Interview de Annie Cordy

Propos recueillis par IdolesMag.com le 16/11/2012.
© Reproduction, même partielle, interdite sans autorisation écrite de IdolesMag.com.








Annie Cordy © Marc-Antoine Coulon

Après quinze ans d’absence discographique, Annie Cordy publie un nouvel album, « Ça me plait… pourvu que ça vous plaise ». Tour à tour drôle, touchante, amusante ou émouvante, Annie Cordy nous livre ici quatorze chansons magnifiques écrites et composées par ses amis : Charles Aznavour, Enrico Macias, Claude Barzotti, Gilbert Montagné, Mathieu Johann, Jean-Jacques Lafon, Patrick Loiseau, etc… Nous avons donc donné rendez-vous à Annie pour évoquer cette nouvelle aventure et toutes celles qui arrivent ! La tête toujours pleine de projets, Annie nous avouera qu’elle prendra quelques jours de repos à la Noël et qu’elle en profitera pour répondre à son courrier en retard ! « La Passion fait la Force », telle est sa devise. Qu’est-ce qu’elle est forte notre Annie !

IdolesMag : Qu’est-ce qui vous a décidée, après quinze ans, à reprendre les chemins des studios pour réenregistrer un nouvel album ? Ou plutôt qui vous a décidée ?

Annie Cordy : Ah mais c’est Mimi ! C’est ma filleule. Depuis dix ans, elle est quand même mon assistante et depuis un bon moment, elle me disait « marraine, il faudrait que tu refasses un album… » C’est vrai que je n’en avais pas fait depuis quinze ans, depuis 1998. Il fallait que je réapprenne des chansons… mais je suis contente parce que j’ai eu beaucoup de chansons écrites par des copains. Évidemment mon frère Aznavour, qui en a fait deux, et puis Macias, mon autre frère, en a écrit une. Il faut savoir que j’ai deux frères dans ce métier, c’est Charles et Enrico.

Annie Cordy, ça me plait… pourvu que ça vous plaiseVous dites partout que c’est votre filleule qui vous a poussée, mais vous, dans le fond, n’en aviez-vous pas envie personnellement ?...

Ah oui ! Vous savez, ça m’a fait super plaisir de le faire…

Où l’avez-vous enregistré cet album ?

Ah, ça c’est magnifique ! On l’a enregistré en Belgique dans un petit coin à Soignies. Il y a un studio entouré de verdure. On est à la campagne, il y a des oies, des poules, des lapins… C’est fantastique ! Ce qui fait que cet album a été enregistré dans la sérénité et le bonheur avec les musiciens qui étaient là. C’est le studio de Renzo Gotto. C’est sa femme qui fait la cuisine et sa fille qui vient servir à table. On mangeait là-bas avec tous les musiciens. C’était fabuleux ! C’était donc un enregistrement comme on n’en fait plus. Quand on est en studio, on passe des heures à tourner en rond, on a souvent la tête comme un ballon et là, non, c’était vraiment formidable. Ça a été vraiment un enregistrement magnifique. On a eu également des musiciens formidables. L’orchestrateur, c’est un italo-belgo-flamand, qui est très très bien ! J’ai des musiciens franco-belges là-dedans. Les cuivres, ce sont des belges, les violoncelles, ce sont des belges aussi. Christophe Delporte, mon chef d’orchestre, qui est un accordéoniste classique formidable. Et sa femme, Isabelle, est une violoniste magnifique. Comme vous le voyez… tout s’est fait dans un esprit très familial et dans la sérénité. C’est très important, je pense.

Avant de rentrer en studio, aviez-vous une certaine appréhension, un peu comme une débutante ?

Oui… Mais vous savez, sur ces quinze ans, j’avais tout de même gardé mon tour de chant. Donc, je n’étais pas si éloignée que ça. Ça fait partie de ma routine. Ce nouvel album, quand j’ai découvert les chansons, je me suis dit que j’avais de la chance. Barzotti m’a écrit « Trois petites notes de musique », Gilbert Montagné « La Machine à Café »… Toutes les chansons étaient vraiment différentes les unes des autres, donc, je ne me suis pas ennuyée une minute. Je passais de l’une à l’autre dans le bonheur total…

Vous avez réuni un casting assez impressionnant sur cet album. Si vous le voulez bien, nous allons nous balader un peu au travers des chansons, de leurs auteurs et de leurs compositeurs. Si vous avez une petite anecdote, n’hésitez surtout pas !

