Interview de Alex Kassel

Propos recueillis par IdolesMag.com le 07/11/2012.
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Alex Kassel - DR

Alex Kassel sort son premier album, « Along The Way ». Annoncé comme un DJ, le bonhomme se révèle plutôt être un véritable songwriter. Élevé à la soul et à la funk, c’est dans le rock et même le hard rock que Kassel a appris la musique. Après un passage à la prestigieuse Berklee School of Music de Boston, il nous livre un premier opus, construit à l’ancienne, dans un registre dance électro, plutôt pas mal foutu. En quelques mots : positif, énergique, fédérateur et mélodique. Rencontre avec un artiste qui va de l’avant et qui a un besoin viscéral de construire et d’entreprendre des choses.

IdolesMag : Ton premier album vient de sortir. Dans quel état d’esprit es-tu ?

Alex Kassel : Je suis très fier. C’est un projet qui me tenait beaucoup à cœur et je suis vraiment, encore une fois je le redis, très fier. C’est pour moi une forme d’accomplissement. Ce n’est pas une fin en soi. Je suis donc fier et reconnaissant par rapport à mes producteurs qui ont cru en moi et sans qui rien n’aurait pu être possible en réalité.

Ce premier album est-il comme tu l’as rêvé ? On fantasme toujours pendant des années un premier album…

Pas vraiment. Mais pas au sens où je ne m’y reconnais pas, ce n’est pas ça. Mon parcours musical a été vraiment divers, j’aurais très bien pu sortir un premier album quand  j’étais dans une période un peu plus soul ou R’n’B. Il se trouve qu’aujourd’hui j’ai eu cette opportunité-là et que stylistiquement, je me suis mis à fond sur la dance et l’électro ces quatre dernières années. Je pense qu’il y aura une évolution très certaine et je tendrai de plus en plus vers quelque chose qui me ressemblera peut-être un petit peu plus.

Alex Kassel, Along The WayTu es arrivé à l’électro sur le tard, nous en parlerons tout à l’heure. Comment composes-tu tes titres ? À l’ancienne avec de vrais instruments ou à l’ordinateur ?

Non, non, je le fais à l’ancienne. Les vrais instruments sont toujours une base pour moi. C’est indispensable. Les titres de l’album ont été intégralement composés soit piano/voix, soit guitare/voix. Autant avant j’avais l’habitude de faire tourner des instrumentaux et créer des arrangements avant de chercher une mélodie par-dessus, autant sur cet album, j’ai voulu faire un véritable album de chanson en fait. Donc, c’était indispensable d’être en contact avec les instruments de manière acoustique.

Composes-tu beaucoup ?

C’est très cyclique. Par exemple, là, je n’ai pas composé depuis un petit moment. J’ai besoin de digérer. Je suis un peu comme ça. Je suis quelqu’un de très cyclique et en ce moment, mon cerveau se vide un petit peu de pas mal de choses, de pas mal d’influences. Je pense que ce sera pour repartir sur une direction, je le répète, peut-être un peu plus personnelle.

Au niveau des textes, c’est toi qui t’en occupes également ?

J’ai coécrit avec Adam la totalité des textes de l’album. La manière dont on fonctionnait avec Adam, c’est qu’on décidait d’un thème ensemble, et ensuite, on construisait la chanson autour de ce thème-là. Et c’est vrai que n’étant pas anglo-saxon, même si je suis entièrement bilingue, on avait une répartition dans l’écriture qui était un tout petit peu plus de son côté, même si j’ai beaucoup participé à l’écriture des mots, le choix des thématiques et la manière dont on traitait les sujets.

Aimerais-tu dans l’avenir aller un tout petit peu plus vers du français ?

Je n’ai rien contre le français. Je trouve que c’est une langue absolument magnifique quand elle est mise en valeur justement par des mots qui sont à sa hauteur. Par contre, quand j’entends du français sur de la dance, ça me frotte un peu les oreilles. (rires) Je suis désolé, mais  j’ai vraiment un souci avec ça. Après, c’est vrai qu’on doit se plier à la loi des quotas. C’est la terrible réalité de la dictature du monde de la radio… qu’on a tous envie de toucher ! Mais le français, je ne sais pas. Je ne suis pas contre, mais je ne sais pas si c’est cette direction-là que je prendrai. Je prendrai plutôt le portugais !! (rires) ça chante, le portugais.

