Interview de Simon Dalmais

Propos recueillis par IdolesMag.com le 04/10/2012.
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Simon Dalmais - DR

Après avoir été de nombreuses années instrumentiste et avoir accompagné de nombreux artistes (dont sa sœur Camille et Emma Solal), Simon Dalmais sort de l’ombre et nous livre enfin ses chansons, qu’il peaufine depuis de longues années. Sorti l’année dernière, son premier album « The Songs Remain » nous avait séduit par la mélancolie et la douceur qu’il dégageait. Simon est aujourd’hui dans les starting-blocks pour enregistrer son deuxième album, c’est dans cette période d’entre-deux que nous avons décidé d’aller à sa rencontre afin d’en savoir un peu plus sur son travail…

IdolesMag : Tu as été instrumentiste pendant de nombreuses années. Qu’est-ce qui a été le déclic pour te lancer dans la chanson ?

Simon Dalmais : Pour moi, ce sont deux choses différentes. J’ai été instrumentiste en effet pendant un moment et je gagnais ma vie comme ça. J’ai aussi appris beaucoup de choses en accompagnant d’autres personnes. Mais en fait, pendant toute cette période, quand je revenais entre deux concerts chez moi, je continuais à travailler ma propre musique. J’ai toujours chanté en fait… C’est plutôt qu’à un moment donné, à force de cumuler des chansons et des envies de les publier, j’ai franchi le pas. On ne peut pas dire qu’il y ait eu un basculement à un moment précis.

Ton projet mûrissait depuis longtemps en toi.

Oui, c’est ça. Disons qu’à un moment, il était vraiment temps que je fasse aboutir ce projet. J’étais aussi motivé par le fait que comme j’accompagnais d’autres personnes, j’avais finalement envie de faire comme eux au bout d’un moment.

Ce premier album, quand a-t-il vraiment pris forme ? Y a-t-il eu un moment précis ?

Simon Dalmais, The songs remainJ’ai eu cette démarche pas mal de fois, et je ne l’ai pas faite aboutir. Soit ça venait de moi, soit j’essuyais des refus. Mais à un moment donné, j’ai réuni cette énergie créatrice que j’avais accumulée pendant des années. Et là, je me suis dit que j’allais synthétiser en un disque mes divers projets. Alors, je n’ai pas tout pris, loin de là… J’ai réécrit pas mal de chansons. Tout ça a commencé vers 2009/2010. Et très honnêtement, le vrai déclic a été tout simplement de trouver un label. C’est ça qui est vraiment l’élément déclencheur. Je n’attendais que ce moment pour accoucher d’un disque. Parce que c’est une forme d’accouchement quelque part… Tout ça pour te dire que j’étais prêt depuis assez longtemps finalement.

Depuis quel âge écris-tu et composes-tu ?

Depuis longtemps… Depuis mes douze/treize ans, quelque chose comme ça. Ça fait une vingtaine d’années que je fais de la musique.

Au départ, créer des chansons était-ce pour toi une forme de jeu ou un moyen d’expression ?

Un peu des deux. Disons que j’étais très mélomane. Je le suis toujours, mais à l’époque, j’ai écouté un très grand nombre de disques… enfin, de cassettes à l’époque, pour être précis ! Dans un peu tous les styles musicaux. Je faisais du piano, j’aimais ça. Et j’ai découvert avec le temps que c’était un formidable moyen d’expression, un espace de liberté et de découverte. J’ai beaucoup appris par moi-même en cherchant des idées et en essayant d’imiter les choses que j’avais entendues. Ça a été un moteur. Et c’est quelque chose qui ne s’est jamais vraiment arrêté. Au fur et à mesure que j’avance dans la vie, ma musique m’accompagne.

Ton rapport à la création a-t-il changé en vingt ans ? As-tu gardé la fraîcheur et la pureté de tes débuts ?

