Interview de Adrien Gallo, BB Brunes

Propos recueillis par IdolesMag.com le 05/10/2012.
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BB Brunes © Luc Dehon / IdolesMag

Les BB Brunes reviennent avec un troisième album très étonnant, « Long Courrier ». Eux qui nous avaient habitués à un rock très brut et très garage nous livrent ici un album aux accents nettement plus pop et électro. Virage à 180 degrés, donc, mais virage réussi ! Nous avons été à la rencontre d’Adrien Gallo, le leader du groupe afin qu’il nous explique pourquoi BB Brunes a opéré ce changement. Nous évoquerons également l’écriture d’Adrien, qui s’est elle aussi étoffée et ne manquerons pas de parler de la future tournée du groupe qui repart sur les routes dès le mois de janvier. Enfin, Adrien a proposé quelques chansons à Vanessa Paradis. Il nous en touchera un mot.

IdolesMag : Ce nouvel album marque un véritable virage musical chez BB Brunes. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ? Était-ce une envie de surprendre le public ou de vous surprendre vous-mêmes ?

Adrien Gallo, BB Brunes : Les deux en fait. On avait vraiment besoin de ne pas se répéter, de faire quelque chose de nouveau et quelque chose d’inattendu. On a voulu prendre le contrepied et être là où on ne nous attendait pas. Donc, on a eu envie d’aller vers quelque chose de plus électro et de plus pop, et moins rock par rapport aux deux premiers albums qui étaient très bruts.

Avez-vous eu quelques hésitations avant de vous lancer ?

Disons que les premiers morceaux qu’on a enregistrés ressemblaient vachement aux deux premiers albums. On a eu quelques hésitations. Et puis, on a dû apprendre à se servir des claviers. C’est quelque chose d’assez nouveau. Après, on a eu l’aide d’un producteur qui s’appelle Alan O’Connell qui a travaillé avec Mark Ronson, Paul Mc Cartney, Gossip, les Rapture…. plein de groupes qu’on adore. Et du coup, il nous a vachement aidés à enlever nos doutes. Il nous a bien aiguillés. On doutait moins avec lui, il nous aidait à aller de l’avant.

BB Brunes, Long CourrierComment s’est faite la connexion avec Alan O’Connell ?

C’est par l’intermédiaire de Singtank, un groupe avec qui on a fait un duo. Il avait produit leur album. En fait, c’est le groupe de Joséphine de la Baume. Joséphine nous l’a conseillé et du coup, ça s’est fait comme ça. On l’a rencontré à New-York.

Tu as écrit la quasi-totalité des titres à New-York.

Oui, c’est ça.

En quoi New-York est-elle inspirante ?

Tout. Que ce soit les rues, les ambiances, l’énergie qui se dégage de cette ville… le fait de pouvoir sortir tous les soirs, de pouvoir rencontrer de nouvelles personnes. Et puis, je pense aussi que tout simplement changer d’air est très inspirant.

Qu’est-ce qui t’a mené à New-York ?

C’est ma copine qui a été engagée à Columbia pour une année d’échange. Et je n’ai pas eu envie de la quitter pendant un an. Ça tombait bien, on était entre deux albums, j’avais donc le temps de partir. Du coup, ça s’est fait comme ça.

L’album est rentré dixième des ventes en première semaine, ce qui est plutôt pas mal du tout ! Redoutiez-vous l’accueil du public ?

On était déjà super contents parce que ça nous plaisait à nous. Le résultat devait d’abord nous plaire. On savait qu’on allait peut-être perdre des gens, mais ce qui nous importait c’était de rester sincères et de continuer à faire la musique qu’on aimait. Après, il y a forcément un certain trac avant la sortie de chaque album. En plus là, on repartait vraiment de zéro, on s’est vraiment mis en danger avec ce nouveau style. Et puis finalement, les retours ont été assez positifs assez rapidement. Et ça nous a rassurés malgré tout.

Les sytnthés, était-ce une envie que vous aviez depuis pas mal de temps et vers laquelle vous n’osiez pas aller, ou bien est-ce assez récent ?

C’est quelque chose qui dormait en nous depuis un bon moment. On a toujours été fans de Gorillaz, de groupes comme les Dandy Warhols ou même l’album de Franz Ferdinand qui mélange claviers et guitares. C’est juste que ça s’est fait petit à petit. On avait besoin d’expérience, et besoin de passer par du rock très brut pour ensuite arriver au résultat qu’on a aujourd’hui. Mais c’est vrai que ça nous a toujours un peu titillés. On n’a jamais été contre.

C’est Raphaël, un ancien du groupe, qui revient aux claviers.

Effectivement. Il nous suit un peu partout sur scène. Il sera là pour la tournée. Ça nous fait vraiment plaisir de l’avoir avec nous.

Pourquoi avez-vous fait appel à lui ?

Justement, parce qu’on voulait que ça reste une histoire d’amis et de proches. C’est ce qui nous paraissait le plus naturel à faire. Prendre quelqu’un qu’on ne connaissait pas, ça aurait été plus difficile. On n’aurait pas eu forcément les mêmes influences ni la même culture.

