Interview de Je rigole.

Propos recueillis par IdolesMag.com le 14/11/2012.
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Je rigole. © Bastien Marchand

Séduits par la poésie de ce premier opus de « Je rigole. », « Qui chante le matin est peut-être un oiseau. », nous avons été à la rencontre d’Andoni Iturrioz afin qu’il nous explique dans quelles circonstances était né ce projet. Andoni est avant tout un poète, il nous dira pourquoi, à un moment donné, il a voulu poser des notes sur ses mots. Ses mots sont justes et précis, souvent percutants, mais toujours poétiques. Rencontre avec Andoni,  un artiste qui manie le verbe comme personne et qui nous livre  un premier album magnifique, qui n’augure que du bon pour la suite…

IdolesMag : Tu travailles depuis un bon moment sur ce projet d’album, mais quand a-t-il réellement commencé à prendre forme dans ta tête ?

Andoni Iturrioz : Disons que j’ai commencé tard la musique… Quand j’étais adolescent et pendant mes voyages, j’ai pas mal écrit. Du coup, j’avais une identité artistique déjà formée. Par contre, quand j’ai décidé de faire de la musique, j’avais toute une barrière technique devant moi qu’il me fallait franchir. Et ça a pris un long moment d’incubation où j’ai appris à jouer de la guitare, où j’ai appris à chanter… Donc, j’ai fait des maquettes. Si on écoute ces maquettes-là, qui ne sont pas des morceaux qui sont dans l’album, on peut voir que l’identité artistique était complètement là. Il y avait déjà tout, sauf que je chantais comme une casserole et comme un pied ! (rires) Le nom de « Je rigole. » a été trouvé il y a déjà un bon moment. L’identité était plus ou moins là, mais évidemment, ça a évolué quand même après. Le temps a passé. Mais disons qu’il y a eu un long moment d’incubation avant d’arriver à maturation.

Je rigole. Qui chante le matin est peut-être un oiseau.Quand a-t-il été question d’enregistrer véritablement un album ? Entre l’écriture de chansons, la concrétisation et l’enregistrement d’un album, il y a une marge…

Ce sont effectivement deux démarches très différentes. Et ce qui est absurde chez moi, c’est que j’ai décidé de vivre de la musique avant de faire de la musique ! (rires) Pendant toute cette période d’incubation dont je te parlais, c’était déjà une longue traversée du désert pendant laquelle j’avais décidé de faire un album et d’en faire une vie et un destin.

Tu n’es pas tout seul dans Je rigole., peux-tu me présenter les complices qui t’accompagnent ? Ils ne sont pas tous arrivés en même temps, je pense.

Ils sont arrivés effectivement petit à petit. Il y a donc eu cette période d’incubation, ensuite, je suis arrivé à Paris. C’est à cette époque que j’ai rencontré Christelle Florence qui est aujourd’hui ma manageuse et qui à l’époque chantait et jouait de la clarinette. Quand elle a vu mon projet, elle est tombée amoureuse de mes chansons et elle a décidé de m’accompagner à la clarinette. Du coup, c’est là que le projet a commencé à exister scéniquement parlant. Le projet existait réellement, ailleurs que dans ma tête. On formait un duo assez théâtral qui fonctionnait bien. Il y avait toute une ambiance un peu comico-tragique sur scène. J’avais des envies de sons particuliers dans ma tête, des dissonances, du free jazz, des trucs comme ça. Et là, j’ai découvert Xuan Lindenmeyer qui jouait sur scène. Il accompagnait un groupe très classique. J’ai été touché par sa musicalité. Et quand j’ai été voir sur internet ce qu’il faisait à côté, j’ai vu qu’il jouait dans des groupes complètement barrés. Ce grand écart, c’est exactement où je me situe. J’ai été le chercher pour cette raison. On s’est donc retrouvés à trois. Et puis Christelle a décidé qu’il fallait vraiment qu’elle tranche entre être musicienne et manageuse / administratrice. En même temps, elle pensait qu’on pouvait avoir une meilleure qualité musicale.  On a rencontré Jean-Brice Godet, et c’est là que le trio s’est formé. Et là, Christelle, s’est vraiment consacrée à tout ce qui est administratif et production.

Au jour d’aujourd’hui, vous évoluez en trio. Penses-tu avoir trouvé la bonne configuration ou bien pourrait-elle encore évoluer ?