Forcément, ça évolue ! Et heureusement ! (rires) Mon jeu de piano, il est très instinctif, mais pendant longtemps, il m’a manqué pas mal de bases. À mesure qu’on grandi, on a aussi plus de structure mentale et on prend de l’assurance. On a aussi plus de réflexes. Ce qui fait qu’aussi bien pour l’écriture musicale que pour le jeu, je suis plus cadré. J’ai affiné mon écriture tout de même. Et en même temps, j’essaye quand même, et c’est là pour moi tout l’intérêt de créer de la musique, c’est que ça vienne vraiment de moi, que ça ne soit jamais dans l’imitation. J’essaye de garder ça depuis le début, et c’est ce qui me fait avancer. J’essaye d’écouter la musique derrière moi et j’essaye de l’attraper. C’est une sorte de chasse au papillon, la création de musique… (rires)

Écris-tu et composes-tu beaucoup de chansons ?

Ça dépend des fois et ça dépend du temps que j’ai. Mais quand j’ai le temps, je suis toujours prolifique. Par contre, je fais des choix assez drastiques sur les choses que je joue sur scène ou que je pose sur un disque.

Pourquoi as-tu fait le choix d’écrire tes textes en anglais ? Vas-tu naturellement vers cette langue ou bien est-ce une forme de pudeur ?

Là encore, j’avais plutôt l’embarras du choix parce que j’écris aussi en français. Mais j’ai quand même plus écouté de musique anglo-saxonne et j’ai une certaine fascination pour elle. En fait, j’aime beaucoup la chanson traditionnelle à texte française, mais peut-être que je me sens moins mûr pour ça. Je le laisse pour plus tard. Je ne pense pas que je suis mûr pour chanter en français sous mon nom. J’ai choisi le truc dans lequel j’étais plus à l’aise.

Donc, le français, ce n’est pas une porte fermée.

Pas du tout. Je regrette presque de ne pas avoir mis de paroles en français sur ce premier album. J’ai tout de même mis des titres en français pour bien montrer que je n’étais pas fermé à l’idée. Mais j’ai voulu faire un disque très homogène, qui ait une vraie couleur.

Quels musiciens as-tu réunis autour de ce projet ? Et comment les as-tu choisis ? Les connaissais-tu depuis des années ou les as-tu rencontrés en vue d’enregistrer l’album ? Seb Martel, tu le connais depuis longtemps, lui…

Oui ! En fait, il y a vraiment les deux. À partir du moment où j’ai signé sur mon label, on a mis à plat le disque. Il fallait un peu remplir les cases. Qui allait faire quoi ? Alors, moi, je m’occupe des claviers et des voix. Je peux écrire des arrangements pour d’autres choses, mais c’est assez limité. Donc, j’ai cherché un arrangeur de cordes, que je n’avais pas autour de moi, en tout cas, je ne pensais pas en avoir. On a fait le choix de travailler avec Olivier Manchon, que je ne connaissais pas et que j’ai donc rencontré pour ce disque. J’ai bien aimé ce qu’il faisait de son côté… À la basse, il y a Vincent Artaud, que je ne connaissais pas non plus. C’est un très grand professionnel qui a une très bonne oreille. C’est typiquement le genre de musicien qu’on recherche quand on enregistre un disque. Et puis, si ma mémoire est bonne, tous les autres musiciens, ce sont soit des amis, soit des gens avec qui j’avais déjà travaillé. Je les ai donc fait venir autant par amitié que par goût de comment ils jouaient. J’avais le souci aussi que les interventions soient un peu furtives. Je voulais qu’on fasse le disque assez rapidement. On n’avait pas non plus un budget énorme. Je me suis limité à ces choix.

Ta musique est extrêmement visuelle, elle crée des atmosphères. As-tu des images qui défilent quand tu composes ?

En fait, je joue même souvent les yeux fermés et je me laisse souvent porter par la chanson qui est en train de naître. Si quelque chose apparait vraiment, une espèce de tapis roulant avec des images, c’est plutôt bon signe. Et là, je continue. À l’inverse, si le petit monde intérieur créé par la chanson ne se définit pas vraiment, j’ai plus de mal. Ce sont souvent des morceaux que j’abandonne au final. Donc, oui, en effet, c’est quelque chose auquel je suis attaché. Je vois des images, des couleurs… Pour moi, ça va nécessairement avec la musique.