L’album est donc nettement plus pop. Est-ce une culture musicale que tu as depuis longtemps ?

Oui, c’est une culture musicale que j’ai depuis toujours. La pop, j’ai vraiment grandi dedans, que ce soit Etienne Daho, Rita Mitsouko, Elli & Jacno, Christophe, Gainsbourg, Bashung… Ce sont vraiment tous les grands artistes qui m’ont bercé. Mes parents écoutaient ça. J’ai donc toujours écouté ça, et puis, à l’adolescence, je me suis tourné vers le rock anglo-saxon, avec les Ramones, les Clash ou Nirvana. Mais c’est vrai que le nerf de la guerre et les premières choses qui m’ont concerné musicalement, c’était de la variété, voire de la pop.

BB Brunes © Geoffroy de Boismenu

As-tu une anecdote particulière à propos d’un des titres ?

C’est vrai que « Lala Queen », c’est assez marrant comment ça s’est fait. En fait, c’était à la base une démo complètement différente, assez reggae et assez Gainsbourg que j’avais écrite. Bérald et Félix avaient composé un thème de guitare qu’on a collé à la fin de la maquette à l’arrache. Et quand Alan O’Connell a entendu ça, il a dit que c’était beaucoup mieux, que c’était ça le truc de la chanson. Du coup, on est repartis sur ce riff. C’est un instrumental qui a été fait vite en studio. Bérald m’a aidé à trouver une ligne de chant, on a recollé des choses d’avant. Et finalement, c’est un peu la première chanson qu’on a composée en tant que groupe entièrement tous ensemble. On a failli ne pas la mettre sur l’album parce qu’on pensait qu’elle n’était pas finie, qu’il fallait aller plus loin. Mais une fois qu’elle a été mixée, elle tournait vraiment super bien. Je pense que c’est aussi le départ d’une collaboration encore plus poussée sur les prochains albums.

Pendant que tu étais à New-York, j’imagine que Félix, Bérald et Karim étaient en France.

Oui.

Ça s’est passé comment ? Tu les tenais au courant de l’évolution du projet ou bien tu es arrivé avec quelque chose d’un peu précis et tu leur as montré la direction dans laquelle tu avais écrit les titres ?

Je revenais tout de même tous les mois à Paris. Donc, on avait le temps de se voir et de répéter. Et puis, je leur envoyais par mail les chansons au fur et à mesure. Je les tenais au courant, c’est clair.

Tu as travaillé à New-York de ton côté, mais le groupe n’était jamais loin.

Non. Ça n’a pas été une longue absence. Je revenais vraiment régulièrement.

J’aimerais maintenant m’adresser à l’auteur que tu es. Quand on lit les textes de « Long Courrier », on a l’impression que tu as pris l’écriture plus comme un jeu. Est-ce que je me trompe ?

Non, c’est vrai. Je suis plus à l’aise aujourd’hui. J’ai effectivement pris l’écriture plus comme un jeu. J’ai pris du plaisir à faire des jeux de mots et des figures de style. Je me concentrais et sur la forme et sur le fond. Tu as raison.

Écris-tu beaucoup en moyenne ? Ou bien te faut-il un projet pour t’y mettre ?

J’écris rarement des textes bruts comme ça. Il faut toujours que j’ai une mélodie avant pour me guider. J’essaye de trouver un mot joli qui suggère de belles images. Et puis, je vais essayer de développer une idée autour de ce mot ou de ce jeu de mots. Le mot d’ordre, c’est qu’il faut que ce soit toujours quelque chose d’assez classe et d’esthétique.

Quand as-tu commencé à écrire ?

J’ai envie de te dire que j’écris depuis toujours. J’écris des chansons depuis que j’ai cinq ou six ans. je me rappelle même avoir écrit un scénario. J’écris depuis toujours en fait…

BB Brunes © Luc Dehon / IdolesMag

On parle beaucoup d’une future collaboration avec Vanessa Paradis pour son prochain album. Est-ce que c’est vrai ?

Oui et non. Pour l’instant, rien n’est définitif. Je lui ai envoyé des titres qui lui ont plu. Après, seront-ils sur son album ? Je n’en suis pas certain. Je n’ai pas envie de me prononcer avant que ce ne soit fait.

Mais donc, la rumeur est fondée sur une base de vérité.

Bien sûr, on a eu pas mal d’échanges.

Vanessa Paradis, est-ce une artiste que tu as beaucoup écoutée ?

J’ai pas mal écouté son album avec  Lenny Kravitz et celui avec Gainsbourg. Après, je n’ai pas non plus énormément écouté, mais c’est quelque chose qui m’a bercé, c’est sûr.

Le clip de « Coups et Blessures », est-ce un clin d’œil à vos fans ?

(rires) Non ! Pas vraiment. On aimait bien l’histoire un peu drôle qui ne se prenait pas trop au sérieux. En même temps, il y avait une image très belle, dans les tons pastel. Et puis, on trouvait que ça reflétait bien le style de l’album. Ça ne se prenait pas au sérieux, c’était assez second degré. Et en même temps, c’était joli.