D’accord ! C’est une très bonne idée !

On va commencer avec votre premier frère, Charles Aznavour, qui vous a adapté sa chanson « Des amis des deux côtés ».

Oui ! J’adorais cette chanson que Charles avait enregistrée. Charles, lui, il chante toujours une mesure avant. C’est très difficile de l’accrocher. Alors, j’ai voulu faire la chanson complètement à plat. Et puis, je trouvais l’idée d’avoir des amis des deux côtés assez formidable. Que ce soit au paradis ou en enfer, je peux toujours me trouver des copains ! J’ai trouvé l’idée formidable. J’ai pris beaucoup de plaisir à la chanter parce que c’est un peu jazzy. C’est une très chouette chanson.

Annie Cordy © Marc-Antoine Coulon

A-t-il accepté tout de suite de vous écrire la version féminine ?

Ah… Charles ! Lui, il est comme ça. Je lui téléphone un matin en lui disant « ta chanson, elle est bien, mais c’est pour des mecs, ça… » Il me dit « T’inquiète pas, je te rappelle dans une heure ! » Une heure après, il m’avait écrit la version féminine.

En une heure ?

Ah oui ! Montre en main ! Charles, on lui téléphone pendant son petit déjeuner, le temps de prendre un café, il a déjà ce que vous lui avez demandé ! Il est tellement doué ! Et puis, c’est mon frère…

Dans un autre style, il y a « La Machine à Café » de Gilbert Montagné !

Ah la la… Il m’a fait rire ! Il est drôle… [Annie commence à chanter « La Machine à Café »] Je trouvais cette chanson très chouette. Le filleul de ma filleule, quand j’ai commencé à chanter cette chanson, répétait tout le temps « Annie, elle me fait kiffer ! » Pour lui, c’est très moderne, cette machine à café, c’est ça qui fait kiffer !… Il passait des heures à chanter cette chanson. Et moi, je me suis régalée à la chanter. Et je me régale toujours. D’ailleurs, je vais essayer de la coller dans mon tour de chant !

Annie Cordy © Marc-Antoine Coulon

Cette « Machine à Café » fait un peu écho à « Cho Ka Ka O », je trouve. Et ça me fait une transition parfaite pour parler de « Hawaï 1942 », qui est composée par Vivien Vallay qui a composé ce fameux « Cho Ka Ka O »…

Vivien a effectivement écrit « Cho Ka Ka O », mais là, « Hawaï 1942 », c’est un tout autre registre.  J’aime beaucoup ce titre parce qu’il a réussi à recréer toute une atmosphère. Moi, je me vois très bien sur le sable, en 1942, avec un américain en uniforme avec le képi et tout ça… Je me sens très bien en infirmière dans les bras de mon…

Manu di Bango !

(rires) Oui ! C’est mon ami, lui. Qu’est-ce qu’il est drôle. Il est venu répéter à la maison, je ne comprenais pas bien ses paroles. Je lui disais « Je ne comprends pas ce que tu dis. Ar-ti-cule ! » (rires) [Annie imite Manu] On a bien rigolé pendant qu’on répétait, mais finalement, notre « Hawaï », il est sorti ! Et que Vivien ait écrit cette chanson, c’est assez formidable, parce que ça n’a rien à voir avec « Cho Ka Ka O ».

Dans un tout autre style, il y a la reprise de Gabin, « Je sais ».

J’étais sur le tournée « Âge Tendre », et Michel Delpech vient me trouver un jour en me disant « Tu sais Annie, ce que j’adorerais, c’est que tu reprennes la chanson de Gabin… » Je pensais que ça ne fonctionnerait jamais, parce que Gabin, c’était tellement énorme… Michel me dit qu’il faudrait écrire la version féminine. J’ai trouvé son idée excellente. J’ai appelé Jean Lou Dabadie et je lui ai demandé s’il pourrait m’écrire la version féminine… « Mais tout de suite ! », m’a-t-il dit ! Ceci dit, il a juste changé les six premières phrases, après c’est resté la même chose. Il m’a donc fait la version féminine. J’ai beaucoup aimé reprendre ce titre…

Vous aviez tourné « Le Chat » avec Gabin.