Disons que le projet sera toujours en constante évolution. Mais le trio fonctionne vraiment très très bien. Je suis très fier de ça et ça correspond parfaitement au son qu’on a choisi pour le premier album. C’est-à-dire quelque chose d’acoustique et expérimental. Mais c’est vrai que j’ai d’autres désirs et d’autres envies. Ça va évoluer encore probablement. Après, on est un peu bloqués au niveau financier puisqu’il est devenu très difficile aujourd’hui de vendre un groupe avec beaucoup de musiciens. Donc, la formation trio est un bon équilibre pour l’instant. On a un sacré son et en même temps, nous ne sommes que trois. Après, bien évidemment, je rêve d’évolutions, qui viendront peut-être sur le deuxième album ou sur le troisième… On verra !

Tu as joué pas mal les chansons sur scène avant de les enregistrer. Est-ce que ça a été difficile de le graver, entre guillemets, « pour l’éternité » ?

Je vois très bien ce que tu veux dire… Mais je vais être honnête avec toi, j’ai voulu enregistrer un CD pour ça, exactement pour ça. Pour graver les chansons pour l’éternité. J’avais l’impression qu’il fallait fixer les chansons. Sur scène, c’est formidable, mais c’est différent. Et puis, quand tu regardes mon parcours, je suis arrivé à la chanson d’abord par l’écriture, pas par la scène. Donc par l’expression poétique. Ce n’est qu’après que j’ai découvert la scène et il se fait que j’ai adoré ça. Petit à petit, en apprenant, je suis devenu un homme de scène. Mais le cœur de la pulsion qui m’a amené à faire de la chanson, c’était l’identité artistique et poétique. Et ça, je voulais le sauver. Et pour moi, enregistrer une chanson, c’était l’opportunité de la sauver. Et puis, avant de me présenter sur scène, j’ai enregistré des maquettes, donc, en enregistrant ce premier album, je suis revenu à mes premières amours, en essayant de déployer le plus possible mon monde artistique.

Tu me parlais de toute cette barrière technique qui s’érigeait devant toi quand tu as commencé. Comment as-tu appréhendé le studio la première fois ?

D’abord, j’ai eu quelques expériences de maquettes. C’était mon unique petit bagage de studio. Mais les maquettes étaient relativement nombreuses. Ça m’a donc amené une petite expérience à ce niveau-là. Quand je suis rentré en studio… il a fallu que je m’adapte vite parce que le studio, c’est cher ! (rires) Et puis, on avait réuni pas mal de monde parce qu’on a enregistré quasiment tout dans les conditions du live. Mis à part quelques voix et quelques trucs qu’on a refaits après coup. Le corps de l’album a été enregistré live. Et donc, je me suis juste adapté aux circonstances comme j’ai pu…

Passes-tu beaucoup de temps sur tes textes ou bien conçois-tu l’écriture comme quelque chose de spontané ? Quand on écoute tes chansons, on se dit qu’il y a quelque chose d’instinctif, mais en même temps, que chaque mot est particulièrement bien choisi. Ça se passe comment ?

Eh bien, c’est simple… Je ne sais plus qui a dit « Je vous ai écrit une longue lettre parce que je n’avais pas le temps de vous en écrire une courte… » Pour arriver à cette impression d’écriture instinctive, ça demande du travail en fait… C’est-à-dire que les textes sont accouchés longuement. Je me méfie même de l’inspiration pure. Évidemment, il y a des textes qui sont écrits plus rapidement que d’autres. Mais en général, le travail de l’écriture est tout de même un travail de fond. L’instinct n’est qu’un effet, finalement ! (rires)

Tu écris depuis très longtemps maintenant. Au tout début, prenais-tu l’exercice plutôt comme un jeu ou un mode d’expression ?

Ça a commencé comme un exutoire. Pour moi, c’était l’équivalent d’un journal intime d’adolescent. Simplement, c’étaient des poèmes. J’avais un trop plein d’émotions que j’avais besoin d’évacuer et je me suis mis à écrire dans ces conditions-là. Ensuite, c’est devenu un jeu et une passion. Je dirais même que c’est devenu un outil également. Un outil de travail sur soi-même. Un travail sur moi-même comme un reflet de moi-même ou un reflet du monde presque initiatique. Mais au début, le but c’était purement de vomir. Après, c’est devenu un terrain de jeu où j’ai commencé à ancrer mon identité. J’avais une facilité, un diamètre, un écho… Il y avait quelque chose qui m’appelait dans l’écriture. C’est devenu aujourd’hui une partie de moi.

Je rigole. © Bastien Marchand

Qu’est-ce qui a fait qu’à un moment donné tu as eu le besoin de mettre de la musique sur tes mots ?