L’imagerie et le visuel qui entourent BB Brunes, c’est quelque chose sur lesquels vous passez du temps ? C’est quelque chose d’important à vos yeux ?

Oui. C’est vraiment quelque chose qu’il faut soigner. Pour moi, je vais te dire, ça a presque autant d’importance que l’écriture ou la musique. Ça doit aller ensemble. Il faut servir les chansons avec quelque chose de joli. Un groupe, ça doit être porteur d’un message et d’une image.

Je suppose que c’est donc vous qui êtes à l’origine du coffret collector avec le vinyle ?

Oui. C’est quelque chose d’important pour nous. Tu sais, je suis un grand fan de vinyles et un grand collectionneur de vinyles. J’aime bien avoir de beaux objets. Pouvoir regarder la pochette, lire les paroles tout en écoutant la musique, c’est une façon de se projeter encore un peu plus dans l’univers d’un artiste.

La pochette peut surprendre, on dirait une capture d’écran d’un film. Quelle symbolique faut-il y voir ?

Chacun y verra ce qu’il a envie d’y voir. Justement, on n’a pas envie de trop définir les choses parce que ce serait un peu vite résumé. C’est bien de laisser libre cours à l’imagination. Après, nous l’idée, c’était de partir sur un screenshot d’une image d’un film, avec un sous-titre, « Long courrier », comme s’il s’agissait d’une traduction. Qu’est-ce qu’il lui dit avant ? Qu’est-ce qu’il lui dit après ? On ne le sait pas. Je crois que nous-mêmes on ne sait pas non plus !! (rires)

Vous ne vouliez pas vous mettre les quatre sur la pochette.

On l’a déjà fait sur les deux précédents albums. On n’avait pas forcément envie de se mettre en avant sur celui-ci. Notre but, ce n’est pas de nous montrer, c’est de créer et faire entendre notre musique. On n’est pas égocentriques au point de vouloir mettre nos têtes partout…

Pourquoi  l’avez-vous appelé « Long Courrier », cet album ?

Parce qu’il y est beaucoup question de voyage et d’évasion au sens large. On invite les gens à partir en voyage. Et puis, il y a une réalité, c’est que pendant cette année à New-York, j’ai fait beaucoup d’allers retours et j’ai donc pris beaucoup de longs courriers Paris-New-York…

BB Brunes © Geoffroy de Boismenu

Ceux qui ont acheté le coffret collector sur le shop de votre site officiel ont reçu deux remixes en cadeau. Le remix fait-il partie de la culture musicale de BB Brunes ?

Ouais, bien sûr. Et encore plus avec cet album qui va vers l’électro. Le remix est quelque chose de fascinant qu’on aime beaucoup. Je pense à Metronomy qui nous a beaucoup influencés. Ils ont carrément fait un album de remixes. D’ailleurs notre producteur a remixé un de leurs titres. Mais, oui, le remix c’est quelque chose de super intéressant. C’est vraiment prendre un morceau et d’en faire un autre. C’est quelque chose de très actuel, et nous on a envie d’être dans l’air du temps. C’est quelque chose qui nous parle…

Certains titres de « Long Courrier » se prêtent vachement bien au remix. Serait-il envisageable que vous sortiez différents EP avec 5 ou 6 remixes d’un même titre ?

Grave ! Ce serait une initiative vraiment intéressante à faire. D’ailleurs, on lance un appel à tous ceux qui voudraient remixer nos titres ! (rires)

Ça collerait très bien avec certains titres.

Oui, et pour nous, ce serait un plaisir de redécouvrir à chaque fois les morceaux autrement.

Avant de te quitter, j’aimerais aborder la scène un instant. Vous venez de faire l’Alhambra et vous repartez sur les routes à partir de fin janvier. Allez-vous appréhender la scène autrement avec ce nouveau son ?

Oui. On l’appréhende différemment. On a d’ailleurs beaucoup répété. On essaye de coller le plus possible à la production de « Long Courrier ». Au niveau du travail des sons, c’est complètement différent. C’est plus poussé, c’est beaucoup plus méticuleux. On est cinq sur scène. Il y a des séquences qui se déclenchent, etc… Et tout ça demande encore plus de rigueur. Ce seront d’autres sensations, c’est sûr. C’est un vrai plaisir en tout cas.

Le concert de l’Alhambra a été filmé par les fans. Qu’est-ce qui t’a plu dans le concept ?

Justement, j’aime bien ce concept de voir les vidéos prises par le public. Ce sont des vidéos le plus souvent prises au portable et qui sont finalement très amusantes à voir. On s’est dit que ce serait bien de pousser l’idée à fond. Et de voir ce que ça donnait sur la longueur d’un concert. On ne va pas faire ça sur toute la tournée, mais sur une date, l’idée nous a plu. C’est une manière de faire participer tout le monde, et aussi de permettre à ceux qui n’étaient pas là de voir le concert.

Propos recueillis par IdolesMag le 5 octobre 2012.

-> Site officiel : http://bbbrunes.fr/









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