Oui. Bien sûr.

Annie Cordy © Marc-Antoine Coulon

Faisait-il partie du cercle de vos amis ?

Non. Mais ça a été une grande rencontre pour moi. J’avais très peur de tourner avec lui parce que je ne le connaissais pas du tout, Gabin. Il m’avait invitée à venir la veille du tournage, pour qu’on se rencontre. J’avais donc été la veille, il était sur un autre tournage. Je m’étais cachée derrière un décor. Il m’a repérée et il a dit « la petite est là ! ». Ça a été formidable. On a beaucoup parlé. Et le lendemain, on a tourné. Entre les séquences, on a toujours beaucoup de temps à attendre. Gabin disait « Ce qui est formidable, c’est que moi, il me faut deux secondes pour envoyer les pastilles et eux, il leur faut deux plombes pour arranger le plateau ! » (rires) Dès que le tournage était terminé, entre nous, on avait deux sujets de discussion. C’était ou la bouffe ou le cyclisme ! J’ai tout de même fait trois Tours de France ! Il me disait « Les flahuts (les Flamands dans mon pays), ils connaissent tous les pavetons (les pavés) du Nord ! » Ça prenait des proportions… il me faisait marcher ! C’était très sympathique. Et ce qui était marrant pendant le tournage, c’est que quand arrivait six heures et demie, les gars de la lumière disaient que c’était presque prêt. Et à 19 heures, Gabin disait « Ah non ! la daube est sur le feu ! » et il partait ! (éclats de rires) Il était drôle Gabin… Je vais vous raconter quelque chose d’autre de formidable à propos de ce tournage. Je n’avais donc aucune scène avec Simone Signoret. Eh bien, elle est venue un jour simplement pour m’embrasser et me dire « Good Luck » ! Elle était extraordinaire. Vraiment. Elle été adorable cette femme. Elle n’avait rien à faire sur le tournage. Gabin, elle le connaissait par cœur, mais elle est venue spécialement pour m’embrasser. Ça, ce sont des choses qui me restent. Ça me touche beaucoup…

C’est rare de venir sur un tournage juste pour saluer un autre comédien.

Oui. Ça m’a beaucoup touchée.

Après cette parenthèse Gabin, on va revenir à l’album, avec la chanson qui ouvre le bal, « Trois petites notes de musique », de Claude Barzotti.

Ah Barzotti !... La Barzott’ et Anne-Marie Gaspard m’ont gâtée ! (rires) Je l’ai d’ailleurs chantée à « Vivement Dimanche » cette chanson. C’est une jolie chanson. Les gens sont très touchés par cette chanson. Quand je l’ai chantée, le public était heureux comme tout. Et moi aussi, je suis heureuse de la chanter. Je la mettrai dans mon tour bien sûr.

Annie Cordy © Marc-Antoine Coulon

Avez-vous hésité avant de parler de vous à la troisième personne ?

« Annie vous emmène à partager la scène… Trois petites notes de musique, et le contrat est rempli. Elle a fait ses petits tours et ses petits bons… » Je n’aime pas beaucoup parler de moi, j’avais un peu peur de parler d’Annie. Mais là, c’est bien, je trouve… On ne parle pas d’Annie Cordy, mais d’Annie tout simplement. [Annie chante le premier couplet] C’est vrai que quand on chante sur scène, si le public part heureux, le contrat est rempli.

Elle est très jolie en ouverture d’album.

Ça a été très difficile, ça, de mettre les chansons dans l’ordre. On a cherché à faire des choses qui ne se ressemblaient pas, qui n’avaient pas la même couleur musicale. Après, en deuxième piste, ce sont « Les Baisers de Mon Cœur », ça n’a rien à voir… C’est une chanson plus actuelle. D’ailleurs, c’est un jeune qui a écrit ça…

Mathieu Johann.