Il y a deux raisons à ça. La première, c’est que c’était un rêve que j’avais laissé sur le bord de la route. C’est-à-dire que quand j’étais adolescent, je suis parti en voyage. Pendant 5 ou 6 ans, je n’ai fait que ça, voyager. J’avais l’impression de poursuivre mes rêves. Et c’était le cas, je poursuivais mes rêves. Je voyageais et je dévorais la vie, vraiment. Je le disais aux gens que je rencontrais sur ma route. Je leur disais qu’on pouvait vivre et réaliser ses rêves. Et c’est en disant ça que j’ai réalisé qu’il y en avait un que j’avais laissé au placard, faire de la musique. J’avais essayé adolescent de me mettre deux ou trois fois à la guitare, mais je n’avais jamais réussi parce que ça demandait du travail. Et à l’époque, si je n’avais pas de résultat immédiat, je lâchais le truc. (rires) Du coup, je n’ai jamais réussi à faire de la guitare quand j’étais adolescent. Adulte, j’ai réalisé ça. Je me suis mis à la guitare et je m’y suis tenu. La deuxième raison, c’est qu’écrire des poèmes, c’est bien joli, mais tout le monde s’en fout aujourd’hui ! (éclats de rire) Plus personne ne lit de poèmes… ou très peu ! Donc, vu que c’est quand même un outil de dialogue la poésie, il faut la partager. Ce n’est pas simplement se branler dans un coin et vivre dans sa tour d’ivoire. Ça peut ressembler à ça, mais ce n’est pas ça. C’est un dialogue avec le monde. On se sert du monde comme écho et comme miroir pour continuer à vivre et à écrire. Et donc, pour ne pas m’assécher, il fallait que des gens soient atteints par mon écriture. Et pour ça, la musique était l’autoroute. Ça passait par là…

De toutes les chansons, y en a-t-il une pour laquelle tu as un peu plus de tendresse qu’une autre ? Pas forcément en rapport au thème qu’elle évoque, mais peut-être dans les conditions d’écriture ou d’enregistrement ?

Hum… C’est dur de te répondre dans ce sens-là. Il y a peut-être, à l’inverse, quelques chansons qui me sont moins importantes, et encore… Vu que c’est quand même un album qui a abouti au bout de nombreuses années d’incubation, le choix des chansons a tout de même été tiré vers le haut. C’est un peu le gratin de ce que j’ai pu écrire. Toutes les chansons sont importantes à mes yeux. Si je devais peut-être en tirer une du lot, qui est tout de même l’évacuation d’un traumatisme lourd, ce serait « Ils m’envient », cette chanson sur l’enfance qui explique que j’ai été un cancre toute mon enfance à l’école. Et cette chanson-là est une espèce de bras d’honneur que je fais à ce poids qu’on m’a collé sur les épaules assez jeune… Du coup, j’ai une tendresse particulière pour elle…

Et le titre, « Qui chante le matin est peut-être un oiseau. », comment l’as-tu choisi ?

Eh bien, je ne sais même plus quand je l’ai écrit ce titre ! Ce que je sais c’est qu’il me semblait être globalement bien représentatif de l’espoir que je mettais dans le fait de chanter. Comme je me suis mis tard à la musique, j’ai toujours été un peu complexé à ce niveau-là. « Qui chante le matin est peut-être un oiseau. », il y a le « peut-être »… C’était déjà faire le geste de chanter avant de se poser la question.

Le titre est ponctué par un point. Idem pour le nom du projet « Je rigole. » Alors, pourquoi s’être appelés « Je rigole. » et pourquoi le point ?

C’est une phrase complète, ce n’est pas juste un sujet et un verbe. En écoutant l’album, on se rend bien compte qu’on n’est pas là pour faire de l’humour, même s’il y en a dedans. On a un propos sérieux, mais ça n’empêche pas l’humour. Le « Je rigole. » exact vient d’ailleurs. Souvent, dans les conversations, j’entends des gens dire des choses vraies mais qu’ils ont du mal à assumer. Et quand ils disent quelque chose comme ça, ils ponctuent en disant « non, je rigole. » C’est ce « Je rigole. »-là dont il est question. Je m’amuse à balancer des vérités plutôt lourdes assez légèrement.

Tu viens de jouer quelques concerts en appartement. Qu’en retiens-tu ? L’expérience doit être nettement différente d’une scène classique… ça doit déstabiliser, non ?

Oui… Disons qu’on a le public à un mètre de nous, et il est dans la lumière. Ça, c’est une énorme différence ! Bizarrement, la scène, avec les spots, ça crée un effet loupe. Ce qui fait qu’on est plus scrutés. L’appartement a cet avantage-là d’enlever cet effet loupe. On est avec les gens et pas devant. Et du coup, les réactions et les relations sont plus simples et plus humaines. Tout a un peu plus d’impact, comme si on était avec les gens. Alors que sur la scène, l’effet loupe fait que le moindre couac peut déstabiliser plus fortement. Donc, il y a des avantages et des désavantages dans les deux. Mais les deux me plaisent. Je ne suis pas contre le fait de jouer en appartement. Au contraire, c’est quelque chose de plus intime et très intéressant.