Simon Dalmais - DR

Travailler sur des images imposées t’intéresserait-il ?

Je l’ai un peu fait. Mais je suis moins sûr de vouloir le faire aujourd’hui. J’ai fait un truc très intéressant, c’est jouer sur des films d’archives au Louvre à Paris avec un slameur, Saul Williams. J’ai beaucoup aimé, mais ce n’était pas de la composition. On avait choisi des morceaux et on illustrait les films. Ça m’intéressait. Après, la musique à l’image en tant que telle, c’est un exercice pas évident. Je crois que je préfère créer sans image. Ça me donne plus de liberté. Après, pourquoi ne pas faire les montages et mettre ces musiques sur des images ? Disons que l’image est à mes yeux une contrainte très forte. La contrainte de l’image fait qu’on va peut-être moins loin musicalement. Je pense que suggérer des images, c’est bien. C’est même mieux. C’est un peu comme la lecture où les mots ne prennent pas sens de la même manière pour tout le monde. Dans ma musique, j’espère que l’auditeur va, à sa manière, voir des choses, mais que personne ne va voir la même chose. Cette notion d’évocation par la musique est quelque chose d’important pour moi. J’ai envie de générer un peu de rêve et de faire apparaître des choses à l’écoute. Mais il faut que ça reste assez libre. Donc, je ne vais pas plus loin que suggérer, pour l’instant en tout cas…

De tous les titres, y en a-t-il un pour lequel tu as un peu plus de tendresse qu’un autre ?

Il y en a plusieurs qui ressortent. Mais il y a surtout « Sweet Senses My Love ». C’est un instrumental. Je l’ai enregistré chez moi à la campagne. J’ai pris le temps qu’il fallait. J’ai vraiment pris le temps pour l’écrire. Et j’ai voulu l’écrire pour un disque qui n’était pas encore en train de s’enregistrer, mais je me suis dit que ça, je voulais le publier. Et de la même manière, « Following », qui est à la fin du disque, est un morceau que j’ai toujours aimé. Il est un peu plus ancien que les autres. J’adore le jouer sur scène. J’ai l’impression qu’il me correspond plus que d’autres. C’est un peu plus viscéral comme rapport.

Le titre de l’album, c’est « The Songs Remain », ce qui veut dire « Les chansons restent », quelle signification as-tu voulu lui donner ?

Là, c’est pareil, je laisse suggérer des choses. C’est pour ça aussi que j’aime ce titre, parce qu’il suggère, mais aussi qu’on peut le lire de plusieurs manières. Moi, ce que je vois comme premier sens, c’est que nous, on est sur terre pour un moment donné, mais que les chansons, elles, elles restent. Quand on écrit des chansons, on a cette chance de se projeter un peu dans le futur et dans le passé. Il y a quelque chose qui est lié au temps d’assez incroyable dans la musique. Quand on écoute un morceau 30 ans après, il existe toujours. On peut écrire pour le futur… En fait, quand on écrit, on ne sait pas vraiment où on est. Et à un moment, quand on va graver la musique sur une bande, il y a quelque chose d’indéfinissable qui se passe avec le temps. Les chansons vont rester d’une manière ou d’une autre… J’aime bien cette idée…

La scène, t’y sens-tu chez toi ? Est-ce une grande partie de plaisir ou plutôt une grande partie de souffrance suivie d’une grande partie de plaisir ?

C’est un peu ça… C’est un peu des deux. Ce n’est pas évident de faire de la scène. Sur le papier, on n’est pas obligé de faire de la scène quand on est musicien. C’est la moitié du boulot un peu… Et je fais partie de ceux qui ne sont pas toujours enclins à aller sur scène. Et en même temps, c’est un grand espace de liberté. On y vit un grand moment. C’est le direct. C’est inscrit dans la vie. Avec le temps, je trouve que c’est indispensable de faire les deux. Au départ, je suis plus un créateur de l’ombre, c’est plus mon profil. Mais je me rend compte que j’ai besoin de le partager.