Oui ! Il a fait partie de la Star Ac, lui. Sur son album, j’ai chanté « Harold et Maud » avec lui. On a fait un duo magnifique. Il est adorable ce garçon…

Annie Cordy © Marc-Antoine Coulon

Vous avez récemment tourné le clip de cette chanson de Mathieu Johann « les Baisers de Mon Cœur » à Montmartre, je pense…

Oui ! Au Sacré-Cœur à six heures du matin ! (rires) Tout simplement parce qu’on ne peut pas y aller autrement ! Il y a trop de touristes. On ne peut pas tourner là-bas. Et puis, il y a aussi beaucoup de clochards. On ne peut pas leur demander de partir, parce qu’ils vivent là-bas. C’est pour ça qu’on a décidé de tourner à six heures du matin. Il faisait « aglagla »… il ne faisait pas chaud, je vous assure ! (rires) Mais je pense que le clip est sympa…

Alice Dona et Claude Lemesle vous ont écrit « Je veux ». Vous dites dans votre bio que cette chanson, c’est Mimi qui voulait l’écrire au départ…

Oui, oui… Elle a transmis ça à Alice quand on était en tournée ensemble. Elles se sont liées d’amitié Mimi et elle. Et puis, elles ont parlé de moi. « Ma marraine est comme-ci, elle est aussi comme ça. Je voudrais dire ça d’elle, etc, etc… » Alice a sauté dessus et elle a fait une musique. Elle en a parlé à Claude Lemesle, qui a écrit les paroles. C’est vraiment une chanson typique de Music-Hall. Et puis, j’ai eu la chance d’avoir un orchestre formidable qui a bien retranscrit l’idée de la chanson.

Patrick Loiseau vous a écrit l’adaptation française de « Is That All There Is ? » de Peggy Lee. Qui devient ici « Si c’est ça la vie »…

Ouiiiiii ! Il est content le Patrick. Il m’a téléphoné tout de suite quand il a reçu la chanson ! (rires) C’était chouette de faire ça. Évidemment, c’est un titre où il y a beaucoup de parler. Mais j’aime bien raconter. Comme j’aime bien faire des contes pour enfants aussi. Ça peut être gai, guilleret… J’aime bien raconter des histoires. Ça m’a vraiment plu cette chanson.

Jean-Jacques Lafon vous offre « La vie est belle ». Je suppose que vous l’avez croisé sur « Âge Tendre » aussi.

Oui. Jean-Jacques m’a dit un jour : « Je vais t’écrire un titre, ça va faire un tube ! Tu vas voir ! » Il m’a fait mourir de rire. Il est d’un drôle ce garçon… Et c’était parti. Elle est  très entraînante. C’est vraiment le style Annie Cordy celle-là, vous ne trouvez pas ?

Annie Cordy © Marc-Antoine Coulon

Si. Mais dans le fond, toutes sont de votre style. Ce sont des styles différents, mais votre répertoire est ainsi… Tour à tour touchant, drôle, amusant…

Vous savez, on s’approprie les choses. Il y a des choses qu’on aime. Par exemple « Si Dieu existe » de Claude Dubois, ce n’est pas pour moi à la base. Quand on y pense, ce n’est pas pour moi, mais j’étais tellement émue de voir et écouter Claude la chanter que j’ai voulu la chanter aussi. C’est une magnifique chanson. Il fallait que je la chante…

En parlant de cette chanson, j’aimerais faire un petit aparté. Cet été, on a annoncé votre mort sur internet. Qu’avez-vous ressenti ?

Ah… C’est vraiment incroyable cette histoire. Pour être franche avec vous, on m’en a parlé deux ou trois jours après. Comme je ne regarde pas internet, je ne savais rien. Mimi, elle, le savait mais elle ne m’en a pas parlé. On n’a pas idée de faire des trucs comme ça ! Si ça les fait rire, moi, je veux bien, mais bon… Qu’ils se demandent si c’était leur tante ou leur maman… Si c’était quelqu’un de leur famille, ils trouveraient ça tout de suite moins drôle… C’est terrible ce truc. Comment peut-on faire et dire des choses comme ça ? Comment peut-on être si tordu ?

C’est bête et méchant.

Vous avez tout résumé ! Vous savez, plein de personnes m’ont téléphoné… enfin… m’ont téléphoné… ont téléphoné à Mimi en lui demandant ce qui se passait ! (rires) Oh… C’est comme ça, on ne peut rien dire ni rien faire, on ne sait pas qui a lancé la rumeur. Ils ne doivent pas être très clean dans leur tête ceux qui ont fait ça. Mais bon… on ne va pas revenir là-dessus, ça ne sert à rien ! (rires)

Jean-Max Rivière également signe une superbe chanson, « La Machine à Chanter ».