En appartement, tout le monde est un peu sur le même bateau.

Exactement, on partage les mêmes moments. Alors que sur la scène, on donne un moment aux gens. Ce n’est pas la même chose. Et je trouve d’ailleurs que ce qui est très intéressant, c’est d’apprendre à partager le même moment quand on est sur scène et savoir aussi donner un moment quand on joue en appartement. C’est intéressant parce que tu amènes de l’eau au moulin de l’un et de l’autre. C’est intéressant de voir la lumière de l’appartement avec la lumière de la scène, et inversement.

Et puis, les respirations, les émotions… tout se ressent plus en appartement.

Oui. Et le silence a une texture très intime…

Tu reviens d’Auvergne où tu as été tourner un clip. Est-ce quelque chose qui t’intéresse ce travail à l’image autour de la musique ?

Oui. Beaucoup. Je suis assez cinéphile. Je suis photographe aussi. La pochette de l’album, c’est une photo que j’ai faite lors d’un voyage, d’ailleurs. Donc, l’image est très importante pour moi. Et j’ai trouvé un partenaire idéal qui s’appelle Pierre Genoun. Il est le vidéaste de la bande. Il envoie sur scène des vidéos. C’est-à-dire que sur certains morceaux, pas sur tous parce qu’il ne faut pas surcharger, mais sur deux ou trois pendant le concert, il envoie des images sur nous pendant qu’on joue. Il fait ça en live. Ce ne sont pas des films qu’on envoie. Ce sont des images qu’il remixe directement sur notre musique. Il joue de la musique avec des images. Ce travail-là, on l’a fait ensemble et c’est très lié à l’identité de « Je rigole. » Il y a des photos de voyage, il y a aussi des peintures de Charles Rocher pour qui j’ai une passion. C’est un ami peintre. Donc voilà, l’image prend une grande part sur l’identité de « Je rigole. » Et sur les clips, on travaille aussi avec Pierre Genoun à chaque fois. C’est un travail d’équipe. On a de petits moyens, mais on a des idées ! On essaye de faire des petits trucs de qualité.

La partie image fait partie intégrante de ton projet.

Tout à fait. Il y a quelque chose de poly-activité dans « Je rigole. » de toutes façons. Il y en a pour tous les sens : l’image, le texte, le son. Je récite parfois des textes sans musique, il y a de la musique sans texte. On projette des phrases. On projette des images. On est dans toutes sortes de textures d’expressions. C’est assez large.

Je rigole. Qui chante le matin est peut-être un oiseau.

L’album vient de sortir, mais j’imagine que tu travailles déjà sur de nouvelles chansons.

Bien sûr !

Penses-tu déjà concrètement à un deuxième album ou bien est-ce définitivement trop tôt ?

Je suis déjà complètement dans le deuxième album. J’en ai écrit 80%. Et je suis déjà sur une ligne artistique précise, avec une recherche de son. Il y a une suite immédiate à ce premier album qui est déjà en route et qui j’espère sera abouti assez rapidement. Je sais que ça prendra du temps, mais j’espère sortir ce deuxième album assez vite.

On le sait, on est en pleine crise du disque, mais idéalement, ce deuxième album, sans paramètre économique, quand aimerais-tu qu’il voit le jour ?

Disons que j’aimerais qu’il sorte deux ans après le premier.

On est tout de même dans un timing normal.

Ah oui, bien sûr. C’est parce que je donne une grande part au futur. Je veux le voir venir ce deuxième album. Je veux le tirer vers le haut au maximum. Il faut que ça s’améliore. Et quand je te dis deux ans, comme on fait tout nous-même, il faut du temps… Il y a les chansons, mais tout ce qu’il y a autour, les démarches et le travail de fond qu’on fait nous-même et qui demande du temps. Beaucoup de temps… On est clairement dans l’artisanat, pas dans l’industrie.

Il y a quelques années, les artistes s’occupaient de l’artistique uniquement. Aujourd’hui, il faut penser marketing également. Ce n’est pas trop difficile de gérer le commercial ?

Très sincèrement, je suis tombé sur une perle avec Christelle. Elle s’occupe très bien de toute cette partie-là. Je l’aide, mais c’est elle qui fait le gros. Ce n’est vraiment pas facile parce qu’on cherche nos dates nous-mêmes… On fait de l’artisanat. Et on ne peut pas demander à l’artisanat de soutenir le rythme de l’industrie. Par contre, il y a une qualité autre !

Propos recueillis par IdolesMag le 14 novembre 2012.

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