L’album est très optimiste dans son ensemble, très positif. Es-tu comme ça dans la vie ?

Ah oui, complètement. J’ai envie de te dire que l’album reflète à 200% mon état d’esprit dans ma vie au quotidien. Je suis quelqu’un de très optimiste qui va toujours de l’avant. Je suis content que tu aies ressenti ça à l’écoute de l’album parce que c’est vraiment quelque chose que j’avais envie de laisser transparaître.

Tu as travaillé dans la passé avec d’autres artistes. Quand il a été question de rentrer en studio pour ton propre projet, as-tu eu un peu la boule au ventre ?

Non, pas du tout. Disons que j’appréhende la création différemment à chaque fois. Je te parlais tout à l’heure d’un fonctionnement personnel assez cyclique, il faut savoir que j’ai arrêté la musique pendant deux ans. Et c’est vrai que quand je m’y suis remis, je ne me suis pas mis la pression. Mais pour trouver ma direction, pour le coup, je reconnais que ça n’a pas été évident. J’ai énormément douté. À partir du moment où je me suis réveillé et que je me suis dit que ça ne servait à rien de douter, j’ai laissé les choses venir. Donc, la boule au ventre, non, jamais, mais le doute, oui. Tu sais, en tant qu’artiste, tu as une volonté d’être « populaire », entre guillemets… Si on parle de pop music, ce n’est pas pour rien. Il y a toujours un équilibre difficile à trouver entre plaire au public et en même temps se faire plaisir et communiquer des choses qu’on a envie de communiquer.

Qu’est-ce qui t’a plu dans le participatif ?

J’ai été séduit par le concept en fait. J’ai trouvé l’idée d’avoir tous ces gens qui croient en un artiste assez exceptionnelle. Ce sont des gens qui se sacrifient d’une certaine manière pour que ton projet soit existant et viable. Je ne cache pas que je trouvais que c’était également une bonne idée d’arriver sur le devant de la scène avec un certain nombre de gens qui seraient là dès le départ pour soutenir et accompagner le projet sur la toile et les réseaux sociaux. Après coup, je me rends compte que c’était de l’illusion parce que les producteurs qui au final sont de fervents défenseurs du projet ne sont pas très nombreux. J’ai réuni tout de même plus de 1100 producteurs. Mais au départ, je trouvais l’idée assez bonne…

Sans rentrer dans la polémique, ça chauffe un petit peu sur ta page en ce moment… quel rapport entretiens-tu avec tes producteurs ?

J’entretiens de très bons rapports avec eux. Je les ai toujours tenus au courant des avancées, de ce qui se passait pendant l’écriture de l’album et pendant la production. J’ai d’ailleurs énormément de témoignages d’amitié et de remerciements pour ce contact que je garde avec eux. Il est vrai que depuis un petit moment, depuis la promotion de l’album, certains grincent un peu des dents. Tu parles de polémique, je n’ai d’ailleurs pas voulu rentrer dans la polémique. Donc, du coup, je m’exprime un tout petit peu moins sur les pages du site internet. Mais j’entretiens des rapports personnels avec un certain nombre de producteurs. Certains sont devenus très proches.

On lit parfois des choses assez impressionnantes…

(rires) Certains disent que My Major Company garde l’argent dans une banque pour percevoir les intérêts. J’ai trouvé ça absolument fabuleux. Pour résumer ce que j’ai répondu il y a 48 heures… My Major Company n’est pas différent d’un autre label. Tout le monde ne peut pas réussir. Tout le monde a la chance d’être révélé au grand public, mais rien n’est parfait. Que ce soit chez MMC ou dans une major quelconque, tous les projets ne peuvent pas réussir. Tous les projets ne peuvent pas être des succès. Ça n’existe pas et ça n’a jamais existé dans la musique. Tout le monde ne peut pas avoir un succès immédiat. Il y a un devoir de tout essayer pour que les projets marchent en théorie, après, la vie c’est la vie…

Tu n’es pas bien vieux, mais ton parcours est déjà pas mal rempli…

(rires)

Commençons par le début. Quand tu étais petit, par quelle musique as-tu été bercé ?

De la funk et de la soul. J’ai été bercé par ma mère par Kool and the Gang, Stevie Wonder, Michael aussi… On est de la génération Michael. On fait partie de la génération qui de 0 à 20 ans a grandi avec Michael dans les oreilles.