Et le studio ? Tu y es plus dans ton élément vu que tu es instrumentiste…

Oui, mais en même temps, je ne passe pas énormément de temps en studio. Je passe plutôt beaucoup plus de temps chez moi à écrire et composer. Les moments en studio sont finalement assez rares et j’adore ça. Je trouve que ce sont des petits moments de paradis. On a à disposition des instruments, des micros, plein de choses. Généralement, les gens sont très cools en studio. Ce sont des gens assez posés, très professionnels et très drôles ! Ce sont de beaux moments… J’aspire beaucoup à aller en studio.

Simon Dalmais - DR

En ce moment, tu fais pas mal de premières parties de ta sœur, Camille. As-tu hésité un moment avant d’accepter ? N’as-tu pas eu peur d’être catalogué comme « le frère de » ?

Oui, j’ai hésité… Donc, j’ai décidé de faire un peu un entre-deux. C’est-à-dire, en faire de temps en temps, mais pas tout le temps, pour éviter justement ce que tu dis… Même si je comprends très bien le catalogage… Quiconque se met en avant dans la vie dans n’importe quel domaine finit par rentrer dans une case. C’est valable pour tout le monde. C’est inévitable. Mais en même temps, ce sont de très bons moments parce que j’aime beaucoup ma sœur et son équipe. C’est un challenge d’assurer ses premières parties. Ça me remet le pied à l’étrier. Et puis, ça me permet de jouer devant des gens qui ne seraient pas venus me voir autrement… Je le fais donc avec parcimonie. Je ne veux pas que ça prenne le pas sur mon activité.

La première partie est déjà à la base un exercice pas super évident, donc, en famille ça l’est peut-être encore moins.

Ouais. C’est super risqué ! Et puis, il faut bien mettre la famille de côté au moment où on joue. On ne voit pas les choses de la même manière quand on est en famille ou non. C’est un peu difficile tout ça… Maintenant, soyons honnêtes, je prends pas mal de plaisir à le faire, mais les premières fois, ça n’était pas vraiment évident.

Tu as accompagné Emma Solal pendant quelques temps. Comment s’est passée votre collaboration ?

Emma… Je ne me souviens pas très bien comment on s’est rencontrés. Je me souviens par contre très bien comment on travaillait ensemble, mais comment on s’est rencontrés... je ne sais plus trop. Je pense que c’était par une petite annonce. Elle cherchait un pianiste. J’ai le souvenir d’échange d’emails alors que je n’étais pas trop inséré dans le milieu professionnel. Oui, ça doit être ça, j’ai répondu à une annonce, puis on a sympathisé et on a travaillé ensemble. On a fait pas mal de concerts à Paris ensemble. À l’époque, elle faisait des reprises de chansons italiennes, elle chantait le répertoire de Jeanne Moreau également, très beau, et celui de Serge Reggiani. On formait un duo assez original, c’était vraiment sympa…

« The Songs Remain » est sorti il y a un petit bout de temps maintenant (en mars 2011). J’imagine que tu es reparti sur un nouvel album…

Je suis précisément dans ce moment-là. Je suis en train de le préparer. Concrètement, je suis en train de choisir les musiciens et les morceaux.

C’est vraiment d’actualité.

Oui, oui. C’est pour les six mois à venir. Alors, je ne sais pas encore trop bien quand, mais ça va venir. Et je peux te dire que je me suis beaucoup impatienté ces derniers temps. J’aurais beaucoup aimé le faire il y a un an. Donc, là, je suis à fond… J’ai une très grosse envie de faire des disques.

Dans quelle direction vas-tu aller ? Va-t-il être le digne successeur du premier ou vas-tu aller explorer de nouveaux terrains ?

Il y a un virage qui va être pris. Mais sans délaisser le premier disque. Mais c’est clair qu’il y aura un virage. Ça va s’ouvrir. On verra plus de choses, il y aura plus de couleurs aussi. Et puis, on verra d’autres aspects de la musique que je fais, que j’ai peut-être cachés sur le premier. Je pense que ce sera un disque plus ouvert. Il y aura plus de lumière. Mon premier album fait plutôt penser à un coucher de soleil. Ce sont des atmosphères très douces et plutôt automnales. Le deuxième va être plutôt printanier…

Propos recueillis par IdolesMag le 4 octobre 2012.









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