Il y a de superbes passages dans cette chanson. Et notamment quand il dit que j’ai tellement chanté, depuis si longtemps, que j’ai l’impression d’avoir connu Napoléon, Jeanne D’Arc et le Roi Dagobert. Ça m’a fait rire !... Elle est très chouette aussi cette chanson. Je l’aime beaucoup.

Annie Cordy © Marc-Antoine Coulon

On a commencé cette liste par votre premier frère, Charles. On va terminer avec le deuxième, Enrico…

Ah… « Nos Cœurs à l’Unisson » ! Ah… Mon Macias… Vous savez, Enrico, je l’ai vu débarquer à Paris. Le premier gala qu’il a fait, c’était au Palais d’Orsay. Il y avait une grande salle où Piaf passait de temps en temps. Maintenant, ça n’existe plus. Macias était en smoking blanc. Il avait au moins près de 20 kilos de plus que ce qu’il a maintenant. Il était un peu rondouillard. On a tout de suite sympathisé. Et depuis ce moment-là, c’est mon frère. On se voit quand on peut. On se téléphone plus souvent. Mais je suis toujours tellement heureuse de le voir. Il a dansé le tango avec moi, je peux vous dire que c’est quelque chose, Macias qui danse le tango… Il n’est pas très doué !! (éclats de rire) C’était dans une émission des Carpentier, on avait un duo. Comme c’était enregistré à l’avance, je pouvais lui parler pendant la danse. Alors je lui disais ce qu’il devait faire avec ses pieds « à droite, à gauche… » (rires) J’ai plein de souvenirs avec Enrico. On ne se voit pas souvent, mais on s’aime. C’est comme avec mon Charlot. On ne se voit pas souvent non plus… mais on s’aime !

N’avez-vous pas été tentée d’écrire vous-même une chanson ?

(éclats de rire) Ah non !!! Ça m’est arrivé une fois. C’était pour un spectacle à Bobino. Je n’avais pas de chanson d’entrée. Je revenais de je ne sais où. J’étais en avion, ça je m’en souviens. Il fallait absolument que j’écrive quelque chose. Et c’est devenu « Poupée Bouclée ». [Annie chante] C’était une chanson d’entrée style 1925. À l’époque, c’était bien ! Mais ça a mal vieilli ! Maintenant, on ne pourrait plus chanter ça !! C’est dépassé. Je parlais de mes deux grands yeux et un petit nez. Je les ai toujours, ça n’a pas changé. Mais, donc, je n’ai pas voulu remettre le couvert !! À côté de tous les copains qui m’écrivent des chansons, je ne peux pas rivaliser ! C’est impossible ! (rires) Ils écrivent des choses qui me collent tout de suite à la peau.

Vous êtes un peu tout le temps sur les routes, vous allez reprendre l’année prochaine la tournée « Âge Tendre », mais qu’en est-il d’une rentrée parisienne avec ce nouvel album ?...

Je n’en sais rien. Je suis vraiment dans le flou. Ce que j’aimerais faire, c’est jouer dans un lieu plus petit, un théâtre de 500 personnes tout au plus. Pas un grand truc. On pourrait faire l’Olympia pour un soir peut-être, et encore, je ne sais pas… Mais les gens dans les petites salles sont plus à l’écoute, je trouve. Et surtout pour ce genre de chansons, dans lesquelles il y a des choses qui touchent plus les gens. C’est peut-être des idioties que je dis là parce que j’ai chanté des chansons tendres à l’Olympia et ça passait très bien. Mais bon… Enfin, Arnaud [Delbarre], il veut que je rechante à l’Olympia. Il m’a dit « tu fais l’Olympia et tu fais venir tous tes copains pour faire des duos… » Je lui ai dit « NON ! » C’est la routine maintenant de faire des duos. Je suis peut-être démodée, mais je ne veux pas être à la mode ! Et je n’ai jamais voulu l’être !