Alex Kassel - DR

Ce sont ces artistes-là qui t’ont donné envie de faire de la musique ?

De faire de la musique, je ne sais pas. Qui m’ont donné le goût de la musique, ça c’est une certitude. En fait, ma sensibilité était dans ces artistes-là, elle était dans la soul music… Mais finalement, je suis arrivé dans la musique par le biais du rock et même du hard rock. Du coup, c’est complètement différent. J’ai vraiment eu une adolescence complètement « rock’n’roll attitude », totalement focalisée sur des groupes comme Metallica et toute la scène heavy metal. C’est comme ça que j’ai fait mes premières armes.

Tu aimes le mélange des genres, toi ! Maintenant tu fais de l’électro !

Je pense que c’est une richesse dont je suis très fier. J’ai fait du Hip Hop, j’ai été beat maker pendant pas mal d’années aussi. J’ai été très soul à une époque. C’est une chance. C’est pour ça que je te disais en début d’interview qu’il y aura une évolution dans le futur.

Tu as intégré pendant deux ans la prestigieuse Berklee School of Music de Boston. Te rendais-tu compte de la chance que tu avais à l’époque ?

Je pense que oui… J’ai quand même vécu ces deux années sur un nuage complet. C’était réellement le paradis, entouré de musiciens. Il y avait une émulation débordante. Et surtout, j’y ai appris énormément de choses. Avec le recul, on se rend toujours plus compte des choses. Aujourd’hui, je mesure certainement beaucoup plus la chance incroyable et l’expérience incroyable que c’était. D’ailleurs je me suis souvent dit que j’y retournerai pour un trimestre ou deux. Pour garder la fraîcheur et pour m’imprégner à nouveau de cette ambiance incroyable avec ces gens qui sont tous plus forts les uns que les autres. Tu ne peux pas voir d’ego quand tu es dans cette école parce que tu te prends des claques tous les jours en tant que musicien.

Tu as bossé avec Mani à une époque. Il a sorti un excellent album, « Heroes of Today » en début d’année. Qu’en as-tu pensé ?

Je l’ai beaucoup aimé. Les chansons sont très catchy. J’adore sa voix, bien évidemment. Je pense que Mani est quelqu’un d’expérimental, un peu comme moi. On partage certainement les mêmes questions pour ce qui est de plaire au public et de se plaire à soi-même. Comme beaucoup d’artistes. Je pense qu’il a fait un choix pour plaire aux radios, un peu comme moi. Et je pense que lui aussi va évoluer vers quelque chose d’un peu plus personnel dans le futur. Un peu moins lisse peut-être. C’est quelque chose qu’on a en commun.

J’ai lu dans ta bio que tu avais bossé pour la pub également. J’imagine que ça doit être formateur de trouver un gimmick efficace sur quelques secondes…

Oui ! C’est extrêmement formateur.

Ça t’aide aujourd’hui ?

Forcément. Toutes les expériences que j’ai pu avoir dans la musique ont contribué à construire la personne que je suis musicalement aujourd’hui. C’est un bon exercice de style que la pub. Mais le court-métrage aussi, les musiques qu’on fait pour les sites internet, l’institutionnel… ça aide énormément. Je pense que ma richesse a été aussi de passer d’ingénieur du son, parfois assistant pour d’autres ingénieurs du son, à musicien de studio, à musicien de live, à producteur, à programmateur. C’est ça aussi être un producteur complet. Il faut connaître le métier et savoir exactement qui doit faire quoi, comment et pourquoi.

Tu es un peu passé par toutes les étapes.

Un peu. Je pense qu’aujourd’hui un producteur complet se doit de passer par un maximum d’étapes.

Alors, on vient de parler de soul, de rock, de hip hop, de jingle pub, de metal… Qu’est-ce qui a été le déclic pour que tu te mettes à l’électro ? Que s’est-il passé ?

Écoute… malgré tout, je fais aussi partie de la génération Daft Punk. Et j’ai adoré leur premier album, « Home Work » en hommage au home studio et aux nouveaux producteurs qui font un petit peu tout à la maison. J’ai vraiment  grandi avec Daft Punk et comme tous les français, je pense, je n’ai pas pu rester insensible à cette French Touch. C’est quelque chose qu’on a la chance d’avoir un peu comme un héritage culturel parfois sans le savoir. C’est quelque chose qu’on a en nous artistiquement. J’ai toujours été très admiratif de la French Touch. Et j’avais envie de mettre ma propre sauce dans ce milieu électro. Et donc, c’est arrivé un petit peu à ce moment-là.

