aussi, ça deviendrait banal...
Donc, cette évolution ne m'a pas étonné, je l'ai toujours suivie avec intérêt. Ce n'est pas surprenant...
Et j'ai hâte de découvrir la suite...

Avec quel artiste de la jeune génération aimeriez-vous collaborer ?

Oh, il y en a plein ! Mais leurs noms ne me viennent pas en tête directement. Et puis, je n'aimerais pas me griller ! (rires) Mais il y a plein de jeunes artistes très talentueux et géniaux...
Allez, j’en choisi deux au hasard : j'aime beaucoup « La Femme Chocolat » et son ami. Ce sont deux personnages qui sont costauds! Olivia Ruiz et Mathias Malzieu [NDLR : du groupe Dionysos] sont vraiment éblouissants.
Mais soyons honnêtes, quand j'étais jeune, est-ce que j'aurais aimé collaborer avec Luis Mariano ? Je n'en suis pas certain!!... (rires)
Est-ce que eux auraient envie de faire un truc avec moi ? Je ne sais pas... Je crois qu'il faut leur laisser la place.  Mais si un jour l'occasion se présente... pourquoi pas ?!...
Je ne les ai jamais rencontrés, j’observe simplement qu’Olivia fait son petit bonhomme de chemin merveilleux... Et Mathias aussi. Il y a beaucoup de talent dans ce qu'ils font... Et le groupe Dionysos sont des musiciens exceptionnels que j’ai pu apprécier, en simple spectateur, au théâtre de la mer à Sète. Quand je vois ce que nous faisions nous au même âge... on était des tartignolles! (rires) La relève est assurée, j'ai très bon espoir pour l'avenir !

Tout à l'heure vous m'avez dit que vous étiez en train d'enregistrer « Les Roses Blanches » et que vous travailliez sur un nouvel album... pouvez-vous nous dire quelle en sera la couleur ?

Ce sera un album dédié aux mamans. Je leur fais un hommage et un petit clin d'oeil. Il va y avoir un duo avec Clémence Bringtown de la Compagnie Créole. On est bien parti sur pas mal de titres, mais on cherche encore deux ou trois petits trucs... Je pense qu'il y aura de belles choses.

Et il sortira quand?

Au mois d'octobre.

Quand on résume... Quels sont vos projets pour 2010 ?

Le nouvel album donc, et la construction d'une école, d'un orphelinat et juste après d'un hôpital...
Et puis, il faut vivre un petit peu aussi ! M'occuper un peu plus de ma famille, parce que là, je me fais tirer un peu les oreilles ! (rires) Ce n'est pas toujours évident de tout concilier.
J'espère trouver du soleil et du beau temps... au propre comme au figuré, dans les cœurs comme dans la vie de tous les jours.

Vous m'avez dit tout à l'heure que vous aviez votre brevet de pilote... Vous sentez-vous mieux sur scène, dans les airs ou en mer ?

Question difficile ! Je pense que ce sont les trois endroits où je me sens le mieux... J'adore la mer, la voile... En fait l'avion m'a amené à la voile parce que c'est le même principe. L'avion aussi... parce que c'est un des rares endroits, dans les airs, où je ne me sens pas du tout artiste ! En fait, l'avion me permet d'avoir les pieds sur terre !! (rires) Et chanter sur scène, parce que le public est une drogue... on a besoin de lui. Comme sans doute beaucoup d'autres artistes, si je puis me permettre de le dire, j'aime être aimé... Être aimé par un public, c'est quelque chose d’émouvant ! Il y a tellement peu de gens qui ont la chance de vivre ce que nous vivons, nous artistes.

Christian Delagrange © photo DR

Enfin, si vous le permettez, je vais vous donner quelques mots. Je vous demanderai de me dire ce qu'ils évoquent pour vous instinctivement...

Les Médiators
Le premier groupe avec qui je faisais du Rock'N'Roll et qui a vraiment marché. Enfin, qui a marché... qui était sur le terrain, on va dire ! C'était le premier vrai groupe qui tenait la route.  On avait de vraies guitares, de vrais amplis...

Cathy
Une chanson extraordinaire qui m'a permis de vivre des moments bien agréables. C'est une femme imaginaire que je n'ai jamais rencontrée d'ailleurs... Mais peut-être l'ai-je rencontrée sans le savoir ?!...

Grenoble
Le retour aux sources. J'y ai tellement souffert du manque de soleil !! Mais c'est à Grenoble aussi que j'ai découvert la chanson, et çà c'est vraiment merveilleux.

Les Vampires
Quel nom, mon Dieu! C'est le fameux groupe avec lequel nous étions passés en première partie des Beatles. De chouettes souvenirs.

Epernay
Mes grands-parents, les descendants de Camille Desmoulins. J'ai eu la chance d'avoir des grands-parents des deux côtés qui étaient des gens exceptionnels et merveilleux... C'étaient des gens qui avaient vécu et qui étaient extrêmement intéressants. Il y aurait plein de choses à raconter ! Mais Epernay, c'est aussi les premiers jours après mon retour du Maroc où on n'osait pas me laisser sortir jouer dans la neige avec mes cousins que je regardais derrière une vitre. Ils avaient peur que je ne prenne froid !

Çà vous a marqué, la neige, n'est-ce-pas ?
Ah oui, c'est vrai !! (rires) Et sur la tournée « Âge Tendre et Têtes de Bois » cette année, j'ai eu ma dose, croyez-moi! (rires)

Casino de Paris
Ce sont mes retrouvailles avec le public après une très longue éclipse... çà a été le premier grand spectacle que j'ai fait quand je suis revenu sur scène. On a joué trois soirs avec René Coll. C'était quelque chose de très émouvant pour moi. C'était un lundi, un mardi et un mercredi : pas les jours les plus évidents pour remplir une salle... La salle était complète à 90% le lundi, à 99% pleine le mardi et le mercredi on a dû refuser du monde... Moi qui me relançais un peu dans la chanson depuis quelques temps, j'ai été surpris de voir que les gens avaient répondu présent. C'était très émouvant!...

Propos recueillis par IdolesMag le 1er avril 2010.

-> Site Officiel de Christian Delagrange : www.christiandelagrange.com

-> Site d'Assistance Humanitaire internationale :
http://www.assistancehumanitaire.org/









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