Tout le monde fait des duos aujourd’hui, c’est dans l’air du temps…

J’en fais un avec Manu di Bango, ça suffit ! Ça devient trop, je trouve. Autant, à la télé, je ferais volontiers un duo comme on le faisait à l’époque pour les Carpentier. Mais on faisait des duos pas de nos chansons, c’était des titres nouveaux que les Carpentier nous faisaient travailler. On répétait quelques fois dix jours aux Buttes Chaumont. Je me souviens… le plafond était très bas et quand on montait sur scène avec les danseurs, je me prenais des coups sur la tête ! Je m’en souviens très bien ! Mais on ne chantait pas nos propres chansons en duo. Pourquoi ferais-je ma publicité et celui qui vient chanter avec moi ne la ferait-il pas ?! Quand ça vient comme ça pour une occasion précise, un duo, c’est chouette. Autrement… bof ! (rires)

Annie Cordy © Marc-Antoine Coulon

Donc, pour en revenir à cette éventuelle rentrée parisienne, vous vous verriez mieux dans un petit théâtre pour un spectacle un peu plus intime.

Oui, plus près des gens. Mais pourquoi pas un Olympia ? Je ne dis pas non. Mais c’est autre chose. Ce que j’aimerais, c’est rester plusieurs jours dans un théâtre. Enfin, on verra ! On ne sait pas ce que nous réserve l’avenir. Mais c’est quelque chose que j’aimerais bien faire…

Vous avez donné plus de 6000 concerts tout au long de votre carrière…

Oui, j’avoue ! (rires)

C’est vertigineux ! Avez-vous une anecdote particulière à me raconter ?

Ce qui me vient en tête, là, tout de suite, ce sont tous les kilomètres que j’ai pu avaler ! Les gens que je rencontre me disent toujours que j’ai eu la chance d’aller chanter à tel ou tel endroit. Et ils me demandent comment j’ai trouvé la cathédrale ou telle autre curiosité… Je leur explique que j’arrive d’un autre gala, ou plutôt d’un autre concert comme on dit aujourd’hui. Je fais une balance avec mes musiciens, il doit être quatre ou cinq heures. Après, je vais dans ma loge, je mange les carottes râpées et un morceau de poulet que j’ai achetés chez un traiteur. Puis je me maquille tranquillement. Et après le spectacle, le plus souvent, je repars directement dans la voiture pour 100 ou 200 bornes pour avancer un peu plus vers la ville où je chanterai le lendemain. C’est ça la vie de tournée. Souvent, quand j’arrive dans un théâtre, je ne le reconnais pas même si on me dit que j’y ai déjà chanté quelques années auparavant. Mais par contre quand je rentre dans le théâtre, là, les souvenirs reviennent, et je retrouve tout de suite le chemin de ma loge. Ma loge, elle, je la reconnais. Sur scène aussi, je me souviens de comment est configurée la salle… Vous savez j’en ai tellement faits des galas ! Mais les gens pensent souvent que j’y vais en touriste et que j’ai le temps de visiter la ville ou d’aller dans un bon restaurant du coin… Non, ce sont des carottes râpées le plus souvent !... et quand je n’ai pas le temps d’acheter des carottes râpées, je prends une  barre de céréales ! (rires) On n’a pas le temps de faire du tourisme. Quand j’ai un jour off, je reste à l’hôtel et je fais dodo… Là, je vais vous avouer qu’en ce moment, je suis malheureuse comme les pierres parce que j’ai plus de quatre mois de retard dans mon courrier. J’ai l’habitude de répondre aux lettres que je reçois. Et là, je n’ai vraiment pas eu le temps. Alors, tout ça s’est amoncelé… Mais ! Parce qu’il y a un mais ! Je pars pour la Noël dans ma maison en bas… et j’emmènerai une valise entière de mails et de courriers auxquels je n’ai pas répondus. Toute la valise va être bourrée, ça va peser un âne mort. Je vais m’installer sur la grande table de ma salle à manger et je vais répondre à tout le monde ! Tous les jours, je ferai deux ou trois heures de courrier. Je suis toujours malheureuse quand je ne peux pas répondre aux gens qui m’écrivent si gentiment… Je les ai mal habitués, n’est-ce pas ? (éclats de rire)

Propos recueillis par IdolesMag le 16 novembre 2012.

-> Site officiel : http://www.annie-cordy.com/









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