Comment expliques-tu l’engouement actuel pour la musique électro ? Les DJs sont devenus les véritables dieux de la musique…

En grande partie, c’est grâce à David Guetta. L’engouement, c’est parce que cette musique est devenue populaire. Et populaire, c’est en relation avec toute la musique pop. De la même manière que Puff Daddy a rendu le Hip Hop, Pop, David Guetta a rendu la musique électro, Pop à l’échelle mondiale. C’est quand même assez énorme. On a énormément de chance d’être représentés par un artiste français sur l’échelle internationale. Donc, cet engouement est clairement dû à ça. On peut le critiquer, moi, j’ai un respect sans limite pour lui. Et avec ce qu’il a fait, il a fait du bien finalement à toute la musique électronique dans sa globalité.

Tu as déjà quelques clips à ton actif. Est-ce quelque chose qui t’intéresse tout ce travail de l’image ? Lui consacres-tu beaucoup de temps ?

Et bien, j’ai envie de te dire que jusqu’à maintenant, je ne lui ai pas consacré assez de temps. C’est en le faisant que je me suis rendu compte de l’impact de l’image et de l’importance qu’elle a. Étant donné que j’ai pris conscience de ça, j’ai envie d’évoluer vers quelque chose de beaucoup plus réfléchi et qui finalement, apporte beaucoup plus.

Dans un autre registre, tu as lancé une ligne de fringues, « American College ».

Oui !

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Qu’est-ce qui t’a poussé à le faire ? C’est très éloigné de la musique…

C’est une histoire de copains. Une discussion autour d’une table qu’on a envie de pousser un petit peu plus loin parce qu’on y croit terriblement et qu’on est portés par l’envie et l’engouement. On a eu cette idée autour d’un café un jour. On a été au bout. Il se trouve que ça a été une aventure inattendue et formidable. Et elle continue l’aventure, d’ailleurs…

Tu dessines des modèles ? Tu donnes des idées ?

Non ! (rires) Je ne suis absolument pas styliste. Je n’ai aucun talent pour le dessin. S’il y a bien une discipline artistique pour laquelle Dieu ne m’a donné aucun don, c’est bien celle-là ! Ça, c’est clair. Par contre, ce que j’aime, c’est la vision marketing, avoir une vision d’ensemble, une image. Et puis, il y a aussi tout l’aspect de la commercialisation. J’ai joué ce rôle-là dans cette affaire…

C’est quelque chose qui te plaît vraiment, ce n’est pas juste pour avoir un job sérieux à côté de la musique.

L’entreprenariat, c’est quelque chose que j’ai au plus profond de moi. J’ai une âme d’entrepreneur. Et c’est un besoin vital que j’ai de mener à bien des projets quelles que soient leurs natures. Il s’est révélé que c’était un projet dans la mode, et que je n’y étais absolument pas prédestiné. Demain, ce sera peut-être une application IPhone ou un site internet. J’ai un besoin viscéral de construire des choses. C’était une étape très importante pour moi.

Des scènes sont-elles prévues ?

Joker ! (rires) Non… mais c’est difficile. Ce n’est pas vraiment prévu pour le moment. Il n’y a pas de dates à proprement parler. C’est toute la difficulté en fait d’être à la base un producteur et de se retrouver propulsé en tant que DJ. Mon métier de base, c’est vraiment d’écrire des chansons. Maintenant, je prends vraiment mon pied quand je joue devant des gens. Il y a aussi parfois un certain décalage entre la musique que j’ai envie de jouer et la musique à laquelle on s’attend en écoutant mon album. C’est-à-dire qu’on me fait rentrer, à raison, dans une catégorie commerciale dance et électro. Mais en live, j’ai souvent été confronté à une incompréhension par rapport à ce que moi j’avais envie de donner. Donc, en ce moment, je réfléchi à comment appréhender la scène parce que c’est un élément extrêmement important. Ça mériterait de se pencher plutôt sur un côté non pas DJ, mais performance. C’est un travail sur lequel je suis en train de plancher. Mais ça prend du temps. Il faut trouver sa personnalité et ce n’est pas facile…

Propos recueillis par IdolesMag le 7 novembre 2012.









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